‹ Nouvelles études orientalesChapitre 60 sur 99 · DE SES KTCDBS JUIVES · texte numérisé non relu

DE SES KTCDBS JUIVES

> un Juif ait occupé la charge d'otïlcial auprès d'un archevêque. Le fait parait cejvendant difficile à conlesler. Tous les riîcits oti il est question de lui nous le monti'ent vivant dans la plus étroite familiarité avec l'archevêque, l'accompagnant dans ses voyages et assistant aux conseils qu'il lient avec ses suffragants ou avec les principaux «cclésiasIiquGs de sa juridiction. Pourquoi le biographe, le compilateur, qui connaissait le temps vivait et qui s'adressait à des conlempo- [ rains, à des coreligionnaires, leur aurait-il raconté I des faits incroyables, impossibles au xnr stùcle, I sans laisser voir plus de gône ni d'étonnenient f que s'il s'agissait des choses les plus ordinaires? Il n'est pas admissible que les fondions confiées I- & rabbi Nathan, ou qu'il avait achetées peut-être, car il possédait une très grande fortune, ne fussent I applicables qu'à ses coreUgionnaires, car ils n'é- [ taîcat pas nombreux alors dans le diocèse de Sens, et sa charge, ainsi amoindrie, ne lui aurait s donnij Icts droits, l'importance et les privautés ilont nous le voyons jouir. Les (taroles qu'on Irapporte de lui nous prouvent, d'ailleurs, que ■«'élait un homme de beaucoup de tact, de pru- Idence et de mesure, un véritable homme de cour,

mais de cour ecclésîaslique. On lui adressait les questions les plus délicates, les plus embarrassantes ; il y répondait avec esprit, sur un ton de bonne humeur, en évitant tout à la fois de compromettre sa croyance et de blesser celle de ses interlocuteurs.

Cette notice fait beaucoup d'honneur à Tespril critique et à la science de M. Zadoc Kahn. Peutêtre cependant a-t-il trop insisté sur les questions de date et de généalogie, et pas assez sur la physionomie des hommes, sur l'état de leurs croyances et de leurs idées. Les recherches érudites sont d'un médiocre prix quand elles n'ajoutent rien à ce que nous savons du monde moral et intellectuel.

Le livre de Joseph le Zélateur nous amène naturellement, on pourrait dire nécessairement, à parler de l'article consacré par M. Lœb à la controverse de 1240 sur le Talmud. En 1238, un Juif converti du nom de Nicolas Donin, de La Rochelle, porte devant le pape Grégoire IX une accusation en règle contre le Talmud. Le pape écrit aussitôt aux souverains et archevêques de France, d'Angleterre, d'Aragon, de Navarre, de Castille, de Léon et de Portugal, pour leur enjoindre de

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saisir tous les livres juifs, notamment tous les exemplaires du Talmud dont ils pourraient s'emparer, et de les faire porter dans le plus prochain couvent de franciscains ou de frères prêcheurs, pour être soumis à un rigoureux examen.

Cet ordre ne reçut son exécution qu'en France, par l'autorilé de saint Louis et par les soins de Guillaume d'Auvergne, évêque de Paris. Le 3 mars, premier samedi du carême de 1240, pendant que les Juifs sont réunis dans leurs synagogues, la razzia de leurs livres a lieu. On en rassemble vingt-quatre charretées, qui, après une condamnation prononcée par un tribunal ecclésiastique, furent solennellement brûlées à Paris en 1242. Mais, avant de procéder à cet acte de vandalisme et au jugement qui le motiva, on voulut entendre les défenseurs des œuvres incriminées mis aux prises avec leur accusateur. Le 12 juin de l'année 1240 et les jours suivants, eut lieu la discussion publique dont nous avons déjà fait mention, entre Donin et quatre rabbins, au nombre desquels nous rencontrons le célèbre Yéhiel de Paris, désigné sous le nom de Vivo par la traduction française de son nom hébreu.

c II existe, dit M. Lœb , deux relations de

cette conférence * : une relation hébraïque et une relation latine. La première a été imprimée, en partie, d'après un manuscrit incomplet de l'ancienne bibliothèque de Strasbourg, dans les Tela ignea de Wagenseil. Elle a été en entier éditée en 1873, d'après un manuscrit de la Bibliothèque nationale de Paris, sous le titre de Vikkouah rabbenou Yéhiel mi Pdris (Controverse de rabbi Yéhiel de Paris). La relation latine se trouve dans^ le manuscrit latin n° 16.558 de la Bibliothèque nationale, f 231. Elle est beaucoup moins étendue que l'autre; mais le manuscrit contient encore sur les faits qui nous occupent beaucoup d'autres renseignements, dont nous allons montrer l'importance. »

Il résulle des recherches tout à fait nouvelles auxquelles s'est livré M. Lœb que la relation latine qui a pour titre Extradiones de Talmud a été écrite après l'exécution de 1242, par les ordres d'Eudes de Châteauroux, pour signaler aux théologiens chrétiens les erreurs et les blasphèmes contenus dans le Talmud. A la suite des citations extraites de ce livre, et classées dans un ordre méthodique, se trouvent les chefs d'accu-

sation au nombre de trente-cinq, qu'on a pu en déduire, avec les réponses de rabbi Yéhiel et la condamnation renouvelée contre les livres talmudiques en 424S.

M. Lœb met sous nos yeux les trente-cinq chefs d'accusation avec le commentaire dont ils sont l'objet, et il en fait sortir des observations intéressantes, tant sur le texte du Talmud, plus tard mutilé par la censure, que sur la manière dont il était alors traduit en latin. Quant au fond, M. Lœb est convaincu que les juges qui ont condamné le Talmud étaient de bonne foi, et il nous explique très savamment la cause de leur sévérité, en rappelant de quelle manière le Talmud a été composé et quel degré d'autorité il faut lui reconnaître.

Ce travail est tout à fait remarquable par les recherches originales qu'il contient, et par Tesprit d'impartialité, d equilé et de solide critique, qu'il respire.

Sans la crainte de donner trop de place ici au compte rendu d'une simple Revue, nous aurions aimé à donner une idée de l'excellente monogragraphie de M. Léon Bardinet, qui a pour titre : Antiquité et organisation des juiveries du Comtat

Yenaissin. Nous nous contenterons de la comprendre dans le sentiment d'estime que la lecture de ce savant recueil nous a laissé, et dans les espérances qu'il nous a fait concevoir pour son avenir.

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