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N" 764. Nous n'avons pas osé rendre la crudité du texte

plus réservées, qui cultivait la peinture, ayant aperçu à Paris, chez des amis, un vieux rabbin de Bagdad, revêtu de son costume oriental, eut envie de faire son portrait et le fit prier par une personne respectable de venir, moyennant rétribution, poser dans son atelier. Le vieillard (il était âgé d'au moins soixante-dix ans) y consentit, trouva la jeune femme entourée de sa famille, et laissa tranquillement recueillir ses traits au pastel. Mais un jour, par suite d'un incident passager et imprévu, l'artiste se trouva seule avec son modèle. Aussitôt celui-ci se mit à pousser des cris sauvages et à frapper de toutes ses forces le parquet avec son bâton. On accourt effrayé, on lui demanda la raison de ce tapage, et, comme il ignorait l'usage de notre langue, il traça sur un morceau de papier trois mots hébreux qui voulaient dire : « Il est défendu de laisser ensemble, sans témoins, un homme et une femme ».

Pour ceux qui la jugent avec ce mépris et cette défiance, la femme cesse d'être la reine du foyer; elle descend au rang d'une servante, dont on n'exige pas d'autre qualité que la soumission» Cette opinion, absolument opposée à celle que nous avons rencontrée précédemment, et qui devait

être celle de la classe la plus vulgaire des docteurs, se résume dans la maxime suivante : « La meilleure femme est celle qui obéit à son mari b. Saint Paul n'a pas dit autre chose, et l'article 213 de notre Code civil tient le même langage. C'est sans doute pour assurer au mari cette subordination de la femme que les auteurs du Talmud sont d'avis qu'on la prenne dans une condition inférieure à celle dont on est soi-même. D faut faire le contraire pour un ami, parce que ses conseils ne seront écoutés que s'il a de l'ascendant sur nous. « Descendez d'un degré, disent-ils, pour choisir une femme ; montez d'un degré pour choisir un ami. »

Il n'est pas de sujet, surtout quand on le traite par sentences détachées, qui prête à plus de contradictions. Cependant nous ne pouvons nous empêcher, avant d'en sortir, de citer encore une des pensées qu'il a inspirées. Elle suffira pour racheter les erreurs et les injustices qu'on aura pu trouver dans les pensées précédentes. « Un vieillard est quelque fois la terreur de la maison ; une femme d'âge avancé en est le trésor. » Quel hommage rendu à la vieillesse de la femme et quelle grâce mêlée au respect !

Les auteurs du Talmud ne sont pas seulement, comme on vient de s'en assurer, des précepteurs de morale qui tracent à grands traits les règles de la vie ; ce sont aussi des moralistes dans le sens moderne du mot, c'est-à-dire des observateurs du cœur humain. Sans faire fléchir la règle, ils constatent les obstacles que lui opposent nos vices et nos faiblesses, ou nous montrent les différents ressorts et les différents états de notre existence. Nous laisserions notre tâche incomplète, si nous ne faisions connaître quelques-unes des réflexions qu'ils nous ont laissées en ce genre.

« La passion est d'abord un passant, puis un hôte, et à la fin elle est la maîtresse de la maison. »

« Si la passion n'existait pas, on ne bâtirait pas de maisons, on ne se marierait pas, on n'aurait pas d'enfants. » — « Si l'on tuait la passion, le monde périrait avec elle. » M. Schuhl signale avec raison l'analc^ie qui existe entre ces deux pensées et celle de Schiller : « L'édifice du monde n'est soutenu que par les ressorts de la faim et de l'amour >. Mais elles rappellent aussi un curieux passage des œuvres de Jacob Bœhm. Le mystique allemand, après avoir personnifié la passion dans le diable, ajoute aussitôt : <( Le

diable, c'est le sel de la nature ; sans lui le monde ne formerait qu'une fade bouillie ».

Pascal, dans son Discours sur les passions de V amour j fait cette remarque : « A mesure que l'on a plus d'esprit, les passions sont plus grandes. » Selon La Rochefoucauld, <c il n'appartient qu'aux grands hommes d'avoir de grands défauts ». Les moralistes du Talmud disent la même chose:

« Lorsqu'un homme est plus grand que les autres, ses passions aussi sont plus grandes .1 De là ce conseil de défiance à Tégard de soi-même et des autres : a II n'y a pas de garantie contre la passion. » Grande ou petite, la passion est toujours égoïste : « .On ne pèche pas pour le profit d'autrui. » Et les deux principales causes du péché, les ministres ordinaires de la passion, sont désignées d'une manière originale dans ces mots : « Le cœur et les yeux sont les courtiers du mal ; » ou bieu : « Le cœur et les yeux sont des courtiers de séduction au profit du corps. »

Les différentes passions prises séparément ou les différentes faiblesses du cœur et de l'esprit ne sont pas moins bien caractérisées que les passions en général. « L'orgueil est une forme de ridolâtrie. » — « L'audace est une royauté sans

couronne. » — « La jeunesse est une couronne de roses, la vieillesse une couronne d'épines. »

— « Sur dix parts de sommeil qui existent dans le monde, les domestiques en ont pris neuf. »

— « Un homme ruiné ne compte pas plus qu'un mort. » — « A la porte de la richesse les amis et les parents sont en grand nombre; à la porte de la pauvreté il n'y a ni amis ni parents. »

— « Il n'y a de pauvres que les pauvres esprits. » Ce n'est pas seulement la justesse de l'observation, mais la délicatesse du sentiment qu'on reconnaît dans ce conseil : « Évitez de passer devant un débiteur insolvable. » Voici une maxime d'un caractère tout différent ; elle nous montre, par une image des plus expressives, quel cas nous devons faire de l'opinion ou peut-être quelle puissance elle exerce sur nous : « Si un seul homme te dit que tu as des oreilles d'âne, n'y prends pas garde; mais s'il y en a deux qui te le disent, atlache-toi une bride. »

Outre les réflexions qui intéressent la morale et la religion, le recueil dont nous nous sommes occupé à rendre compte renferme des conseils d'hygiène et d'économie domestique. Comme tous ceux que nous avons passés en revue, ils sont empruntés

au Talmud, image fidèlo, et complète de la vie

israélite pendant le long espace de temps qu'il a

mis à se former.

Les auteurs du Talmud n'ont aueune foi dans

la médecine, et témoignent une médiocre bienveillance pour les médecins. Il s'agit, bien entendu, de la médecine et des médecins de leur temps et des contrées orientales qu'ils habitaient. € Gardez-vous, disent-ils, d'habiter une ville qui a pour premier magistrat un médecin . » On peut supposer ici la crainte que le médecin, tout entier à ses malades, ne néglige ses fonctions de magistrat . Mais il y a sur lui, ou plutôt contre lui, d'autres apophtegmes dont l'intention ne laisse aucun doute. « Un médecin que vous ne payez pas ne vous rend aucun service. » — « Le médecin que vous appelez de loin (à cause de sa réputation) est un œil aveugle. » Enfin voici qui comble la mesure : « Le meilleur des médecins est digne de l'enfer. » A la médecine, le Talmud préfère l'hygiène : « S'humecter les yeux avec une goutte d'eau froide le matin et se baigner les pieds et les mains dans de l'eau chaude le soir vaut mieux que tous les collyres du monde* »

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