Pirkè Aboty cli. vi
<^Iigé de la mo^rer et de la contenir. CT est le but que s'est proposé le grand prêtre Stméon le Juste, SI nous en jugeons par les paroles que lui attribuent les deux Talmuds.
c De ma vie, dit-il, je n'ai voulu goûter du sacrifice qu'immolait le Naziréen. Une fois cependant arriva un homme du midi qui s'était voué à ce genre de vie. Je le vis; il avait de beaux yeux, une mine superbe, et ses cheveux tombaient en riches boucles sur sa figure. Pourquoi, lui demandai-je, porter les ciseaux sur cette belle chevdure? — J'étais, répondit-il, le berger de mon père dans la ville que jTiabitais. Un jour, en puisant de l'eau à la source, je r^rdais avec satisfaction mon image, un mauvais penchant allait s'emparer de moi et me perdre, lorsque je me dis : Quoi î méchant que tu es, tu veux t'enorgueillir de ce qui n'est pas à toi et qui ne sera un jour que vermine et poussière I j'en fais le serment, je couperai ces cheveux en l'honneur du ciel. — Aussitôt, continue Siméon, je Tembrassaî sur la tête en m'écriant : Puisse-t-il y avoir en Israël beaucoup de Naziréens comme toif »
Malgré la décadence que semble leur reprocher
ce récit, et les obstacles qu'opposait à leurs vœux le sacerdoce lui-même, le nombre de Naziréens alla toujours en augmentant; on compte parmi eux deux prosélytes célèbres, Marie, reine de Palmyre, et Hélène, reine d'Adiabène. Comment s'étonner que, réunis à la fin sous l'empire d une même règle, ils aient formé des monastères et créé l'ordre religieux des Esséniens?
L'amour de la solitude et celui de la contemplation, l'ascétisme et le mysticisme vont rarement l'un sans l'autre; aussi les voyons-nous réunis chez les Esséniens. Les idées spéculatives qui leur sont attribuées par Josèphe et par Philon, les seuls écrivains de l'antiquité qui nous aient parlé d'eux d'une manière un peu suivie, ont beaucoup d'analogie avec celles qui ont été recueillies, à une époque certainement postérieure, dans le Zohar. Josèphe nous assure que, non contents de croire à l'intervention de la Providence dans les événements de ce monde, ils lui sacrifiaient absolument tout, même la liberté humaine et poussaient leur fatalisme religieux jusqu'à la doctrine désespérante de la prédestination. Ils auraient donc répudié ouvertement cette sage maxime des Pharisiens : « Tout est dans la
main de Dieu, excepté la crainte de Dieu. »
Mais nous avons beaucoup plus de confiance dans le témoignage de Philon, selon lequel, par une application anticipée de Tidéc de la grâce, ils faisaient remonter à Dieu tout ce qui est bien, par conséquent nos bonnes actions, et laissaient à rhomme la responsabilité du mal. Ils admettaient, non seulement l'immortalité, mais la préexistence des âmes, persuadés que cette vie terrestre était pour elles un exil, le corps une prison, et la mort une délivrance après laquelle elles retournaient avec joie dans leur patrie céleste. En reconnaissant, avec tous les sectateurs du mosaîsme, Texistence des anges, ils leur imposaient des noms et probablement des attributs nouveaux que leur serment leur interdisait de révéler aux profanes. Indépendamment de ces dermes connus, ils en avaient d autres qui ne pouvaient franchir le cercle de leurs réunions, et sur lesquels leurs deux historiens nous ont laissés dans une complète ignorance. On trouve pourtant dans Philon^ des motifs de supposer que cette partie de leur doctrine se rapportait à Dieu