‹ Nouvelles études sur la restauration juive après l'exil de BabyloneChapitre 19 sur 65 · LES · texte numérisé non relu

LES

(1) Dans la Zeitschr. f. d. A. T. W'issensch. 1884 p. 271 ss. on a soutenu la

thèse que les vv. 13, 14 se rapportent à la déportation qui eut lieu sous Sédécias” en 586. Dans la description du traitement qui fat inflisé aux Juifs sous Joïakin

ces deux versets ne seraient donc pas à leur place primitive. Il faudrait rattacher les vv. 15 ss. immédiatement au v. 12 (cfr. Stade p. 680). Des observations que.

nous venons de présenter il résulte que là ne se trouve pas la solution de la diffi-

culté soulevée par la Comparaison des vv. 16 et 14. Le v. 15, comme nous l'avons :

exposé, fait suite trés naturellement au v. 14 ; d'autre part le v. 16 interrompt la

narration ; le v. 17 doit se lire après le v. 15. — Toutefois l’idée que les vv. 13-14.

CoUtratent avoir été écrits au sujet de la catastrophe de 586 mérite considération.

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déjà entendu plus d’une fois. nous trouvons indiqué le chiffre de 10000 ; ce chiffre est-il donné ici comme total de tous les déportés ? Nullement. Aussitôt après nous lisons la mention d’une nouvelle catégorie de captifs : tous les artisans et terras-. siers. Ceux-ci sont nettement distingués au v. 14 des prisonniers de guerre dont il vient d'être question, ce qui prouve une fois de plus que le v. 16, où ils figurent comme un des éléments entrant dans le total des 10000, doit être d’une autre main. Le chiffre de 10000 n’ayant point pour objet d'exprimer le total de tous les captifs, il s'ensuit qu'il ne représente que le groupe auquel il se trouve immédiatement appliqué, à savoir les hommes de guerre. Les vv. 14-15 nous fournissent donc, pour le dénombrement des déportés, les indications suivantes : Nebukadnesar emmena en captivité à Babylone 1° la masse ou du moins une partie considérable des habitants de Jérusalem ; 2’ les princes ; 3° les soldats qui formaient une armée de dix mille hommes (1); 4° les artisans et les hommes employés aux travaux de défense. était là le gros de la colonne des exilés. Furent transportés en même temps 5° le roi Joïakin et sa cour ainsi que les notables du pays.

On voit que les victimes de la pohtique de colonisation forcée, . cette fois comme lors de la campagne de Sennachérib, furent très nombreuses ; « il ne resta pas autre chose, dit la relation du livre des Rois, que les pauvres gens de la contrée » (v. 14). Sous le règne de Sédécias les forces de l'état juif se relevèrent peu à peu du coup qui les avait frappées. L'élément rural et sans doute aussi les fugitifs que la crainte avait dispersés dans les contrées d’alentour, vinrent à Jérusalem remplir les vides laissés par les bannis et fournir le contingent requis pour la réorganisation de l’armée (2 R. XXV 3, 19). En la neuvième année de son règne Sédécias se crut en mesure de se soulever contre son suzerain. Nebukadnesar fut bientôt sur les Heux. Jérusalem fut cernée et tomba aux mains de l'ennemi après une année et demie

(1) Inutile d'expliquer pourquoi le narrateur ajoute iei le nombre des prisonniers : dans l'exposé du résultat de cette première période de la conquête babylonienne, ce chiffre présentait un intérêt tout spécial.

de siège. En la dix-neuvième année du roi de Babylone la ville fut détruite et « tout ce qui restait de ses habitants ainsi que les transfuges et le reste de la multitude » furent emmenés captifs par le général babylonien Nebuzardan (XXV 11) ; on ne laissa

dans le pays que des vignerons et des laboureurs (v. 12). =On

aurait tort sans doute de s’imaginer que dès ce moment la

terre de Juda ne fut plus qu'un désert abandonné. Lorsqu’après

la terrible tempête le calme se fut rétabli, ceux qui avaient fui devant l'invasion rentrèrent peu à peu dans le pays. Les débris de la population furent grouppés sous l'administration de Gedalja

que Nebukadnesar établit comme gouverneur, et qui fixa sa . résidence à Mispa. Nous n’avons pas à poursuive l'histoire des

tristes événements qui vinrent à l’occasion du meurtre de Gedalja, mettre le comble à la ruine du peuple juif. Cet attentat, au rapport du livre des Rois et de Jérémie (1), détermina la foule de ceux qui étaient revenus des pays voisins en Judée ou

que les Chaldéens y avaient laissés, à se réfugier en Egypte. =

Mais le lecteur a pu voir par les données que nous lui avons mises sous les yeux, combien était justifiée, déjà antérieurement à cette nouvelle émigration, la parole par laquelle l’auteur des Rois passe du désastre infligé à la nation par le conquérant au récit des événements ultérieurs : £t Juda s’en fut en exil loin de son territoire... (v. 21 cir. Jér. XIII 19).

La double déportation qui eut lieu sous les règnes de Joïakin

et de Sédécias avait en effet enlevé, non seulement la partie la

plus iniluente, maïs le gros de la population. Il est impossible æ de comprendre autrement les relations bibliques, aussi bien.

chez Jérémie (2) que dans le livre des Rois. Le témoignage.

d'Ezéchiël n'est pas moins significatif : la terre d'Israël, à

l'époque de la captivité, a été donnée à l'ennemi ; les nations

étrangères s'y sont établies et l'ont profanée ; elle est devenue

(1)2R. XXV 26, Jér. XLI, 17, XLIII 5-7.

(2) Sur la déportation de 597 cfr. Jér., XXIV 8, XXIX 1s.etc.; sur celle de

586 Jér, XXXIX 9ss., XLI etc. Les Juifs restés ou rentrés dans le pays sous

l'administration de Gedalja sont représentés par Jérémie comme un faible reste —

XL, 6, 7; XLI 10; XLIII 6. Aprés l'émigration de ce reste en Egypte, Jérémie constate que les villes de Juda sont désertes XLIV 2.

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l’image de la désolation. Mais elle se relèvera de ses ruines, Israël y règnera encore, ses villes seront rebâties, quand ? Lorsque Israël sera revenu de la captivité ; le repeuplement et la restauration ne se conçoivent point sans ce retour (1). Cela ne suppose-t-il pas évidemment qu'une très grande partie de la nation avait été emmenée en exil ?

Le chapitre LIT de Jérémie, v. 28-30, renferme au sujet du nombre des captifs déportés par Nebukadnesar, des indications très précises et qui semblent contredire absolument la conclusion à laquelle nous amène l'examen des autres textes relatifs au problème.

« Voici le peuple, lisons-nous à l'endroit cité de Jérémie, que Nebukadresar emmena en captivité : en l'an 7, trois mille et vingt trois Judéens (0°7%1"); en l'an 18 de Nebukadresar, de Jérusalem huit cent trente-deux personnes ; en l'an 23 de Nebukadresar, Nebuzardan chef de l’armée déporta 745 Judéens. En tout quatre mille six cents personnes. »

La déportation rapportée ici à l'an 7 ne peut être que celle qui eut lieu sous Joïakin, en 597 ; ailleurs cette date est présentée comme l’an 8 de Nebukadnesar (2). L'an 18, qui désigne dans notre tableau l’époque de la destruction de Jérusalem sous Sédécias, devient pareillement l'an 19 dans le livre des Rois (2) et chez Jérémie lui-même (4). On voit que dans le morceau qui nous occupe, la supputation des années du roi de Babylone se fait suivant un calcul spécial. Enfin la déportation opérée par Nebuzardan en l'an 23, dont il n’est question nulle part ailleurs, se comprendrait, semble-t-1l, le mieux, comme un châtiment infligé aux Juifs pour le meurtre de Gedalja. A cette époque l’armée babylonienne assiégeait Tyr.

(1) Ezéch. ch. XXXVIet ailleurs. Cfr. Is. XLIV 26 ss., IL 18-26, XLVIIT 20-22, LI 9-11, LIT 1-12, LXIHIE 7, LXIV 11. Remarquez dans les quatre derniers passages la comparaison implicite entre la sortie d'Egypte et le retour de la captivité de Babylone, — (2) 2 R. XXIV 12. — (3) XXV 8.— (4) LI 12.

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