I.E NIHILISME ET I.A RUSSIE
B bandit ou de contrebandier, la métier de propagan- Siste, de commis-voyageur en révolution, a dea cbarnies qui agissent puissamment sur les jeunes imaginations. Les dangers réels ou fantastiques qu'on peut courir flattent et chatouillent la vanité. Un publiciste russe a fort bien caractérisé ce côté du nihilisme.
PI « Sans doute, dit M. Schedo Ferrolti, tout ce monde a eu pour premier mobile de ses actes une idée patriotique, mais peu k peu cette idée s'est efTaoée et se trouve enfin si bien reléguée au dernier plaa qu'elle n'est plus qu'un prétexte pour avoir l'occasion de satisfaire un autre seatimeot, bien plus impérieux que le patriotisme, le sentiment de l'admiration pour soi-même. Quelque stridents que soit ses cris de « vive ta Russie, » quelque bruyant que soit son entiiousiasme patriotique, ce qui tient la première place dans la tête du nihiliste, ce n'est point la Russie, c'est l'idée de sa propre supériorité, de sa propreinfailHbililé. Le sentiment de son mérite ne le quitte jamais, et le besoin qu'il éprouve devoir ses qualités hors ligne reconnues par ■ le monde entier « est tellement impérieux que toutes ses pensées se concentrent sur un seul point : il veut être apprécié et admiré, ou s'il tombe sur des gens assez stupides pour ne pas lecomprendre, il veut être biâmé et persécuté, mais il ne se consolerait jamais de passer inaperçu.
"S'il n'arrive pas à produire de l'ellet, le nihiliste a recours à ta ruse pour fixer l'attention desesamiset oonnaissanoes. Il affecte des allures mystérieuses pour qu'on lui demande où il va ; il a l'air distait pour qu'on s'informe & quoi il pense ; il est toujours sur le qui-vive pour qu'on 1
croie traqué par la police, car le rêve du nihiliste est de passer pour uq personnage politique, dont le gouvernement s'occupe sans cesse, pour un fils dévoué de la Russie, prêt à subir le martyre pour la sainte cause de la patrie. S'il est en Russie, il se vante d'avoir été mandé devant le chef des gendarmes, qu'il n'a jamais vu, si ce n'est à la promenade ; s'il est à l'étranger, il se fait passer pour émigré politique, tout en ayant son passeport dans sa poche... Toute mesure de rigueur, toute persécution, loin de le dédégoûter du métier de conspirateur, exerce sur le nihiliste une attraction irrésistible, en lui donnant un prétexte de se poser en victime de la liberté, et il suffirait d'une série de mesures vexatoires pour augmenter le nombre de ceux qui brigueraient Phonneur d'avoir sou£fert pour la patrie*. »
Ces lignes étaient écrites en 1867. Depuis quelques années, le nihiliste est entré dans la période des conspirations et des attentats ; il a toujours autant de vanité ; mais les circonstances Tont obligé à plus de prudence. Le parti s'est donné aujourd'hui une organisation analogue à celle des carbonari. Cette organisation a été établie dans un règlement qu'il est intéressant d*étudier. Les noms de nihilisme et de nihilistes ne s'y trouvent plus, il n'est question que de révolutions ou de révolutionnaires. D'après ce manuel, le parfait; révolutionnaire doit se considérer comme étant hors de la société. 11 n'a
^ Mudes sur Tavenir de la Russie. Neuvième étude : Le nihilimpe en Russie. — Berlin, 18Ç7»