PRÉFACE XIX
diverses formes du mysticisme, et sa conception de l'idéal ne lui paraissait pas incompatible avec quelques défaillances de la raison. Ses études sur la Kabbale lui avaient laissé un goût d'idéalisme poussé parfois jusqu'à l'exaltation; et s'il n'avait pas été, en somme, essentiellement philosophe, c'est plutôt du côté des mystiques qu'il aurait penché, pour fuir certaines aberrations du criticisme. Voici, à ce sujet, un autre passage de ses Nouvelles Études religieuses, dont il ne faudrait pas tirer des conséquences trop rigoureuses, mais qui ajoute un trait digne d'être noté à cette figure si originale : « L'idolâtrie a son principe dans la nature humaine : pourvu qu'elle ne s'abaisse pas à de petites idoles et ne dégénère pas en de méprisables superstitions ; pourvu qu'elle reste féconde en œuvres d'art, de poésie, d'abnégation, de charité, sans avoir la prétention d'arrêter l'essor de la raison, les conquêtes de la science, les progrès de la liberté, il faut l'observer avec un intérêt respectueux, et la laisser faire. » Ainsi, ce qu'on a appelé sa condescendance pour des croyances qui n'étaient pas les siennes, sa déférence pour le Christianisme n'était qu'un des aspects de sa tolérance en matières religieuses ;