‹ Nouvelles études sur la restauration juive après l'exil de BabyloneChapitre 18 sur 65 · PATES · texte numérisé non relu

PATES

Mais ce chiffre n'est-il pas en dehors de toute proportion avec celui des captifs qui avaient été déportés en Babylonie ? Pour résoudre le problème, la critique doit établir la valeur des deux termes dont il s’agit d'étudier le rapport. Les renseignements que nous fournit l’histoire, permettent-ils d'affirmer ou de conjecturer qu’au moment de l'avènement de Cyrus, les colons Juifs, sur les bords de l’'Euphrate et du Tigre, formaient une population assez considérable pour fournir les éléments d’une première émigration comprenant 42360 hommes ? — Ce dernier chiffre représente-t-il les hommes seulement, ou bien la foule toute entière des repatriés, hommes, femmes et enfants ? Ces repatriés étaient-ils tous des Judéens appartenant aux colonies de captifs que Nebukadnesar avait établies en Orient?

À. En abordant l’examen de la première question, nous croyons devoir rappeler un passage de l'inscription du prisme de Sennachérib qui mérite de fixer l'attention, ne fût-ce, provisoirement, que pour nous donner une idée des procédés suivis par les conquérants orientaux dans leur politique de déportation. Sennachérib expose les résultats de la campagne qu'il fit en Juda sous le roi Ezéchias ; voici comment il s'exprime : « Quant à Ezéchias. (roi) de Juda, qui ne s'était pas soumis à mon joug, 46 de ses villes fortifiées, des forteresses, des petites villes sans nombre dans leurs environs, furent assiégées et prises par moi ; 200,150 hommes petits el grands, hommes et femimes, des chevaux, des mulets, des ânes, des chameaux, des bœufs et des brebis sans nombre, furent par moi emmenés de chez eux comme butin », etc. (1).

Voyons à présent ce que nous apprennent les récits bibliques relatifs aux invasions de Nebukadnesar. Les règnes des deux derniers rois de Juda, Joïakin et Sedecias, marquent dans l’histoire sainte les deux principales étapes de cette terrible période qui se termina par la destruction de Jérusalem et du temple. i |

Au ch. XXIV du 2° livre des Rois, vv. 10 ss., nous lisons la

(1) Cylindre hexagonal de Sennachérib (dit cylindre de Taylor) col. II, 11ss.

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description de la prise de Jérusalem par Nebukadnesar, en la 8° année de son règne (597). Le roi Joïakin tomba aux mains du vainqueur et fut conduit en captivité avec une partie du peuple. Voici en quels termes, aux vv. 12-15, l'historien sacré rapporte les faits : 12 Et Joïakin, roi de Juda sortit au devant du roi. de Babel, lui et sa mère, et ses serviteurs et ses généraux et ses eunuques ; et le roi de Babel s'empara de lui en la huitième année de son règne ; 13 et il fit enlever tous les trésors de la maison de Jéhova et les trésors du palais du roi ; 1l fit arracher tous les objets d’or que Salomon, le roi d'Israël, avait faits pour le temple de Jéhova..….. 14 Il emmena en captivité tout Jérusalem et tous les généraux et tous les hommes de guerre, au nombre de dix mille, ainsi que tous les artisans et terrassiers (1) ; il ne fut laissé que les pauvres gens de la campagne. 15 Et il emmena à Babel le roi Joïakin ; la mère et les femmes du roi, ses eunuques et les notables du pays, il les conduisit eux aussi, en captivité de Jérusalem à Babel >. Après cet exposé : nous lisons au v. 16 : « Et tous les hommes de guerre (ou fortunés ?) au nombre de sept mille et les artisans... au nombre de mille, tous les hommes de guerre et le roi de Babel les emmena en captivité à Babel ». Au v. 17 le texte poursuit:

« Et le roi de Babel mit sur le trône, à sa place, son en ne

Mattanias auquel il donna le nom de Sedecias. > Il importe avant tout de déterminer les données assez con. fuses de ce texte. Généralement les auteurs voient au v. 16 un. état plus détaillé, plus précis, des différentes catégories de déportés que le verset 14 n'aurait désignés que d’une manière

globale (2). Au v. 14, dit-on, le nombre total des prisonniers

de guerre est porté, en chiffres ronds, à 10,000 hommes ; le

v. 16 indique-d'une manière plus distincte la part qui Re É

dans ce chiffre à chacune des trois catégories en vue, savoir :

7000 soldats (Graetz, Ewald)ou PreterES (Stade) ou citoyens ”

1) 93072 employé aux travaux de fortification ? or (2) Ewald Gesch. des V. Israël 1853 III S. 136 ; (raetz Geschichte der Juden

IT A. S. 356 et II B. S. 380 ; Stade G. des V. I. LS. 680 ; Kuenen Godsd, v. Ir se

Il p. 84 ; etc,

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de condition aisée (Kuenen) ; 1000 artisans ; le reste, donc 2000 personnes, appartenant à divers groupes : courtisans, princes, notables (Kuenen) ; Aaronides, Lévites, Benjaminites (Graetz).

Au lieu de dépenser inutilement tant de peine à établir une équation entre les chiffres des vv. 14 et 16, on aurait mieux fait de se demander quelle était, au point de vue de son origine, la valeur de ce dernier verset. Nous disons que c’est peine perdue de chercher à accorder entre eux les deux termes en question. Il est certain tout d’abord que le v. 15 doit être rattaché au v. 14; à la mention de la déportation des habitants de Jérusalem se rattache, comme une donnée distincte et complémentaire, celle de la captivité du roi, des personnes de son entourage, et des notables du pays. D'ailleurs le v. 16, même au point de vue simplement syntaxique, ne fait point suite au v. 15 ; le verbe, au v. 15, se trouve après les noms qu'il régit ; les accusatifs de la première moitié du v. 16 ne se présentent

pas régulièrement comme régimes de ce même verbe. Ce qui prouve encore que le v. 15 ne peut être considéré comme le premier membre dune énumération plus détaillée qui serait continuée au v. suivant, c’est qu’au v. 15 le groupe formé par le roi, les gens de la cour et les notables du pays, n'est point accompagné d'un chiffre distinct, ce qui serait inconcevable

pour le premier membre de l’énumération.

Or le contenu du v. 16 pris isolément, ne répond pas, la chose est manifeste, aux données des vv. 14-15, ni pour les catégories énumérées, n1 pour les chiffres ; nous y reviendrons

tout à l'heure. Il y a plus. La construction du v. 16 est d’une irrégularité qui ne s'explique point sous la plume du narrateur. Comme nous venons de le dire, les accusatifs du premier membre de ce verset, ne se présentent pas comme les compléments du verbe au v. 15 ; ici le verbe termine la phrase après la série des quatre accusatifs qu'il régit ; cela peut d'autant moins faire l’objet d’un doute qu’il est accompagné de la mention des termes a quo et ad quem de la déportation. D'autre part, le second membre du v. 16 s'ouvre par un verbe à

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limparfait consécutif, construit avec le suffixe. Les accusatifs du premier membre ne se rattachent donc à aucun élément du discours ; ils ne remplissent point un rôle régulier dans la con-

struction de la phrase. Voici une autre observation non moins

importante. Au v. 17 le roi Joïakin est désigné à deux reprises par le pronom : « et le roi de Babel mit sur le trône son oncle Mattanias, à sa place ; » il est supposé que de Joïakin il vient

d'être question dans ce qui précède immédiatement. Dans le.

texte actuel il n’en est pas ainsi ; le verset 16 interrompt la

suite du discours. Rattachez le v. 17 au v. 15, et tout devient

clair, naturel et correct : « 15 : et il emmena Joïakin à Babel ; la mère du roi, ses femmes, ses eunuques. ainsi que les notables du pays, il (les) conduisit (eux aussi) en captivité de Jérusalem

à Babel. 17 : et le roi de Babel mit sur le trône à sa place son

oncle Mattanias ».

I] n’y a pas de doute pour nous que le v. 16 ne soit dû à la

main d’un interpolateur. Il vient d'un lecteur qui, ayant vu

dans le chiffre de 10000 mentionné auv. 14, le nombre total des déportés, a trouvé bon de continuer la série des indications.

détaillées du v. 15 par des données complémentaires emprun-

tées au v. 14. À supposer que les gens de l’entourage du roi et les notables du pays formassent un groupe de deux mille per

sonnes sur les 10000 dont il venait d’être question, il en restait

8000 que notre calculateur mal avisé a distribué en deux LE

groupes, l’un de 7000 et l'autre de mille hommes (1).

Pour évaluer le nombre des captifs qui furent transportés en Babylonie en la 8° année de Nebukadnesar, nous n'avons donc à tenir compte que des vv. 14-15. Au v. 14, nous l'avons

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