L ART
le contredire, il voudrait que « cette relation qui en a été faite fût bien appuyée ». De même, il n’ajoute pas grande confiance à tout ce qui se dit de l'extrême longévité de certains vieillards ; il se plaint des légendes qui ont cours à ce sujet et de la difficulté qu’on a souvent de découvrir la vérité sur ce point.
En tout, il a besoin d’un terrain solide et, avant d’admettre un fait qui lui paraît douteux, il demande qu’on le contrôle avec soin. Aussi déplore-t-il les récits fantaisistes faits par les voyageurs et les fables accréditées par eux sur la faune et la flore des pays lointains qu’ils ont visités. 11 estime d’ailleurs que la réalité est encore plus curieuse et plus intéressante que toutes leurs inventions. Quand des occasions s’offrent à lui de bien connaître des animaux alors assez rares et qu’on lui envoie d’Asie ou d’Afrique : des tortues, des crocodiles, une gazelle, etc., il observe de près leurs habitudes et leur structure. Par deux fois, il a reçu des caméléons venant des côtes barbaresques; plusieurs sont morts en route et ceux qui restent lui arrivent en assez piteux état. Il s’ingénie « à les ravigourer par un repas de cinq à six douzaines de vers de farine et de deux douzaines de sauterelles » ; il étudie leurs mouvements, leurs changeantes colorations dont il cherche à déterminer les causes et quand ils sont morts, il les dissèque luimême pour bien connaître leur conformation. Une autre fois, des ossements de grande dimension lui ayant été adressés comme provenant d’une race de
CLAUDE FAI3RI DE PEinESC. 259
géants qui peuplait 1 Afrique, il n’est pas longtemps à découvrir que ce sont là des fragments de squelettes d’éléphants. Il attire lui-même à Belgentier un éléphant qui, amené d Italie, passait dans le voisinage. Sa présence fait le bonheur de Peiresc et pendant trois jours qu’il le garde, « il le considère bien à son aise et avec grand plaisir, ne l’ayant pas laissé dépayser qu’il ne l’eût fait peser contre quelques sixvingt boulets de canon ». A son départ, l’animal connaît déjà, aussi bien que son gouverneur, son hôte qui, enhardi peu à peu, « se laisse porter jusqu’à ce point de curiosité ou, pour mieux dire, de folie, que de lui mettre la main dans la bouche et de lui empoigner une de ses dents maxillaires pour en mieux connaître la forme ».
Peiresc avait beaucoup aimé les chiens dans sa jeunesse et plus tard, pour se débarrasser des souris qui rongeaient ses manuscrits, il leur avait, comme beaucoup de lettrés de ce temps, préféré les chats qu’il détestait d’abord. Il s’était dès lors mis en quête des plus belles espèces et c’est à lui qu’est due la propagation en France des angoras dont il appréciait fort le poil long, « soyeux et délicat ». On ne saurait dire avec quelle sollicitude il cherchait à conserver la pureté de leur race, surveillait leurs portées, envoyait à ceux de ses amis chez lesquels il pensait qu’ils seraient le mieux traités « les plus jolis chatons » et s’informait dans chacune de ses lettres de leur gentillesse et de leur santé»
260 NOUVELLES ÉTUDES SUR l’hISTOIRE DE l’aRT.
Mais plus encore qu’aux animaux, Peiresc s’est intéressé aux plantes. La botanique était sa science favorite et ce n’était pas pour lui une étude morte. Il a certainement grand souci de toutes les publications qui ont trait à la nomenclature et à l’histoire des végétaux. De bonne heure, il a été en relations avec les principaux botanistes de l’Europe; il est empressé à leur signaler les omissions ou les erreurs de leurs livres et il voudrait que les descriptions ou les images qu’ils donnent des plantes fussent de la plus rigoureuse exactitude. Toutes les fois qu’il le peut, il leur adresse des dessins exécutés sous ses yeux pour rectifier des planches défectueuses, pour suppléer à celles qui manquent. Mais avant tout, il tient à connaître lui-même ces plantes vivantes, à les découvrir dans les lieux où elles poussent et à les y observer. Il est un herborisateur passionné, et le pays qu’il habite est merveilleusement propre à entretenir chez lui cette passion. Aux environs de Belgentier surtout, la flore est d’une richesse et d’une variété extrêmes, à raison de la diversité d’altitude et d’orientation des montagnes, de la proximité de la mer et de la constitution même des terrains. On y rencontre à la fois des plantes méridionales, alpestres et maritimes. Peiresc connaît tous leurs habitats, et il vante à ses amis, notamment, à de l’Ecluse, une certaine colline d’Anis, située dans son voisinage. Il aimerait à lui faire les honneurs de cette contrée « tant renommée pour les plantes singulières que les
CLAUDE FABRI DE PEIRESC. 261
médecins y trouvent d’ordinaire... entre autres le vrai Styrax, qui fait une belle fleur blanche et bien souvent de la gomme aussi odoriférante que celle qui vient d’Arabie1 ». Sur ce sol privilégié Peiresc voudrait acclimater tous les végétaux qu’en échange de ses propres envois, lui adressent ses correspondants de Paris, de Bretagne, de Hollande, d’Italie, de Portugal, d’Afrique, du Japon, de la Chine et de la Perse. Il reçoit des bulbes du cap de Bonne-Espérance, des semences du Levant, des plantes de tous les pays et il adresse de vifs reproches aux commissionnaires quand, par leur faute, ces plantes lui arrivent desséchées, pourries ou entamées parla dent des rats, qui « en mangent les bourgeons dans l’estive des navires ». Il prend grand intérêt à tous les jardins botaniques qui commencent à se répandre, s’informe de la façon dont les végétaux y sont classés, des soins qu’on prend pour leur conservation. Il vante à de l’Écluse l’installation du Jardin des Simples que Richer de Belleval a créé à Montpellier et lui envoie un dessin du puits artificiel qu’il avait imaginé pour y garder les « plantes qui naissent ès lieux humides et froids », comme les capillaires. Il applaudit au développement du Jardin du Roi à Paris et à la nomination — comme auxiliaire de Guy de la
1. L’ancien curé de Belgentier, l’abbé Jacquier, prêtre instruit et grand admirateur de Peiresc, m’a dit qu’il récoltait encore du styrax sur le territoire de la commnne et qu’il s’en servait comme encens dans son église.
262 NOUVELLES ÉTUDES SUR l’hISTOIRE DE l’aRT.
Brosse et probablement sur la demande de ce dernier — de Yespasien Robin, « simpliciste du roi1 ».
Peiresc souhaiterait avoir lui -même « un petit coin en lieu commode pour être couvert durant l’hiver et secouru d’un poêle durant la grosse rigueur du froid, ainsi que le pratiquait le prince palatin à Heidelberg, par le moyen duquel soin il conservait des orangers plantés en pleine terre, qui avaient le tronc gros comme la cuisse ». Attentif à tous les progrès d’une horticulture encore bien élémentaire, il s’applique à réunir à Belgentier toutes les variétés de légumes et d’arbres fruitiers qui conviennent le mieux à la région. Il cherche à se procurer des semences de choix, à corriger par des greffes « l’âpreté des sauvageons », à obtenir par une culture intelligente les fruits les meilleurs et les plus beaux. Il a une nombreuse collection de pommiers, de poiriers et d’orangers de toute provenance, dont il éprouve la rusticité; il compare leurs produits qu’il déguste en connaisseur et classe suivant leur saveur et leur fécondité. On lui a fait don de fraises du Canada qu’il trouve excellentes, « plus aromatiques que les communes, voire quasi musquées », et il en veut propager l’espèce. Il en envoie au directeur du jardin royal d’Hyères et à ceux de ses amis qui peuvent le mieux les répandre
1. Il était depuis longtemps en relations suivies de lettres et d’échanges avec Robin, qui lui procurait un jardinier pour remplacer celui qu’il avait fallu renvoyer de Belgentier à la suite de plusieurs méfaits.
CLAUDE FABRI DE PEIRESC
dans la contrée. On le voit, à côté du savant, nous retrouvons toujours chez Peiresc l’homme serviable et généreux, aussi ardent à la recherche de la vérité qu empressé d’être en toute occasion utile à ses semblables.
La littérature et les arts n’étaient pas moins chers à Peiresc que la science et il ne les a pas moins bien servis. En même temps que les bons esprits d’alors travaillaient dans l’ordre politique à l’affermissement de l’autorité royale, les plus cultivés parmi eux s’employaient avec une efficacité pareille à la fixation de notre langue. Successivement épurée et assouplie par les efforts des âges précédents, celle-ci était désormais mûre pour la perfection. Parmi les lettrés de cette époque, Peiresc était un des plus instruits et des plus judicieux, et la pénétration, la curiosité de son intelligence devait s’exercer dans le domaine entier de la littérature. Il aimait l’histoire et il voulait qu’elle fût écrite avec ordre, avec clarté, avec un souci constant d impartialité , en s’entourant de toutes les lumières qui peuvent l’éclairer. Des premiers, il avait compris tout ce que les monuments des différents âges fournissent de ressources pour les mieux connaître. Inscriptions, bas-reliefs, statues, médailles, monnaies, armes, meubles et objets du
264 NOUVELLES ETUDES SUR l’hiSTOIRE DE l’aRT.
culte étaient pour lui autant de documents aussi positifs que les écrits mêmes que nous a laissés l’antiquité, car ils peuvent très efficacement nous aider à comprendre les usages et les mœurs des peuples anciens, la grandeur et la décadence des civilisations disparues, la filiation et le caractère propres de chacune d’elles. Avec une sincérité absolue, il consultait toutes ces informations éparses, et sa passion pour l’archéologie allait toujours en augmentant. C’était pour lui l’étude par excellence, celle qui flattait tous ses goûts et qui contentait toutes ses aspirations. Dès sa jeunesse, nous l’avons dit, il avait commencé à acheter des livres, des pierres gravées, des objets curieux ou anciens de toute sorte. Un de ses manuscrits qui appartient au musée Meermanno-Westhrenianum à la Haye1, nous renseigne sur les acquisitions de médailles ou de monnaies qu’il faisait un peu de toutes mains dans ses voyages : « d’un marchand obscur... d’un lapidaire venu des Indes, d’un paysan qui fouille ordinairement dans la rivière de Seine à Paris ». Quant à la composition même de ses collections, deux volumes conservés au cabinet des Estampes2 et accompagnés de dessins dont quelques-uns sont fort remarquables, nous montrent divisés par catégories les principaux objets
1. Ce manuscrit en deux volumes a fait l’objet d’une lecture de M. de Dompierre de Chaufï'epie à la Société royale de Numismatique de Bruxelles, le 7 juillet 1895.
2. Sous le titre : Raretés trouvées dans le cabinet de feu M. de Peiresc ; in-fol. ( Aa , 53 et 54f.
CLAUDE FABRI DE PEIRESC
qui s’y trouvaient rassemblés. Sans même parler des curiosités naturelles on trouve de tout dans ce précieux cabinet qui a, comme 1 esprit de Peiresc, un caractère vraiment encyclopédique. Préparé comme il l’est, son possesseur arrive à découvrir la signification jusque-là ignorée de certains camees et il rêve même une publication dans laquelle les plus célèbres de ces camées seraient reproduits avec soin et accompagnés de savants commentaires, pour lesquels il s’était assuré la collaboration des érudits les plus réputés de ce temps : Rubens, Rockox et Gevaeit en Flandre, le cavalier del Pozzo en Italie, les frères Du Puy, et Rigault en France. Un des premiers, il a distingué des différences entre les styles d’époques qu’on avait toujours confondues et il s est préoccupé de la conversation et de l’étude des monuments du moyen âge que ses contemporains tenaient en assez médiocre estime. Ainsi que M. Léopold Delisle la fait observer avec raison : « Les notes qu il a laissées sur le livre d’Heures de la reine Jeanne de Navarre et sur la tapisserie de la bataille de Formigni donnent la mesure de l’exactitude et de la perspicacité avec laquelle il savait interroger les monuments. » R croyait, par exemple, qu on avait beaucoup exageié l’antiquité de certaines sculptures de Saint-Denis dont on attribuait alors l’exécution aux Carlovingiens et qui ne datent que de saint Louis. Désireux de fournir a l’étude de la Provence des documents positifs, il en fait par deux fois graver à ses frais la carte géogra-
266 NOUVELLES ÉTUDES SUR l’hISTOIRE DE l’aRT.
phique et, vers 1620, il donne l’ordre de reproduire en Italie une suite de quinze pièces des tournois du roi René d Anjou d’après des peintures originales.
L histoire est d’ailleurs pour lui une chose qui se continue tous les jours et, bien qu’attiré surtout par 1 antiquité, il n’oublie pas le temps présent. Il est tenu au courant de ce qui se passe dans les divers pays de l’Europe, en Angleterre, en Espagne, en Italie. Quand il est à Paris, il suit de près le mouvement politique, rend un compte fidèle à son frère ou à ses amis des événements dont il est témoin. Ses lettres contiennent les plus curieux détails sur le raccommodement du roi et de la reine-mère à Brissac, sur la rentrée de Marie de Médicis à Paris, sur la façon dont les principaux seigneurs compromis dans les luttes précédentes font leur soumission et cherchent à tirer leur épingle du jeu. Est-il à Aix, sa correspondance nous renseigne, par le menu, sur la vie de cette petite capitale, sur les démêlés du Parlement avec le duc de Guise, gouverneur de la Provence, sur les questions de préséance et d’étiquette et l’importance qu’on y attache; sur les fêtes qui se donnent, sur les mœurs, sur 1 origine et les alliances des grandes familles. Observateur intelligent, véridique et bien posé pour tout savoir, il juge avec impartialité les gens et caractérise en quelques traits leur personne ou leurs actes. Avec lui on pénètre successivement dans les mondes les plus divers; on les voit s’agiter, avec
CLAUDE FABIil DE PEIllESC.
leurs passions, leurs intrigues, leurs travers, ou leurs qualités propres.
La bibliothèque de Peiresc n’était pas moins riche que ses collections et tous les sujets d’étude s’y trouvaient représentés. Il est friand de manuscrits des auteurs grecs ou latins, aussi bien que des éditions savantes qui en sont données en Hollande, en Belgique ou en France. Il recherche avec grand soin les bibles polyglottes *et les plus anciennes versions des textes sacrés. A l’un de ses amis qui part pour l’Italie, il signale les lieux de dépôt où il a le plus de chances de faire une abondante récolte et il lui recommande en particulier de fouiller les couvents de Subiaco, du Mont-Cassin, de la Cava, afin de comparer entre elles les versions différentes qu’ils peuvent posséder. Pour que les recherches aient quelque chance d’aboutir, il doit d’abord se bien faire venir de tous. Le patriarche de Constantinople est chargé de son côté, par Peiresc de faire exécuter pour lui des transcriptions . des manuscrits les plus précieux qu’il pourra trouver, de quelque matière qu’ils traitent. Il y a une certaine grammaire samaritaine qu’il a longtemps guettée, sans parvenir à l’acheter et « à laquelle il avait fait i amour vingt ans avant qu’il pût l’acquérir, alors qu’il n’y espérait plus du tout ».
Peiresc est également curieux de belles éditions ; il s’y connaît et parle avec le goût le plus fin de toutes les conditions qui font un beau livre. S’étant chargé de surveiller la publication des Poésies latines
268 NOUVELLES ETUDES SUE l’hISTOIRE DE l’art.
du cardinal Barberini qui s’impriment à Paris, il discute en expert avec 1 éditeur la question du papier, celle du format, des caractères, des marges, et l’arrangement du titre de manière à obtenir l’aspect le plus agi eable à 1 œil. Pour triompher des résistances de cet éditeur qui ne se trouve pas suffisamment rémunéré, il ajoute de sa poche au prix convenu pour la dépense, sans en rien dire à l’intéressé. Il a aussi giand soin de ses livres, et la reliure « des plus notables, de ceux qui méritent le mieux d’être lus de bout à autre » est de sa part l’objet d’une attention pai ticulière. Il fait venir du Levant des peaux de maroquin choisi, et son monogramme, composé de ses initiales en caractères grecs, est gravé sur le plat de ces volumes. A chacun de ses voyages, à Paris, il ne manque pas de faire provision pour son relieur, son cher Corberan, des fers les plus fins, les plus habilement ouvragés. Mais ses livres, même les mieux habillés, ne sont jamais pour lui un objet de parade : ils restent avant tout des instruments d’étude : un bibliophile crierait a la profanation en le voyant couvi ii leurs marges d annotations et de commentaires, qui ajoutent aujourd hui singulièrement à leur prix 1 . Ce n est pas seulement à lui d’ailleurs que servent ses livres ; il les prete, il les donne avec une générosité
. La Mé/ancs , à Àix, et la collection de M. Arbaud, une des plus riches et des plus choisies que nous connaissions pour la beauté de ses éditions et de ses reliures, possèdent un assez grand nombre de livres provenant de la bibliothèque de Peiresc.
CLAUDE FABRI DE PEIRESC
extrême : il y a des ouvrages qu’il a successivexuent rachetés en quatre ou cinq exemplaires pour en faire présent à ceux qu’ils peuvent intéresser.
En ce qui concerne les lettres pures, ses relations mêmes témoignent assez de ses goûts. Nous avons dit quelle affection reconnaissante il garda toujours au chancelier Du Vair qui de bonne heure l’avait distingué; il était, aussi, lié avec le chancelier Séguier, avec Balzac, avec les évêques Coëffeteau et de l’Aubespin, avec les Du Puy et de Thou. Le poète Saint- Amand fut quelque temps son hôte à Belgentier, et toute sa vie il demeura le plus intime et le plus fidèle ami de François Malherbe. Ce qu il prisait par-dessus tout chez un écrivain c’était la clarté, la concision, la force et le naturel, et son style a ces mêmes qualités. Comme son ami Rubens, il a horreur de l’emphase et il reprend assez vivement à ce sujet la subtilité un peu précieuse d’un de ses voisins, le prieur de Roumoules. A propos d un anagrammiste fort habile et pai conséquent très apprécié à une époque où ces soi’tes d’exercices trouvaient de nombreux admirateurs, tout en envoyant a son ami Cambden des échantillons réclamés par celui-ci du savoir-faire de ce personnage, il trouve qu’il est « dommage que son labeur ne soit pas en chose plus utile, car il y réussit à souhait ».
Dans l’amour que Peiresc montre pour les arts, il manifeste des préoccupations semblables. Sans doute il met au-dessus de tout Rubens, son génie, sa prodigieuse fécondité. Mais, tout en le défendant contre
270 NOUVELLES ETUDES SUR l’hISTOIRE DE l’aRT.
plusieurs de ses détracteurs, les critiques que, sur sa demande, il lui soumet, non sans quelque timidité, portent assez justement sur des incorrections, surdes exagérations de formes. Ayant reçu de lui une copie peinte du camée de libère, il trouve « qu’après avoir vu la force qui paraît en cette peinture, tout le reste semble si plat et si niais que c’est pitié ». Quant à lui, il exhale avec chaleur son regret de ne pas savoir dessiner et il voudrait « racheter de deux doigts de sa main gauche l’ignorance de sa droite sur cet art ». En réalité, la façon de dessiner qu’il ambitionnerait est conforme aux besoins de précision de son esprit. Il naime pas les à peu près et sent, au contraire, tout le profit que la sience pourrait tirer d’images rigoureusement fidèles. « En matière de choses naturelles, ditil, les dessins ne sont considérables que selon qu elles sont bien exactement représentées ». A ce titre il faisait le plus grand cas de Claude Mellan, le célèbre graveur et goûtait fort la scrupuleuse correction de son dessin.. A son retour de Rome, où il avait séjourné une douzaine d’années et beaucoup travaillé par Peiresc, Mellan s’était décidé à repasser par Belgentier où son hôte le gardait plus de quinze jours. Il était ravi de son talent, de sa belle humeur, et lui faisait faire son portrait ainsi que des dessins de toute sorte.
« C’est un ange, écrit-il à Gassendi (28 août 1636), le plus traitable et le plus affectueux du monde. » Bien d autres artistes reçoivent aussi des encouragements de Peiresc; Il cherche par tous les moyens possibles
CLAUDE FAIS RI DE PEIRESC
à rendre service au peintre flamand de Vries, pendant son séjour à Paris ; il vante le charme de sa conversation et le recommande avec instance à ses amis,
« comme travaillant si noblement qu’après feu M. Pourbus, il ne voit personne qui l’égale ».
Les noms de plusieurs artistes français de cette époque sont également cités dans les lettres de Peiresc, qui fait exécuter par M. de Ghalettes, peintre du roi, « un tableau des comtes de Tbolose dont il est comme ravy d’admiration » . Il entretient aussi des relations suivies avec un autre peintre de la Cour, Jacob Bunel, à qui il adresse le portraitiste Finsonius de Bruges, en le priant « de l’aimer et de 1 honorer pour l’amour de lui ». Notre excellent dessinateur Daniel Dumonstier est son ami, et il lui envoie fréquemment des cadeaux. Entre temps, il le prie de modérer un peu son extrême liberté de langage, qui pourrait lui attirer des ennuis, et il lui conseille aussi de ménager un peu plus ses forces, car, ainsi qu’il le mande à M. de Bonnaire à Rome, « depuis deux mois, Dumonstier n’a quasi pas bougé du Louvre à pourtraire des reines, princesses et dames de la Cour, avec tant d’assiduité qu’il a failli mourir ces jours passés 1 ».
Peiresc goûtait fort aussi la musique, et dans ses entretiens ou sa correspondance avec le P. Mersenne, il se montre très préoccupé des rapports de cet art,