‹ Nouvelles études sur l'histoire de l'artChapitre 13 sur 15 · Oud-Holland, 1891, p. 106 et suiv · texte numérisé non relu

Oud-Holland, 1891, p. 106 et suiv

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que Constantin avait reçue à cet égard et sur les artistes contemporains avec lesquels il s’était, dès sa jeunesse, trouvé en relations. Il y cite les maîtres auxquels son père s’était adressé pour enseigner le dessin à son frère et à lui. Jacques de Gheyn, auquel il avait d’abord pensé, paraît-il, était déjà trop en vue et sa vie était trop occupée pour qu’on songeât à en distraire les heures de ces leçons destinées à des commençants. Le vieil Huygens les avait donc confiés à Hondius; mais, de l’avis de Constantin, son talent comme graveur avait donné quelque raideur et quelque dureté à son exécution, et ce n’était pas l’artiste qu’il fallait pour mettre des jeunes gens à même de retracer fidèlement et vite tous les objets de la nature, paysages, animaux ou personnages en action.

Huygens professait pour les deux de Gheyn, le père et le fils, une très vive affection et il parle avec les plus grands éloges de leur talent et de leur droiture morale, de l’habileté à dessiner à la plume qu'avait acquise Jacques, qui, en ce genre, peut soutenir la comparaison avec Goltzius, son maître. Le peintre excellait d’ailleurs dans toutes les parties de son art. Ses connaissances en architecture le faisaient aussi rechercher par le prince Maurice, qui, vers la fin de sa vie, s’était pris de passion pour cet art et ne ne cessait pas de consulter de Gheyn sur tous ses projets de construction. Constantin avait également connu Goltzius, mais il était trop jeune alohs pour

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l’apprécier à sa valeur. Il cite ensuite, en caractérisant d’un mot juste leur talent, des marinistes tels que H. Vroom et J. Porcellis; les paysagistes van Goyen, Esaïas van de Velde; puis dans le groupe des italianisants : Bloemaert, Uytenbroëck, P . Lastman et les deux Pynas ; enfin les portraitistes M. Mierevelt et Ravesteyn. Quant à Rubens, après avoir proclamé l’universalité de son génie, la prodigieuse culture de son esprit, son inépuisable fécondité, il regrette que le malheur des temps ne lui ait point permis d approcher, comme il l’aurait voulu, un homme qu il faudrait égaler pour pouvoir le célébrer dignement.

J’ai déjà eu l’occasion de parler 1 de la partie la plus curieuse de ces mémoires' de Huygens, je veux dire celle où, avec une clairvoyance vraiment prophétique, applaudissant au génie précoce de Rembrandt et à sa puissante originalité, il lui prédit les plus hautes destinées 2. En sa qualité de secrétaire du prince Frédéric-Henri, Constantin eut bientôt l’occasion de témoigner au jeune artiste toute 1 admiration qu il éprouvait pour son talent en lui commandant une suite des tableaux de la Passion. C est sans doute aussi grâce à son influence que Rembrandt avait eu à peindre les portraits de Maurice Huygens, son frère, et de l’amiral Yan Dorp, son beau-frère. Quelques

1. Les Biographes et les Critiques de Rembrandt, Revue des Deux Mondes du 15 décembre 1891.

2. Cette autobiographie a été écrite vers 1629=1630. Rembrandt, (jui vivait encore à Leyde dans la retraite, avait alors ■vingttrois ou vingt-quatre ans.

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années après, alors que le maître était de plus en plus délaissé du public, il continuait à le patronner et augmentait graduellement le prix des acquisitions qu il lui faisait. Dans le poste qu’il devait occuper si longtemps, il s’employait de son mieux à servir les intérêts de l’art et ceux de ses maîtres.

Avec 1 avènement de Frédéric-Henri et la prospérité croissante du pays, les arts commençaient à être en honneur à la cour. Le prince s’était construit plusieurs résidences et il s’appliquait à les orner. Sachant lui complaire, son secrétaire le tenait au courant de toutes les occasions qui pouvaient s’offrir de faire pour lui les achats les plus avantageux et les plus honorables. Mais Huygens est surtout pénétré de la responsabilité que lui impose sa situation, à raison des encouragements officiels qu’il convient d accorder aux arts. Malheureusement, à part Rembrandt, la peinture historique ou religieuse n était plus guère en vogue à cette époque, et les noms de Dirck Bleker, des de Bray, des de Grehber et des autres italianisants qui la représentent à ce moment dans l’école hollandaise n’y font pas grande figure, lout en les chargeant de commandes importantes, Huygens était bien obligé de se rabattre sur les artistes d’Anvers, mieux préparés à des travaux de ce genre. On comprend qu’il se tourne tout d’abord vers Rubens, pour solliciter son concours et renouer avec lui des relations interrompues. Vers le milieu de novembre 1635, au retour des opérations

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militaires qui s’étaient prolongées assez tard cette année, il lui écrit d’Arnheim pour lui exprimer le désir qu’il a depuis longtemps de le voir, « de jouir de sa belle conversation », et, comme en ce moment, il bâtissait lui-même à la Haye, d avoir aussi ses avis « sur les ordonnances de deux petites galeries, bien qu elles soient déjà exécutées. Il voudrait faire revivre là-dessus un peu de 1 architecture ancienne qu’il chérit de passion; mais ce n’est qu’au petit pied et jusqu’où le souffrent le climat et ses coffres ». Plus tard, le 2 juillet 1639, du camp où il est, il lui envoie des tailles-douces représentant cette maison qu’il a élevée à la Haye, avant la mort de sa femme, « alors qu’il vivait maritalement dans sa sainte compagnie et que la main de lÉternel ne s était pas encore appesantie sur lui ». Il adresse à Rubens les compliments du prince : « Son Altesse s’est réjouie de le savoir relevé d’une forte maladie et apprenant qu’il a encore ramené la main au pinceau », elle s’informe s’il serait agréable à l’artiste de « luy embellir une cheminee, dont les mesures lui seraient envoyées, de quelque tableau dont l’invention fust toute sienne, comme la façon ; on ne le désirerait que de trois ou quatre figures pour le plus, et que la beauté des femmes y fust élabourée con amore, con studio e diligenza 1 ». Mais le désir du prince ne put être exaucé, car

1. Biieven van eemge Schilders aan C. Huygens , p&r M. J, -H. Ungen — Oud-llolland, 1891, p> 87 et suiv.

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Rubens, souffrant de plus en plus de la goutte, s’éteignait le 30 mai suivant.

Huygens avait été aussi en rapport avec Van Dyck qui peignit son portrait le 28 janvier 1632, et ainsi qu’il le note avec sa ponctualité habituelle, « le jour même où un arbre était tombé sur sa maison ». En août 1645, il décide un autre artiste flamand, Gonzales Coques, — avec lequel d’ailleurs il était en correspondance pour des achats de tableaux, — à se rendre d’Anvers à Breda pour y faire le portrait de la princesse d’Orange. Nous avons vu aussi que, malgré les ennuis que lui avait suscités Amalia de Solms, Huygens avait pris une grande part au projet de publication des mémoires du prince Frédéric-Henri et surtout à « la conduite du Bastiment du Bois » en 1647. Il semble qu’en cette occasion, en appelant Jordaens et van Thulden à concourir à la décoration de la grande salle avec des artistes hollandais tels que Honthorst, de Bray, C. van Everdingen et Lievens, Constantin ait voulu tenter une sorte de conciliation artistique entre l’école flamande et l’école hollandaise, déjà nettement séparées à cette date.

On le voit, tout en s’appliquant à encourager les peintres de son propre pays, Huygens était surtout un éclectique. Il avait beaucoup voyagé, beaucoup vu et, sensible aux beautés de l’art comme à celles de la nature, il savait apprécier des œuvres de genres très divers. Mais l’Italie* dont il aimait la littérature et qu’il avait entrevue à Venise* restait toujours à ses

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yeux la patrie des arts. Quelle que soit sa prédilection pour Rembrandt et quelque désir qu’il ait de lui voir conserver intacte son originalité, Huygens ne peut se tenir de lui reprocher son indifférence absolue vis-à-vis de cette contrée où les artistes d’alors allaient à l’envi chercher le complément de leur éducation. Cette indifférence qui, chez le jeune homme, va jusqu’à envisager comme perdus les quelques mois qu’il lui faudrait pour parcourir cette contrée, Constantin la considère « comme une de ces parcelles de folie qu’on retrouve parfois jusque chez les plus grands esprits », et il le plaint sincèrement d’une disposition d’esprit qui le privera de si précieux enseignements. Il ne laisse pas cependant de le louer de « son opiniâtreté au travail, qui le condamne à une vie absolument sédentaire et ne lui permet pas d’accepter aucune distraction à ses études, même la plus innocente ».

Si grandes que fussent les aptitudes de Huygens pour les arts du dessin, celle qu’il manifesta pour la musique étaient encore plus remarquables. Il professait pour elle une véritable passion que son père et sa mère, musiciens tous deux avaient développée chez lui dès son enfance. Sa précocité à cet égard fut extrême et, à l’âge le plus tendre, il chantait déjà d’une voix très juste. Il avait aussi assoupli ses mains pour jouer avec habileté de plusieurs instruments : l’épinette, l’orgue, le théorbe et la guitare. La musique devint dès lors et demeura toute sa vie son

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passe-temps préféré. Où qu'il aille, il emporte avec lui son luth pour charmer les ennuis des longues traversées. En voyage, il recherche et trouve partout clés compagnies où la musique est en honneur et les relations qu’il noue pour satisfaire son goût comptent pour lui parmi les meilleures, car « il aime de passion les âmes musicales ». A Londres, lors de sa première ambassade, à peine arrivé, il se fait inviter chez l’agent du duc de Savoie, un sieur Biondi, qui avait un collège de musiciens, tous Italiens. On lui a promis aussi de lui faire entendre la musique de la reine, dont tous les exécutants, au contraire, sont Français, avec des voix admirables. Il prend un plaisir extrême à suivre les fêtes données par les Kiligrew, chez lesquels on faisait d’excellente musique; la maîtresse du logis, bien que mère de douze enfants, était une chanteuse accomplie et toute sa maison, comme il dit, n’était qu’un concert. Lui-même, d’ailleurs, raconte, avec une évidente satisfaction, à ses parents les succès qu’il obtient comme virtuose en Angleterre. Un jour que Jacques II rendait visite à l’ambassadeur des États, Noël de Caron, chez qui Huygens était logé, ce dernier avait été présenté au roi, qui le pria de lui jouer un air de luth, et il s’en était si bien acquitté que « le prince l’avait beaucoup loué d’exceller en un si bel art, sans être du métier ». A une autre visite, — c’était à Baghslot, la campagne qu’habitait Noël de Caron pendant l’été, — le roi, moins pressé, prit de nouveau grand plaisir à l’entendre, tout en jouant aux

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cartes a avec son grand mignon, le lord marquis de Buckingham », et il complimenta ensuite le jeune exécutant, le laissant « assez esjoui de ses petites affaires 1 ».

En 1622, Constantin avait aussi connu en Angleterre le luthiste du roi, Gaultier (Wouterus ou Gouterus) et il devait conserver toujours avec lui des rapports excellents. Il lui envoyait ses compositions et lui donnait même commission en 1647 de lui procurer un bon luth, proposition à laquelle l’artiste répondit en offrant de lui céder le sien propre qu’il avait reçu en cadeau du roi. Huygens recherchait avec ardeur, et par toute l’Europe, les instruments des meilleurs facteurs. Il chargeait les amateurs en qui il avait confiance d’en acheter pour lui toutes les fois que l’occasion s’en présenterait. C’étaient tantôt des cordes qu’il faisait venir d’Italie; tantôt une guitare qu’il priait qu’on lui rapportât d’Espagne, ou bien un des derniers clavecins à deux claviers qu’eût fabriqués Jean Couchet, de la famille des célèbres Ruckers. Aussi, peu à peu, avait-il amassé une collection très nombreuse qu’il disposa dans une des ailes de son habitation, avec sa bibliothèque musicale, dont le catalogue contient quelques raretés.

Sans qu’il nous donne de détails à cet égard, il est permis de croire que les satisfactions musicales qu’il trouva en Italie ne furent pas moindres. En revanche,

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