VIII
Comment faut-il expliquer le phénomène signalé dans les chapitres I-VI? Comment se fait-il que Zacharie annonce ici comme futurs des événements déjà passés ou SAONE
au moment même où il parle ? | La question, une fois posée, n’est pas difficile à résoudre.
Dans cette première partie de son livre la prédication du
prophète se compose de visions nocturnes (1 7 : II 1, 5; IL 1 :
IV ss. 115s.; V 1ss. ; VI1ss.), tandis qu'aux ch. VILMIIL M
(1) Vr. plus loin.
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il répond à une question d'ordre pratique qu'on vient soumettre ‘aux prophètes et aux prêtres. Les deux sections sont d'un genre littéraire absolument différent. Dans ses visions Zacharie est reporté, pour contempler les événements de la restauration, à un moment du passé où ils se préparent ; il les voit se déroulér devant lui, en perspective, et nous les décrit tels qu'il les voit, au point de vue où il se trouve placé pour recevoir les révélations d'en haut. Du moment qu'on lit les six premiers chapitres en tenant compte de cette donnée, toutes les obscurités disparaissent.
À deux reprises, dans la description de ses visions, Zacharie nous fait assister au châtiment divin décrété et accompli sur les nations qui avaient dispersé Juda, pour amener de là ses auditeurs à l’époque actuelle, à la réalité présente.
Lés premières visions occupent les chapitres 1 7-IV ; la deuxième série les chapitres V-VT.
Au ch. I vv. 7-11, le prophète s'est reporté au temps de la captivité, à l'époque qui précéda la chute de Babylone : toute la terre est tranquille ; le bouleversement d’où doit résulter le salut de Juda n'arrive point! Jusqu'à quand donc Jéhova attendra-t-il de prendre son peuple en pitié ! Les soixante-dix ans prédits par les prophètes sont révolus ! (1) Jéhova donne à l'ange du prophète alarmé l'assurance du salut prochain (v. 12- 3) : le jour de la justice arrive ; Jérusalèém sera vengée ; ses oppresseurs punis ; le temple sera rebâti, Jéhova rétablira son siége dans Sion (14-17). — Les cornes qui ont dispersé Juda vont donc être abattues (IT 1-4), Jérusalem va voir affluer dans son sein la foule de son peuple exilé (5-9) : « fuyez du pays du Nord, Juifs dispersés au loin. Sion, sauve-toi ! car le jugement va éclater sur ceux qui tavaient dépouillée ! Voyez, je lève la main contre eux et ils seront un butin pour ceux qui avaient été leurs esclaves ! » (10-13). Babylone tombée, c'est le salut du peuple captif ; le prophète invite la fille de Sion à célébrer
(1) Jér. XX V 12 : le terme de ces 70 ans est précisément fixé pour la chute de l'empire babylonien. — Zach. VII 5 les 70 annécs représentent encore, comme chiffre sacramcentel, la période de la pénitence et du deuil, qui avait èté avant tout celle de la captivité, 6
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RAGE sa délivrance dans un chant de triomphe et d’action de grâce (14-17). — Le peuple est rétabli dans la Judée ; Zacharie assiste, f en vision, à la glorification du grand prêtre Jeschoua et de | Zorobabel (TIT-[V) (1). | |
Dans les chapitres V-VI les mêmes événements sont présen= tés sous des images nouvelles ; les deux premières sont assez » obscures, mais le sens en est déterminé par la troisième. Voier
de l’exil pour l'y laisser à jamais le poids de son iniquité (5-11, y." cfr. IIT 4). — Les vv. 1-8 du ch. VI nous montrent de se 1 nouveau Jéhova vengeant son peuple captif ; le char attelé de …. chevaux noirs qui était envoyé contre le pays du Nord(— Baby- … lone) et l’attelage qui le suivait, emporté par les chevaux blancs, « ont apaisé le courroux divin dans le pays du Nord » (v. 8). — … Ces visions se terminent comme celles de la première série par la glorification de Jeschoua et de Zorobabel (9-15). NE Parlant de ce dernier passage, M. Kosters, comme d’ailleurs les commentateurs en général, y voyait le récit d’une démarche faite à Jérusalem par les délégués des Juifs d'Orient. Zacharie à aurait reçu l'ordre d'accepter les trésors apportés par eux, d'en 74 faire une couronne pour Jeschoua, etc. Cette interprétation es . “ inexacte ; nous l’affirmons sans crainte de nous tromper. Ce n’est pas un fait réellement arrivé qui est raconté ici la nie
à comment se succèdent les faits décrits dans les trois visions. Le ! prophète commence par remonter plus haut dans le passé que É la fois précédente. « Tout le pays » qui est frappé de ee :N malédiction divine représentée par le rouleau volant, c'est Z@ nn È terre de Juda (2). Ce n’est pas à l'époque actuelle que cette malé- . de diction est lancée. Zacharie fait manifestement un retour sur. £ 4 les causes qui ont amené autrefois les malheurs de la nation de (V 1-4). Dans la vision suivante, celle du vase contenant « le. À péché de tout le pays » (v. 6) que les deux femmes transportent À à travers l’espace dans la plaine de Sinear, le prophète nous 4 décrit le peuple prévaricateur (3) allant déposer dans la terre 4
(1) Donnée empruntée aux circonstances du temps actuel : Les mains de Zorobabel ont fondé cette maison et ses mains l'achèveront (IV 8 s.). — (2) Wellh. KI. Proph. Noten, in h. 1. — (3) Juda et Benjamin — les deux femmes ?
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mission dont Zacharie se dit chargé ne peut pas être considérée comme un ordre à exécuter réellement ; 1l n’y a ici que /a description d'une scène idéale qui a comine telle toute sa valeur, toute sa signification, et où le prophète se présente lui-même comme remplissant un rôle à côté de certains autres personnages du temps. C’est un morceau à mettre sur la même ligne qu'une foule d'autres de même genre dans la littérature prophétique (1)
[1 résulte du v. 14, dit Wellhausen, que « la couronne fut réellement faite — bien qu'il soit difficile d'admettre qu’elle l'ait été par Zacharie ». D’après ce verset, la couronne que le prophète reçoit l’ordre de faire devait rester dans le temple en souvenir des donateurs. Mais tout d’abord il n'est pas dit un
mot de l'exécution des démarches et des cérémonies décrites; le prophète se contente d'exposer les prescriptions quil reçoit à cet égard. Le dépôt de la couronne dans le temple, au v. 14, se comprend parfaitement comme un élément du tableau que Zacharie nous trace. Si la mention de circonstances ou de détails de ce genre nous oblige à considérer les actions symboliques décrites par les prophètes comme réellement accomplies, il faudra dire que celles dont p. e. Ezéchiël se dit chargé au ch. IV vv. 4ss. de son livre, doivent être à plus forte raison tenues pour réelles ; le prophète proteste au v. 14 qu'il lui est impossible de faire ce que Jéhova lui commande, et là-dessus Jéhova lui permet de préparer son pain d’une autre manière. Va-t-on en conclure qu’Ezéchiël devait exécuter réellement les actions symboliques dont il parle dans ce chapitre ? Donnons un autre exemple plus analogue au cas qui nous occupe. Lorsque dans le livre de Zacharie ch. XI vv. 13, 14, 1l est raconté
(1) Vr. l’étude de Kônig Zur Deutung der Symbolischen Handlungen des Proph. Hesekiel..… « Infolge dessen müssen die Krzähiungen der Propheten über gottbefohlene symbolische Handlungen als Gleichnisse anfgefasst werden, deren handelndes Subjekt der betretfende Prophet ist, wie in andern Parabeln… andere Personen als Subjekte gewählt sind. Von dem Umstand, ob die einzelne sinnbildliche Aktion auch aüsserlich vollzogen wurde, war nicht die belehrende Wirkung der Aussage des Propheten, dass sein Gott ihm eine ideenveranschaulichende Handlung aufgetragen habe, abhängig. » Voir le même Der Offenbarungsbegriff des À. T, Leipzig 82. Il p. 1145.
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que le prophète investi symboliquement du rôle de pasteur, touche son salaire en résignant son emploi, el qu'il reçoit. de. Dieu l'ordre de jeter l'argent reçu dans le trésor, faut-il en “ conclure qu'il y a ici autre chose qu'une simple parabole où le. prophète lui-même figure comme héros? Et pourtant 1}. est ajouté, au v. 15, ce qui ne l’est pas dans le cas de la couronne Zach. VI 9ss., que l’ordre fut exécuté : Et je pris les trente pièces d'argent elje les jetai au trésor dans la maison de Dieu de
Le v. 14 du ch. VI de Zacharie ne prouve en aucune manière que la couronne fut réellement faite. ASS
La teneur même des vv. 9-15 démontre qu'ils ne. pas autre chose, comme nous le disions plus haut, que la description d’une scène idéale exprimant la glorification de. Jeschoua et de Zorobabel. [Il est impossible de se représenter comme accomplies dans la réalité les cérémonies dont. il est question dans ce passage. Zacharie reçoit l'ordre de se rendre en ce jour, C'est-à-dire au jour où il aura à prendre les trésors requis pour la couronne, dans la maison de Joschia fils de : Sephanja ; là à prendra de l'or et de l'argent, en fera une. couronne et la placera sur la tête de Jeschoua, fils de J osedeq, : le grand prêtre (v. 10-11). Tout cela pouvait-il se passer en ce jour NW OV2 7? (2) Tout à l'heure nous entendions faire à Wellhausen la remarque qu'il était difficile d'admettre que. Zacharie lui-même eût fait la couronne; c'est pourtant Zacharie qui est chargé de la faire. — Les paroles que le prophète doit adresser à Jeschoua ne sont pas moins significatives ; il. doit | faire l'éloge du Gerime, c'est-à-dire de Zorobabel, et annoncer | avec une emphase solennelle que Zorobabel bdtira le temple (12-13), alors qu'il était occupé à diriger les travaux ! Cela ne prouve-t-il pas à l'évidence que nous sommes ici en. présence ; d'une vision, continuant celle qui a été Sp aux vve -8 è
(1) vr. encore Jér. XII 1ss. etc. ETES s da
l'heure que Le texte doit être Hana dans sa teneur actuelle. — Dane Ÿ de ge corrections de W. le texte n'aurait pas renfermé d'autre indication sur la dest | nation de la couronne, que celle mentionnée au v. 14 et d'après laquelle la. co ronne devait servir dans le temple de monument commémoratif.