LES ECRIVAINS FRANÇAIS ET LA RUSSIE
versation uvait eu lieu entre un publicisle fnnçais aa paysan russe du gouvernement de Smolensk. On ne nous dit pas en quelle langue, ni qui serviiit d'interprète ; j'ai lieu de croire que ce fut en excellent fran-
^is.
Piotre Arlamov n'est pas plus un paysan russe que Paul-Louis Courier n'était un vigneron tourangeau. Ce nom est un pseudonyme littéraire que nous avons tous vu figurer aux vitrines des librairies parisiennes. L'homme d'esprit qui l'avait adopté s'appelait de son vrai nom Vladimir La File de Pellepore. Il appartenait à une famille de Guyenne qui fut probablement jetée en Russie par les hasards de l'émigration et il naquit en effet en i8I8 dans le gouvernement de Smolensk. Entre autres ouvrages, il a publié à Paris en 1862-65 deux magnifiques volumes sur la Russie historique '. Cet ouvrage porte k la fois le pseudonyme littéraire et le vrai nom de l'auteur. De ce fin lettré, français d'origine, à un moujik russe, il y a fort loin, et si Piotre Artamov fut témoin des misères du servage, il est peu probable qu'il en fut personnellement la victime. L'erreur qui porte sur la qualité du témoin est moins grave assurément que celle qui porte sur la nature même des faits allélAués. 11 y a cependant des confusions qu'une critique
M. La Fite de Pellepore Ëgare sous sou Dom Traoçais doua j Dictionnaire des Conlemporaim. Outre la Russie historique, 0. .ni doit : l'Ilistoire d'un boulon, La Ménagerie hlUraire, Let II truments île musique du diable, l'Histoire à'utt conseiller ir pal. Voili> il faut l'aTouer. un miiujik l^rriblemeot lettrif
scrupuleuse doit rigoureusement s'interdire. Le public
ne les tolérerait certainement pas s'il s'agissait de pays
qui lui sont familiers comme TAllemagne, lltalie ou
l'Angleterre.
La curiosité qui s'attache depuis quelques années au
monde slave a fait traduire en français un certain nombre d'ouvrages anglais et allemands dont quelques-uns ne sont pas sans mérite. J'ai déjà, à propos de l'édition française du volume de Dixon, Free Russia, signalé les erreurs dont la version française avait agrémenté ce curieux ouvrage.
J'en ai depuis rencontré bien d'autres, et si je les voulais relever toutes, cet erratum prendrait les proportions d'un volume. Dans la traduction des lettres du maréchal de Moltke sur la Russie en 1826, il est question d'un personnage considérable qui s'appelle M. Izvostchik. Izvostchik est tout simplement le mot russe qui veut dire cocher I
Il a paru naguère, sous le patronage d'un homme politique distingué; une traduction d'études intéressantes sur la société russe * . Or, cette traduction nous apprend qu'il y a en Russie deux partis : celui des slavophiles et celui des zapadniki. Ce mot, qui veut dire les Occidentaux ou les partisans de l'Occident est traduit par agents provocateurs ! Evidemment le traducteur ne sait
* La société russe, par un Russe, traduit par MM. Flgurey et Cordier, avec une introduction de M. Antonin Proust. Paris, DreyfouB, 1877.