Marc. ch. ii. v
bœuf, ne fait-elle point penser à la crèche et à la tradition populaire d'après laquelle l'enfant divin aurait reçu le jour entre un bœuf et un âne?
Mais comment la naissance du Jésus, du Messie chrétien, a-t-elle pu trouver place dans le Talmud? C'est pour y être tournée en dérision et présentée comme un malheur, comme un malheur passager t|iie Dieu fera cesser quand il se sera réconcilié avec son peuple. A ces sentiments répond la seconde partie de la légende. C'est la propre mère de Menahem qui est chaînée de les exprimer avec une énergie sauvage. Sans demander précisément la mort de son enfant, elle souhaite celle des ennemis d'Israël, parce que la naissance de ce prétendu Messie assure leur triomphe en préparant la ruine de Jérusalem. Lorsque ensuite elle vient dire, non seulement sans regret, mais avec un sentiment de satisfaction, que son fils lui a été enlevé au milieu d'un catacl3^sme, il est difficile de ne pas croire que ce n'est pas seulement du Christ qu'elle veut parler, mais du christianisme.
Cette légende porte en elle la marque de son origine et la date de sa naissance. Quand même elle ne ferait point partie du Talmud de Jéru-
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salem, on verrait qu'elle n a pu se former que sur le sol de la Palestine, à l'époque où ceux de ses habitants qui étaient restés fidèles à la foi de leurs pères subissaient la persécution des empereurs chrétiens de Byzance. On sait que les persécuteurs n'ont point manqué parmi eux et que parmi leurs édits figure fréquemment celui qui interdit l'étude de la iJeutérose, c'est-à-dire de la loi orale.
On reconnaît encore le style et le caractère légendaire dans le récit de la mort d'Akiba. Ce docteur, un des plus vénérés et des plus illustres parmi ceux qui ont attaché leurs noms à la Hischna, ayant pris parti pour Barcokébas, fut condamné par Adrien au dernier supplice. Voici comment son martyre est raconté dans le Talmud de Jérusalem ^ .
Akiba était sur le point de subir sa condamnation devant l'impie Turnus Rufus, lorsque arriva l'instant de réciter le schéma. Il prononça les saintes paroles, et, pendant qu'elles sortaient de ses lèvres, un éclair de joie illumina son visage. « Vieillard, vieillard, lui cria le proconsul, la magie t'a-t-elle enseigné le secret de
1. Traité des Berakhoth, p. 172 de la traduction de M. Schwab.
conjurer la douleur, ou bien est-ce pour me braver que lu souris au milieu des tortures? — Calme-toi, répondit Akiba, la magie ne m'a enseigné aucun secret et je ne songe pas à te braver. Mais loule ma vie, quand je récitais ce verset : « Tu aimeras TÉternel, ton Dieu, de tout ton cœur, de loule ton ûme et de toutes tes facultés», je me suis demandé avec tristesse si je pourrais jamais mettre en pratique les trois manières d'adorer Dieu que prescrit notre loi. J'ai prouvé que j'aimais l'Éternel de tout mon cœur et de toutes mes facultés. Mais je n'ai pas encore pu lui prouver mon amour en lui rendant mon âme. Je lui donne aujourd'hui ce témoignage dans l'instant même où c'est l'usage de réciter les paroles qui nous en font un devoir. Voilà la cause de ma joie. » En achevant ces mots, il expira ^
Le Talmud n'est pas seulement un recueil de traditions, de discussion?, d'allégories, de paraboles et de récits légendaires, il contient aussi des observations de mœurs et des peintures de caractères qui attestent une grande sagacité, en même
1. Nous croyons avoir rendu exactement le fond et jusqu'aux moindres détails de la légende, nous n'avons pas eu rintenlion d'en traduire litlôralonient les termes. Rien de plus rude et de plus embarrassé que le style du Talmud.
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temps qu'elles fournissent un élément précieux à l'histoire. On n'a qu'à lire, pour s'en convaincre, le passage des Berakhoth où sont énumérées et définies les différentes espèces de pharisaïsme. On y trouvera aussi la preuve qu'il y a une différence entre les pharisiens et les interprètes de la loi orale. Il existe, selon le Talmud de Jérusalem, sept types de pharisiens, ou, pour conserver la simplicité de l'expression originale, sept pharisiens : celui qui accepte la loi comme un fardeau ; celui qui agit par intérêt; celui qui se frappe la tète contre les murailles pour éviter la vue d'une femme; celui qui agit par ostentation; celui qui prie qu'on lui indique une bonne action à faire; celui qui ne cède qu'à la crainte; celui qui est inspiré par l'amour. Le premier ressemble à un homme qui chaînerait les commandements divins sur ses épaules pour les porter plus loin (c'està-dire pour s'en débarrasser). Le deuxième a Tair de dire : Prêtez-moi de l'argent si vous voulez que j'accomplisse ce précepte. Le troisième se dit à lui-môme : Je vais remplir une des prescriptions de la loi, puis je me donnerai le plaisir d'en violer une autre, et les deux actions se balanceront. Arrivant au septième, à celui dont l'amour
seul dirige toutes les actions, le Talmud dit : « Celui-ci est le meilleur de tous, il ressemble à notre patriarche Abraham, dont la foi a vaincu et, en quelque sorte, converti les mauvais penchants. Il a fait avec Tinstinct du mal comme un pacte pour ne plus pécher, m C'est immédiatement à la suite de ces réflexions que l'on trouve, en guise de preuve, le récit de la mort d'Akiba. Sans avoir aucun soupçon du vrai système du monde, qu'entrevoyaient les Kabbalistes, sans fonnaitre même le système de Ptolémée, auquel on ne s'aperçoit pas qu'ils fassent jamais la moindre allusion, les auteurs du Talmud se font une assez grande idée de l'immensité de l'univers. Ils pensent qu'il ne faudrait pas moins de cinq cents ans pour parcourir la distance de la terre au ciel, qui est étendu immédiatement au-dessus de nous. Ils supposent le même intervalle entre un ciel et un autre, et entre les deux extrémités opposées du même ciel, quand on le traverse dans son épaisseur. Cependant, ajoutent-ils. Dieu est si près de nous, qu'il suffit de l'invoquer à voix basse dans un coin pour qu'aussitôt notre prière arrive jusqu'à lui. Pour en donner une preuve (car toujours il leur faut une preuve tirée de
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quelque texte de TEcriture), ils citent ce verset du livre de Samuel * : « Hanna se parlait à ellemême, ses lèvres seules remuaient, mais on n'entendait pas sa voix. »
Le Talmud n'admet pas seulement la prière à voix basse, le silence lui-même lui paraît quelquefois le plus bel hommage qu'on puisse rendre à la majesté divine. Après avoir montré combien les épithètes que nous donnons à Dieu dans nos hymnes et dans nos prières sont souvent indignes de lui, et de quelle témérité on se rend coupable quand on veut énumérer tous ses attributs, un des docteurs conclut en ces termes : « La meilleure des adorations consiste à garder le silence* ».
Mais les auteurs du Talmud ne se piquent pas trop d'être conséquents. En même temps qu'ils s'efforcent de mettre la majesté divine au-dessus des louanges de Thomme, avec quelle facilité et quelle profusion ils la font intervenir dans les moindres événements de l'histoire sainte I Ainsi, quand Moïse dit dans VExode^ que Jéhovah Ta fait échapper à l'épée de Pharaon, il est impos-