‹ Nouvelles études slaves: histoire et littératureChapitre 16 sur 20 · LA. MITUOLOCIB SI^VE · texte numérisé non relu

LA. MITUOLOCIB SI^VE

nom propre d'un dieu védique : ancien penui hogOt ancien bactrien bagka. Dieu ; l'aodea indien iahga, Agnifie aussi bieo-élre. bonhenr. Il n'est pu Uâie de déterminer ai c'est le premier ou le deuxiAine tei» qtô a servi de point de départ su mot sUre; le* moto kyiMi, riche, et ubogu, pauvre, peuvent Hn âtét à Tappot dd deuxième sens. Comparez la loaOioa rforèae: xt^m boga vziva, maie le ha&et, (mot k mot : il josit d'ao mauvalB bog). Tandis que rallenund gott et le fithiu- 1 nien devas n'ont que le sens tfaéologique, le d«ve iof m aussi dans les dérivés le sens de bien qui non* npligii les mots suivants : bogatu, riche ta bien, »i»fit, ^/ék n'a pas de bien, pauvre. A ce s«w m raUaeheot en pe* tit-rassien ibozje ifrummtum) et en vende de Luuce xbozo {fortuna, peau)', a M. Erben, dam l'artide que nous avons déjà cité, indique eoauae potirant r^prfrifrater le nom slave de celte diviaité «apémore le irj(4 tchèque Sveboh, ou SvojboA, qui veut dire edid iffA0 Dieu par lui-même. H faudrait uvoir i d'ailleurs peu asitë *, ne représente p«« tt une Idée chrétienne. On a ég^ilemenl eH4 | qaepraboh le dieu antérieur. H»i» a aucune traditioo purement fJ^ve i je sache, d'une façon positive, celte i

' Miklotieb, Dit cArirtàtÀe Chtn, p. K- * Gd ce qui m* coDcera* ja at l'ai Ji

l56 trUOBS SLàTSS.

reustoMe d'an dira supréiae donl tons les autres déri-

On a longtemps cm trooTer à côté de ce diea sapré«e, fort doateox, une sorte de dnalisme analogue à criai da panisBie. On s'appuyait sor nn témoignage d*Helniold relatif aax SlaTes baltiqnes (xn* siècle) : « Les Slares^ dit-il» ont nne étrange cootame. Dans leurs festins il font circuler une coupe sur laquelle ils prononcent des paroles, je ne dirai pas de consécration, mais d'exécration, au nom de leurs dieux, à savoir du bon et du méchant ; ils professent que toute bonne fortune Tient du dieu bon, toute mauraise du méchant ; aussi en leur langue appellent-ils le mauvais dieu Zcer' neboh*, » Zcemebch ^Tchemy Bog) veut dire le dieu noir. 11 faut remarquer d'abord que ce passage, en le supposant rigoureusement exact, s'applique uniquement aux Slaves baltiques, et qu'on n'a aucune raison de rappliquer à ceux de la Russie ou des contrées dt* nubiennes.

De Texistence d'un dieu noir on a conclu par induction à celle d*un dieu blanc. Cette hypothèse semblait confirmée par une glose tchèque d'un ancien vocabalaire latin du moyen âge, la Mater verbotum : Belbohi ydolum BaaL » Malheureusement il a été récemment démontré que les gloses mythologiques de la MaUr

t Chrmic, Slavor., l; 52.

* ^ -à-dire Blely Bog, U dieu blanc.

Vtrbt n am «ma. «^Huij^bn'. La tmiîmna àticd noir et ia dîea kîxut ittâ: flr« emaiiér* ' invention modenw «t r^Btd ^sr Li ïctiiçiK. I

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s'étaient compté le ment ebeéca oa ^ pcat-Cira a*(Mlja

eiisl*.

La Bibliathèqaa du Hiuie de Pninie | Mater Verborunt, sorte de dicliOQiisïre Ulïa compilt par ! inoa 111, évéflne de Conilance. qni paraît dater d H est accompa^i de gloiea allemande» e( tcbèquM. On* M de ces gloses sont autbeatiques ; les autres ODl èit on tr ou TabriquéeK de toules pièces au d^bul da m' siècle. H doDDS un calaloffue critiqua des gloses aatheiitiqn' gloses apocryphes. Parmi les premiâtes Sgure un ■en mythologique Poluiinice " driadea, dece sjlvaruin. ■ * poludnice (démon du mii!) eat encore aujourd'hui ▼!' les traditions populaires ; elle âl&it par cousËqueut moj'en flge. En revanche toutes les autrei gloses vpji ■ont fausses. Je les douuprai ici dam l'ordre aliibah' de mettre une ToiB pour toutes la lecteur en RT''* oitatiouB tirées de la Muter Verborum qui jouent uo '• ttDt dans tons les ouTrajtes coDCcroaol la mytbolos'*

Btiboh (le diea blaac), beel. btat, ydolum.

258 ^TODBS &UVBS.

tel <|u'on peut le constater dans l'eneemble de la mythologie elave, représente tout simplement la lutte des ténèbres et de la lumière qui se retrouve chez tous les

Beiy (les démoni), demonthuB. ^^H

Dus [le diable), geniufl. ^^|

Devana letnicina i pervnova dci (DicvanA fille de Letaa eto^ Peroun). Di&oa Latone el Jotîb fllU.

Cpttp g!o!e e?l uae des plus audacieuses. Ella tendait à introduire daue In mythe slave uoe diTÎnîti' analogue t Diane Qtle d'uue déesee Letoa ËTÎdfmmeDt identique à Latone et du dieu Peroun qui se trouvait aioai idcutifiè k Ju|iit«r. Or, la religion elaTe o'iiB're jusqu'ici aucune trace d'anthrcipomorphismii ; il D'est jamais question dei amours des dieux, moins encore d^ leurs mariages ; on Toit toute la gravita de la supercherie. ^H Lada, Venus, dea lïbidiuis, cjtlierea. ^^|

Liutke (La Furieuse), furia, dea inr^roalis. ^^|

Pentn (Peroun). Jupiter. ^

Pemnova, Jovii sarorem, (tes dieai slaTei n'onf pal plui de ■œiirs que d'épouses.] Prije (agréable) Apbrodis grece, latine Venot. Radihosl, vnuk krlov. |Radibott petit fila de Ert, c'eat-à-dir« ■ans doute du d^mon). Mercuriui a mercibua et d ictus. Cette glose aTait pour but, 1° de faire croire au culte de Badbo?t en Boh6me. ï» de prêter à ce dieu imaginaire une «naliigie juiqu'alors inmnDue avec une divinité latine.

Svatuvit, Ares, bpllnm. Il y avait priiuiliveaient daos le msnuecrït : Ares bellum Duutupalur. C'eit avec tumcupatur que le faussaire a fabriqué Svatovit. Dans deux autres endroits il a traduit Mars et Uavors par Svatovit.

Syiivrat, Saturnus. Le mot Sjlivral est fabriqué de fa^on ï prêter matière à des interprétations diverses. Jacob Grimm s'y est laissé prendre dans sa m; tholoRîe sUemande.

Slractc lytivratov lyn (Slracec fils de Sjtivrat). Picua, Salnrai filius. Straka en tchèque veut dire pie.

Trihlao {i trois têtes), triceps, qui babet capita tria eapra, Lei mjtbograpbei n'ont pas manqué d'exploiter cei troii UtM L de chiTrei et ao ont tiré une foule de coocluaioag.

LA MYTHOLOGIE SLAVE

peuples indo-européens; il n'y a. aiicuoo raison pour l'identifier à celui du zoroastrisme'.

Erben, qui a Burlout contribué à défendre ce système, cite h l'appui de sa thèse des légendes cosmogoniques où Dieu et le diable jouent un rAle ; mais il a négligé de déterminer jusqu'à quel point ces légendes ont pu se former ou se modifier sous l'influence du christia-? nisme, du judaïsme ou du manichéisme*.

Vu l'autorité qui s'attache au nom d'Brben, il n'eit pas sans intérêts de discuter ici une de ses idées faTOrites.

Dans un travail publié en 1 866 dans la Revue du musée de Prague, Erben s'est efforcé de démontrer que pendant la période païenne, dans toute la Slavie de l'Oural h la mer Adriatique, règne partout une même opinion sur la création du monde tiré du sable de U mer, à la suite d'un conflit entre Dieu et le démon, en-

Vtlei, Pan, Imago hireia».

Zitta, fia vie]. Des frumenti, Ceres, Siva imperatrix. C HÈ fabriqué, une fois avec le mot latin aionl une antrt le mot sivf.

Je n'ai douai dans cette liste que les nama des laiBBsnt de c6lé ceui qui le rapportent au culte et q% Dombreui. Tous les traitéi de m^lbologie slave ont par las cilalions de la Kalrr Vcrborum. Il *tait in qne le lecteur filt prévenu nne fois pour toutes, 11 f» meut renoucer k cbereber en Bohême des dliiDîtéB bui on ne possède que des textes apocryphes.

• Voy. Krek, Einltitimg in die Slatuiiche Literatv Gru, Mi, lir. I, cbap. 3.

I Sous ce titre ; une légende slave conceroant la * monde, Ciaiopit Uv*ia etc., année 1866, p, 3S45>

Ire le dieu noir el le dieu blanc. » Erben cite à V^ de cette thèse un certain nombre de traditions populaires slaves, une notamment originaire de la Gallcie. Dieu, avant la création du monde, navigue sur l'eau et rencontre le démon. Le démon plonge au fond de l'eau, ramène un grain de sable et ce grain devient la terre. Il cite également des extraits d'anciens manuscrits slavona russes dans leaques on voit le démon Satanael plonger dans la mer soua la forme d'un oiseau, en ramenerdu sable, etc.. et créer le monde deconcert avec Dieu qui consent à en partager l'empire avec lui. Pour Erben ces récils sont évidemment des traditions païennes slaves, A l'époque où Erben écrivait ceci on n'avait pas encore suffisamment étudié la littérature des livres slavona, dits apocryphes, c'est-à-dire des ouvrages qui reproduisent, — toujours après des originaux grecs, — les légendes dont la Bible a été de bonne heure embellie ou plutôt dëfigurée. Ces ouvrages sont originaires de la Bulgarie et très probablement tradtùls du grec, qui lui-même les emprunte à l'hébreu ouU penan.

Un savant orientaliste, M.Joseph Derembourg, m'affirme que la plupart de ces récits doivent être chercbfi dans les Midraschim. c'est-à-dire dans les gloses légendaires que l'imagination populaire ajoutait au texie 9tcré. Malheureusement le texte des Midraschim n'est eaoore aujourd'hui accessible qu'aux hébraïsants de profession. Les légendes sur lesquelles s'appuie BriM

LA MYTHOLOGIE SLAVE

fleraîenl donc d'origine sémitique, chrélienne ou manichéeone, maïs aullement slave.

En ce qui concerne les divinités incontestables du panthéon slave, nous ne trouvons de textes positifs que dans les chroniques allemandes pour les slaves baltiques, et dans les chroniques russes pour les slaves de Novgorod ou de Kiev. Pour la Pologne, la Bohême, la Serbie, la Croatie, la Bulgarie, les documents sérieux font défaut. On n'est pas autorisé à identifier, comme on l'a fait trop souvent, la religion des Russes et celle de leurs lointains congénères, les Slaves de l'Elbe ou du Danube.

Dans les chroniques russes Svarog est le dieu du ciel ; il a pour fils Dajbog, le dieu donnant ou bienfaisant'. Dajbog est évidemment le soleil, fils du ciel, comme Apollon était fils de Zeus. Nous savons que Dajbog eut Ba statue à Kiev. Dans un ancien poème russe, le Chanl de l'expédition d'Igor, les Russes sont appelés petits-fils de Dajbog; mais le texte de ce poème est trop peu sûrement établi pour q u'on puisse l'invoquer comme une j autorité en matière mythologique '.

' Jsgic, Arehiv f'àr Slav. PhUologie, 1. V. IJT. 1.

I Le maaiiscrtt unique i péri dans l'iaceadia de Hc

âTODBS SLAVES.

Le feu, Ogonu (Cf. Ignit, A^nt), e^t également fl^^^ ciel. « Désormais, dit un prédicateur chrétien du xii' siècle, Cyrille de Tourov, on n'appellera plus dieux lea élËmenls, ni le soleil, ni la lune. » Un dieu solaire, Svarojilck (fils de Svarog), apparaît encore dans lei gloses des chroniques russes, dans les textes de Thietmar, de Bruno, peul-âtre dans la Knyllingasaga Scandinave'.

A cAlë de ces dieux célestea ou solaires, sur lesquels nous n'avons que des données très sommaires, il faut citer en première ligne Peroun, le dieu du tonnerre. Il semble répondre k ce fabrlcaleur de la foudre dont parle Procope. Son nom veut dire le frappeur; il est évidemment apparenté au dieu lithuanien Perkounas, Ëgalemeul dieu du tonnerre. On Bail que Peruun avait une statue k Novgorod sur le lac llmen, et k Kiev. Celte dernière était en bois; elle avait une léle d'argent et une barbe d'or. Elle tenait à la main une pierre à feu; nn feu de bois de chêne brOlail aans cesse devant elle. On sacrifiait en Ron honneur des animaux et même des victimes humaines. Peroun apparaît, dans certains documents, comme le premier ei presque le seul dieu de la Russie. Ainsi dans les traités conclus au X* siècle entre les Busses et les Grecs de Byiance, les Greca ou les Russes déjà chrétiens jurent par le Dieu de l'Évangile, les Russes païens par Peroun et Vêles, dieu des trou-

■ jBgic, krchiv., t. IV, p. iS4.

LA MYTHOLOGIE ST.AVE. 263 i

'peaux, n Si quelqu'un du peuple russe vîoJe ce trj qu'il périaee par ses propre armes, qu'il Boit maudit d« J Dieu ou de Peroun, » dit le texte du traite rapporté par J la Chronique de Nestor*. L'idole de Peroun à Kiev futfl détruite en 988 par ordre du prince Vladimir, quand Ul se convertit au christianisme; mais le dieu dëlrâné con- ^ tinua de vivre dans la mythologie populaire bodb le nom du prophète Élie (Ilia), qui est resté le saint du tonnerre', et peut-être aussi dans le personnage légendaire d'Élie de Mouron (Ilia Mouromela) '. C'est Élîe qui produit la foudre en roulant dana les cieux surunjchar de Teu.

Un grand nombre de mythographea slaves ont essayé, en a'appuyant soit sur le lexique, soit sur les noms de lieu, de démontrer que le culte de Peroun s'ëteDdait chez tous les peuples slaves (Polonais, Tchèques, Slaves baltiques, Slaves du Sud). 11 faut se défier de ces généralisations hâtives qui ne s'appuient pas sur des textes positifs, mais simplement sur des rencontres fortuites

> Chronique dito de Nettor. ch. XXI, XXVII etc.. Voir l'iadei qui accompaRDe noire tradiictioo. Paris Leroui, i884 constance coDlribue peul-étre à espliquer l'imporlan roua daua la tlb leligieuM dea RnsaeB. La plupart des cbate ruaBEB sont alors des Varèguea, c'eat-à-dire des ScandiLa^ or, Peroun correapoodait précisémant au Thor bc

* Voir Bur ce personnaKe M. Rambaud, La Ruaù épique. Paiir I MaiBoaueuve, 1816, p. 16 et boit.

* Il eat à remarquer que daas les trail^e ci-desaua menlioDa tandia que les Ritiaea paleaa jurent par Peroun, lei Hoi chréUeoi jurent par itiiit Me.

tle tel OU tel groupe de Toyellea on de coDsoanè!

Cilors encore parmi les dieux russes dont les noms sont parvenus jusqu'à nous : Khors, dont les attributs sont difficiles & déterminer, Volos ou VeUi, dieu des troupeaux, que nous avons vu figurer à côté de Peroun dans le texte des traités conclue avec les Grecs. M. Joseph Jirec7,ek a essayé de démontrer l'existence d'un dieu Vêles en Bohême'. Dans les textes qu'il cite le mot Velei veut dire le diable, et il n'est pas certain qu'on puisse l'identifier au dieu russe. En Russie, Velea a survécu à l'introduction du christianisme; il est devenu saint Biaise, patron des troupeaux^. Koupalo symbolisait le solstice d'été ; il était le dieu des fruits de la terre ; on lui offrait des fruits ; on jetait des couronnes dans l'eau en son honneur; on allumait des bûchers et l'on dansait autour ; ces fêtes ont continué BOUS la religion chrétienne ; saint Jean en est naturellement devenu le héros. larylo (l'ardent, le bouillant). était le dieu de la génération, le dieu phallique par excellence.

Citons encore Stribog, dont le nom nous a étéconaervé par la chronique de Nefïlor et par le poème d'Igor qui l'appelle aïeul des vents. A larilo correspond Lttda,

1 J'ai ea \e tort de les acMpit Ui'.Kodt, élude hiitorigut jt tiaiiirme, p. 26, 27.

« du Uvtéum tchèque, «un^e 187S.

■ Krek, Àreti. fur Slaw. Phil., 1» anote, p. 134

LA MYTHOLOGIB SLAVE. 365 '

la Vénus slave dont le culte n'csl atleslé que par des chansons ou des formulettes qui se retrouvent avec diverses variantes chez presque tous les peuples slaves; c'est la déesse du printemps et de l'amour.

I.e groupe slave chez lequel la religion païenne parait avoir atteint son plus haut développement est celui j des Slaves de l'Ethe ou de la Baltique. C'e^t le seul chez 1 lequel on trouve des temples et une caste sacerdotale. Les écrivains germaniques. Helmold, Adam de Brame, les biographes d'Othon de Bamberg, les sagas scandînaves fournissent ici d'assez nombreux matériaux. Le j dieu principal parait avoir été Svatovit ou mieux Svantii\nt. Sur le témoignage d'Helmold, on l'a pendant longtemps considéré comme le dieu de la sainte lumière. M. Krelt', traduit son nom parsouffle violent et en fait une divinité de l'atmosphère. Il fait remarquer que ses ' préIres devaient éviter de respirer dans son temple pour | ne pas souiller le sanctuaire par un souffle humain. Le 1 temple principal de Svantovit s'élevait dans la ville | d'Arkona, dans l'Ile alors slave de Bugen. Son idole j était en bois ; la main droite tenait une corne, i doute la corne à boire des peuples du Nord ; pri^s d'elle J étaient une selle et une bride de prodigieuse dimension.!

OuTToga cité, p. IDS.

^Ê ' OuTToga

a66 ÉTUDES SLAVES.

Suivunt lu ci'oyance pupulaire, le dieu chevauchait to! la nuit Bur un cheval blanc. Tous les matins le coursier rentrait couvert, diBait-on, de sueur et de poussière, et il était soigné par les prêtres dont le plus ancien seul avait le droit de le monter. A. la fin de la mais- Bon, une grande fête était célébrée en l'honneur de Svantovit. On immolait des moutons devant le temple, puis le grand prélre s'avançait aux pieds de l'idole, prenait la curne et regardait s'il y restait quelques gouttes du vin, c'est-à-dire du liquide fermenté qu'on y avait versé l'année précédente. S'il en restait, le grand prêtre prédisait au peuple une récolte abondante, la disette dans le cas contraire '. Le temple d'Arkona était fort riche ; on lui offrait une grande partie du butin enlevé aux ennemis. Trois cents cavaliers étaient chargés de le garder.

On a supposé que Svantovit avait été honoré jusque chez les Tchèques de fiobéme et de Moravie ; par exemple, on a prétendu que, si la cathédrale de Prague était dédiée à Saint Vit, c'ist qu'elle avait remplacé un temple païen consacré à Svantovit. C'est là une hypothèse ingénieuse, mais ce n'est qu'une hypothèse.

A côté de Svantovit se place Triglav (le dieu aux trois têtes), honoré chez les Slaves de Poméranie ; ses principaux sanctuaires étaient & Steltin et àVolin' (aujou-

< Saxo Grammaticiu, ap. L. Léger, Cyrille et Mélhadt, iiuài historique lur ia convertion dt* Stavii au chritUanitme, p. 13. • Voir )«■ Yiet d'Othon dt Bambttg. kp., P«TlI, t. ZIV.

■ LA MTTHOLOGIB SLAVE. 267

'dlwiWoniii dans l'Ile du mémo nom). Sa Iriple téLe était recouverte d'un triple diadème d'où pendait un voile qui descendait jusqu'aux lèvres. Ses trois visagee indiquaient qu'il régnait sur le ciel, la terre et les enfers. S'il se voilait les yeux, c'était, disaient ses prêtres, pour ne pas voir les fautes des mortelH, Un cheval noir lui était consacré et de ses mouvements on tirait cprtainB présages. On rapporte à son culte des idoles à trois têtes qui ont été découvertes en Misnie. On a cherché à retrouver cette divinité jusque chez les Slaves de la Carniole, où s'élève le mont Triglav (le Terglou de nos géographes). C'est tout simplement fa montagne à trois têtes. L'existence du diou Radtgott est attestée par Helmold, Thitmar, Adam de Brème ; il avait son temple principal dans une ville portant son nom que les Allemands appellent Ketra ou Ratara ; ce temple, somptueusement décoré, renfermait les statues des divinités slaves. Radigoat était représenté sous l'apparence d'un guerrier ; un cheval lui était consacré ; une montagne en Moravie, deux ou trois cités en Bohême, portent un nom analogue à celuide Radigost; on a conclu de cette similitude que son culte avait pénétré dans ces contrées. L'argument est loin d'être irréfutable. 1

Notons encore Hugevit, ou Ranovil, dieu guerrier de l'Ile de Eugen, qui était représenté avec sept visages . BOUS un même crâne et tenant sept glaives dans tgj main; /arovt'f, dont le nom rappelle celui du laryltfl

268 ÉTUDES SLAVBS.

russe ; c'était un dieu guerrier. Les Slaves baltiques, en lutte perpétuelle contre leurs voisins allemands ou scandinaves, avaient prêté à leurs dieux principaux un caractère essentiellement belliqueux.

Us adoraient en outre une foule innombrable d'idoles inconnues : « Pénates et idola quibus singula oppidA redundabant^ dit Helmold. » C'est sans doute par le contact avec les Germains et les Scandinaves qu'il faut expliquer le développement du culte public et la formation d'une caste sacerdotale chez les Slaves (baltiqaes. C'est là un phénomène qui ne se retrouve chez aucun autre peuple slave.

Arrivons aux divinités inférieures : elles sont fort nombreuses. Procope en avait déjà signalé l'existence; beaucoup d'entre elles ont survécu à l'introduction du christianisme et vivent encore dans Timagination populaire. Les plus connues sont les nymphes ou dryades slaves, appelées chez les Serbes Vilas, chez les Russes jRousalkaSf chez les Bulgares, loudas, Divas^ ou Samodivas. Elles mènent au clair de lune des rondes fantastiques, habitent les bois, les rochers ou les eaux et se mêlent à la vie des hommes ; les Rojenitsas ou Soujdenùsas président à la naissance et à ]a vie des hommes; ee <u)nt des espèces de fées ou de Parques. Morena ot,

LA MYTH0L06IB SLAVE. 269

chez les Slaves occidentaux, la déeÈÈC do l'hiver et de la morL. En Moravie, à l'approche du printemps, les jeunes gens vont, en chantant des chansons, jeter à l'eau le manoequia qui la représente. En Russie, lefroid de l'hiver est symbolisé par un étrange personnage, Kocktckei Cimmortel, et par la Baba laga, une petite vieille qui voyage dans un mortier effaçant derrière elle avec uu balai les traces de son passage *.

Le foyer domestique [dom) a pour patron le génie appelé />(imâuoi: les bois (fi'eï^) , sont hantés par les /lecAî/s (esprits des bois)', les champs par lap tsa ', qui correspond au démon du Midi de l'Ecriture. Il n'est, surtout chei les Russes, aucun moment de la vie, aucun phénomène de la nature qui n'ait sa divinité et qui ne soit l'objet d'un culte traditionnel, combiné le plus souvent avec les rites du culte officiel, par exemple en ce qui concerne les télés de Noël, de Pâques ou de la Saiut-Jean.

Parmi les croyances les plus populaires, l'une des plus répandues dans toutes la race est la croyance aux. vampires. Le mot " vampire, » d'ailleurs difficile k et* pliquer, est certainement d'origine slave '. Un \

< Voj. RaUtoD, Husfian Foiktalet, et L. Léger, U J p. S"! et Etudes ilaves, p. n3'tS3.

■ Ce» noms {liecky, domavoï) eoDt particuliera fc mai» ou reofoutre Ub mttaaa personnageB bi [IsDfl dilTërenlB pay» ilavea.

* Puldim, midi. Voyez plat bftut, g III.

* PoloQaU u,

tJO tTVntS SLAVES.

mot Blare qni déaigDe le même être mythique, le vlakodiak (à poil de loup, loup-garou), a passé chet lei Turcs, chez les Grecs, les Albanais et les Roumains. Le Tampire est ua mort qui sort la nuit de sa tombe et vient sucer le sang des vivants endormis ; il faut trtiupercer ou mutiler son cadavre pour le réduire i. l'impuissance.

Pour se coDcUier la faveur de leurs divinités, les SU- Tes avaient recours à la prière et au sacrifice ; le mot sacrifice, obiel, veut dire promesse faite aux dieux. Os brûlait des bœufs et des moutons ', de préférence sur les collines et dans les bois où s'élevaient les idoles; oq otTrait également les fruits des champs; les sacrificei humains paraissent avoir été rares ; on les rencontre cependant chez les Slaves baltiques et chez les Russes. Sauf l'exception que nous avons signalée plus hant, l'exercice du culte n'était pas confié & une classe spéciale de prêtres. Il appartenait aux chefs de famille, de tribu ou au prince. Les temples des Slaves baltiquei étaient d'une magnificence qui étonne les annalistes et les voyageurs '. Chez les autres Slaves, les seuls produits connus de l'art religieux sont des idoles de boii

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drier mythologique.

Les Slaves admeUaient-ilsiioeaDtreTÎef I^e au vampirisme dont DOuasTons parié ploi à démontrer qu'ili n'esliroaient pa> que tout fdl fini après la mort. L'âme {doucha, de la racine dou, tooffler), était pour eus le souffle de la vie. Elle avait Ift faculté de quitter le corps pendant le sommeil*. Quand elle en était séparée d'une manière définitive, elle revenait vulonliers aux lieux où il avait habité. La croyance dans la continuation de la vie après la mort semble attestée par les ustensiles qu'on a trouvés dans les tombeaux. Le lieu où lésâmes se rendaient définitivement après la mort s'appelait nav ou raj. Ce dernier mot a désigné depuis lepandiq fihrâtîeB ; c'est un lieu ensoleillé et verdoyant qui

■ Mibloiicb., Dit ':Af4ttt|tonHK » Ifrelf, op. til,. ^ I

272 lÎTUDBS SLAVBS.

les champs Elysées. Il y a un mot slave, pekh (Fendroit où Ton cuit dans la poix bouillante *), pour désigner l'enfer ; mais Fidée qu'il exprime purait purement chrétienne.

Le défunt était enseveli le plus souvent sous le seuil de sa maison. De vastes tumuli indiquent encore aujourd'hui des sépultures communes. D'après les témoignages d'écrivains grecs, latins et arabes (l'empereur Maurice, saint Boniface, Ibn Dasta, etc.), la femme accompagnait parfois son mari dans la mort. La crémation était en usage chez un grand nombre de tribus; chez d'autres, les deux modes de sépulture étaient pratiqués simultanément. On célébrait en l'honneur des morts une fête appelée (rizna ; elle consistait en jeux guerriers qui se terminaient par un festin.

En somme, les croyances religieuses des Slaves païens les disposaient, plus que tout autre peuple, à embrasser facilement le christianisme. Ils n'avaient point, sauf l'exception que nous avons notée chez les Slaves baltiques, de caste sacerdotale intéressée à maintenir un culte auquel elle devait son prestige ; la religion, purement domestique, n'était pas chez eux un moyen de gouvernement. Leur esprit de tolérance était tel qu'on voit dans les traités entre Grecs et Russes que nous avons cités plus haut les dieux païens invoqués à côté du Dieu chrétien, comme garantie du serment

^ Sur ce mot voir Mihlosieh, op. Ht.

LA MYTHOLOGIE SLAVE. 1-ji

prêté, et le temple de saint Élie s'élever non loin de l'idole de Peroun. L'instinct d'imitation, qui est le propre de leur race, lea prédisposait à accepter sans lutte une religion supérieure qui, en satisfaisant leur imagination, leur apportait la solution des problèmes que leurs mythes naïfs avaient essayé de résoudre. Pour être le bienvenu, il suffisait au ctirislianisme de se présenter sous une forme désintéressée, sans aucune arrière-pensée de conquête ou d'assimilation. U pénétra facilement, sans persécutions, sans luttes sanglantes chez les Tchèques, les Moraves. les Polonais, les Russes, les Serbes, les Bulgares. Chez les Slaves de l'Elbe U fut importé brutalement par des Allemands rapaces et envahisseurs ; il ne put réussir à s'y implanter; les païens aimèrent mieux périr que de renoncer à leurs dieux et à leurs temples. Les autres Slaves acceptèrent docilement les apAtres que Rome ou Byzance leur envoyait.

— On me saura gré de terminer cette esquisse p ■ une bibliographie. Je me garderai bien de iv aux ouvrages les plus anciens qui sont absolu o valeur aucune ', je me contenterai de citer ici

' Par ei. celui de Kajiswow; Versu^h einer ilauiitek logie, publié à Gceltiugue eu 1801 el analysa pi dans Slaviit (Prague 1808}.

▼rages principaux et facilement accessibles. Je dois d'ailleurs prévenir le lecteur qu'aucun d'entre eux n'est complètement satisfaisant. J'estime que le seul moyen d'arriver à établir la science du mythe slave ce serait de publier un répertoire alphabétique renfermant, avec l'indication des textes authentiques, la description précise de chaque divinité, l'exposé de toutes les croyances, en balayant soigneusement le terrain de tous rapprochements, de toute hypothèse et de toute synthèse. Les ouvrages suivants consultés avec prudence pourraient servir de point de départ pour ce travail délicat :

1® Hanusch, Die Wissenschaft des Slawischen Mytkus^ Lemberg, 4842 (ouvrage vieilli et dont les hypothèses trop hardies ont été depuis désavouées en partie par leur auteur) ;

2* Schwenck, Die Mythologie der Slawen, Prancfortsur-le-Mein, 4853 (compilation sans critique, dangereuse à consulter, précieuse cependant au point de vue de l'abondance des matériaux) ;

3° Miklosich, Die christliche terminologie der Slawiichen Sprachen, Vienne, 4875 (intéressant au point de vue lexicographique) ;

4° Krek, Einleitung in die Slavische literaturgeschiehte, Graz 1874 (ouvrage excellent et qui renferme une trentaine de pages très solides) * ;

i Tenir compte de la note sur les gloiet de la Mater Verb9^

LA MYTHOLOGIE SLAVE. 27

3» Arckiv fur Slavische philologie, années 1876 et suivantes études de MU. Jagic, Krek, etc.] ;

6' Ralston, T/te songt of the russian people. Londres, 1872;

Du même auteur: The taies of ihe russian people, Londres, 1873 (nombreux matériaux sur les croyances populaires des Russes '.)

70 Rambaud, La Russie épique, Paris, 1876 (môme observation '.)

8° Léger, Cyrille et Méthode, Etude historique sur la conversion des Slaves au christianisme , Paris, 1868.

9° Afanasicv, Vues poétiques des Slaves sur la nature (en russe,) 3 vol. in-8°, Moscou, 1865-1869. (Le plus vaste répertoire de mythologie slave Jusqu'ici existant; le consulter pour les faits sans tenir compte des théories de l'auteur et de sa tendance à généraliser. Vérifier les citations et l'authenlicité des documents.)

10° Kolliarevsky, Les Rites funéraires des Slavei païens, Moscou, 1868. (En russe, excellent ouvrage d'un slaviate distingué dont la science déplorera longtemps la mort prématurée.)

11' En tchèque; Hanusch, Calendrier slave mythologf que, ou restes des rites slaves païens, Prague, 184 (Utile répertoire.)

* Voit et que j'ai dit de caB deux onTragea dani Ua volmues indtquËi ci-deBsu».

1 Voir sur ce livre mon article dans la AfUi 1876, a* 17, et 11 répause de l'auteui u* 2i.

12® Erben, article Mythologie slave et articles sur les principales divinités slaves dans V Encyclopédie tchèque {Naucny slovnik, Prague, 1863-73.)

13® Du même: articles dans la Revue du Musée de Prague. (Voir la table générale publiée en 1877.

14® Jos. Jireczeky Etudes sur la Mythologie tchèque. (Même revue, année 1863.)

15® Vocal, La Bohême préhistorique, Prague, 1868 ^

L'ouvrage publié en 1874 à Paris par M. Verkovitch sous ce titre :1e Veda slave, doit, jusqu^à nouvel ordre, être considéré comme une mystification '. Les histoires généralesdes pays slaves, Palacky pour la Bohême, Dudik

pour la Moravie, Szujski pour la Pologne, Soloviev, Bestoujev-Rioumine pour la Russie, renferment chacun un chapitre plus ou moins complet pour la mythologie. J*ai laissé à dessein en dehors de cette esquisse le mythe lithuanien qui paraît apparenté au mythe slave, mais qui n'a encore été Tobjet d'aucun travail vraiment critique. C'est un terrain mal déblayé et sur lequel il serait téméraire de s'aventurer.

i Je laisse bien entendu de côté les innombrables recueils de chants, jeux, croyances populaires, dont la bibUographie suffirait à remplir plusieurs pages.

s Voir mes Nouvelles études slaves, p. 51-75.

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