LES SLAVES AU XIX* S:ÈCLB
el qui excite aujourd'hui, à tant de litres, d'inlérël dea-J Bavants et la curiosité du public. Beaucoup d'entrel vouB, MessieurB, regrettent certainement la retraite hm laquelle mon honorable prédécesseur a dâ se résignerai après de longues années d'une carrière consacrée au I service de laFrance qui était devenue, pour M, Chodzko, I une seconde patrie, à la pratique des Lettres orientales, M où il comptait parmi les maîtres, à celle des littéralu-a res slaves, qui avaient conservé pour lui nn intërdtfl national, et où il a marqué sa place non seulement parfl des travaux philologiques, mais aussi par des poésies 1 délicates et charmantes. Les vers polonais de M. Chod-I zko suffiraient pour perpétuer son nom à l'ombre dg ■ celui de son glorieux ami, Adam Mickiewicz. LaPolo- J gne tout entière sait par cœur la délicieuse ballade de I Maliny, et plus d'un compatriote de l'auteur a regretta 1 qu'il n'ait jias suivi jusqu'au bout celte voie poétique*! où il s'était engagé dans sa jeunesse, et où son talent 4 donnait aux meilleurs juges les plus belles espérances. Suivant le mot célèbre de Sainte-Beuve, repris par Alfred de Musset, il y eut toujours chez M. Chodzko un poète mort jeune, en qui le savant survivait, Adam Miokiewicz avait, il y a soixante ans, dans une brillante J improvisation, salué, en son jeune ami Alexandre, u: rival et un successeur : « Je suis l'aigle, lui disait-il lu e» le faucon, tu as saisi les secrets du vol de l'aiglu et il te porte envie :
28o éTUDBS SLAVES.
Tyspojal tiynie orlego lotu ; ^ Sam orzel tobie zasdrosoi.
» Quand il succombera tu prendras ton essor. Quand il périra tu lui survivras. Tu t*asseoiras un joursur son trône et tu te couvriras de sa gloire. »
Orzel upada ; ty latac bedziesz ; Adam gdy gînie, ty zyjesz. '' Na jego ironie ty kiedy siedziesz, Jego sîe blaskiem okryjesz. »
Mickewicz eut cette fois le don de prophétie. Ce ne fut pas sur le trône de la poésie polonaise que M. Ghodzko remplaça lecliantredeVallenrodetdeSireThaddée. Ce fut dans cette chaire où il vint professer deux ans après la mort du maître qui, si on l'eût consulté, n'eût certainement pas souhaité d'autre successeur. Le souvenir de l'enseignement qu'il a donné ici survivra dans des travaux de critique littéraire et philologique sur lesquels nous aurons l'occasion de revenir. Permettez-moi de vous rappeler seulement les Conte» des Paysans et des Pâtres Slaves^ dont Michelet disait: « C'est divinement traduit » et la Grammaire paléoslave qui, sur le rapport de Mérimée, fut éditée aux frais de r£tat par l'Imprimerie na;tionale.
Je regrette de n'avoir pas la compétence nécessaire pour apprécier comme elle le méritent les remarqua-
LES SLAVES AU XIV« SièCLE. !
bles études que M. Chodzko a consacrées aux, Idiigues } et à la poésie de l'Orient.
Parmi ses compatriotes et parmiles nôtres il est peu , de savants qui puissent se glorifier d'une érudition ( aussi variée, d'un talent aussi cosmopolite. Trois litté- | ratures, celle de la Pologne, de la France et de l'Angleterre revpndiquent ses œuvres.
Après tant de labeurs on a bien droit au repos. Nos • vœux et nos sympathies accompagnent dans sa retraite i le vénérable professeur. Puiase-t-il jouir longtempa j encore de l'estime de ses confrères, de l'affection des | siens et des respects de tous.
J'ai toujours regardé l'honneur d'enseigner ici comme ' le but le plus élevé, la récompense la plus haute d'une carrière consacrée tout entière aux études slaves, Mon ambition serait de les naturaliser définitivement dans notre pays. Le cadre de ces éludes est trop vaste pour que je puisse l'esquisser aujourd'hui dans son ensemble. Je me contenterai de rechercher avec voua " par suite de quelles circonstances elles ont pénétré J dans l'enseignement du Collège, ce qu'était alors le ^ monde slave et ce qu'il est acLuellement, quels peuvent être les écueils et les difficultés de notre ensei-' gnement, quel en doit être l'esprit et la méthode.
La fondation de cette chaire remonte à 1840.
Le 20 avril de cette année, M. Cousin, alors ministre de l'instruction publique, présenta à la Chambre des députés l'exposé des motifs d'un projet de loi ouvrant un crédit pour la création d'un enseignement nouveau, celui de la littérature et de la langue slave. Personne parmi nos compatriotes n'eût été en état de le donner. On savait que le Gouvernement avait l'intention de le confiera un grand poète polonais, exilé volontaire, qui professait alors la littérature latine à l'Académie de Lausanne. Vous n'ignorez pas quelles étaient les ardentes sympathies de la France pour la Pologne dont les soldats avaient naguère combattu sous nos drapeaux, et dont la dernière révolution avait paru solidaire de la nôtre. Je ne sais qui a rédigé le rapport de M. Cousin. Il figure au Moniteur sous le nom du Ministre qui l'a déposé; mais je le vois attribué à M. de Salvandy dans un recueil assez curieux, les Lettres slaves de feu Christien Ostrowski*.
Quoi qu'Tl en soit, ce document atteste Tignorance qui régnait à cette époque chez nous relativement au monde slave. 11 prouve que l'on ne savait en 1840 ~ du moins au Ministère de l'Instruction publique — ni la statisti
* Un vol. in-i2, Paris, km^oV V^Vl.