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Une pièce de monnaie

dépaysé reste sept ans sans aboyer », nous donne à entendre qu'il faut être prudent et se garder de parler trop ou trop tôt en pays étranger.

Ce n'est pas sans étonnement qu'on rencontre parmi ces proverbes taimudiques une allusion à un conte que La Fontaine a mis en vers : Le paysan qui a offensé son seigneur. Ce paysan, ayant à choisir entre trois châtiments : manger trente aulx sans boire, recevoir trente coups de bâton ou payer cent écus, les subit tous les trois, parce qu'il n'a pas su endurer jusqu'au bout les deux premiers» Sauf une légère variante, autorisée par une version plus ancienne, il est impossible de ne pas reconnaître le fond de ce récit dans les mots suivants : « Il mange des poissons pourris, reçoit des coups de bâton et paye l'amende. > Il y a un autre proverbe où Ton retrouve l'apologue du laboureur et de ses enfants : « Celui qui va visiter son champ tous les jours, y trouve chaque fois une pièce d'argent. »

Nous signalerons enfin quelques expressions proverbiales qui ne sont pas moins remarquables que les proverbes eux-mêmes. En voici d'abord quelques-unes qui font partie du langage des Évangiles • <r Médecin, guéris-loi toi-même; — faire

passer un chameau par le trou d'une aiguille; — ôter une paille de son œil ; — ôter une poutre de son œil ». En voici d'autres qui ont aussi leur mérite : Vouloir l'impossible ou deux choses contradictoires, c'est € briser le tonneau et conserver le vin. » Celui qui possède des moyens d'instruction dont il ne peut tirer aucun parti, ({ui assiste à des événements qu'il ne comprend pas, est « comme un aveugle devant une fenêtre ».

Avec ceux qui nous servent ou qui sont placés sous notre dépendance, il ne faut pas reculer devant la sévérité quand la persuasion est impuissante . « Si ton crible est bouché, frappe dessus. > Hais nulle autre expression n'e^t plus touchante et plus belle que celle qui compare la mort du juste, exempte de regrets et de remords à un baiser de Dieu. Chez celui qui meurt de cette façon, € l'âme, disent nos docteurs, se détache du corps, sans plus de résistance que celle d'un cheveu qu'on retire du lait ».

On voit combien est précieuse et variée la matière du volume que nous venons d'analyser. La façon dont elle est mise à la portée du lecteur européen est-elle irréprochable? Nous sommes loin de le croire. M. Schuhl mérite plus d'un re^

proche. On ne comprend pas, dans le temps où nous vivons, avec les habitudes actuelles de la science, qu'un pareil volume ne renferme pas de nombreuses observations philologiques. La langue dans laquelle plusieurs de ces proverbes et sentences sont rédigés, — langue étrange et souvent étrangère à l'hébreu, formée de débris d'autres idiomes, — les réclamait particulièrement. La critique, dans un tel travail, avait sa place marquée à côté de la philologie. Il aurait fallu comparer les textes entre eux et choisir, après discussion, les meilleurs. C'est surtout ce qu'il aurait fallu faire pour le texte du traité d'Àbothj qu'il était indispensable de placer en regard de la traduction. Le traité d'Aboth se trouvant dans tous les rituels, il était superflu de le reproduire, si ce n'était pas pour le soumettre à une savante re vision et à des corrections utiles. Enfin, la traduction française, sans être matériellement inexacte, laisse beaucoup à désirer. Elle manque de relief. Elle affaiblit l'image orientale, quand elle ne l'efface pas tout à fait, et elle ne cherche {)as l'équivalent de cette concision qui est le caractère propre et comme la marque d'origine des proverbes talmudiques. Malgré ces défauts, le

recueil que vient de publier M. Schuhl est un véritable service rendu au public lettré, sinon au public savant. Il est le premier de ce genre qui ait paru dans .notre langue; ce qui est déjà un très grand mérite. Mais il en a beaucoup d'autres, parmi lesquels il ne faut pas oublier la comparaison des proverbes hébraïques avec ceux des autres nations anciennes et modernes. Un tel livre ne peut manquer d'être lu avec intérêt et avec profit.

« Cette Revue, nous disent ceux qui l'ont fondée, est consacrée à des recherches d'érudition et à la publication d'œuvres restées inédiles jusqu'à ce jour. » Pour compléter leur pensée, ils ont soin d'ajouter : « Nous ne voulons pas faire <Euvre de propagande religieuse et nous ne poursuivons pas un but d'édiflcation. On ne demandera aux écrivains de la Revue ni qui ils sont ni d'où ils viennent : pourvu qu'ils soient sincères et sérieux, ils seront accueillis avec le plus grand empressement. » Tel est l'esprit qui a présidé à la création de ce recueil, et Ton reconnaît avec plaisir que, jusqu'à présent, il y est resté par-

1. Publication trimestrielle de la Société des études juives, n*' 1 (juillet-septembre) et 2 (octobre-décembre 1880), 321 pages grand JQ-S". Paris, à la Société des études juives, rue Saint-Georges, n* 17.

faitement fidèle. Aussi la liste de ses rédacteurs ne se compose-t-elle pas uniquement de noms Israélites; on remarque parmi eux des noms honorablement connus de savants chrétiens ou étrangers au judaïsme. Quant aux sujets qui y sont traités, ils appartiennent à presque toutes les branches de l'érudition : à la philologie, surtout à la philologie biblique et talmudique, à l'histoire, à l'archéologie, à l'histoire littéraire, à l'épigraphie, à l'étude comparée des religions et des controverses religieuses. On y trouve également des notices biblic^raphiques et des critiques d'ouvrages nouveaux que leur brièveté n'empêche pas d'être utiles et quelquefois 1res intéressantes. Elles appellent l'attention sur des publications savantes que leur origine étrangère ou leurs titres incompris dérobaient facilement à la connaissance du public français.

Ce qui nous a le plus frappé dans le premier numéro, c'est l'article de M. Joseph Halévy sur Cyrus et le retour de l'exil, celui de M. Isidore Loeb sur le rôle des Juifs de Paris en 1296 et 1297, celui de M. Abraham Cahen sur le concours ouvert en 1787 par la Société royale de Metz et qui avait pour sujet les moyens de rendre les

Juifs plus utiles et plus heureux. S'il n'était absolument nécessaire do faire un choix, non suivant le mérite des travaux, mais en raison de l'attrait qu'ils ont pour nous, nous citerions toute la table des matières» et nous nous garderions d'oublier l'exemple d'exégèse évangélique donné par M. Israël Lévy et ses réflexions sur les Apocalypses dans le Talmud. C'est à l'article de M. Joseph Halévy que nous croyons devoir nous arrêter le plus longtemps.

Se fondant sur deux inscriptions cunéiformes relatives au règne du roi babylonien Nabonide et à la prise de Babylone par Cyrus, le savant oriei>taliste arrive à plusieurs conclusions qu'il est diflicile de concilier avec les récits hébreux. D'abord il faudrait, selon lui, retrancher de l'histoire le règne de Balthasar et l'apparition des mots terribles : Manéj Thécel, Phares. Le dernier roi de Babylone, selon les inscriptions dont nous venons de parler, c'est Nabonide, mort prisonnier à Babylone, huit jours après la prise de la capitale de son empire. Il est vrai que Nabonide a laissé un fils dont le nom babylonien Belsarouçour a beaucoup de ressemblance avec Belsaçar, le nom hébreu de Balthasar. Mais Belsa-

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rouçour n'est jamais monté sur le trône d'où son père a été renversé.

Hérodote n'est pas moins atteint que la Bible par le document qu'invoque M. Joseph Halévy.

Cyrus, pour s'emparer de Babylone n'aurait pas eu besoin d'en faire le siège et ne l'aurait pas surprise au milieu d'une orgie; mais la grande ville lui aurait spontanément ouvert ses portes ; elle aurait accueilli le roi victorieux, moins comme un ennemi que comme un sauveur; car Cyrus, ce Messie de Jéhovah^ comme l'appellent les prophètes, aurait été, dans l'empire babyloiiien, le restaurateur du culte national, fort négligé et ouvertement méprisé par son prédé- •cesseur; et le culte national, comme on sait, n'était pas autre chose qu'une des formes du polythéisme oriental.

Un autre fait que M. Halévy a cru découvrir dans les inscriptions babyloniennes, c'est que Cyrus et ses aïeux jusqu'à Teispès inclusivement, auraient été, non des rois de Perse, comme l'affirme le père de l'histoire et comme l'admet sans examen l'opinion commune, mais des rois de la Susiane, le même pays que les Sémites désignent sous le nom d'Élam. Or la Suziane ou

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le royaume de Suse formait un État puissant, d'une haute antiquité, ix)urvu d'une armée aussi nombreuse que vaillante, et qui 2300 ans avant notre ère avait déjà une première fois conquis la Babylonie. La possession d'un tel empire peut seule nous expliquer la conquête de Babylone par Cyrus. Elle était absolument impossible pour un roi de Perse, pour un prince qui n'avait sous ses ordres qu'un petit peuple pauvre, obscur et à demi nomade.

Sur la religion de Cyrus et sur la politique qu'il a suivie à l'égard des peuples subjugués par ses armes, M. Halévy nous présente des considérations non moins importantes, auxquelles, si l'on ne découvre pas de nouveaux textes ou une nouvelle interprétation des textes connus, il semble difficile de ne pas accorder au moins une grande vraisemblance. Nulle part, à propos de Cyrus, on ne fait intervenir le dogme mazdéien des deux principes, ni le nom d'Ormuzd (Ahura Mazda) ni celui des Amschaspands et des Izeds. Les seules divinités qu'il semble reconnaître, ce sont les divinités babyloniennes, parmi lesquelles Bel et Nébo tiennent le premier rang. Mais il invoque plus particulièrement la protection de

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Mardouk, un dieu qui reçoit la qualification de € vivificateur des morts ». Dans cette expression faut-il apercevoir, comme le pense M. Halévy, le dogme de la résurrection, de la résurrection des corps? Gela parait difiBcile. Mais quand même ils auraient adopté cette croyance, Cyrus et les Babyloniens n'en auraient pas moins été polythéistes, ou ce que les livres hébreux appellent des idolâtres. Dès lors, se trouve renversée la supposition d'après laquelle le monothéisme hébreu serait un emprunt que les tribus exilées auraient fait à leurs maîtres et à leurs vainqueurs. La religion de Zoroastre, n'étant pas encore connue à celte époque dans l'empire de la Perse, n'a pu exercer aucune influence sur les écrivains de la Captivité. Ce n'est que beaucoup plus tard qu'un certain rapprochement s'est établi entre les croyances juives et les croyances iraniennes; par exemple, entre le récit de la création et l'histoire du. premier couple humain tels qu'on les lit dans la Genèse et tels que nous les présentent les livres du Mazdéisme. Mais, dans ce rapprochement, laquelle des deux races, laquelle des deux religions a servi de modèle à l'autre? Voilà le problème qui resterait encore à résoudre.

Quant au terme mis par Cyrus à l'exil des Juifs, il n'est qu'une application de la politique générale de ce prince à l'égard de tous les peuples violemment transportés par ses prédécesseurs dans son immense empire. A tous les exilés il rend leur patrie. Dans tous les États réunis à sa puissance, il laisse subsister la religion nationale et la dynastie nationale, quand il y en a une. 11 se contente d'y maintenir son autorité par ses satrapes et d'y lever • les impôts qui lui sont nécessaires. Naturellement, avec leur imagination ardente et leur croyance à une action divine toujours exercée en leur faveur, toujours occupée à les protéger ou à les châtier, les Juifs ont attribué cet acte de délivrance à une inspiration d'en haut, à une impulsion de Jéhovah, et ils ont fait de Cyrus son Messie, son élu, son oint^ tout en confessant qu'il n'a jamais connu Jéhovah * .

Par le point de vue nouveau sous lequel se présente à son esprit l'histoire de Cyrus, M. Halévy se croit autorisé à attribuer aux prophéties qui regardent la chute de Babylone, et aux livres

1. Voyez les passages cités par M. Ualévy, à Tappui de soq opinion, p. 23.

bibliques en général, une antiquité beaucoup plus haute que celle qui leur est reconnue par la plupart des critiques. Puisque Babylone s'est livrée volontairement, pacifiquement aux mains de Cyrus, et qu'elle a cru voir en lui un restaurateur de sa vieille gloire et de son antique religion, elle n'a pas connu les calamités sous le poids desquelles les prophètes hébreux nous la montrent écrasée ; elle n'a pas été abandonnée, au moins dans cette occasion, à la dévastation et à la ruine; elle n'a pas vu ses dieux, Baal et Nébo, emportés en toute hâte par leurs sectateurs. Mais, ces humiliations et cette ruine, les prophètes hébreux les souhaitaient, les prévoyaient pour elle et les décrivaient comme des faits déjà accomplis, au moment où Cyrus se préparait à l'attaquer, quand, déjà maître d'Ecbatane et ayant enrôlé sous ses drapeaux les Mèdes et les Perses, il était sur le point de se précipiter sur elle avec toutes ses forces. Or, cette situation est celle où elle se trouve en 540 avant notre ère ou dans la dixième année du règne de Nabonide. C/est alors que le prophète Isaïe, ou celui qui écrit sous son nom, nous montre le dernier roi de la dynastie babylonienne arrivant dans le séjour des morts, dans les profondeurs du

Scliéôly et essuyant les outrages des ombres de ceux qu'il avait opprimés. Ce n'est donc que dans cette môme année 540, et pas plus tard, que ces prophéties ont été écrites, ainsi que les psaumes surtout le psaume 137, qui respirent le même esprit.

Mais si déjà, au milieu du vi® siècle avant notre ère, le monothéisme hébreu avait atteint le degré de développement et de splendeur qu'il nous présente dans Isaie, dans Jérémie, dans les Psaumes, il devient impossible d'en attribuer à Ezdras le monument le plus important, c'est-à-dire le Pentateuque. Le Pentateuque, par la nature des lois et des récils qu'il contient, par le caractère de la langue dans laquelle il est ('crit, appartient évidemment à une époque plus reculée, beaucoup plus reculée que les prophéties et les hymnes dont nous venons de parler. Esdras n'a pu en rédiger même une partie. Il n'a plus l'inspiration des âges bibliques; il nous est présenté comme un scribe, non comme un prophète ou comme un historien sacré. Encore moins lui aurait-on accordé le prestige et l'autorité nécessaires à un législateur religieux.

La critique biblique a déjà tant varié dans ses

innombrables conjectures, elle a déjà passé, à propos des faits qu'elle se vantait d'avoir établis avec le plus de certitude, par tant de revirements soudains, que nous n'oserions pas nous porter garant des considérations présentées par M. Halévy en faveur de l'originalité des doctrines religieuses des Hébreux et de l'antiquité relative des monuments qui les contiennent. Mais ces considérations sont présentées avec beaucoup de force, avec une grande richesse d'érudition et avec un caractère marqué de vraisemblance.

Le rôle des Juifs de Paris en i296 et /297, que publie M. Isidore Lœb, se recommande de luimême à l'attention des érudits. Ce n'est pas, comme on pourrait le croire, un tableau de pure statistique; c'est un document qui intéresse, dans une certaine mesure et sous un certain point de vue, riîistoire de la ville de Paris et celle des Juifs en général. Il est lire d'un manuscrit des Archives nationales qui contient, pour la période écoulée entre 1296 et 1300, le rôle de la taille à laquelle s'étaient soumis les habitants de Paris pour se racheter de l'impôt de la maltôte. C'était une somme de cent mille livres pour chaque année. Les Juifs devaient en suj)portcr leur part, et leur

rôle, dans ce document financier, forme un chapitre à part placé à la suite de celui des Lombards. On y voit qu'ils étaient disséminés dans un assez grand nombre de rues dont plusieurs ont disparu, dont les autres ont changé de noms et. dont Tune, située dans la Cité, portait le nom de Juiverie. Ils occupaient aussi la rue du Franc^Mourier, devenue la rue de Moussy; celle du Renard-Saint-Merry, appelée alors la Court Robert de Paris; celle de TAttacherie, devenue la rue de la Tacherie. On leur attribue deux cimetières, F un dans la rue Guerlande, la même que la rue Galande, l'autre dans la rue La Harpe, près de la rue Pierre- Sarrazin. C'est là qu'on a trouvé, il y a peu de temps, des tombes chargées d'inscriptions hébraïques, qui ont été, dans ce recueil, l'objet d'une savante étude.

Tout cela fait supposer une population juive assez nombreuse, et cependant le rôle dont nous parlons ne contient quequatre-vingt-cinq noms,qui n'appartiennent pas tous à des chefs de famille, puisqu'on y reconnaît des noms de femmes mariées et de filles, expressément désignées comme telles. C'est qu'ainsi que le démontre M. Lœb par une liste alphabétique des Juifs domiciliés à Paris, dont la

rédaction remonte à Tan 4292, dans l'espace des quatre ans qui s'écoulent entre cette date et celle de 1296, la population israélite a singulièrement diminué dans la capitale de la France, et ce qui en reste s'est renouvelé avec une rapidité qui ne s'explique que par les persécutions et parla misère. Tout porte à croire que la diminution et les substitutions ont dû commencer beaucoup plus tôt et continuer après 1297, une date après laquelle il n'est plus question des Juifs de Paris dans aucun acte officiel. L'édit d'expulsion rendu en 1306 par Philippe le Bel contre les Juifs de son royaume n a donc pu produire son effet qu'en province; car les Juifs de Paris, comme s'ils avaient pressenti le coup de foudre, s'étaient dispersas d'eux-mêmes.

11 y a aussi une observation à faire sur la langue à laquelle appartiennent les noms propres dont se compose le rôle de 12!)6 et 1297. Aucun n'indique une origine étrangère, soit allemande, soit espagnole ou portugaise, soit italienne, comme ceux (l'un grand nombre d'israélites contemporains, dont les familles sont établies dans notre pays depuis plusieurs générations; ce ne sont pas même des noms empruntés aux villes et aux vil-

lages de nos provinces du Midi, tels que Lunel, Carcassonne, Crémieux, Bédarrides; ce sont tous des noms ou des surnoms français, ou des noms bibliques entrés dans la langue courante. Les hommes s'appellent Copin, Crcssant, Gressin, Hayin ou Haguin, Joyon, Mahy, Moreau, Pricion, Simonin, Vivant ou Vive; les femmes, Annette ou Amiète, Bêle (pour Belle), Bélete (pour Bellette), Bele-Assez (pour Belle-Assez), Bonne, BonnefiUe, Clarisse, Contesse, Parise, Uose. En admettant que plusieurs de ces noms soient traduits de Thébreu comme celui de Vivant, traduction de Hdim ou Yéhiel^ ils n'en attestent pas moins dans leur ensemble un long séjour en France et des habitudes de langage toutes françaises.

Les renseignements que nous fournit M. Abraham Caben sur l'objet et les résultats du concours ouvert en 1787 par la Société royale de Metz ne sont pas tous absolument nouveaux. L'existence de ce concours était connue. On savait quelle était la question proposée : « Est-il des moyens de rendre les Juifs plus utiles et plus heureux en France? » On n'ignorait pas que sur neuf mémoires présentés, sept concluaient en faveur de l'émancipation des Juifs, ce qui était un signe non

douteux de l'esprit du temps et ne pouvait arriver qu'en France. € Si une pareille question, nous disait M. Graetz, le savant auteur de r Histoire des JuifSy avait été, même de nos jours, proposée en Allemagne, sur neuf mémoires il y en aurait eu sept, et peut-être davantage, contre Témancipation. » Enfin, c'est un fait qui est depuis long-< temps de notoriété publique, que le principal lauréat de ce concours fut l'abbé Grégoire, alors curé d'Emberménil, près de Lunéville, et devenu plus tard membre de la Convention et évêque constitutionnel de Blois. Mais nous devons à M. Abraham Cahen de pouvoir nous faire une idée des opinions soutenues par les adversaires aussi bien que par les défenseurs de la cause Israélite, et de l'appréciation dont elles furent l'objet de la part du rapporteur de la Société royale, M. Rœderer, conseiller au parlement de Metz et appelé après la Révolution à tant de fonctions importantes, depuis celle de procureur-syndic du déparlement de la Seine jusqu'à celles de conseiller d'État de l'Empire et de pair de France de la monarchie de Juillet. M. Abraham Cahen a eu sous les yeux toutes les pièces du dossier académique, et il nous en donne une analyse

substantielle. Après Tabbé Grégoire, les deux concurrents qui approchèrent le plus du but et qui partagèrent avec lui le prix furent un avocat du parlement de Nancy, du nom de Thiéry, et un juif polonais, Zalkind Hourwitz, qui s'est fait un nom par d'autres ouvrages.

L'abbé Grégoire ne fut pas le seul ecclésiastique qui prit parti pour les Juifs ; la même cause a été soutenue par l'abbé de la Louze ou de la Lauze, chevalier de Malte. Des deux écrivains qui se déclarèrent pour le parti contraire, l'un, procureur au parlement de Metz, est d'avis que, «pour rendre les Juifs heureux sans faire tort aux autres Français (nous citons ses propres expressions), il faut les transporter en masse dans les déserts de la Guyane; l'autre, un savant bénédictin de Saint- Avold, après une dissertation très étendue, arrive à cette conclusion que, si l'on veut apporter quelque 'changement à la situation des Juifs, il faut se borner à en faire une caste de parias comme ceux de l'Inde, qui aurait pour fonctions, réservées à elle seule, de faire la récolte du miel et de la cire dans tout le royaume et de servir de messagers aux divers agents de l'Administration publique.

Le premier article qui tombe sous nos yeux

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dans la deuxième livraison de la Hevue des éludes juives porte le nom de M. Deren bourg, membre de TAcadémie des inscriptions et belles-lettres. Il a pour titre: «Études bibliques, notes détachées sur l'Ecclésiaste », et fait suite à un article précédent, composé de « Notes détachées sur Job b . Il ne faudrait pourtant pas prendre trop à la lettre cette modeste annonce. Ces notes détachées, si elles ne forment pas un système, procèdent d'un esprit très systématique et nous signalent un parti pris, des idées arrêtées à l'égard de certains points de la théologie contenue dans les livres bibliques. M. Derenbourg nie que le peuple hébreu, livré à ses propres inspirations, ait jamais eu un soupçon de l'immortalité de l'âme ou d'un principe quelconque, soit un esprit, soit un souffle, survivant au corps. Ils croyaient cependantà une vie future, mais sous la forme de la résurrection, et la résurrection, n'étant cju'un retour à la vie, nous laissait dans ce monde, c'est-à-dire sur la terre, doués seulement d'une existence plus heureuse que celle que nous avions connue auparavant. C'est la résurrection qu'enseigne formellement le livre de Daniel, et c'est le même dogme, non celui de l'immortalité spirituelle, que

nous rencontrons dans l'Évangile, que combattent les Sadducéens quand ils demandent à Jésus quel sera, dans le royaume du Ciel, le mari de la femme qui, selon la loi du lévirat, a épousé successivement les sept frères. L'idée de l'immortalité de l'âme, si nous en croyons M. Derenbourg, n'aurait été qu'une importation grecque, une réminiscence de la doctrine de Platon, accueillie avec faveur à l'époque où le sacerdoce hébreu, où ses prêtres tels que Jason et Ménélas s'étaient complètement abandonnés aux mœurs et à la philosophie de la Grèce. La domination violente et intolérante d'Antiochus Epiphane aurait amené une réaction contre l'influence hellénique, et un de ses effets, ce fut de répudier la foi à l'immortalité pour rendre toute son autorité au dogme national de la résurrection des corps.

Le livre de l'Ëcclésiaste interposerait entre ces deux courants contraires la digue du scepticisme; car l'Ëcclésiaste est une œuvre sceptique, rédigée sous une forme populaire, qui ne respecte rien, sinon l'idée de la justice divine. M. Derenbourg suppose qu'il appartient à la première moitié du n*' siècle avant notre ère et qu'il est dirigé à la fois contre deux partis extrêmes : celui des pié-

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listes exaltés ou Hassidéens, et celui des violateurs audacieux delà Loi, qu'inspire uniquement l'esprit de l'étranger. Il a semblé que le doute auquel l'auteur s'abandonne atteignait aussi la vie future : c'est une erreur, le doute de l'Ecclésiasle ne tombe que sur l'immortalité spirituelle entendue à la faconde Platon et des Grecs, jamais sur la résurrection des corps. Du reste, M. Derenbourg se montre très sévère au moins pour la forme de ce petit livre. Il en trouve le style « décousu et diffus », et ne reconnaît un peu de talent que dans les versets qui tiennent lieu d'introduction. Sans examiner ce qu^il y a d'étrange à voir un critique français ou allemand de nos jours louer et réprimander pour son style un écrivain biblique d'une date inconnue, et qu'il n'est pas tout à fait sûr de comprendre, nous allons au fond des choses et nous demandons ce qu'il faut penser du système de M. Derenbourg. Ce n'est pas assez de dire qu'on n'y trouve que des hypothèses, toutes ces hypothèses sont absolument arbitraires et en formelle contradiction avec les textes. La résurrection se montre assez tard dans la Bible, puisqu'il n'en est pas question avant le livre de Daniel, dont la rédaction, selon les calculs les

plus accrédités, ne remonte pas au delà de deux siècles avant l'ère chrétienne. La croyance àTimmortalité, ou du moins à la survivance d'un principe diclinct du corps, s'y trouve partout et appartient déjà aux époques les plus reculées. Que signifie donc cette expression, <r être réuni à son peuple », quand elle s'applique à des hommes qui meurent dans la solitude ou qui laissent leur dépouille à une terre étrangère ? Que signifie la défense, tant de fois répétée dans le Pentateuque, d'interroger les morts? Que signifie l'évocation de l'ombre de SaQ]uel chez la pythonissed'Endor? Que signifient ces ombres, ces réphaïm^ qui, dans les profondeurs souterraines du Schjôl^ viennent à la rencontre du dernier roi de Babylone, réduit à la même condition qu'elles? Si, après cela, on jette les yeux sur le texte de l'Ecclésiaste, on verra que l'immortalité de l'âme, mise en question, mais non pas niée, dans un des premiers chapitres* est affirmée expressément dans le dernier, et la traduction môme qu'en donne M. Derenbourg en fournit une preuve: « Pense à ton Créateur aux jours de ton adolescence avant que

1 Chap. iH) 21 : " Qui sait si Tcsprit des ônfants d'Adam monte en haut et si i*esprit de la bète descend en bas vers la terre ? »

n'arrivent les jours de misère... avant que la poussière ne retourne à la terre d'où elle vient et que le souffle ne retourne à Dieu qui Ta donné'». Au mot de souffle^ qu'il pouvait, en s'appuyant sur de nombreux exemples, remplacer par le mot esprit^ M. Derenbourg ajoute, entre parenthèses: de vie. Mais, quand la Bible veut désigner le souffle de la vie, elle le dit, elle emploie l'expression D"»''n nn. D'ailleurs, si ce n'est pas un principe immortel, un principe distinct de la poussière, qu'est-ce que ce souffle de vie qui retourne à Dieu qui l'a donné?

Quant à la résurrection, devant laquelle, dans le système de M. Darenbourg, se serait arrêté le scepticisme de l'auteur de l'Ecclésiaste, nous ne voyons pas qu'elle soit plus épargnée que l'immortalité de l'âme. Il suffit, pour en être convaincu, qu'on lise ces deux versets : « Car il y a le sort des fils de Thomme et le sort de la bête, et c'est le même sort pour tous les deux. Comme meurt celui-là, ainsi meurt celle-ci, et c'est le même sort pour tous, et la supériorité de Thomme sur la bêle n'est rien, car tout est vanité. » — « Tout va vers un même lieu, tout est venu de

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