‹ Nouvelles études morales sur le temps présentChapitre 7 sur 36 · NOU VELLE»-5 ÉTODEB' MORALES · texte numérisé non relu

NOU VELLE»-5 ÉTODEB' MORALES

contrariétés • scmt povr eur. de: grcvesi sugeta ûê peine.'L'imagination change pour eux les vétittbles dimensions et la^vraiie perspeotivedes choses: Bfing cet état, le suicideapparaitcomn^imie^déiHvraiiGe.' — Aien de* pinis commun quele^dégoét dô* la*^ chez" les artistes, longtemps applaudisipar lepuM Micv lorsque cette faveuTiles abaodoiineiJLisoiil contracté* dans cette rie d'excitatâon, des iiabiiudes qui leur sont plus nécessaises que r^gnstcDce même. Un succès doateux ou partagé le» pomsse quelquefois à des résolutions désespérées:. Le nom de Nourrit se présente à tous les esprits; — L' amomr^propre - blesséi, les mécon^tes chez le»'- fasmmes ardents, un^^sentiment «d'orgueil exagéré,* une^smïceptfi»ilité extrême et perpétuellement Irritèeç des enltations généreuses trompées, les excèsndei tout genre et Tépuisement qui en «ont la suite,: peuvent produire dans l'âme cette lassitude maladive die la viedont le suicide estle terme. —Nous ne pouvons qu'indiquer toutes ces causes; nïaisieur^trait oom*^mun est de tenir à la fois du corpst etide l'âme, du corps par certaines altérations; certaift.afl&»bltssement organique, de l'âme par Timpuissanccî et la Éaiblesse déréglée de la volonté.

Je place dans les causes moraks les passions, les chagrins, le désespoir. Il n'y a rien d'absolu; )dans cette classification ; mais peut-il y avoir une classifir cation absolue en cette matière? on peut tout au

DUfiOICïDE: 8Î

phLS>Qiiter'4a circonstance- principale jov ta peist de départ de la maladie qui estià lafoisunefièwe d6> d'âme et^du corpsi Je sais, par exemple,' qm'on p9i»B7l^ à€ertainsiégards, dasser rivresse parmi les^^coses^hfsioiogiques det la fQAié^suicidJe^ Maés si TÎJvress© «st tm© cause physiqiae^ J'i YTogneoiesest use* caosB nmsraie^ . car: elle ' est. iDoontei^Mea&ent \mer passiom^ et commerles^ aulx^as': passienâ elie peut être combatUte, — Le.ncxnbce des!intdm!dii& do&t le suicide a eu pour cause Tivrogneirie: esb coBsidérabie'. Il s'élèreâ cinq.cen!b.tr]âiie; le: huitièfl»& environ du chiffre giénéraL Chez beaucoup d'entre 'eux, les chagrins ont été les promoèeur» de^^ette triste passion. M. de fioismont a noté ce Ml dans cent douze- cas, et il lui a vraisemblablemecrt échappé dans beaucoup d'autres. La plupart de'oes malheureux disent qu'ils se sont livrés au vin-, pour s'étourdir sur leurs maux. Beaucoup s© tuent par le regret que leur cause rimpossibilité de vaincre leur penchant. D'autres, en se voyant sans emploi, continuellement chassés de leurs places, couverts de dettes criardes, exposés à dea reproches incessante^ battus, battant, pundsparde^ tribunaux, en horreur à leurs familles, n'ayant janaais' le sou, perdent la tête et meurent. Souvent aussi les actions honteuses, les passions brutales qu'entraîne après soi l'ivrognerie , effrayent ces nmlheureux par leurs conséquences, quand ilsi

rentrent dans leur sang-froid, et l'épouvante les précipite dans le suicide.

Le désespoir né de la misère a inspiré deux cent quatre-vingt-deux suicides, la seizième partie environ du chiffre total. L'analyse des faits de cette catégorie est navrante. Sur les deux cent quatrevingtr-deux cas de misère, on trouve cent quaranteneuf fois des détails circonstanciés qui ne laissent aucun doute sur les motifs; dans les cent trente trois autres cas, les procès -verbaux se bornent à indiquer la misère pourcâuse; les reconnaissances du Mont-de-Piété, la nudité des pièces, l'absence de vêtements, de lit même, sont les meilleures preuves que Ton en puisse donner. Au plus fort de l'hiver, on relève un homme presque entièrement nu ; il affirme dans une lettre qu'il a combattu pied à pied, vendant tout ce qu'il avait; on n'aperçoit que les quatre murs de sa mansarde.— Deux individus, à bout de ressources, ont mieux aimé se donner la mort que se faire inscrire au bureau de charité ou mendier. — D'autres se tuent, parce qu'ils ne peuvent plus nourrir leur famille. Un des faits les plus touchants, c'est sans contredit l'histoire de cette pauvre fille, travaillant jour et nuit pour faire vivre sa mère, impotente et presque aliénée; ses forces s'usent, le travail manque, elle s'étend sur son lit et s'asphyxie. Sa mort donnait le droit à la vieille mère d'entrer dans un

établissement de charité. — Beaucoup s'immolent pour n'être pas à charge à leurs parents. — Un négociant se donne la mort après avoir assuré sa famille pour une somme de 40 000 francs. — D'autres fois le désespoir de voir le salaire baisser, par suite d'infirmités, et les charges s'accroître, détermine des malheureux à la mort. Une femme se tue en se voyant sur le point d'accoucher pour la sixième fois au milieu du dénûmentle plus absolu. — Mais M. deBoismont, qui nous cite tous ces faits, a bien soin de nous faire observer que si l'inégalité des salaires, le chômage, l'élévation du prix des denrées, le fardeau des impôts, sont en beaucoup de cas les causes de la misère, souvent aussi la paresse, les mauvaises passions, la .fainéantise, les besoins de dissipation, de divertissement, de plaisir, ont amené cette triste situation où le désespoir de la misère s'aggrave encore par le sentiment de la faute.

Les pertes, les embarras d'argent, les désastres qui suivent certaines opérations commerciales fournissent environ le seizième du chiffre total. Les jeux de Bourse ont causé près de cent suicides. Un assez grand nombre de commerçants, sur le point de faire faillite, préfèrent se donner la mort. Les dettes, par les tracas qu'elles suscitent, par les embarras en tout genre qu'elles créent, ont amené la mort de quatre-vingt-sept personnes. Quelques-

itns/fre jont tirés . auprès des scènes paâiHi^œssrHitti Anatont; eecastOBBé ^es rassemblements DonboBOX et où . ils. avaient été. insultés par des créanoierâ. Tant est relatif dans ce oas; tout dépend de kipe- Miion sociale etdii degré d'intelligence. des gBi& Xel houjtme se tuera parce qu'il doit ceot raille /francs,, tel autre parce qu^iln'a plusiassez de ccéUit pour acheter du pain. Il arrive souvent, que des âmes faibles et orgueilleuses se prédpitentidains la jnort pour évilier les humiiiatkms d'un chafigeinent jde condition^ ou de fortune.. La nécessité de soJliciter les autres, lorsqu'on a été riche et. puissant, -est pour plusieurs.unacause de mort Unesuscepiiibilité excessive peut amener le même résultat, comme dans le fait de cet employé qui déclare îcpi'il rsetue parce que son chef a trouvé dans ses papiers une reconnaissance du Mon t-de -Piété.

La débauche et. la paresse apportent aussi, leur contingent, et un contingent très-fort, daosi. cette ririste nomenclature. Des exemples nombreux nous prouvent Tinfluence des habitudes honteuses. Les iionvoitises ignobles, les penchants infâmes pro»- .dnâsent à la longue une: sorte dîabrutissement furieux, quimèneuau suicide. Beaucoup deliber- .titts se tuent après: xtne • dernière i orgie ,; dans des «^saisons publiques.

Une classe plus. intécessante est celle ^des.cba- ^ins domestiques. iM. de Boism^^nia relevé. k'oôs

een* seizante-u» ms^iappaîtcuDantà ceinte caiégosie. Il|f a des^eaMâes tFès-g]?av6$, il y e» a (HncroyableiKienb futiles, r Tantôt o&aoat des chagrins .causés par 'des. dissentiments, par des reproches et des j^ueseiles de famille, ou bien» des désespoirs causés |iac la mortde parentset d'eniEatits adorés,, des dis- Cttsaions de ménage, l'incompatibilité d'humeur, Ifaiteltèare, l'abandon ou. la mort de la femme^ l'abandon ou la mort du mari. Des remontrances injustes, des corrections excessives^ des scènes de yiolenee ont déterminé^ plusieurs jeunes illles, au suicide. Un pauvre homme, d'un caractère. faible et mou, poussé à bout par les sarcasmes et les persécutions de sa femme, se noie après lui avoir écrit tme lettre,.qui sera sa vengeance tardive : « Je vais -feire votre bonheur et celui de votre fille; sans cesse vous me traitiez de lâche, qui n'avait pas le courage de se détruire, aujourd'hui j'accepte le défi; mais vous n'aurez pas l'acte que vous. opae •demandiez pour vous rendre maîtresse de l'étabUa- ' sèment et vous débarrasser de moi. I a seule prière que je vous adresse, si mon corps est retrouvé, 'C'est de le faire entenressaiikS' aucune démonstration 'MeiKSongère. » Une cause fréquente ^e suicide, c'est l'introduction* d'étrangers dans Ja famille , par ^wmple, l'arriwée diiin beauipère ou d'une bellemére ; «quelquefois c^est leirefus^des fiamilles ^oi'Ue veulemt pas laisser leurs 'enfiaaats entrer dana une

carrière pour laquelle ils croient avoir une vocation décidée. Trois jeunes gens se sont tués, parce que leurs parents n'avaient pas voulu les laisser s'engager comme marins. — La honte causée par des fautes graves, comme par la séduction, la crainte de les révéler à des parents très- honnêtes ou très-sévères, ont poussé plusieurs jeunes filles à se donner la mort. Les mauvais procédés du mari, l'înconduite de la femme, le désordre intérieur qui en est la suite, rendent souvent la vie insupportable en occasionnant des explications violentes qui se terminent par le suicide.

Des contrariétés vives, des peines morales de toute nature et impossibles à classer parce qu'il faudrait entrer dans des récits particuliers qui nous mèneraient à l'infini, des intérêts matériels lésés, des destitutions brusques ou renvois de place, ont causé la mort de trois cent onze individus. La diffamation et la calomnie ont une bonne part dans ce chiffre. Un très-grand nombre se tuent pour échapper à la douleur physique ou à . des maladies incurables.

Les moralistes consulteront avec un vif intérêt l'analyse des suicides par amour. Trois cent six individus, environ le quinzième du chiffre général, se sont donné la mort pour cette cause. C'est le seul cas où nous trouvions le chiffre des femmes supérieur à celui des hommes (134 hommes, 172

femmes). Les chagrins d'amour, sans autre désignation, l'abandon de l'amant ou de la maîtresse, les mariages manques, la mort, les séparations forcées, les discussions ou les querelles, le mariage des personnes aimées, voilà les motifs les plus ordinaires. Cinquante-quatre personnes sont mortes, victimes de la jalousie. Des circonstances romanesques accompagnent souvent ces suicides de Tamour malheureux ou jaloux, k voir ces tristes récits, on dirait un mauvais roman. On frémit, quand on vient à songer que ce roman qui nous ferait bâiller, c'est une histoire d'hier.

Le remords, la crainte du déshonneur, la peur de poursuites judiciaires , les blessures de la vanité, de l'amour- propre, de l'orgueil, les déceptions de Vambition, le jeu, Texaltation, l'avarice, l'amour du gain, la colère, la vengeance, il faudrait énumérer tous ces sentiments, tous ces chagrins, tous ces mobiles, pour être complet. Mais la statistique deviendrait un cours de psychologie sociale, une histoire des maladies morales de l'humanité. Encore serions nous incomplet, même à ce prix, tant la douleur et la passion ont de formes multiples et particulières, tant elles ont de prises sur ce pauvre et faible cœur humain. Même alors, nous serions obligé de laisser en dehors de notre étude cinq cent dix-huit cas, le huitième environ du

M NOUVELLES i ÉTUDES ^MORALES .

oembre totale-sur lesquels il a été icapûasiblfid'Abtour ««ueun renseigneBSi^at.

Jioiis iermûieDEms cette exposition ëiss^owsies <kt! suicide par un tableau très«-intéressaint}>(piiila eésusiedans ce qu'elle a d'esseoitiel et qoe. U^J» Boismont a tracé avec beaucoup de soin :, folie^653 <}as;> ivrognerie, 530 ; maladies^ 4û5;;chagrkis.iâemestiques, ^\\ chagrins et contrariétés div€jrs«A, ail ; amour, 306 ;. pauvreté,' misère,. 282 ; embwiîas .dlar^nt, revers de fortune, cupidité, 277 ; d^oàt, spleen, ennui de la vie, 237; caractère .faiWfi, eHalté, triste, hypocondriaque, 145; remcHJds, crainte du déshonneur, des poursuites judiciaipes, 134; inconduite, 121 ; paresse, 56 ; délire aigu, W; jalousie, 54; jeu, 44; manque d'ouvrage,, 43:? orgueil, vanité, 26; motifs divers, 38; motifs inconnus, 518. Voilà comment se décomposent ; les 4595 cas observés. Il ne faudrait pourtant ..pas donner à ces chiffres ainsi groupés une confiance (excessive. La statistique est sujette à faire illusion »ux yeux et par les, yeux à Tesprit lui -mêrae,i tant les résultats moraux semblent ressortir avec^ai- .sance et netteté de ces colonnes de chiffres, aoigneusement alignés. II y aurait ici, eni.particiuUer, 'jmalfière à de nombreuses erreurs de détail. Pres- ^qvie toujours il arrive que. ces causes se coeokbinent .entre edies. La jalousie,! par exemple, se coaobine souvent' avec Tieurgueil iroiB^é, llaimbitâon déçue,, la

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iiiî8ère.«Us»spéirée. lïes jmaiaidîeS' peoi^ .neiidpe ÎMtoIérnbies des > «hâgrins .domestiques \ «que ïqu rapporterait sans. peâne :en d'autresxirAOfistaikeeâ. Le^^Ugaût delà vie se lie tF.ès-^lMeii> à rincofiduite mi'àfla, paresse. L'amour maliheureux. se C0mf)li;tte volontiers d'un caractère exalté ou faible. Le €€ei»r taamadn n'a pas. cette unité artidcielle qu&ia: statistique est forcée de lui attribuer; c'est AiDJ^monde tsmuitueux et divers, où toutes les influences :8e rencontrait, où toutes les passions se mêlent; vous croyez en saisir une, mille autres vous échappent. Bniait de statistique morale et de physiologie des passions, le vrai ne sera jamais que le probable ; •la science du cœur humain, ^appliquée aux individus, n!atteindra jamais qu'à<ies vraisemblances. II y a des lois pourtant, même dans ce monde oon&is des phénomènes moraux; mais c'est à une ^grande hauteur qu'on les rencontee,: elles ont 9011 caractère de telle généralité, que Ton court nisque de : commettre les plus graves erreurs^ jai lV>n.Teut tirer de ces lois des inductions précises pour les faits particuliers. C'est que le monde: mo- Fai a pour ressort la liberté^ et que partout où: la liberté s'introduit, elle amène avec elle le mouvement, la variété, la contradiction même. 11 n'y a ique les phénomènes pliysiques qui ne ise» dwatredisent jamais, parce qu'ils appartiennent au iBOttde pégié de la matière, et que là où la nécessité corn-

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mence, commence aussi Tordre invariable, Téternelle identité, l'immuable discipline, qui est une beauté sans doute, à sa place, dans l'univers matériel, mais qui serait un principe d'uniformité et de mort dans l'univers agissant et libre des âmes.

La partie la plus curieuse peut-être du livre de M. de Boismont, ce sont les innombrables citations qu'il puisé dans les dernières pensées et les derniers écrits des suicidés. Un nombre considérable de ces infortunés veulent laisser, en mourant, quelque témoignage d'eux-mêmes. C'est là un instinct bien touchant de cette pauvre nature humaine. Ceux mêmes qui croient au néant veulent se survivre, au moins dans la pensée des autres. Ils ne veulent pas mourir tout entiers, et ils laissent derrière eux soit une lettre, soit des notes où ils expriment leurs pensées suprêmes, soit des élégies où ils se pleurent eux-mêmes, ou bien encore une sorte de journal tristement authentique, qu'ils écrivent d'une main résolue, jusqu'au moment où la mort est venue les interrompre. Il y a là d'étranges et curieux renseignements à recueillir sur les dernières préoccupations de l'âme qui attend la mort.

Souvent ce sont des citations de vers connus, en rapport avec leur triste situation.

D'autres fois, c'est le suicidé lui-même qui parle,

dans des vers détestables et déclamatoires, où l'on sent la trace des mauvais mélodrames. .

Je soupçonne fort les auteurs de ces vers d'avoir voulu faire du bruit dans le monde, après leur mort. Leur nom est ignoré et leur ambition posthume a été trompée. Rien n'est triste comme de voir ainsi cet amour-propre frivole survivre même à la préoccupation et à l'attente de la mort. On croirait qu'à ce dernier instant, l'âme ne peut pas manquer d'être grave. Souvent il n'en est rien, et l'on s'arrange une mort à effet, comme on Ta vu faire, sur les scènes du boulevard, à l'acteur en renom.

Parfois aussi il y a comme une note discrète et vraie, comme un cri du cœur dans ces poésies funèbres. Nous eft citerons quelques-unes que l'on ne peut lire sans émotion en songeant aux circonstances dans lesquelles elles ont été écrites :

Pardonnez ma peine secrète ; Plaisir, bonheur, j'ai tout perdu.

Vous jouissez, moi je regrette, Vous vivez, moi j'ai vécu.

Et cette autre, si simple et si pleine de découra* gement :

Jamais d'enfant I jamais d'épouse I Nul cœur près du mien n'a battu I Jamais une bouche jalouse Ne m'a demandé: D'où viens-tu?

«4 NOUVELLES ÉTDIHES'MORALES.

Certes; c&JD^est pas là nneipoéâle bien Jar^Oii^ et bien neuvev On s'y intéresserai ponrkurtj (piaad on saura que le papier qfni^canteflKât^ce&fyensi était maculé de sarn^

Ce qui étonne le plus Tiniaginatioiity c'est le aaa%i f roidi airec lecfurel plusieurs suicidés, analysent lecurs dernières sensations i Ce tn'est ipivk» là une cemn d^imaginatioQ:, comiDef^lei Dermerrjour d'ui^ Cqê^ dmÊBoaè^ de Victor Hugo, .on lee Mémoires^ dHtm SmcUii

de M.0 Du Camp ; c'e6trrimpiressioD'€sacte^.TéeUe^ d^iiB Akïb qm voit la^mort venitr^ . qm l'attead UAfflaoïnent fixév et qui conserve,. pour c s'^hserw efieMBéme; toute sa présence d'esprit. On bous^mettra tte citer ce ^document étrange d'un tiomm de: lettrée , assez conmt dans le monde des jotfs? nanoLil y a^ quinze* à vingt: ans^ document éeitt toiat entier dans la nuit de sa mort et auprès duqiMsl toutes les terreurs purement littéraires pâlissent.:

a Derniers moments du sieur Bourg-Saint-Edme (Edme-Théodore), homme de lettres.

Œ Pour Monglave.

« Je crois, mon cher ami, que vous devez commencer par faire appeler le commissaire de police, afin que la constatation du suicide ait une origine légale. Pour la suite, vous suivrez mes instructions. Adieu, santé et bonheur.

« 26 mars 1852, quatre heures et demie du matin.

« JKAwif. — Jè^^pr^are les'^bas, la chemise' et le drttpqtrî doivent être m«s^ derniers vêtements:

« Jèr sens que le momenfriapproche'. 3e4e «ens^ Tine*émiotion dé l'âme tiowt'je lïe pnis fn»'idéféH+ dte, malgré mx)n conrage.

« Je fais ma prière * à Dîéuv po'tir le repos'd« llhie de Maria, pour mes enfants, pour moi-même*; car il y a un cri intérieur qui appelle à lui tes-sen-^ titaents du cœur les plus doux, les meilleurs; et; avec eurx, là confiance et Tespérance.

« J'iéntretîens le féu. Il me semble qm'il y a ai»* près dé moi quelque clïose quf Tit. — Sî jen^avais pas été trompé; délaissé', abandonné, je* n'en 'serais pas certainement où j'en suis. Mais seul, entrafnéj abusé, dans un ch-agrin cuisant, depuis la mort'de Maria, sans espoir, poursuivi par le besoin, par la misère, humilié, calomnié, outragé, je tfai vu qu'un moyen de sortir de cette situation- extr^e.

<r Deiu! heures. — Que le temps passe vite 1 Deux heures sonnent, le vent est fort et vif au dehors: n y a dans l'espace une tempête qui retentit au fond de mon cœur. — Je viens de mettre la clef dans la serrure, du côté de l'escalier, et j'ai suspendu à la clef, par un fil rouge, une lettre à la concierge, dans laquelle je la préviens de Tévénement et lui donne quelques instructions; de sorte que la première personne, qui viendra ce matin, la verra, la prendra, la remettra.

« Deux heures et demie. — Il faut pourtant que je m'occupe des préparatifs. Je ne veux pas que le jour me retrouve là. Le genre de mort ne m'était pas indifférent. Je voulais me tirer un coup de pistolet dans le cœur; c'était un mode facile et prompt; je n'ai pu me procurer de pistolet ; me noyer, c'était hors de chez moil et puis j'ai toujours eu horreur de l'eau; m'asphyxier par le charbon, c'était une agonie dure et lente ; j'attacherai au haut de ma bibliothèque une cordelière que j'ai depuis longtemps ; j'y ferai un nœud coulant que je me passerai au cou ; je chasserai la chaise qui sera sous mes pieds et je resterai suspendu.

« Trois heures. — Le feu passe ; je suis contrarié. J'entends le bruit des voitures des maraîchers qui vont à la halle; je ne profiterai point de ce qu'ils apportent. Allons I

•r mes enfants^ vos douces figures sont devant moi et me troublent ! Du courage I

t Trois heures et demie. — Je viens de fixer la cordelière. A quatre heures ou quatre Beures un quart, j'exécuterai mon dessein, pourvu que tout marche à mon gré.

« Je ne crains pas la mort, puisque je la cherche, puisque je la veux I mais la souffrance prolongée m'effraye.

« Je me promène; les idées s'évanouissent.

Je n'ai que la conscience de mes enfants.

« Le feu noircit.

« Quel silence m'environne l

« Quatre heures. — Quatre heures sonnent. Voilà bientôt le moment du sacrifice.

« Adieu ! mes filles chéries !

« Dieu pardonnera à mes douleurs.

« Adieu!... encore une fois adieu, mes enfants bien-aimées l Vous avez ma dernière pensée. A vous les derniers battements de mon cœur. »

Il y a dans ce journal de la dernière nuit une vérité qui donne le frisson. En présence de la mort, tous ces détails médiocres prennent un intérêt immense : ce feu qui noircit, ce silence de la nuit qui l'environne, cet engourdissement des idées, tout, jusqu'à ce fil rouge auquel est suspendue la lettre à la concierge, quel drame l

M. de Boismont s'est habilement servi des 1328 écrits de suicidés qu'il a eus entre les mains pour écrire un des chapitres les plus neufs et les plus intéressants de son livre r Vanalyse des derniers sentiments. Il a divisé ces sentiments en trois classes, tout en nous avertissant que cette classification n'est pas rigoureuse. Dans la première, il a rangé les manifestations dictées par la bienveillance, le repentir, la religion, Thonneur, la tendresse, l'amitié, la reconnaissance, et il les a réunies sous la dénomination de bons sentiments. Dans

la deuxième classe, il place les manifestations suggérées par le ressentiment, la vengeance, les plaintes, les reproches, les Imprécations contre le sort, les déclarations de matérialisme , les dernières confidences de la débauche; c'est celle des mauvais sentiments. Enfin, dans la troisième catégorie, il groupe les manifestations qui n'ont point un rapport direct avec les deux classes précédentes, ou qui, si elles s'en rapprochent d*un côté, s'en éloignent de l'autre, et que pour cela il appelle sentiments mixtes.

Les bons sentim^ents dominent. La proportion des cas de cette classe est de 626 (474 hommes, 152 femmes). Parmi ces divers sentiments, dit M. de Boismont, les plus fréquents sont ceux de la sociabilité, et se manifestent par des adieux. Ils suivent une hiérarchie en rapport avec les affections de l'homme ; ils s'adressent successivement aux époux, aux parents, aux enfants, aux amants, aux maîtresses, aux amis, aux connaissances, au monde en général. — Ensuite viennent les sentiments moraux, le remords d'une faute commise, la honte d'un crime, la douleur de n'avoir pu se corriger, la crainte de déshonorer sa famille et le désir de se punir soi-même. Quelquefois même c'est une susceptibilité morale presque maladive, c'est un sentiment exagéré de l'honneur, la crainte du soupçon ou de la calomnie.— Souvent aussi c'est

le chagrin de la séparation", surtoat chez les femmes, qui, presque tontes, prient qu'on garde un souvenir d'elles, qu'on les pleure. C'est le regret de la douleur que leur suicide va causer à leurs parents, à leurs amis. C'est aussi et souvent le dernier adieu au séducteur qui les a perdues, adieu mêlé de pardon. — Le pardon se manifeste même chez beaucoup d'hommes envers leurs" oppresseurs et leurs ennemis. — Enfin viennent les sen* timents religieux, qui se réveillent avec force, surtout chez les femmes, sous l'inspiration de la dernière heure. Un certain nombre réclament les cérémonies et les prières de l'Église. — C'est une consolante idée de penser que Dieu, à ce moment suprême, recueille un soupir de ces pauvres cœurs brisés, une prière de ces pauvres âmes éperdues. — Ah l laissons a Dieu seul le soin de faire, d'une main équitable et sûre, la part du délire et celle de la liberté. Ne nous pressons pas de condamner. Gardons inflexiblement les principes ; maïs abstenons-nous de juger trop vite et disons comme la foule assemblée autour du cadavre de ce suicidé : « Le malheureux I >

Les mauvais sentiments comprennent 374 cas (Î79 hommes, 95 femmes) ; 304 écrits contiennent des plaintes ou des imprécations contre la famille, la société. Dieu. 29 lettres révèlent l'athéisme et le désir du néant. Une seule de ces lettres est signée

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d'une femme. Dans 9 écrits, on ne trouve que Texpression d'une idée de libertinage. Dans 81 cas, c'est l'hypocrisie ou la vanité qui a dicté les paroles suprêmes.

, Enfin les sentiments mixtes sont ceux où la moralité de la dernière pensée ne se marque pas suffisamment. Dans cette catégorie se placent les écrits des aliénés, qui tous attestent l'obsession des hallucinations bizarres, l'état morbide, l'incohérence de la pensée, ce qui les distingue suffisamment des suicides accomplis dans l'état de raison. Parmi les suicidés raisonnables^ les uns se préoccupent des souflrances, craignent de manquer de courage. D'autres au contraire montrent une résolution froide. Beaucoup ont le souci de leurs funérailles et font à cet égard les recommandations les plus précises. Les opinions fatalistes sont très-fréquentes. Quelques-uns marquent l'indifférence la plus complète pour l'opinion publique. D'autres au contraire, et en assez grand nombre, laissent deviner le désir d'obtenir de la publicité, de faire parler de soi. D'autres enfin trahissent, dans leurs derniers écrits, la futilité des motifs qui les poussent au suicide. Ce serait là l'occasion de réflexions bien amères. On s'effraye de voir des malheureux jouer ainsi avec la mort. Il y a des cas désespérés où la gravité suprême des circonstances donne un intérêt sérieux au suicide. Mais que dire de

;es âmes puériles qui se précipitent dans la mort pour se venger des petites contrariétés de la vie I Quelle effrayante débilité de raison !

Quelle conclusion devons-nous donner nousméme au terme de cette longue et douloureuse étude ? On n'attend pas de nous qu'après avoir retracé dans ses phases principales l'histoire du suicide et l'avoir étudié dans la statistique contemporaine, nous reprenions maintenant la question sous le point de vue moral. Ce serait la matière d'une nouvelle étude , plus difficile que la première en ce qu'elle aurait, à chaque instant, à se tenir en garde contre le lieu-commun et la déclamation. A peine pouvons-nous, en quelques mots, indiquer comment il serait possible de combattre' cette tentation endémique du suicide, qui chaque jour fait d'effrayants progrès. Non pas que je croie que le mal puisse être supprimé : je ne me fais pas cette illusion. Je sais que dans ces âges où la foi était naïve et forte, même alors des âmes chrétiennes, des âmes de prêtres et de moines subissaient l'horrible tentation et parfois y succombaient. Je sais que tant qu'il y aura des hommes, il y aura des douleurs sans remède, des désespoirs, des passions, c'est-à-dire, des occasions de suicide. Mais si le mal ne peut pas être supprimé, certainement il peut être refoulé dans certaines limites. Et ce serait encore là un trop beau résultat, pour

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