‹ Nouvelles études slaves: histoire et littératureChapitre 8 sur 20 · JO · texte numérisé non relu

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doute celle du lecteur : « Quand les sauvages de la Louisiane veulent avoir du fruit, ils coupent Tarbre au pied et cueillent le fruit. Voilà le gouvernement despotique. » Ce que Montesquieu dit là du despotisme s'applique aux théories des jacobins de toutes les sectes et de tous les pays ; en Russie, ils veulent couper l'arbre avant même qu'il soit en fleur. Mais le bois en est dur et ne se laisse pas aisément entamer.

NouH arrêtons ici cette étude. Plus d'an lecteur aura sans doute trouvé l'auteur bien sévère pour un parti dont les excès semblent trouver leur excuse dans les vices du système gouvernemental russe, dans les abus^ disons le mot, dans les crimes mêmes de certains fonctionnaires. Il n*eût été que trop facile de dresser un acte d'accusation en règle contre la Russie officielle et de tirer de cet acte tous les éléments d'une plaidoirie en faveur de la Russie anonyme. Il suffit de dépouiller la collection des pamphlets et des journaux publiées à l'étranger depuis quinze ou vingt ans. On eût pu en tirer la matière de dix articles bien faits pour chatouiller la sensibilité du lecteur libéral. L'auteur de ce travail a cru qu'il y avait autre chose à faire ; il s'est appliqué à rechercher les éléments psychologiques du problème nihiliste, et il croit avoir réussi à les mettre en relief. Pour lui, le nihilisme est avant tout un état morbide, la crise passagère d'un peuple dont la croissance a été trop préipitée. Cette crise est due à un certain ensemble de circonstances historiques, et elle ne cessera que lorsque ces

LE NIHILISME Et LA. RUSSIE,

circonstances auront disparu, lorsque l'équilibre se serSH

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Eal-ce à dire qu'il n'y ait rien à faire pour remédier ^ BU mal? Non assurément. Entre les représentants de la

vieille et de la nouvelle Russie, entre les despotes et les anarchistes, entra les conservateurs à tout prix et les démolisseurs en délire, il y a toute une classe moyenne, tout un groupe d'esprit sages et libéraux qui ne jouent pas encore le rôle qu'ils méritent dins les destinées du pays. Le souverain a tout intérêt à s'appuyer sur eux ; l'assemblée organisatrice que rêve le comité est une chimère; mais rien n'empêcherait un gouvernement éclairé d'appeler autour de lui les représentants des zemstvos, c'est-à-dire des conseils électifs des provinces russes. Aujourd'hui, une partie de la classe intelligente et libérale assiste avec une sorte d'indifférence et de

ilude au duel bizarre qui s'est engagé entre la i rolutîonet la police; elle n'attend rien de bon des cons-J pirateurs ; mais elle n'est pas absolument fâchée de voir l'autocratie s'épuiser en vains efforts contre un ennemi invisible. Que le souverain appelle à lui les représen-

intsde cette classe libérale, confinée jusqu'ici dans la iratique restreinte des franchises provinciales, il trouvera chez elle des conseillers éclairés et vraiment pa- ^

iotiques.

I ECRIVAINS FRANÇAIS & LA RDSSIB | ' J'ai publié autrefois, il y a fort longtemps déjà, une étude sur les écrivains anglais et la Russie '. Elle débytail par un mot de feu Henen qui est moins vrai aujourd'hui qu'il ne l'était alors : » On ne connaît pas la Russie en Occident, ii Ce n'est pas faute cependant d'à- i voir écrit sur elle. En 1873, la direction de la biblio- I tbèque impériale de Saint-Pétersbourg a édité un catalogue des Rusiica, c'est-à-dire des écrits publiés sur la Russie en langues étrangères '. Ce catalogue comprend

»âs de trente mille numéros, dont un dixième au moins ; . rédigé en français. Depuis ce temps nous avons

' Voyageur» anglais en Riiisie, voir le Monde Slave,

. set- '

* Catalogua da la section des ftiutiea, ou ËurïU lur la Rusilf 1

en langues étraugèrea. Deux vol. grand in -S-.;S«lDt-Péterabaurg^ ,

la guerre d'Orient, les exploits du nihilisme, la mort de Tempereur Alexandre IL Dieu sait combien de volumes sont venus s*ajouter à ces trois ou quatre mille publications énumérées par les bibliographes de Saint-Pétersbourg I Sur cette masse d'ouvrages plus ou moins éphémères, en est-il beaucoup qui méritent d'être lus et consultés par les hommes sérieux ? C'est là une question qui peut être posée. On raisonne beaucoup sur la Russie depuis quelque temps, et elle commence à jouer un rôle considérable, non seuleme^it dans la politique, mais aussi dans l'art et dans la littérature.

Constatons d'abord un fait. La plupart des écrits relatifs au monde russe ont été inspirés par des polémiques passagères, par le désir de satisfaire la curiosité d'un moment ou par des idées purement négatives. 11 s'agissait le plus souvent de faire échec à la . politique de tel souverain, de défendre telle nation ou tel état menacé par son ambition : les Polonais, par exemple, ou l'empire ottoman. Le moindre défaut des œuvres de ce genre, c'est d'avoir été écrites sans aucune préparation scientifique, le plus souvent par des publicistes qui ne connaissaient pas la Russie, qui en ignoraient la langue et rhistoire, qui raisonnaient sur elle comme sur un cadavre que chacun peut disséquer à son gré. Depuis

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