Cantique des Cant, cli. M, v
fils. Mais, si le fils, par sa conduite, vient à irriter son père, celui-ci arrache toutes les plantes que lui-même avait rassemblées et cultivées avec amour. De même, quand Israrl irrite le Seigneur par sa désobéissance, ce ne sont pas seulement les justes des autres nations qui l'abandon nent, on lui enlève même ceux qui sont nésdans son sein.
L'all^orie se trouve ici expliquée elle-même ou i!omplétée par une parabole. Dans Tune et Fautre on remarquera cette idée, que le peuple élu n^aura rempli sa mission et justifié la prédilection que Dieu a pour lui que le jour où il aura uni à ses propres vertus et à sa propre sagesse celles qui existent chez les autres peuples. Cette idée se retrouve dans les livres de la Kabbale, où elle a revêtu un caractère à la fois moral et spéculatif, où elle est devenue le principe d'une sorte d'éclectisme religieux. € La religion du vrai Dieu, disent les kabbalistes, doit attirer à elle ce qu'il y a de saint dans toutes les autres croyances. »
Nous voilà bien loin de ce culte servile de la lettre qu'on reproche si généralement aux docteurs de la synagogue. Quand les auteurs du Talmud semblent tomber dans ce défaut, c'est de leur part un parti pris, un procédé ou un expédient
pour atteindre un but plus élevé, pour placer sous la protection d'un texte de FÉcrituro un précepte qu'ils croient utile ou juste. Le traité que nous avons sous les yeux nous en fournit un exemple remarquable entre tous. Le Talmud est rempli de maximes qui témoignent du plus grand respect pour la femme, qui nous donnent la plus haute idée du rôle qu'elle remplit dans la famille. Nous nous bornerons à reproduire ici ces paroles que nous avons déjà citées en rendant compte du livre de M. Derenbourg : c Honore ton prochain comme toi-même et ta femme plus que toi-même. La mort d'une femme de bien est pour celui qui l'a perdue un malheur égal à la ruine de Jérusalem. » Mais précisément parce qu'ils ne voulaient pas que le strict accomplissement de la loi fût pour la mère de famille et la maîtresse de maison une occasion de négliger ses devoirs, les docteurs de la synagogue l'ont dispensée de toutes les pratiques religieuses qui doivent être accomplies dans un temps déterminé, comme la récitation des trois prières de chaque jour, ou l'obligation d'entendre le son de la corne du l>élier (du schofar) au premier jour de l'an, ou la bénédiction des feuilles de palmier pendant la fête des
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tabernacles, etc., etc. Mais il fallait que cette dispense fût justifiée, au moins autorisée par un texte du Pentateuque. Ils ont trouvé ce verset du Deuièronome^ : « Vous enseignerez nos préceptes à vos fils », et ils en concluent qu'en ne parlant que des fils, Dieu a voulu soustraire à un certain nombre de ses commandements les filles et les femmes*.
C'est dans la partie purement juridique et disciplinaire, celle qu'on appelle la halacha, que se trouvent les interprétations et les discussions de cette espèce. Les allégories et les paraboles entrent dans la composition de ce qu'on appelle Vagada. Mais l'agada renferme aussi des légendes qui, tenant en quelque sorte lo milieu entre la poésie et l'histoire, entre les traditions purement hébraïques et des idées ou des croyances venues d'une autre source, offrent presque toujours un sujet d'études intéressantes. En voici une tirée du Traiié des Bérakhothy qui est particulièrement digne d'attention. Nous n'en retranchons que quelques détails inintelligibles et absolument étrangers au sujet.