‹ Nouvelles études orientalesChapitre 43 sur 99 · Malh. VIII · texte numérisé non relu

Malh. VIII

sion, nous a été transmise à peu près dans les mêmes termes que celle qu'on lit dans un des derniers chapitres de saint Mathieu. Il s'agit de prouver qu'un pieux et savant docteur, enlevé à la fleur de l'âge, ne perdra rien par cette mort prématurée des récompenses qui attendent au ciel les vrais serviteurs de Dieu, c A quoi nous fait penser, dit le Talmud, la fin de Rabbi Boun bar Rabbi Hiya (c'est le nom du jeune docteur) ? A un roi qui aurait engagé à son service beaucoup d'ouvriers, dont l'un deux montrerait plus d'ardeur au travail que les autres. Voyant cela, que fait le roi? Il emmène cet ouvrier et se promène avec lui en long et en large. Le soir, les travailleurs arrivent pour se faire payer, et le roi paye paiement la journée complète à celui avec lequel il s'était promené. A celte vue, les autres se plaignent en disant : Nous nous sommes fatigués au travail durant la journée entière, et celui qui n'a supporté que deux heures de peine reçoit le même salaire que nous ? C'est que, répondit le roi, celui-ci a fait plus en deux heures que vous dans toute une journée. De même Rabbi Boun, quoiqu'il n'ait étudié la loi que jusqu'à l'âge de vingt-huit ans, la connaissait mieux qu'un savant

TRAITE DES BERAKUOTH 9i

OU on homme pieux qui l'aurait étudiée jusqu'à Tâge de œnt ans. »

Dans la parabole évangélique, c'est à l'ouvrier de la onzième heure qu'on paye le même salaire qu'à ceux qui sont venus dès le matin. Ce qu'on veut récompenser en lui, ce n'est pas, comme dans le Talmud, la supériorité du travail c'est la bonne volonté. Mais ce qu'on veut établir [lardessus lout, c'est la lit>erté du maître de la vigne, c'est le principe de la grâce, en vertu duquel les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers ^ Mais les formes de langage, le tour d'imagination, les figures employées de part et d'autre et les personnages mis en scène se ressemblent parfaitement; ce qui prouve qu'ils sont pris dans le génie même de la race hébraïque et l'imitation n'est d'aucun côté.

Nous venons de nous assurer que le Talmud n'est pas mystique, la grâce l'occupe moins que la justice ; mais il est souvent allégorique. Ainsi par exemple, dans le Traité des Berakhoth^ c'est par l'allégorie qu'il explique un passage assez obscur du cantique de Salomon. Il s'agit du verset : « Mon bien-aimé est descendu au jardin, au par-

i. Math. ch. XX, v. 1-17.

terre des plantes aromatiques, pour paître son troupeau dans les jardins^ » Après avoir fait remarquer qu'il n'est d'abord question que d'un seul jardin, et que tout à coup, à quelques mots de distance, on en menlionne plusieurs, voici à quelle interprétation s'arrêtent les docteurs du Talmud de Jérusalem. Le bien-aimé, c'est l'Éternel; le jardin où il est descendu, c'est l'Univers; le parterre des plantes aromatiques, c'est Israël ; les jardins où le bien-aimé fait paître son troupeau, ce sont les autres nations de la terre, et les roses cueillies par la main du bien-aimé, ce sont les justes, ce sont les sages que Dieu enlève aux peuples étrangers pour les faire passer dans celui qu'il s'est choisi. Pour donner ensuite plus de relief à ces traits épars, le ïalmud les réunit dans une seule image, il en compose un seul tableau. Un roi a un fils qu'il aime avec passion, et il fait construire pour lui un jardin délicieux. Tant que le fils fait la volonté de son père, le père prend plaisir à rechercher dans toutes les parties du monde les plantes les plus belles et les plus rares pour les transporter dans le jardin de son

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