‹ Nouvelles études slaves: histoire et littératureChapitre 12 sur 20 · CR1VA1NS FRANÇAIS ET LA · texte numérisé non relu

CR1VA1NS FRANÇAIS ET LA

pas le russe ; mais il eùl pu prendre quelques renseignemenU et coQsuller tout au moins un dictionnaire. Ailleurs, le poète Pouchkine est présenté comme l'auteur d'un poËme intitulé La Hussie et Ludmila. Il y a J évidemment dans l'original allemand Rusian und \ Ludmila ; le traducteur, faute de connaître l'œuvre de Pouchlûne, a lu bravement Hussland und Ludmila.

Quiconque a été en Kussie connaît, à défaut du poème de Pouchkine, l'opéra Rusian et Ludmila, l'un des chefsd'œuvre de GLinka, l'auteur de la Vi'ep-mr le Tsar. Hua- I lan est l'un des héros du Schah-Nahmeh, la grande j épopée persane dont les récils merveilleux ont, grâce & j quelque bibliothèque bleue, passé dans la tradition populaire russe. On peut acheter à Moscou, pour un ou deux kopeks, des images prestigieuse ment enluminées et sur lesquelles on voit comment le glorieux, fort et vaillant | chevalier Erouslan l.aiarevitch chevauche sur un veilleux et immense dragon à trois têtes, et comment | la belle princesse Anaslasie Vokhramcevilch va à s rencontre. La coloration de cette œuvre naïve dépass de cent coudées celles des plus remarquables produits I d'Epînai, le dragon est lie de vin; le chevalier estj jaune ; ils s'enlèvent sur un paysage jaune ; la princesse, , toute verte, l'attend devant un château lie de vin dont] les innombrables coupoles se profilent sur un ciel blanchi Les traducteurs ignorent malheureusement tous ces dérfl tails et beaucoup d'autres encore. Gœthe avait hien

IIO ÉTUDES SLAVES.

raison lorsqu'il disait : « Celui qui veut comprenc poète doit aller dans le pays du poète.

Wer den Dichter will verstehen Musst in des Dîchters Land geheo. »

Ce n*est pas seulement dans les ouvrages directe

consacrés à la Russie, originaux ou traductions, c

rencontre des bévues de ce genre. C'est aussi dan

publications d'un autre ordre dont les auteurs se

vent amenés à citer quelques russica. Voici un eu

exemple, par lequel je terminerai cette longue en

ration qui pourrait se prolonger à l'infini. Un s(

professeur hollandais a publié récemment une his

des religions pour laquelle le monde scientifique

fessQ la plus haute estime*. L'auteur a naturelle

consacré un chapitre à la religion des Slaves ; ne

vaut traiter ce sujet difficile d'après les sources,

eu recours, — c'était son droit, — à des ouvrage

seconde main. 11 cite notamment ceux d'un savani

glais, M. Ralston, que j*ai présenté de longue dâ

mes lecteurs* . Or, parmi les livres de M. Raston re]

à la mythologie, il mentionne celui-ci : Krylov am

fables. Evidemment, notre auteur a cru que les îi

dont il est ici question étaient du ressort de la mytl

gie. Il n'en est rien : Krylov n'est ni un dieu, ni un

* Histoire des religions, par M. Tiele. Paris, Leroux, 1885.

• Voir rétude d^jà citée. Les écrivains Anglais et la Russie,

LES ÉCRIVAINS FRANÇ.VIS ET LA RUSSIE. I I I I ros, ni un mythe solaire ou autre; c'est tout si:iiplemont le La Fontaine de la Ruiisie, et ses fables ont pour héros les bâtes du bonhomme dont il a été le rival le plus ingénieux. Il y a préciRément un apologue de La Fontaine où il est question de ceux qui prennent le Pirée pour % homme :

De telles geos il est boaucoup Qui prendraient Vaugirsrd pour Rome, Et qui caquetant au plus dru, Parlent de tout et n'ont rien vu.

■a vers pourraient servir d'épigraphe à bien des \ hes que je me contenterai de passer aous silence.

'Lors donc qu'il vous tombe entre les mains un livre . eur la Rusme, demandez-vous si l'auteur a visité ce pays, s'il en connaît la langue, s'il possède une éducation critique suffisante pour être en état de discerner j le wai du faux et la réalité de l'apparence. La littérature russe est considérable ; les revues sont nombreuses j et touffues; les volumes se succèdent rapidement chea 1 les éditeurs de Moscou, de Pétersbourg et de Kiev. Mais I il ne faut pas prendre tout ce qui est imprimé en o 1ère cyrillique pour parole d'Evangile. Même au ] de vue des études historiques, — le seul dont je r

cupe en ce moment, — la Russie est partagée er camps divers qui sont loin de s'entendre et au miliei quels le lecteur étranger peut aisément se laisser ég Laissons purement et simplement de côté Técole nih qui, suivant son expression favorite, crache sur le ] de sa patrie, méprise toute tradition et s'élance une fureur sauvage à la poursuite de je ne sais idéal négatif.

Les écrivains russes qui traitent de la Russie son visés, pour tout ce qui concerne les sciences histori en deux camps bien tranchés ; d'un côté, les occ taux, — les zapadnikif — ceux-là mêmes qu'un tr teur mal informé appelait tout à l'heure les agents vocateurs, jaloux de Tinfériorité relative où leur se trouve encore à certains égards, peu soucieux d monter au delà du siècle de Pierre-le-Grand etgén( ment très disposés à faire bon marché du passé e traits caractéristiques de leur nation ; de l'autre, le vophiles, apôtres enthousiastes des idées moscovi de l'orthodoxie, dédaigneux de tout ce qui appa à un autre monde, pliant l'histoire, l'ethnographie linguistique à tous les caprices de leur patriotisme y a dans la science, écrivait dernièrement une russe, des terrains réservés sur lesquels tout patrie croit appelé à travailler. Sur ces terrains, l'esprit dental n'a pas le droit de pénétrer : ici règne 1' russe, ici expirent les vaines combinaisons de la ] ''*^ie. Ici toutes les questions sont résolues par le

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