‹ Nouvelles études orientalesChapitre 96 sur 99 · L'IDÉE DE DIEU DANS L'HISTOIRE DE L'HUMANITÉ · texte numérisé non relu

L'IDÉE DE DIEU DANS L'HISTOIRE DE L'HUMANITÉ

Je commence par une déclaration qui, bien que sous-entendue par votre impartial bon sens, ne vous paraîtra cependant pas inutile. La guerre que mes amis et moi nous faisons à l'athéisme ne s'étend point aux athées. Nous en connaissons un grand nombre, dans le présent et dans le passé, qui méritent d'être honorés pour leur savoir et leurs vertus. Puis, la foi en Dieu, telle que nous la comprenons et l'avons enseignée toute notre vie, est inséparable de l'amour des hommes, sans distinction d'opinion ni de parti.

1. Conférence faite à la Société de la Ligue Nationale contre Tathéisme.

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Uq de nos d<^mes les plus essentiels est qnll feat respecter ta conscience de ses contradicteurs et croire & leur sincérité. 8i donc il y a des athées ' dans cette réunion, qu'ils veuillent bien m'écouter, je ne dirai pas avec indulgence, mais patiemment, comme je les écouterais moi^néme eu les voyant assis à ma place.

L'athéisme ne date pas d'hier. Il remonte aux Ages les plus reculés de l'histoire. Nous en .troayons les traces même dans, les temps lubtiqnes, car il est impossible de ne pas le reccmnaltre dans ces sévères paroles du Psalmiste, devenues inocmciliables avec la courtoisie moderne ï « L'insensé dit dans son cœur : H n'y a pat de Diai >. Parmi les systânes en&ntés, Dieu sait k quelle époque, par l'Inde brahmanique, il y en a un qui, sans descendre jusqu'au matérialisme, s'abstient pourtant d'affirmer Texistence de Dieu. A plus forte raison rencontrons-nousdes partisans de l'athéisme chez les Grecs, ce peuple raffiné qui, en élevant le raisonnement à »a plus haute puissance, savait aussi le pousser à ses derniers excès. Nous voyons chez lui Socrate discutant avec un athée célèbre appelé Aristodème le Petit, et essayant de lui montrer dans les merveilles de la nature les des-

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seins d'une suprême intelligence. Chez les Romains, le peuple le plus religieux de l'antiquité, l'athéisme eut pour interprète le grand poète Lucrèce, et trouva un défenseur dans César, le meurtrier de la liberté et de la république, le créateur du césarisme, ce despotisme occidental qui a duré de longs siècles, et qui est toujours prêt à dévorer les. démocraties oublieuses des conseils de la modération et de la sagesse.

Vous le croirez à peine, môme dans les temps où la foi chrétienne, représentée par l'Église catholique, avait atteint son plus haut degré de ferveur, à la fin du xii« siècle, l'athéisme, sorti des écrits d'un chanoine de Séville, fit son apparition en France sous les traits de David de Dinan et d'Amaury de Rennes. Qu'enseignaient ces deux docteurs revêtus de la robe monastique et dont l'un, David dé Dinan, avait été le favori du pape? Que l'esprit et la matière ne sont que deux noms différents d'une seule et môme chose; que cette chose est la nature, hors de laquelle, au-dessus de laquelle il n'y a rien, ni Dieu, ni diable, ni paradis, ni enfer; que le paradis, c'est la science, source de toutes les jouissances; et l'enfer, l'ignorance, source de toutes les superstitions et de

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touteâ les douleur?. Vous voyei que ce n'est pas

très éloigné de ce que, dans un certain monde, o»,

pense aujourd'hui.

En poussant à ses dernières conséquences la

' philosophie nominalisle telle que Guillaume Oooam

i ^ la comprenait au xiv* dède, c'est encore Fathéisme

} * qu'on y trouverait; mais on pourrait m'aocuser

^ de manquer d'équité. Pourquoi m'expoeer à ce

reproche? Les athées ne manquent pas dans les siècles suivants. Voici le xvii* siècle» non moins renommé que le moyen Age pour s^ idées monàricihiques et religieuses. Eh bien t si nous en croyons le P. Mersenne, un pieux théologien, ami de Descartes, Paris seul, au début de cette époque, n'aurait pas compté moins de cinquante mille athées. C'est certainement une exagération; maisc'étaitle temps où le prêtre Gassendi renouvelait le système d'Épicure, et où Hobbes, l'athéisme incarné sous sa forme la plus insultante, écrivait le Léviathan et soutenait cette belle sentence : « L'homme est un loup pour son semblable : homo homini lupus ». A ceux pour qui l'athéisme est la plus sûre garantie de la liberté, je ferai remarquer en passant que Hobbes a été le théoricien le plus conséquent et le plus décidé du despotisme. Que dire main-

•l. "iiik!^.

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