L IDÉE DE DIEL DANS L'IIISTOIRE
tenant du xviu* siècle et des premières années du XIX*? Alors l'athéisme était prêché comme un dogme par Helvétius, le baron d'Holbach, Lamettrie, Diderot, Naigeon, Sylvain Maréchal. Plus hardi que tous ses devanciers, le fondateur du positivisme, Auguste Comte, a eu l'idée originale d'en faire une religion, ayant ses temples, son clergé et son pape infaillible.
Vous le voyez, messieurs, je ne vous ai pas dissimulé l'antique et fréquente apparition de l'athéisme dans le champ illimité de la pensée humaine. Mais quel rôle y a-t-il joué? quel effet y a-t-il produit? Celui d'un système purement spéculatif, abstrait, solitaire, s'adressant à des esprits solitaires comme ceux qui l'avaient évoqué, pour ainsi dire, du sein des ténèbres, dans un jour de découragement ou de défi. Œuvre de l'argumentation plutôt que du raisonnement, et du raisonnement plutôt que de la méditation, il n'était jamais entré dans le cœur et dans la tête de l'humanité. On pouvait le comparer à certains produits d'une industrie rafTmée ou d'une culture artificielle, qui provoquent l'étonnement, mais non l'imitation, et que les efforts mêmes auxquels ils sont dus condamnent à rester sans usage.
a94 nOUVBLLBS itUDES OAIBRTAMS
Tel n'est pas^ messieurs, Tàtiiém&ê ds ncdra temps, particiilièraDaeat celai qQ*o& ri^Md ^pir tous les moyens et par tous les eanmx de k^ po^ blicité dans notre pays. Gdoi-là à la- double pé» tention d*ètre le dernier mot delà sciMoeetk dernier mot du progrès soeial, de noc» montnr la limite qu'aucun ^ort de TinteUig^oe, auènoe spéculation philosophique ne pourra déptÂMr^ ^ de nous fournir la base sur laqudle désonaftia devront reposer le gôuvernemâst et réduortioa des peuples, leur législation dviledt poUtique, tour organisation publique et privée, leurs institatittifi quelles qu'elles puissent ètro, Imt vie tant en* tière. C'est avec cette prétention que l'athéimie est devenu aussi intolérant que Ta jamais ité aucun dogme religieux, aussi intolérant que le permet, en dehors des révolutions, Tétat de nos mœurs. Comment en serait-il autrement? Il se dit qu'il a la vérité absolue, qu*il est chargé, dans Tordre matériel, comme les religions croyaient l'être autrefois dans l'ordre spirituel, d'assurer le bonheur des hommes, et que hors de lui il n'y a de place que pour le mal.
Les deux allégations que je viens de vous signaler constituent, pour l'intelligence aussi bien que
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pour ]a sécurité de notre génération, un extrême péril, car elles s'adressent à des esprils mal préparés pour les combattre et dont la plupart n'en soupçonnent pas la portée. Je réussirai, je Tespère, à vous prouver qu'elles sont aussi fausses que dangereuses, et mes moyens de démonstration je les demanderai, non à des raisonnements d'école, mais à la raison et à l'histoire. Le raisonnement, la logique, j'allais dire la stratégie des systèmes se prête à tout, peut donner un air de vérité à tous les paradoxes et à toutes les illusions. Si les uns ont cru prouver qu'il n'y a pas de Dieu, les autres se sont flattés d'établir avec la même solidité qu'il n'y a pas de corps, qu'il n'y a pas d'âme, qu'il n'y a pas de conscience, pas de droits, pas de devoirs, pas de libre arbitre ; que la personne humaine, telle que nous la concevons, avec son unité, sa mémoire, son identité dans le temps, est une pure chimère. Seule, la raison est toujours la même ; seule, elle s'impose à tous avec la même autorité, seule elle est éternelle et universelle L'histoire, à la prendre dans son ensemble, en est la manifestation visible à travers les siècles, et dans les œuvres les plus éclatantes de l'humanité.
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L'idée de Dieu est si pea ctmtraire à la nisoa que toutes deux, dèe la plus haute antiquité, mki désignées par un seul et même nom. On sait ^^lé le LogoB de Platon, qui n'est pas autre chose que la Raison, est le nom préféré que le grud phitosc^he de la Grèce donne à Tauteur des choses, au prin^pè suprême de foute vérité et de toute existence.Le nom de Logos a été traduit dans la langue de la théologie
chrétienne par celui de Yerhe, et nous lisons ait
début do rÉvangile de »int Jean : « Au comman^ cément était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu ; tout a été fait par lui et rien n'a été fait sans lui ». Dans la langue de la Bible, on peut dire dans celle des prii^cipaux monuments philosophiques et religieux de TOrient, la Raison est appelée la Sagesse. Or, la Sagesse a dans le vieux livre des Proverbes le même rôle que le Logos dans la République de Platon et le Verbe dans le texte évangélique. Introduite sur la scène sous les traits d'une personne symbolique, elle dit en parlant d'elle-même: « J'existais avant toutes les œuvres de Dieu, avant la terre et avant les abîmes, avant la poussière dont la terre a été formée. J'étais là quand on a formé les cieux, quand on a tracé le cercle du monde sur la face
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du vide. Je suis de toute éternité près de Dieu, travaillant avec lui, exécutant ses volontés...* » N'est-ce pas comme si elle disait quelle est Dieu, qu'elle se confond avec l'essence divine ?
Ce que nous disons de la Raison., entendue dans son unité, s'applique à la conscience morale du genre humain, à l'idée du devoir et du droit qui n'en est qu'une conséquence immédiate. Elle aussi nous est présentée par un des plus antiques monuments de la foi religieuse, comme une éclatante manifestation de Dieu, comme l'expression de sa sagesse et de sa volonté, comme la loi qu'il a donnée aux hommes et hors de laquelle les hommes ressemblent aux bètes. « Tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne rendras pas de faux témoignage, tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain ni rien de ce qui lui appartient, tu respecteras tes serments, tu honoreras ton père et ta mère, tu seras secourable à la veuve et à l'orphelin, tu tendras la main au pauvre, tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Tels sont les principaux articles de ce code qui remonte à plus de trois mille ans, et qui a pour base l'unité, par conséquent la fraternité du genre