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Talmud, Sanhedrio, 105, c

précurseur, un Messie, fils de Joseph, destiné à frayer la voie au premier, et condamné à mourir sur le champ de bataille. Mais, dans Topinion de quelques-uns, dont la pensée ne se laisse apercevoir que sous le voile de la légende, le Messie n'est pas un homme, c'est une époque de rénovation universelle, de palingénésie cosmique et sociale. La lumière du soleil sera centuplée; les plantes porteront des fruits mille fois plus abondants ; des sources vivifiantes, sortant de Jérusalem, répandront la santé et la force sur toute la terre ; la paix régnera non seulement entre les hommes, mais entre les animaux les plus féroces ; il n'y aura plus de larmes ni de gémissements ; le péché, c'est-à-dire le mal moral, disparaîtra comme la souffrance ; les impies se réjouiront avec les justes*. Les auteurs de ces prédictions symboliques ne voulaient, au fond, qu'une seule chose : offrir aux juifs opprimés un sujet d'espérance même sur la terre et un encouragement à la persévérance. J'ai entendu dire, dans mon enfance, à un vieillard plein de foi qui avait vu

1. On lira la traduction de ces légendes dans le lïTrede M. Cohen, tome II, p. 40- i4.

Tancien régime, avec toutes ses intolérances, disparaître devant la Révolution : « Le Messie, c'est la Révolution de 1789, »

Que l'on comprît d'une façon ou d'une autre la délivrance finale, on croyait à l'accomplissement futur de cette parole du prophète Habacuc: € En ce temps-là Jéhovah sera seul, et son nom seul sera invoqué. » Mais, en attendant, il fallait remplacer par un autre culte celui qui ne pouvait être observé que dans le temple de Jérusalem, et qui avait pour ministres nécessaires les prêtres de la race d'Aaron. C'est à cela que s'appliquèrent les pharisiens avec le plus de zèle ; c'est dans cette œuvre, je ne dirai pas de transformation, mais de substitution, qu'ils montrent le plus de finesse et de persévérance. « L'autel a péri, dit ce môme docteur que j'ai plusieurs fois cité: Yoclianan ben Zakkai ; l'autel a péri, mais la charité équivaut aux sacrifices, car il est écrit: Je prends plaisir aux bonnes œuvres et non aux holocaustes. » La charité, en effet, avec la prière et la pénitence, remplacèrent dans l'exil les sacrifices prescrits par le Lévitique et ses pompeuses cérémonies célébrées dans le temple devant toute la nation.

Cependant, avec des éléments aussi généraux, aussi immatériels, il était impossible de constituer un culte régulier, durable, et de conserver intact dans la dispersion le caractère distinctif du mosaïsme. La loi de Mo!se, comme toutes les l(%islations religieuses de l'Orient, embrasse la vie entière de l'homme. Parmi, ses prescriptions, il y en a qui se rapportent à la nourriture, d'autres à l'hygiène, d'autres au repos sabbatique et aux diverses commémorations religieuses, d'autres à l'agriculture, d'autres enfin, sans contredit les plus importantes, au droit civil, au droit matrimonial, au droit pénal. Ces prescriptions sont générales et trop vagues pour n'ôtre pas susceptibles d'être définies, développées, multipliées à l'aide d'une ingénieuse interprétation. C'est à ce moyen que les pharisiens eurent recours. Ils formèrent d'abord, par l'enseignement de plusieurs générations de docteurs, une tradition, une loi orale, qui fut rédigée au commencement du ni** siècle de notre ère. C'est ce qu'on appelle la Mischna. La Mischna à son tour, donna naissance à des discussions, à des commentaires, à des développements qui sont recueillis et rédigés une première fois, vers l'an 330, sous le nom de

Talmud de Jérusalem, et une seconde fois d'une manière plus complète, en Tan 499, sous le nom de Talmud de Babylone.

La Mischna et le Talmud ont donné au judaïsme, je ne dirai pas sa forme déflnitive, mais la forme qu'il a conservée tant que, refoulé sur lui-môme, il a été empêché de prendre part à la vie générale des peuples modernes. Ces deux Recueils étaient faits, d'ailleurs, pour alimenter et même pour absorber l'action et la pensée. Comme matière d'étude, ils suffisaient pour occuper toute la vie d'un homme. Comme règle de conduite, ils avaient tout prévu : ils imprimaient un caractère religieux aux actions en apparence les plus indifférentes, et maintenaient entre les juifs disséminés sur la surface de la terre une parfaite unité. Ce qui fait de cette unité et de la durée qui s'y joint un sujet d'étonnement, c'est que le culte fondé par les pharisiens est un culte laïque. Il n'a ni temples, ni prêtres, ni métropole religieuse. Au lieu de prêtres, il a des docteurs, dont les enseignements peuvent toujours être discutés ou contrôlés. Au lieu de temples il a des écoles où l'enseignement se môle à la prière en commun. Sa métropole est une ville idéale qui

n'existe que dans le passé et dans l'avenir, dans le souvenir et dans l'espérance.

Cette multitude de préceptes qui font la matière de la Mischna et du Talmud a sans doute un avantage. Elle maintient l'esprit dans la région de la pratique, elle lui ôte le loisir et jusqu'à la pensée de concevoir des doutes sur les principes spéculatifs ou sur les origines surnaturelles de la religion. C'est ce que les docteurs pharisiens appellent « faire une haie autour de la loi ». Mais ce système a aussi de graves inconvénients. Il arrive un moment où la haie prend de telles proportions qu'elle envahit et étouffe le patrimoine qu'elle doit préserver. Un des plus anciens docteurs de la Mischna a parfaitement discerné ce danger et l'a signalé dans un langage pittoresque: « Lorsqu'on met, dit-il, dans un vase, de l'eau et de l'huile, plus l'eau s'élève, plus rhuile s'écoule. » L'esprit de la race a eu heureusement assez d'énergie pour soulever ces chaînes et goûter à tous les fruits de l'arbre la science.

J'ai reproché à M. Cohen de plaider quelquefois pour les pharisiens, au lieu de les faire connaître. Mais on aurait tort d'en conclure qu'il ne sait pas rendre justice au christianisme. Voici en

quels termes il parle de TÉvangile : « C'est la synthèse admirable où se concentrent et s'illuminent toutes les vérités morales qu'Israël avait déjà reçues par la révélation ou par la tradition * Il y a aussi un chapitre plein de curieuses observations et, selon moi, d'une incontestable vérité sur les bons rapports qui ont régné entre le christianisme naissant et les vrais représentants de la doctrine pharisienne. Il a jugé les juges de Jésus avec une sévérité qu'il est difficile de dépasser. A la valeur scientifique des faits qu'il expose se mêlent constamment l'élévation de la pensée et le sentiment de la vraie charité, celle qui embrasse toute la famille humaine. Il a donné dans noire pays à la critique historique et religieuse un livre du plus grand prix et qui lui manquait entièrement.

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