‹ Nouvelles études sur l'histoire de l'artChapitre 6 sur 15 · Lettre du 2 août · texte numérisé non relu

Lettre du 2 août

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matières les plus variées, fournit des informations aussi nombreuses que sûres. C’est comme un immense répertoire où l’on apprend non seulement à bien connaître la France de cette époque, mais à aimer le noble esprit qui en a tracé une peinture si fidèle et si attachante.

Le savoir de Peiresc était, nous l’avons dit, très étendu, et sa curiosité vraiment universelle le portait tour à tour aux recherches les plus différentes. A cette époque, d’ailleurs, l’étude des sciences était bien loin d’offrir la complexité qu’elle présente aujourd’hui. Le domaine de chacune d’elles n étant pas encore rigoureusement délimité, les savants ne demeuraient pas cantonnés dans les innombrables spécialisations auxquelles les condamne aujourd hui l’extrême multiplicité des observations et des faits. Un grand esprit pouvait en embrasser l’ensemble et pressentir ou entrevoir les liens qu’elles ont entre elles. Peiresc fut un de ces esprits. Sa culture classique lui permettait de se rendre compte de l’état s-énéral des sciences dans l’antiquité et, par son instruction aussi bien que par sa propre intelligence, il était à même de se tenir au courant des progrès que les découvertes récentes venaient de réaliser dans chacune d’elles. 11 abordait leur étude, non pas d’une

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façon systématique et abstraite, ainsi que trop souvent on 1 avait fait jusque-là, mais avec un esprit à la fois très libre et très ouvert. Profondément religieux, il ne craignit jamais que ses croyances pussent être compromises par l'indépendance absolue avec laquelle il poursuivait la recherche de la vérité. « Le livre de la nature, disait-il, est le livre des livres et il n’y a rien de si concluant que les observations des choses elles-mêmes dont le cours est si constant, quelques vicissitudes et révolutions qu’il puisse y avoir, où la grandeur de Dieu paraisse davantage et soit capable de nous faire élever l’esprit humain, quand tout est bien pesé et examiné comme il faut. »

Dans cette libre enquête sur le passé, Peiresc mettait une conscience scrupuleuse à vérifier les textes, à les éclairer par les commentaires les plus judicieux. Son esprit avait besoin de précision et de claite. Aussi attachait-il un soin particulier atout ce qui concernait les questions de mesure chez les anciens. Les mesures du temps, de l’espace, les mesures de capacité, les poids et la valeur comparative des diverses monnaies aux différents âges, firent durant toute sa vie l’objet de ses préoccupations. Il avait eu la joie d’acquérir un calendrier constantinien, aujourd’hui perdu, mais qu’il envoya, siir sa demande, au pape Urbain VIII et que Rubens aurait vivement désiré avoir en communication. Pour les mesures tic capacité, il avait reuni dans ses collections un grand nombre de vases, de coupes et de cuillers en métal

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trouvés dans des fouilles faites en Provence, et il cherchait constamment à se procurer des dessins très soigneusement cotés de récipients analogues trouvés dans d’autres contrées, pour en comparer entre elles les contenances. Son cabinet n’était pas moins riche en poids ou en monnaies de tous les temps et de tous les peuples. Jaloutf comme il l’était d’apporter dans ses observations l’exactitude la plus complète, Peiresc se tenait au courant des découvertes qui, à cette époque, venaient de prolonger la portée de notre vue, soit en rapprochant de nous par le télescope les astres les plus éloignés, soit en grossissant, à l’aide du microscope, les plus petits objets pour mieux en étudier la forme et la structure. Comme Pascal, comme Huygens, il avait le pressentiment des merveilles que ces lunettes ainsi perfectionnées devaient nous révéler dans la composition de l’univers; comme eux aussi, il se sentait attiré par la mystérieuse poésie de ce double infini dont l’immensité ou la petitesse, tout en nous apparaissant de plus en plus merveilleuses, se déroberont toujours à nos investigations.

Les sciences exactes, celles qui sont régies par les nombres et, en particulier, l’astronomie, passionnaient Peiresc. Il avait de bonne heure suivi les travaux de Galilée et applaudi à ses découvertes. La vallée de Belgentier, étroite et resserrée entre des montagnes assez élevées, ne lui permettant pas de découvrir une étendue de ciel suffisante, il s’était lait construire à Aix un observatoire pour faire lui-même

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clés observations sur le cours des astres et il en tenait un journal quotidien. Aux approches d une éclipse, tous ses serviteurs, tous ses amis du voisinage étaient sur pied, munis d instructions détaillées pour étudier avec toute la précision désirable les phases successives du phénomène. Il aurait voulu aussi qu’on notât dans chaque région les courants des vents régnants et qu’on établît de distance en distance des postes pour en déterminer la force et la vitesse. La formation des diverses roches, leur composition, celle des stalactites qu on trouvait dans les grottes du voisinage, la présence dans plusieurs de ces grottes de crânes et d’ossements humains et leurs dimensions relatives attiraient tour à tour son attention. Il soupçonnait l importance de 1 étude des fossiles et s’étonnait que tant de siècles se fussent écoulés sans qu’on songeât, à s’occuper de ces restes du passé. Les études sur la constitution du corps humain ne lui étaient pas non plus étrangères. Sans doute, il avait conservé encore bien des préjugés de son temps. C’est ainsi qu’il ne rejette pas d’emblée la nouvelle qu’on lui a donnée comme positive •« d’un prunelier greffé sur l’estomac d un Espagnol », et qui y aurait pris racine. Sans ajouter une foi entière à une pareille fable, il trouve que cette chose, « certainement bien merveilleuse, mériterait d’être approfondie », et il en voudrait avoir « une information solennellement authentique ». De même, quand son frère Valavès est sur le point de partir pour l’Angleterre, il le prie de ne pas quitter

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Londres « sans s’informer soigneusement de cette nouvelle maladie, ou charme, par le moyen de laquelle les femmes enceintes ne souffrent aucune douleur et les hommes, leurs maris, endurent des maux de cœur durant toute leur grossesse. On me montra ajoutet-il, un médecin qui en était atteint en sa propre personne. Il est bon de s’en éclaircir, si cela a continué ou non ». Au moment où il écrit ainsi (1608), Peiresc, il est vrai, est encore jeune, et il commence à se méfier. La chose lui paraissant anormale, il réclame des renseignements plus formels. Il a plus tard des exigences plus sévères, et il voudrait que les expériences fussent entourées de toutes les précautions possibles; « il s’assure qu’on y rencontrerait des merveilles, si on les suivait à la piste les unes des autres ». Avec Gassendi, « il fait des observations très approfondies » sur le cadavre d’un condamné à mort, dont la Cour d’Aix a donné le corps aux professeurs de médecine « une heure et demie après qu’il avait été pendu et étranglé ». Des premiers, il se rallie aux théories de Harvey sur la circulation du sang, et justement préoccupé, d’autre part, des avantages d’une bonne hygiène, il s’intéresse vivement aux recherches du médecin Cornaro sur la nourriture et il s’empresse de se faire envoyer aussitôt qu’ils ont paru ses livres : la Vita Sobria et de Salubri Potu. Un de ses correspondants lui ayant parlé d’une espèce d’animaux qu’on trouve aux Indes hollandaises et « qui sont le tiers entre l’homme et le singe

», sans

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