GefièsCf chap. xv, v
t. DcHtér., chap. xv, v. 16.
l'idée de l'élection par la grâce? La première s'est exercée sur le sang, la seconde était appelée à régénérer l'esprit. Or, ici, comme dans le précepte de la circoncision, c'est l'esprit que l'apôtre des Gentils a voulu substituer au sang et à la chair.
La tradition se prête encore plus docilement que l'Écriture aux vues systématiques de saint Paul. Seulement, il faut se rappeler qu'il y avait chez le peuple juif, et qu'on retrouve encore aujourd'hui chez ses descendants incorporés dans les autres nations, deux traditions bien différentes : l'une purement mystique ou spéculative, l'autre qu'on peut appeler usuelle, parce qu'elle sert à diriger et à compléter la pratique extérieure de la loi et qu'elle repose sur des usages plutôt que sur des doctrines. La première, aune époque assez éloignée de son origine, a donné naissance aux livres de la Kabbale ; la seconde a produit la Mischna et la Guémara, c'est-à-dire le Talmud. Toutes deux ont été fondées et se sont développées dans la secte des Pharisiens, à laquelle appartenait sainjt Paul, et du sein de laquelle il pouvait croire qu'il n'était jamais entièrement sorti ; car si, en déclarant inutiles au salut les œuvres de la loi,
il a formellement rejeté la tradition usuelle, il s'est attaché avec d'autant plus de force à la tradition mystique et spéculative. Voici en peu de mots quels sont les points importants de cette tradition, qui sont aussi des points caractéristiques de la doctrine de saint Paul.
Tous les textes de l'Ecriture, aussi bien ceux qui contiennent des récits que ceux qui renferment des croyances ou des préceptes, sont susceptibles de deux interprétations : l'une spirituelle et l'autre littérale. L'interprétation littérale, pour employer les expressions mêmes des livres kabbalistiques, n'est que le corps, et, moins encore, le vêtement de la loi ; Tinterprétation spirituelle en est l'âme. Ne reconnalt-on pas ici la maxime de saint Paul : La lettre tue et Pesprit vivifie ? Cette maxime ne nous rend-elle pas compte de la façon allé^^onque dont il comprend les deux femmes et les deux lils du patriarche Abraham? Le fils de la servante est pour lui le syinbole de la loi, le symbole de la chair et de la lettre; le fils de la femme libre est le symbole de l'esprit et de la foi *. D'autres interprètes du mosaïsme, Philon, les Esséniens, les thérapeutes»
i.Ad. Gai., ih. iv, v. 22-31.
l'auteur de V Ecclésiastique , se sont servis de Tin^ terprétation spirituelle; mais c'est chez les Pharisiens, auteurs et conservateurs de la Kabbale, qu'elle a produit tous ses fruits, qu'elle a servi de base à tout un système, et c'est de là certainement qu'elle a passé à l'apôtre des Gentils. De même qu'il y a deux interprétations de l'Écriture, il y a deux sortes d'hommes : les hommes de la chair et les hommes de l'esprit, les enfants des hommes et les enfants de Dieu ; et au-dessus des uns et des autres il y a deux types de l'humanité, il y a deux Adams, l'Adam terrestre et l'Adam céleste, celui qui est né dans le temps et celui qui existe de toute éternité, l'Adam primitif (Adam Kadmon)^ fils de Dieu, aussi ancien que le Père, parce qu'il en est l'émanation éternelle. Nous rencontrons cette même distinction dans les Épîtres de saint Paul, avec cette différence que le Fils, que l'Adam céleste est personnifié dans Jésus; tandis qu'aucune personnification semblable n'est admise par les livres de la Kabbale. Ces livres enseignent pourtant que, sans le Fils, le Père, qu'ils appellent l'Ancien des Jours, l'Ancien des Anciens, serait à jamais incompréhensible pour les hommes et
4X)ur lui-même. Ils attribuent donc au Fils le rôle de médiateur.
Sans nier ouvertement la création, ou tout au moins sans répudier le mot, la tradition spéculative des Hébreux enseignait, sous le sceau du secret, Tunité de substance. Refusant à Dieu la puissance de faire quelque chose avec rien, elle supposait, ou plutôt elle afTirmait quUl avait formé tous les êtres de lui-même, et que ces êtres, malgré la diversité de leurs formes et de leurs attributs, demeuraient en lui et n'étaient que lui, sans être lui tout entier. C'est à ce prin- <ipe que se ramenaient l'explication de la créalion et l'explication du char céleste dont il est si souvent question dans le Talmud comme d'un mystère terrible. N'est-ce pas ce mystère que saint Paul a révélé lorsqu'il prononce ces paroles si souvent et si justement invoquées par tous les partisans de l'unité de substance : « C'est en Dieu que nous avons la vie, le mouvement et Tctre * ?» On croira peut-être qu'il ne s'agit ici que de l'union mystique de l'ûme humaine avec la nature divine; mais saint Paul dit ailleurs, avec une |)récision qui ne permet pas le doute :