C’était le nom d’un domaine de Huygens
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Corneille « tout en le censurant d’avoir si mal choisy à qui vouer la plus achevée et la plus illustre pièce qu’il ait encore produite ».
Après un assez long intervalle dans ces relations, elles avaient repris, dix ans après, en 1661, quand Huygens fut chargé d’aller revendiquer, en France, les droits du prince d’Orange sur la principauté de ce nom. En 1663, il visitait Corneille, à Rouen, et, à la suite de cette visite, il lui écrivait un long Mémoire sur la nécessité qu’il y aurait à tenir compte dans la poésie française, non-seulement du nombre des syllabes et de la rime, mais « de la cadence des pieds », c’est-à-dire de la quantité prosodique des mots et d’une répartition rythmée des longues et des brèves dans le vers. En transférant ainsi à notre versification les conditions de la prosodie grecque ou latine, Ruygens ne faisait, en réalité, que reprendre une idée qu’avaient caressée avant lui plusieurs poètes de la Pléiade, Baïf, entre autres, qui, à l’exemple de Mousset, un de ses prédécesseurs, avait publié, en 1754, ses Étrènes de Poézie, les Besognes d'Hésiode et d’autres poèmes en vers mesurés. Afin de faire consacrer cette réforme de la métrique, Baïf avait même institué une Académie de poésie et de musique reconnue par lettres patentes de Charles IX et qui avait duré jusqu’en 1584. Cette tentative, prônée par quelques-uns de ses adeptes, comme Denisot, Pasquier et même Bonaventure Desperriers, n’avait pas réussi. Mais nous ne devons pas trop nous
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étonner que Huygens ait songé à cette modification de la métrique qui avait préoccupé quelques-uns des poètes de la génération précédente, car les écrivains de la Pléiade étaient encore à cette époque très goûtés en Hollande. Même après que Malherbe eut évincé Ronsard, ce dernier y était considéré comme un des maîtres du Parnasse français et Vondel appelait du Bartas « le Phénix des poètes, l’immortel Gascon. » Dans le mémoire qu’il adressait à Corneille sur ce sujet, Huygens avait fait application aux vers du poète de ces règles qu’il voudrait voir établies. Il semblait qu’ainsi rythmé, « le chant des vers serait plus modulé, leur musique plus harmonieuse ». Mais la détermination donnée par lui des brèves et des longues était absolument arbitraire, et Chapelain, qu il avait mis au courant de la question, tout en s intéressant à son entreprise, remarque qu’il est bien difficile de s’entendre au sujet de la quantité des diverses syllabes dans les mots de notre langue. Loin de se rendre à ces raisons, Constantin revenait à la charge et il est probable que son insistance à cet égard avait fini par lasser un peu Corneille qui, jugeant inutile de prolonger une discussion sans issue , n avait pas répondu à sa lettre et laissait de même sans réponse une nouvelle demande qu’il lui adressait à ce propos. Huygens, cependant, ne devait pas cesser d’être un fervent admirateur de Corneille, et, en 1665, il célébrait son talent et l’élégance de ses poésies latines dans deux poèmes en vers latins.
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L’opiniâtreté que Kuygens avait mise en cette affaire de métrique tenait à une disposition très caractéristique de son esprit, naturellement porté aux combinaisons. Cette aptitude lui avait été précieuse dans son emploi, puisque, comme il le disait lui-même à la princesse Amalia de Solms, elle lui permettait de donner heureusement l’explication de toutes les dépêches ennemies tombées entre ses mains et de débrouiller le mystère des chiffres diplomatiques les plus secrets. Loin de s’en prévaloir, il pensait que « ce n’étoit point là besogne de si haut alloy qu’on lui fait honneur de la recevoir » et il estimait, au contraire, « qu’un homme de jugement, en s’y mettant, trouveroit que, là aussi, la vanité des pédants sert de faux masque à un artifice de peu de façon ». Nous avons vu, de meme, avec quelle facilité il apprenait les langues et comment il s’en assurait la possession jusqu’à parler ou écrire dans chacune d’elles aussi facilement qu’il faisait en la sienne propre. Très bon humaniste, le grec lui était aussi familier que le latin et il excellait à donner à une inscription ou à une épitaphe cette concision vraiment lapidaire qui dit beaucoup en peu de mots, aussi bien qu’à aiguiser dans un trait piquant les malices d'une épigramme. On conçoit qu’ainsi doué, il fût particulièrement habile à saisir le mécanisme de la versification dans toutes les langues et dans tous les modes. A chaque instant, dans sa correspondance, des vers latins se pressent naturellement sous sa plume. Il s’intéresse donc à
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toutes ces questions et jaloux aussi d épurer et de fixer sa langue nationale, il cherche comment on a pu s’y prendre dans les différents pays pour atteindre un pareil résultat. Il se tient au courant des travaux qu’on poursuit chez nous à cet effet et dans une lettre à Gonrart, le secrétaire du roi de France (29 janvier 1660), il s’informe de ce qu’on fait « à cette fameuse Académie, de ce qu’elle produit, et si un certain dictionnaire a vu ou verra jamais le jour ». Ce n’est pas d’aujourd’hui, on le voit, que le dictionnaire de l’Académie a le privilège d’exciter la curiosité du public.
Si lettré que fût Huygens, il était encore plus artiste. Conduite avec intelligence et surveillée de près par ses parents, son éducation avait puissamment développé ses dons naturels. Son père avait piis soin de lui faire apprendre les éléments de tous les arts. Dépassant même le programme qu’il s’était tracé, il avait rendu son fils capable non seulement de juger les œuvres des maîtres, mais de se rendre compte par ses essais personnels des difficultés que pouvait offrir leur exécution. La curieuse autobiographie découverte et publiée par M. J. Worp 1 nous fournit à la fois des détails précieux sur l’instruction