scène idéale qui trouve son pendant, pour l’ensemble comme
pour les détails, dans une scène semblable aux ch. III-IV.
Nous n'ajouterons que quelques mots sur le prophète Aggé
Personne n'aurait le droit de s'étonner que parmi les Fe re
huit versets qui composent son livre, ce prophète n'en eût pas
consacré quelques uns à parler du retour des captifs, aux captifs 5.1.
retournés qui lentouraient. On se demande pourtant si le
ch. I v. 9 ne renferme pas une allusion à la situation dans > 20
laquelle se trouvait à cette époque la communauté des rapa-
triés ? Aggée vient de rappeler au peuple les malheurs qui l'ont
afigé au cours des dernières années : tous ces maux, dit-il, vous sont survenus « à cause de ma maison qui gîit en ruines, landis que vous courez chacun à sa propre maison ».
Dans sa version Wellhausen traduit : ... « tandis que vous vous empressez de bâtir vos propres maisons ». Ceci, on le voit, s'accorderait parfaitement avec la supposition que les gens auxquels Agcée s'adresse, sont depuis peu de temps installés dans le pays. Aussi M. Kosters repousse-t-il cette traduction. D'après lui Aggée veut dire simplement :... « tandis que chacun de vous a une maison où il peut entrer ». Ces paroles, ajoute-t-1l, plaident plutôt contre l'hypothèse de la récente arrivée d'une colonie juive de Babylone ; car si le prophète avait eu en vue une population nouvellement établie en Judée, il n'aurait pas manqué de dire : « .. tandis que vous avez déjà bâti vos propres maisons, vous laissez la mienne en ruines ». M. Kosters se montre trop difficile. Ses exigences pourraient être retournées contre lui-même ; car enfin, Aggée ne dit pas non plus en termes formels ce que le savant professeur lui fait dire, alors qu'il aurait pu le faire tout à son aise. . Ce qui est mis en relief par le prophète, en opposition avec l'abandon où on laisse l’œuvre du temple, ce n'est pas précisément l'avantage qu'ont ses auditeurs de jouir d’un confortable logis ; mais l'empressement égoïste dont ils se rendent coupables : « ... tandis que vous courez chacun à sa maison ». Quel homme au monde usera d'un langage pareil pour rappeler aux gens qu'ils ne sont point privés de foyer ? Pourquoi les y faire courir ? Encore une fois, il y a ici une antithèse presque explicitement formulée entre la négligence des Juifs relativement à la maison de Dieu et le soin empressé qu'ils ont de leurs propres affaires. À cet égard le doute n'est pas possible.
Mais, dira-t-on, il n’en est pas moins vrai que Wellhausen nous donne des paroles du prophète un commentaire plutôt qu’une version. Nous en convenons. Aggée ne s'exprime pas aussi clairement dans le texte hébreu que dans la traduction allemande. A la rigueur même, et à ne considérer que le v. 9, isolément, on pourrait le comprendre autrement ; la parole du
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prophète, prise à part, pourrait être entendue comme repro- | chant en un sens général aux Juifs de mettre toute leur ardeur à soigner leurs intérêts particuliers, en abandonnant l'œuvre de la maison de Jéhova. Il ne suffit point pour dissiper cette équivoque, de traduire : « chacun de vous court pour sa propre maison » (1) ; la question serait encore de savoir sil s'agit de.
la construction ou de l'aménagement de ces maisons, au sens
matériel ?
Nous croyons néanmoins que l’objet de l'empressement coupable dont Aggée accuse les Juifs, est bien celui indiqué dans
la version de Wellhausen. Quelques versets plus haut, Aggée 4
avait déjà blâmé la conduite du peuple qui disait, pour excuser. les retards apportés aux travaux du temple : « le temps n'est pas venu de bâtir la maison de Jéhova ». — « Serait-ce le temps pour vous autres, riposte le prophète, d’habiter dans vos maisons, ornées de lambris, alors que cette maison reste en ruines ? » (v. 4). Le v. 4 se présentant dans le même contexte que le v. 9, exprimant en d’autres termes la même. antithèse, nous permet de déterminer avec sûreté la pensée du prophète. Ce qu'il trouve révoltant, c’est bien que les Juiis
sont plus soucieux de leurs propres maisons que de la maison 4
de Dieu. C’est la comparaison entre les prétentions que lon nourri, l'ardeur que l’on déploie pour les premières et la négligence qu'on témoigne pour l'autre, qui, dans ce discours, occupe l'esprit d'Aggée et provoque ses protestations, peut-être même, au v. 4, son ironie. Lorsqu'Aggée au v. 9 reproche à ses compatriotes « de laisser la maison de Dieu en ruines et de courir
chacun à sa propre maison », il n'a donc en vue que le zèle intéressé qui porte tout le onde à s'aménager avant tout sa demeure à soi-même. Ce ne sont point les intérêts privés en. général, mais bien les maisons, au sens matériel, qui forment l'objet de l'empressement blâmé par le prophète. La situation que de pareils reproches nous font supposer parmi ceux aux-. quels ils s'adressent, comme M. Kosters l'a très bien vu, est
(1) Elhorst et d’autres.
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précisément celle qui devait règner parmi une population nouvelle, établie depuis peu de temps dans le pays.
S 4. Zerubbabel-ben-Schealtiél et Jeschoua-ben-Josedeq.
En 597 le roi Joïakin (ou Jechonja) avait été conduit en exil, à l’âge de 18 à 19 ans (2 R. XXIV 8) ; si à cette époque il avait des enfants, ceux-ci partagèrent sans aucun doute le sort de leurs parents (2 R. XXIV 15).
Lors de la destruction de Jérusalem par Nebukadnesar, en 586, les fils du roi Sédécias avaient été massacrés sous ses yeux à Ribla près de Hamath, où le conquérant babylonien avait son quartier général ; le malheureux roi juif lui-même, après que les bourreaux lui eussent arraché les yeux, fut chargé de chaînes pour être envoyé captif à Babylone (1). Ismaël fils de Nethanja, l'auteur du meurtre de Gedalja, était de la famille royale (2) ; mais après son crime qui exposait les faibles restes de la population à la vengeance des Chaldéens, il fut obligé de se soustraire par la fuite à l’indignation de ses compatriotes, et alla se réfugier avec huit partisans fidèles chez les Ammonites (3). De leur côté les Judéens compromis par l'attentat d’'Ismaël, s’enfuirent en Egypte à l'instigation et sous la conduite de Johanan-ben-Qareah, et malgré les protestations de Jérémie qu’ils emmenèrent de force avec eux (4). Après ces événements la Judée était abandonnée ; les derniers éléments qui auraient pu renfermer le germe d’une restauration étaient dispersés. Le grand prêtre Seraja (WN 7 573) avait été lui aussi mis à mort à Ribla (5). Il n’y avait plus dans la mèrepatrie ni peuple ni autorités temporelles ou spirituelles.
Sous le règne de Darius, dix-huit ans après l'avènement de l'hégémonie persane, nous voyons les prophètes Aggée et Zacharie à l’œuvre à Jérusalem, au milieu d’une population qui à à sa tête deux chefs nationaux, dont l’un est en même
(1)2R XXV 7, Jér. XXXIX 6, s. — (2) Jér. XLI 1,2; R. XX V 25. — (3) Jér. XLI 15. — (4) Jér. XLII 1 ss. XLIII 1-7. — (5) 2 R. XX V 18.
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temps décoré d'un titre officiel ; Zorobabel fils de Schealtiël, le Peha, est le prince temporel ; Jeschoua fils de Josedeq, est le grand prêtre (b37 1551). La communauté où les deux pro phètes exercent leur ministère, accomplit une œuvre gran- 3 | diose : le temple se relève de ses ruines. — Comment cette communauté nouvelle s’est-elle forinée ? D'où lui sont venus ses chefs? Quelles circonstances ont donné lieu à l’entreprise de la restauration du culte, dont les ministres avaient été conduits en exil, dont les instruments sacrés avaient été emportés : comme butin par les vainqueurs ?
Quand le livre du prophète Zacharie et les autres documents bibliques ne nous auraient point fourni sur ces événements les renseignements directs que nous connaissons déjà, encore n’aurions-nous eu aucune peine à en découvrir les causes par. l'examen attentif des circonstances que nous venons d'indiquer.
Il est certain tout d’abord que le pouvoir central doit être intervenu d’une manière efficace. Celui qui a posé les fondements du temple (Zach. IV 9) et qui continue à diriger les travaux de reconstruction, est un personnage officiel ; il est gouverneur de la Judée (Agg. I 1). Impossible de concevoir … l’attitude et la conduite du peka Zorobabel, sans supposer. une autorisation formelle de la part du suzerain. Le roi qui a le premier octroyé au peuple juif la faculté de rebâtir son. temple, n’est pas d’ailleurs Darius lui-même; car en la seconde année de ce roi, Aggée a besoin de stimuler le zèle de ses compatriotes ; 1l leur reproche les longs retards dont ils se rendent coupables ; ce qui nous permet de conclure que depuis longtemps il leur était loisible de faire ce que le prophète les 4 adjure de ne plus ajourner. Le bienfaiteur des Juifs ne peut … avoir été que le fondateur de l'empire persan, Cyrus, qui nous a en effet laissé dans ses inscriptions le témoignage de sa sage bienveillance à l'égard des cultes et des institutions nationales | de ses peuples vassaux. à
C’est donc la destruction de l'empire babylonien par Cyrus F qui aura été le signal de la restauration juive. Pour qui et par "#0" qui cette restauration fut-elle entreprise ? Fut-elle le fait du
groupe de Judéens que Nebukadnesar avait autrefois laissés dans la patrie? Mais après le meurtre de Gedalja. ceux ci avaient été complètement dispersés. S'il en resta dans le pays après l'émigration de Johanan ben Qareah et de ses compagnons, ils devaient être réduits à une absolue impuissance. Il est certain d'autre part que la faveur témoignée par le monarque persan au culte de Jéhova, dut être saluée avec des transports d'enthousiasme par les Juifs captifs en Orient. Peut-on comprendre que Cyrus aurait autorisé la reconstruction du temple de Jérusalem, qu'un Juif aurait été investi par la cour de Suse des fonctions de gouverneur de la Judée, et que malgré cela le peuple aurait été de force retenu dans l'exil ? Cela est d'autant moins vraisemblable que Cyrus nous apprend lui-même, en parlant des peuples que les rois de Babylone avaient gardés captifs à l’intérieur de l'empire, qu «il les assembla et les fit retourner dans leurs pays » (1).
Poursuivons notre enquête ; on voit qu'elle nous conduit à des résultats absolument conformes aux récits des premiers chapitres du livre d'Esdras et aux oracles de la seconde partie du livre d’Isaïe. Demandons-nous qui étaient les deux personnages qui sous le règne de Darius se trouvent à la tête du peuple juif ? :
Le premier se nomme Zerubbabel ; un nom unique de par sa forme elle-même, dans l'onomastique de l'Ancien Testament. Il est difficile de ne pas voir dans le second élément le nom même de la mortelle ennemie du peuple juif Babel. Que signifie le nom de Zerubbabel ? Généralement on l'interprète : engendré à Babel. Cette étymologie suppose évidemment que le chef juif est arrivé de Babylone en Judée. Nous avons pour notre part émis l'avis que le nom pouvait se prendre au sens
(1 w-ti-ir da-ad-mi-$u-un. Nous iraduisons : je les fis retourner dans leurs demeures. On pourrait aussi traduire : je rétablis leurs demeures, ce qui reviendrait au même pour le sens, Cette dernière version ne doit pas être préférée à l'autre à cause de l'absence de préposition ; da-ad-mi-$u-un est dans les deux cas un accusatif, et l’accusatif s'emploie sans préposition pour signifier le terme du mouvement. Dans la même phrase le verbe u-ti-ir vient d’être employé au sens que nous lui attribuons ici.
DA
qu'il exprime littéralement dans sa forme actuelle : Æcrase Babel (1) ; ce serait une imprécation contre l'empire de Babylone. Dans ce dernier cas le nom n’aurait pu être publiquement porté par un personnage de marque, avant le triomphe de Cyrus ; or ceci répond aux données des premiers chapitres d’'Esdras où notre héros, dans ses relations avec la cour, conti-
nue à porter le nom de Scheschbassar ; ce dernier nom est
babylonien Schamasch-bil-usur. Nous arrivons encore à la conclusion que Zorobabel est né sur la terre de l'exil, en Babylonie. +
Zorobabel est le fils de Schealtiël ; Aggée aime à lui donner ce titre, bien que le nom unique de Zerubbabel fût à lui seul suffisamment distinctif. Aux yeux de ses compatriotes le fils de Schealtiél était plus qu’un peha, qu'un gouverneur ordinaire. Au point de vue national il représentait pour eux l'autorité | suprême ; ilest l'élu de Jéhova (Agg. IT 33), et son serviteur (Agg. idid., Zach. III 8) ; aussi bien que le pontife 1l est symbolisé par l'olivier dont le produit sert à l’onction sacrée des prêtres et des rois (Zach. IV 3, 11-14); il est appelé au trône Gd. VI 13) ; il est le germe qui renferme en lui l'avenir glorieux de Juda (id. III 8, VI 12) ; en un mot, il est de droit dans l'ordre temporel ce que le grand prêtre est dans l’ordre spirituel (Zach. VI 12 ss.). Ces louanges et ces titres pompeux
décernés à Zorobabel s'expliquent par son origine. Le nom de
son père aussi bien que le sien figurent dans la généalogie des … rois de Juda 1 Chron. [IT 17 ss. L'auteur de cette table n’y a.
point introduit le nom de notre héros par esprit de tendance, »
(1) Zorobabel et le second temple p. 44-46.
M. Kosters (p. 48) allégue contre cette explication deux objections qui la.
laissent absolument intacte. Le v. "T, dit-il, a probablement une autre signifi- à “A
cation Job VI 17; mais c’est sur la signification de ce verbe en araméen que nous avons appuyé notre interprétation; c’est la forme de l'impératif araméen qui se trouve dans le nom de Zerubbabel. Ensuite: aux yeux de M. Kosters, il est incrôyable qu'un pecha du roi persan aurait porté publiquement, et par écrit, un nom aussi révolutionnaire. Nous croyons que le roi persan aurait, comme de raison, reconnu dans ce nom un hommage à sa suprématie sur Babel. Cyrus
aurait pu porter ce nom lui-mème. M. Kosters oublie-t-il les imprécations écrites 3 de Zacharie contre Babel ?
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pour la raison, p. e., qu’il convenait de ranger l’auteur du second temple parmi les descendants de David et de Salomon, auteurs du premier (1) ; sil avait eu en vue un rapprochement de ce genre, 1l n'aurait pas manqué de le faire valoir, au moins par une insinuation quelconque. Schealtiëél était le fils de Jechon- Ja (2), le roi de Juda qui avait été emmené captif à Babylone en 597, à l’âge de 18 à 19 ans (3) et qui fut, en la 37° année de sa déportation, délivré et comblé d’honneurs à la cour d’'Evil- Merodach (4). — Il est vrai que dans le texte actuel du livre des Chroniques Zorobabel n’est point mentionné comme fils de Schealtiél, mais comme son neveu (v. 17-19) ; seulement à partir du v. 18 ce texte présente, de l’aveu de la plupart des critiques, plus d’un indice de corruption etde bouleversement (5).—Scheal- tiël était né probablement lui-même dans l’exil ; son père était très Jeune au moment de sa déportation, et c'est sans doute cette circonstance de la captivité qui est exprimée à côté du nom de Jechonja (assfr) dans la table généalogique. Dans tous les cas Zorobabel, petit-fils de J echonja, doit avoir vu le jour en Babylonie ; son nom de Schamasch-bil(ow bal)-usur, s'accorde très bien avec la circonstance de l’exaltation de son grand-père par Evil-Merodach.
Nous le répétons, l'illustre origine de Zorobabel, qui implique Sa naissance dans la captivité de Babylone, peut seule expliquer
(1) Kosters p. 47. — (2) 1 Chron III 17. — (3) 2 R. XXIV 8 ss. — (4) 2R. XX V 27ss.; Jér. LIT 315.
(5) Nous avons proposé une restitution du texte primitif Zorobabhel et le second temple p. 52-51. Voici comment nous lisons à partir du v. 18; nous mettons entre parenthèses les éléments que nous suppléons. entre crochets un autre que nous avons cru devoir transposer en indiquant par un astérisque l'endroit où il figure dans le texte actuel :
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C'est la généalogie descendante de Pedaja qui se poursuit au v. 21 par Hananja.
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