‹ Nouvelles études orientalesChapitre 59 sur 99 · Yoma · texte numérisé non relu

Yoma

cinq et nous en donne la définition. Le premier est celui qui brûle devant Ahura Mazda ou celui que nous appelons Ormuzd. C'est évidemment le feu delà gloire divine dont il oA question dans le Talmud. Le second est celui qui brûle dans le corps de Thomme et des animaux : « il boit et il mange », dit le livre parsi, en se servant des mêmes expressions que le Talmud. Le troisième boit et ne mange pas; il est dans les plantes qui vivent par la pluie. Parlant du feu ordinaire, qui tient le quatrième rang, le Boundehcsch dit qu'il mange et qu'il ne boit pas. Le cinquième ne boit ni ne mange, c'est le feu de l'éclair. Si le Boundehcsch a retranché le sixième feu, il y a, selon M. Darmesteter, un texte parsi qui le rétablit. Ce sixième feu réside dans le nombril des rois. Il n'est certainement pas une invention moins bizarre que le feu du prophète Élie ou de lange Gabriel. Malgré les différences qu'on aperçoit entre les six feux du Talmud et ceux du Yasnaetdu Boundehcsch, ils ont assez de ressemblance pour qu'on ne puisse pas douter que les uns sont une imitation des autres. Mais de quel côté est l'imitation? M. Darmesteter est convaincu que c'est du côté du Talmud, et il nous apporte à l'appui de son opinion

(les preuves puisées dans sa connaissanoe du Maz* déisme et des procédés rabbiniques. S'élevant ensuite à des considérations plus générales, M.Darmesteter soutient que, par l'intermédiaire des Juifs babyloniens, l'influence du parsisme s'est fait sentir aux auteurs de la Mischna ou aux Tanaïm, et cette influence elle-même est pour lui un motif de croire que certaines doctrines contenues dans le Boundehesch sont antérieures à l'époque où ce livre a été rédigé, et remontent au ii® siècle de notre ère.

A la suile de l'article de M.James Darmesteter, nous trouvons la savante Étude deM. ZadocKahn, sur le livre de Joseph le Zélateur. Mais d'abord qu'estce que le livre de Joseph le Zélateur? Sous l'empire de la foi ardente du moyen âge, on ne se contentait pas de persécuter les Juifs ou d'essayer de les convertir par la prédication, on se flattait de les amener à abjurer leur foi par des discussions solennelles, des disputations, comme disent les théologiens, où on leur opposait les textes de rÉcriture et même du Talmud en leur laissant la liberté de répondre. Des souverains, des princes laïques ou ecclésiastiques, étaient les juges du camp, et les défenseurs du christianisme étaient

souvent, presque toujours, des juifs convertis qui possédaient une connaissance approfondie de la religion répudiée par eux. Plusieurs de ces joutes théologiques sont devenues célèbres. On cite particulièrement celles qui eurent lieu en France, en présence de saint Louis et de sa mère, entre le juif converti Nicolas Donin et quatre rabbins ; en Espagne, devant le roi d'Aragon Jacques P% entre le célèbre commentateur et kabbaliste Moïse Nach-

monide et le prosélyte PaulusChristianus; à Tortose, devant Tantipape Benoît XIII, entre Jérôme de Santa-Fé, connu avant sa conversion sous le nom de Josué Porki, et plusieurs rabbins espagnols, au nombre desquels on distingue Joseph Albo, l'auteur du Liore des principes (Sepher Ykarim).

Indépendamment de ces discussions, que nous appellerons, non pas publiques, mais officielles, il y en avait d'autres d'un caractère familier et privé, que l'autorité ecclésiastique a souvent jugées dangereuses pour la foi, et que le pape Grégoire IX a absolument interdites. Des unes et des autres, en se fondant sur des souvenirs plus ou moins fidèles et probablement sur des notes recueillies avec soin, mais où pourtant, à ce qu'il semble, les arguments de l'adversaire couraient le risque

d'être quelque peu amoindris, on a formiS des recueils dont plusieurs sont souvent cités dans l'histoire de la controverse religieuse. Un des plus renommés est le vieaa; Nixzachon (Nizzachon veut dire « victoire ») ou Nizzachon f ancien, qui a été recueilli par Wagenseil dans ses Tela ignea. Le Ni-sachon de rabbi Upman de Mulhausen, le Ifibouk Eiiioimn (A/fermissempnl de la foi) d'Isaac Troki sont également connus. Le livre de Joseph le Zélateur (Vossef hammckaw'-) est un de ces recueils, etnon le moins intéressant pourl'hisloire des lettres françaises, car il a été écrit en France; tous tes rabbins quiy ont nn rôle sont desrabbins français. Il D'ajamais été imprimé, etc'eat d'après un manuscrit de la Bibliothèque nationale, bien entendu un manuscrit hébreu, que M, ZadocKahn en rend compte dans celte Revue fondée en firande partie par son infiuence etparson zèle.

Cet ouvrage, dont on ne connaissait jusqu'à présent, même parmi les érudits, que de courts extraits et une analyse sommaire, n'intéresse pas seulement la théologie, il contient quelques détails de mœurs qui ne sont pas indignes de l'histoire, tout au moins d'une histoire des Juifs en France pendant le xri'etle xm'' siècle.

Le principal personnage que nous y voyons mis en scène, c'est lé père de Fauteur ou du principal auteur, un certain rabbi Nathan, surnommé rOflBcial, en raison de la charge qu'il remplit auprès de l'archevêque de Sens, et qu'on nous présente comme le prince des orateurs, c'est-à-dire comme le premier des controversistes. Il aurait été admis, si nous en croyons son fils, à de fréquents entretiens avec un pape appelé Grégoire, et qui ne peut être, selon la supposition très fomlée de M. Zadoc Kahn, que le pape Grégoire X, venu en France le 20 novembre 1273, pour présider le concile de Lyon. Ce pape, en effet, était très bienveillant pour les Juifs. Par une bulle, renouvelée de celle d'Innocent IV, il déclara les Juifs d'Allemagne innocents du crime qu'on leur imputait de se servir, pour célébrer leur PAque, du cœur d'un enfant chrétien. Quant à ses conversations avec rabbi Nathan, elles auraient eu jKDur principal sujet la confession et l'absolution.

Rabbi Nathan, par sa charge d'official, était en relations suivies avec l'archevêque de Sens, ses suffragants et son clergé. On sera d'abord étonné qu'en plein moyen âge, à la fin du xni^ siècle.

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