L'AIR
ment : « Ainsi parle Jéhova des armées : que vos mains soient fortes, Ô vous qui entendez en ces jours ces paroles de la bouche des prophètes qui (vivent) au jour (1) où la maison de Dieu a été fondée pour que le temple soit bâti »…
« Ces paroles » que le prophète félicite ses contemporains d'entendre, sont les prédictions de bonheur renfermées aux vv. 1-8 qui précèdent immédiatement. Il y est dit qu'après les tribulations de l'exil, Jéhova vengera encore la cause de Jérusalem, que la ville sainte se relèvera de son abaissement, que le peuple retournera des contrées lointaines où ses oppresseurs le retiennent captif.
Si nous n'avions eu en vue, dans l'étude que nous avons faite de ce passage (2), que de montrer l'absence de tout désaccord entre les données d’'Esdras IT 8 ss. relatives à la date de la fondation du temple et les paroles de Zacharie, nous nous serions gardé de consacrer une dizaine de pages à l'analyse du discours du prophète. Notre tâche eût été plus simple et plus facile.
Dans l'hypothèse, suivie par M. Kosters à la p. 10 de son Mémoire, qu'il faut lire avec les Massorètes DY2 au v. 9, il nous aurait suffi de constater que dans notre texte le jour où le temple fut fondé doit de toute nécessité s’entendre, non pas d’un jour précis, mais, en un sens plus large, du temps présent, de l’époque actuelle en opposition avec le passé; que cette formule est ici absolument synonyme de l'expression ces jours qui précède immédiatement. En effet Zacharie parle au 4° jour du 9° mois de l'an 4 de Darius (VII 1) ; or il est certain, dans ious les cas, que les travaux du temple avaient été repris ou commencés en l'an 2 de Darius ; la date de la pose des fondements était donc déjà loin, au moment où Zacharie répond aux délégués du peuple. Lorsqu'il félicite ses auditeurs d'entendre «en ces jours ces paroles de la bouche des prophètes qui (exercent leur ministère) au jour où le temple est fondé. ; ou bien :.. d'entendre de la bouche des prophètes, ces paroles qui.
(1) Syr. et LXX :... des prophètes depuis le jour... — Dans sa version M. Kosters omet le pronom relatif du texte massorétique, p. 10. — (2) Zorobubel… ], €.
(sont proclamées) au jour où le temple est fondé … (?), il est évident qu'il ne s’agit pas de la date précise de la fondation du temple, sinon 1l faudrait dire que d’après Zacharie le temple fut fondé le 4° jour du 9° mois de lan 4 de Darius ! Or, du moment quil faut attribuer aux expressions dont se sert le prophète le sens plus large que nous venons d'indiquer, elles nofirent absolument pas l'ombre d’un appui à la supposition que les fondements auraient été posés sous le règne de Darius, et non en la 2° année du retour des captifs sous Cyrus.
M. Kosters fait des efforts inutiles pour justifier le parti qu'il veut rer de notre texte. Voici son raisonnement : les prédictions de bonheur n'otit commencé à se faire entendre, par l’organe d'Aggée, qu à partr de la seconde année de Darius ; donc, lorsque Zacharie atteste que les prophètes proclament les bénédictions divines au jour où le temple est ou fut fondé, il affirme implicitement que la pose des fondements eut lieu en l’an 2 de Darius. — Mais Zacharie ne parle pas de bénédictions quel- conques, ni en particulier de celles qui ont été prononcées par
son collègue Aggée ! Il désigne très clairement le sujet de con-
solation présenté par lui au peuple ; ce sont ces paroles, à savoir celles qu'il vient de faire entendre ! Sans doute Zacharie parle, au pluriel, des prophètes de la bouche desquels ses auditeurs doivent se sentir heureux d’apprendre ces oracles ; mais est-il besoin de dire que sous ce collectif Zacharie vise sa propre personne et se présente lui-même à l'auditoire ? Nous ne savons de quel droit M. Kosters nous attribue la pensée que « les prophètes qui vivent au jour où le temple fut fondé, sont non seulement Agoée, Zacharie et leurs contemporains, mais tous ceux qui ont exercé leur ministère depuis le retour » (et qui seraient bien aussi des contemporains ?). Nous n'y avons jamais songé. Il n’y a pas lieu, nous semble-t-il, de discuter longuement ce point. Zacharie, aux vv. 1-8, vient de se faire l'écho des brillantes promesses que Jéhova réalisera envers Juda et Jérusalem, après les souffrances de l'exil. Aussitôt après il félicite le peuple auquel il vient de les rappeler, d'entendre en ces jours ces paroles de la bouche des prophètes qui vivent au jour où le
RAS AU Etes he Ÿ' LL FER à “
temple fut fondé. Qui peut douter qu'il s'agisse ici de Zacharie lui-même ? que c'est de la bouche de Zacharie que le peuple vient d'entendre ces paroles? N'insistons pas là-dessus. —
Encore une fois, le v. 9 ne renferme aucun élément permettant de déterminer la date de la fondation du temple ; on peut dire que ie prophète doit avoir eu une raison pour désigner l’époque actuelle par la périphrase dont il se sert ; qu'il doit avoir voulu signaler indirectement, dans le fait que le temple était fondé et en voie de reconstruction, un motif de confiance ; mais un fait certain, c'est qu'il se sert d’une périphrase pour désigner en général l'époque actuelle (1).
Nous aurions pu aussi, comme le fait M. Kosters à la p. 14 de son Mémoire, nous rallier à la lecon des LXX et de la version syriaque, qui, au v. 9, lisent D" au lieu de DY'2 “et
traduire en conséquence : « Que vos mains soient fortes, Ô vous. qui entendez en ces jours ces paroles de la bouche des prophètes
qui (sont avec vous) depuis le jour où le temple fut fondé pour être rebâti. » Où trouve-t-on, dans le texte ainsi compris, la preuve que le temple avait été fondé deux ans auparavant ?
Tout ce qu'on y voit, c'est que le prophète établit une antithèse |
(1) La version que Wellhausen nous offre du v. 9 vaut la peine d'être mise
sous les yeux du lecteur : .… fasst Muth ihr, die ihr in dieser Zeit die Worte der Propheien gehôrt habt, welche bei der Grundlegung zum Bau des Hauses Jahves geredet wurden. — Nous avons à faire quelques observations sur cette
manière de traduire. 1° Quoi qu’en disent certains commentaires, le pronom relatif NÉN se rapporte aux propliètes et non aux paroles ; cela est exigé, non pas sculement par le fait que les pr'ophètes sont le sujet le plus rapproché, mais’ surtout par la tournure de la phrase. Zacharie ne dit pas, comme W, lui fait dire... les paroles des prophètes qui …., mais :.. ces paroles, de la bouche des prophètes qui..; 2° le prophète ne dit pas, comme W. lui fait dire : vous qui avez entendu, mais : vous qui entendez … D" ; 39 le propète ne dit pas comme W. lui fait dire : vous qui entendez les paroles, mais : ces paroles : enfin. 49 le prophète ne dit pas, comme W. lui fait dire : vous qui avez entendu les paroles des prophètes qui furent prononcées à l'occasion de la fondation du temple (!), maïs : vous qui entendez ces paroles, de la bouche des prophètes qui (exercent leur ministère) au jour où le temple fut fondé pour étre rebâti. — Il importait de relever ces inexactitudes en vue de ce que nous aurons à dire un peu plus loin sur la portée précise de notre passage dans l’économie du discours
de Zacharie. Dans ses Annotations Wellhausen complète en ces termes le com-
mentaire que nous venons d'entendre : deutliche Bezugnahme auf Age. I 6 ss, I 15 ss. Oui, maïs à quel prix !.… ÿ
LANTA TER dr . LA
formelle entre ces jours et l'époque où le temple fut fondé. Pourquoi cette époque ne pourrait-elle être la date imdiquée par le 3° chapitre d’Esdras ? Pourquoi, p. e., le prophète n'aurait-1l pu, pour donner plus de confiance aux travailleurs, leur rappeler que ceux qui les encouragent aujourd'hui par des prédictions de bonheur, sont les mêmes moniteurs fidèles qui ne leur ont pas ménagé les exhortations et les avertissements, dont les menaces ne se sont que trop bién vérifiées pendant les tristes années qui se sont écoulées depuis le jour où les assises du temple avaient été jetées ? — M. Elhorst disait à bon droit, en supposant la lecon 013, que Zach. VIII 9 « serait bien obscur pour nous, si nous n'avions pas Ezra III 13 ; mais que grâce à ce dernier passage tout devient parfaitement lumineux » (1).
Le lecteur le voit ; si nous n'avions été préoccupé que de Îa défense d'Esdras ITTss., nous en aurions trouvé les moyens sans trop de peine. Seulement, montrer le défaut d’une conclusion ce n’est pas établir le vrai sens du passage sur lequel ses auteurs prétendaient l’'appuyer. Nous avons voulu exposer l’agencement de la pensée de Zacharie dans un discours où il n'est pas partout également clair. Voici le résultat auquel cet examen nous à conduit. |
Les délégués du peuple sont venus demander (VIT 1-3) si le jeûne qu’on célébrait en souvenir de la destruction de Jérusalem et du temple, devait être maintenu ? La réponse du prophète aboutit à la conclusion (VIIT 19) que les jours de jeûne institués en souvenir des événements qui avaient ouvert la douloureuse période de l'exil, doivent être changés en joyeux jours de fête. — Zacharie commence donc par constater que la question de savoir si le jeûne doit être maintenu ou aboli regarde le peuple lui-même, que la conduite à suivre à cet égard dépend uniquement de la situation où il se trouve. “ Quand vous jeûniez et que vous vous lamentiez au 5° et au
GYE Cp. 85.
7° mois pendant ces 70 ans (de la captivité), est-ce pour moi que vous jeûniez ? et si vous mangez et que vous buvez, nestce point vous qui mangez et vous qui buvez ? » (VIT 5, 6). Le
jugement impliqué dans ces interrogations, à savoir que la solution du problème doit être cherchée dans la considération
des circonstances actuelles où se trouve la communauté, est aussitôt appuyé sur le témoignage des anciens prophètes :
« N'y a-t-il pas les paroles que Jéhova a prononcées par l'organe
des anciens prophètes, alors que Jérusalem habitait en paix »,
etc. Zacharie expose ensuite ces oracles des anciens prophètes.
Ils prouvent que la ruine de Jérusalem et la dispersion de la nation étaient un châtiment infligé par Jéhova ; que ces mal-
heurs n'ont donc atteint que le peuple et non point Jéhova lui-
même ; que de ce chef ils étaient pour le peuple un motif de pénitence et de deuil (VIT 8-14). Ils prouvent en même temps que la colère de Jéhova ne devait pas durer toujours ; les prophètes d'autrefois avaient prédit aussi le retour de la faveur divine et la restauration (VIII 1-8). Les promesses renfermées dans ce dernier passage sont donc les paroles des anciens prophètes, citées par Zacharie, à l'effet de prouver que si le deuil de la captivité n'avait pas atteint Jéhova, mais seulement
le peuple châtié pour son infidélité, d'autre part la raison d’être de ce deuil avait aujourd’hui complètement cessé d'exister, vu
que les événements dont tous étaient témoins montraient que l'ère du pardon, annoncée par les prophètes, avait commencé. Ici nous arrivons au v. 9. Après avoir rapporté les promesses promulguées autrefois par ses devanciers, Zacharie félicite ses contemporains de les entendre rappeler en ces jours, de la bouche des prophètes qui vivent au moment où elles sont en voie de s’accomplir : « Que vos mains soient fortes, à vous qui entendez en ces jours ces paroles de la bouche des prophètes qui (sont avec vous) au jour où le temple a été fondé pour être rebâti ! » IL y à dans cette apostrophe une antithèse implicite entre l'époque des anciens prophètes, ou si l’on veut l'époque
de la captivité dont les anciens prophètes avaient prédit
l'avènement et la fin, et l'époque des prophètes actuels, notam-
Pay" < 4
ment de Zacharie, à laquelle les promesses des anciens se réalisent (1). Le jour où le temple a été fondé c'est donc, en un sens général, l'époque actuelle de la réalisation des promesses en opposition avec le temps passé. — Cette interprétation était déjà suggérée par la seule considération de la date à laquelle Zacharie tient son discours (l'an 4 de Darius) ; mais la détermination du rapport qui rattache le v. 9 à ce qui précède nous permet de comprendre pourquoi le prophète désigne l'époque actuelle par cette circonlocution : le jour où le lemple a élé fondé... G
Nous devons cet avantage à l'observation que les vv. 1-8 du ch. VIII ne renferment pas des promesses d'avenir faites par Zacharie au point de vue de la situation actuelle ; mais des promesses d'anciens prophètes, rappelées par Zacharie en vue d'en faire constater l’accomplissement, du moins initial, à l’époque où l'on se trouve.
Que cette appréciation du passage VIII 1-8 est la vraie, cela se prouve tout d’abord par l’enchaînement même des idées que nous venons d’esquisser tout à l'heure (2). M. Kosters nous reproche de n'avoir pas bien saisi le rapport entre le passage VII 8-14 où les anciens prophètes sont cités à l’occasion des réflexions émises par Zacharie sur les causes de l'exil, et les
vw. 1-8 du ch. VIIT. L'antithèse entre les deux passages, doit,
suivant M. Kosters, se formuler ainsi : les souffrances de la captivité ont été le châtiment encouru par vos pères pour leur désobéissance aux avis des prophètes ; — ceux-ci sont mis en scène, non pas comme ayant prédit le châtiment divin, mais seulement comme organes des volontés de Jéhova (VIT 9, 10); ils avaient prêché au peuple les lois de la justice et de la charité ; le peuple ne les écouta point, il fut puni ; — mais à présent . Jéhova vous fait entendre des promesses de bonheur.
(1) Le commentaire dont nous avons déjà eu à parler plus haut (p. 115), à - propos de notre interprétation du ch. If v. 18 d'Aggée, nous prête, pour Zach VIII 9, la conclusion suivante : IL (V. Hoon.) dit quil sagit des prophètes de la captivité qui « vivent au jour où le temple a été fondé » (1) — L'auteur ajoute que c’est notre « point de vue » qui nous a conduit à ce beau résultat.
(2) Cfr. Zorobabel et le second temple, p. 69 ss.
ET 1:50 PTE à ft E:
Nous ne croyons pas que l'interprétation des vv. 13 et 14 du
ch. VII, supposée dans ce commentaire, soit exacte. Le châtimént est ici mentionné, non pas sur le ton de la relation historique, mais comme l'objet d’une menace, dont tous d'ailleurs avaient vu la réalisation. Zacharie ne dit point :.. « de même. que Jéhova les avait appelés et qu'ils n'avaient point écouté, de même ils crièrent à moi et je ne les écoutai point, dit Jéhova » ; il s'exprime tout autrement : « .… de même qu'il les appela et qu'ils n’écoutèrent point sa voix, de même ils m'appelleront et je ne les écouterai point, dit Jéhova..…. » (v. 13). C’est l'annonce de la vengeance divine, telle qu’elle se Hit chez Jérémie. Le v. 14 commence lui aussi par l’imparfait qui ne peut avoir ici que le sens du futur : BTYEN\ « @/ je les disperserai parmi les nations
qu'ils ne connaissaient point et la terre restera désolée après
eux... et ils feront du pays de délices un désert. » Les deux. derniers verbes sont au parfait et à l’imparfait conversif, comme indiquant dans le futur la conséquence de l'action exprimée à l’imparfait au commencement de la phrase (1). Les anciens prophètes sont donc, quoi qu'en dise M. Kosters, mis en scène comme ayant prédit le châtiment. Cfr. Jér. VII 13 ; XXE: IX OS. Is: XAV EXIF 10
Au reste, quand on voudrait entendre les vv. 13, 14 dans
le sens de la relation historique, il n'en resterait pas moins certain qu'aux versets qui suivent, VIII 1-8, Zacharie rend la parole à ceux dont il venait de reproduire les leçons, autrefois méconnues par les pères. La trame de la harangue de Zacharie demeure au fond toujours la même : « Lorsque vous jeûniez au 5° et au 7° mois, durant ces 70 ans, est-ce pour moi que vous jeûniez? si vous mangez et que vous buvez, n'est-ce
point vous qui mangez et vous qui buvez ? (Considérez donc -
votre propre situation, examinez les causes de vos malheurs passés et de votre deuil, comparez-y les circonstances où nous
vivons). N'y a-t-il pas les paroles des prophètes d'autrefois qui prouvent d’un côté que les misères endurées étaient le,
(1) Cfr. Kautzsch Hebr. Gramm. 24 Auf. p. 318 a.
châtiment dû à la désobéissance de vos pères ; et de l'autre, que la colère divine devait faire place un jour à la miséricorde et au pardon ? Aujourd’hui nous assistons à la réalisation des promesses ; la nation est donc rentrée en grâce auprès de Jéhova. Dès lors, plus de jours de jeûne ; c'est le temps de l’alléoresse et de la reconnaissance ! » 3
D'après M. Kosters, le prophète aurait conclu avec tant d'enthousiasme à l'abolition des jours de jeûne, à leur conversion immédiate en joyeux jours de fête, du seul fait que, malgré la durée persistante de l’ère du châtiment, il venait d'annoncer lui-même de meilleurs jours pour l'avenir ! C’est peu vraisemblable.
La raison principale pour laquelle le savant critique refuse de souscrire à notre commentaire du discours de Zacharie, c'est que, d’après nous, le prophète envisage l’époque à laquelle il exerce Son ministère comme la première étape dans l'accomplissement des promesses relatives à la restauration. Sans doute, c'est bien là notre avis. Pour soutenir le contraire M. Kosters à tort d'en appeler à certains passages des premiers chapitres, dont nous avons établi plus haut la véritable portée. Comme nous l'avons dit alors, notre explication de ces textes Sappule en partie sur le langage même que tient le prophète dans la dernière partie de son discours aux délégués du peuple (VIII 9-23). Il n’était pas besoin de chercher au ch. I ce que Zacharie pense au ch. VIIT des événements arrivés à son époque. Est il vrai, oui ou non, que le prophète dans le passage que nous venons d'indiquer, oppose constamment et de la façon la plus formelle, les bénédictions dont le peuple sera comblé à partir de ces jours-ci, à ce qui arrivait avant ces jours, à SAVOir PENDANT LA PÉRIODE DES CHÂTIMENTS INFLIGÉS AUX PÈRES ? Affirmer que les malheurs auxquels Zacharie fait allusion, sont les mauvaises récoltes dont parle Aggée pour les années qui ont précédé la reprise des travaux du temple en l'an 2 de Darius, cela ne nous paraît pas sérieux et nous avons le droit de nous étonner que l’on répète de pareilles fantaisies sans essayer même de répondre aux questions que
le texte suggère à cet égard (1). Le prophète veut-l dire que
désormais les moissons seront plus abondantes que par le passé, lorsqu'il s'exprime en ces termes : « Car avant ces jours il n’y avait point de rémunération pour les hommes, il n'y avait point de rémunération pour les animaux ; on ne pouvait aller ni venir en sécurité à cause de l'ennemi, et j'avais lâché tous les hommes les uns contre les autres ; mais maintenant je ne ferai plus comme aux jours d'autrefois envers le reste de ce
peuple, dit Jéhova. Ce sont les semailles de la paix ! La vigne
donnera son fruit, et la terre donnera son produit, et les cieux
donneront leur rosée (2) et je ferai posséder au reste de ce peuple
tous ces biens. Et il se fera, de même que vous avez été une malédiction parmi les nations, maison de Juda et maison d'Israël, de même je vous sauverai et vous serez une bénédiction ! Ne craignez rien, que vos mains soient fortes !.... » (v. 10-13). Sont-ce les laboureurs et les vignerons éprouvés au cours des dernières années que Zacharie a en vue, quand 1l continue en ces termes : « Ainsi parle Jéhova des armées : de même que j'avais conçu le dessein de vous châtier lorsque vos pères provoquaient mon courroux et que je n'ai pas eu pitié ; de même j'ai changé mon dessein en ces jours-ci, pour combler de bénédictions Jérusalem et la maison de Juda » (v. 14-15). N'est-il pas évident que ces jours-ci sont l’époque
actuelle en opposition avec l’époque des pères, et non pas en opposition avec les dernières années avant l'an 2 de Darius ? —
(1) Vr. Zorob. ct le second temple p. T4 s.
(2) Sur ces mots nous avions fait la remarque suivante (Zorob. et le second temple, p. T5) : Il est permis de croire que le souvenir des désastres récents est
pour quelque chose dans le langage dont Zacharie se sert en cet endroit ; mais ce qu'il a en vue, ce n'est pas tant le fruit matériel de la vigne ; la vigne pour lui, c’est le symbole de la paix... Ce qu'il promet, c'est que désormais le salut sera assuré à la maison de Juda et d'Israël, etc. Däns le même sens nous avions écrit quelque: lignes plus haut (p. 74): Ni ne voulons point nier que Zacharie en prononçant ces paroles ait songé aussi aux calamités qui venaient de frapper les colons juifs pendant les premiéres années aprés le retour. — M. Kosters croit qu'en disant cela nous faisons une concession très compromettante pour l'avis que nous défendons (p. 12). Nous ne le pensons pas. L'avis que nous défen-
dons est suffisamment Poies par les textes contre le danger de pareilles concessions,
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Au reste c'est le changement qui s'est opéré dans la condition du peuple juif en ces jours, en regard de ce qu’elle était avant ces jours, qui conduit le prophète à conclure : « les jeûnes du 4, du 5°, du 7° et du 10° mois seront pour la maison de Juda des jours de joie et d’allégresse. » Or ces jeûnes célébraient la mémoire des désastres du commencement de la captivité ; le changement de circonstances qui a pour résultat l'abolition de ces fêtes de la pénitence et du deuil, doit donc se trouver en rapport avec la captivité. C'est parce que les souffrances dont les jours de jeûne entretenaient le souvenir ont pris fin, parce quil est manifeste que la colère de Jéhova dont elles étaient
l'effet a fait place au pardon (v. 14, 15), qu'il n’y a plus lieu
de maintenir les jours de jeûne. Le prophète oppose donc les bénédictions de ces jours-ci aux châtiments de la période de l'exil.
Il n'est pas douteux que Zacharie considère le temps actuel comme celui de la réalisation des promesses de salut. Le lecteur remarquera que l’antithèse sur laquelle Zacharie insiste entre l’époque présente et l'époque des pères dans cette partie de son discours, prouve à elle seule la justesse de notre interprétation du v. 9; c'est précisément par ce verset que débutent les considérations que nous venons de reproduire : « Que vos mains soient fortes, Ô vous qui entendez en ces jours ces paroles de la bouche des prophètes (qui sont avec vous) au jour où le temple a été fondé pour être rebâti ; car avant ces jours il n'y avait point de rémunération pour les hommes >, etc. La nature des bénédictions qui désormais seront accordées au peuple, la nature des maux avec lesquels elles sont mises en contraste ; la précision avec laquelle Zacharie aux v. 14, 15 oppose ces jours-ci à l'époque des pères, toute la suite du discours montre
que ces jours au v. 9 sont l'époque de la restauration qui a
succédé à l’époque de l’exil où le peuple se trouvait avant ces jours (v. 10 et ss.). Cette époque de la restauration est caractérisée au v. 9 par le fait que le temple se relève de ses ruines.
C'est en leur signalant cette preuve matérielle de l'accomplissement des promesses de salut, que le prophète félicite ses
contemporains de les entendre rappeler aujourd’hui. On voit
qu’à la faveur de notre commentaire tous les détails de la
pensée de Zacharie apparaissent dans un enchaïînement parfait. Nous avions relevé aussi le fait que les prédictions renfermées
aux vv. 1-8 du ch. VIII annonçaient comme futurs des événe- … ments dont tous étaient témoins au temps de Zacharie. « La.
prédiction du salut prochain et du retour des exilés qui termine le morceau (v. 6-8), n'était pas; disions-nous, à l'époque du prophète, de nature à surprendre beaucoup les esprits des auditeurs ; il n'y avait plus alors à insister sur la possibilité
de ces événements merveilleux ou sur l'admiration qu'ils allaient. exciter. Le retour et la restauration étaient, sinon un fait,
entièrement accompli, du moins un fait en voie de s’accom-
plir » (1). Ce qui prouvait une fois de plus que le passage ren-
ferme des citations d'anciens prophètes. — M. Kosters n’admet pas ce raisonnement ; il nie qu'à l’époque de Zacharie 1l fût déjà revenu des exilés de Babylone ; rien nempêchera donc,
de ce chef, que les prophéties des vv. 1-8 aient Zacharie lui-.
même pour premier auteur (2). Mais il a été établi plus haut que Zacharie, même dans les chapitres I-VI, loin de considérer la captivité comme durant toujours, atteste que la communauté administrée par Zorobabel et Jeschoua est celle des captifs
revenus de Babylone. L’argument garde donc toute sa valeur. Pour ce qui regarde le contenu des vv. 1-8, M. Kosters est.
d'avis que, eu égard à l'identité des perspectives en vueñil:
n’est que naturel que les promesses de Zacharie rappellent « ça …
et là >» les oracles de ses devanciers (3). Fort bien ; mais est-il
aussi naturel que foules ces promesses, sans exception, se.
retrouvent pour ainsi dire littéralement dans les anciens prophètes, notamment chez Jérémie ? C’est là ce que nous avons soutenu et prouvé, en indiquant les passages auxquels sont empruntées les paroles citées aux vv. 3, 4, 5, 6, 7, 8 du ch.
VIII de Zacharie (4). La réponse de notre critique, dans les.
termes où elle est formulée, laisse intacte la confirmation que
(1) Zorobabel p.73 s. — (2) p. 12, 13. — (3) p. 12. — (4) Zorobabel, p 72.
ton Ci
nous avons trouvée dans ce phénomène pour notre interprétation.
M. Kosters assure enfin que Zacharie n'indique pas par un mot quil rapporte des prophéties d’autres personnages (1). Entendons-nous. Veut on dire que Zacharie au moment de rappeler ces oracles, ne les annonce point comme ayant été proclamés avant lui, qu'il ne les introduit pas en termes explicites comme une citation ? D'accord. Mais remarquons bien la manière dont notre prophète s’y prend pour alléguer ses citations ; nous en ayons un exemple très instructif quelques versets plus haut : « Et la parole de Jéhova se fit entendre à Zacharie disant : voici ce que dit Jéhova des armées : jugez selon la vérité, pratiquez la charité et la justice les uns envers les autres, gardez-vous d'opprimer la veuve, l'orphelin, l’étranger et le pauvre » etc. (VII 8-10). Qui dirait que ces avis ne sont qu'une citation formelle des anciens prophètes ? Et pourtant il en est ainsi, nous l'apprenons incidemment aussitôt après : « Etils n’ont point voulu écouter. et ils se sont fait un cœur de diamant pour ne pas entendre la loi et les paroles que Jéhova leur envoyait, en son esprit, par l'organe des prophèles d’autr'efois. » De même les vv. 13, 14, qui reproduisent eux aussi des menaces prononcées par les anciens prophètes, ne font aucune mention de ces derniers. L'absence d’une mention de ce genre ne saurait donc prouver que les versets qui suivent (VIII 1-8) ne sont pas consacrés à la Citation d'anciennes prophéties. Toute la séric de textes VII 8-14, VIII 1-8 est introduite par l'interrogation de VIT 7 : N'y a-t-il pas les paroles que Jéhora a proclamées par les prophètes d'autrefois ?.... (2) — Si l’on prétendait en outre que.Zacharie ne fournit aucun indice, pas même implicite, que les promesses qu'il rappelle sont celles de ses devanciers, nous ne saurions l’admettre. Le contenu du passage, qu'on le considère en lui-même ou en regard ‘de la prédication des prophètes antérieurs, le rôle que remplissent dans léconomie du discours les promesses rappelées par
(1) p. 12. — (2) Zorobabel, p. 68 s., 72,
Zacharie, montrent assez, comme nous l'avons vu, quel est leur véritable caractère. Il y a plus. Lorsque Gin poursuit, au ch. VIII v. {9 : « ... Que vos mains soient fortes, Ô vous qui entendez en ces ue ces paroles de la bouche des prophètes qui (vivent) au jour où le temple a été fondé pour être rebâti », il laisse entendre que ce sont des citations qu'il vient de faire ; ces paroles ne sont pas de lui au même titre que la suite de son discours; pour le prophète lui-même ces paroles sont quelque chose d'objectif qu'il expose devant ses auditeurs ; autrement on ne comprendrait pas le retour qu'il y fait pour les signaler à.l'attention, après coup, en faisant valoir les circonstances dans lesquelles le peuple les entend aujourd'hui (4). : Notre interprétation rend parfaitement compte de ce procédé. Aujourd'hui ces promesses sont en voie de réalisation ; voilà pourquoi elles constituent un encouragement tout spécial pour l'auditoire du prophète; voilà aussi pourquoi elles sont un élément des prémisses d’où Zacharie conclut à TRCAUES ges jours de jeûne. |
Il reste donc établi que « le jour où le temple a été fondé 5 au Ch. VIII v. 9 de Zacharie, c'est, en un sens général, l'époque de la restauration, caractérisée par la reconstruction du temple, en opposition avec l'époque de la captivité ou du châtiment. — Les données d'Esdras III relativement à la date de la fondation du temple, sont bien plutôt confirmées que mises en défaut par le témoignage de Zacharie.
Corollaire.
Dans son commentaire historique de la seconde partie du livre d'Isaïe (2), M. J. Ley exprime son avis sur le rapport dans lequel se trouvent, vis-à-vis des données du livre d'Esdras relatives à la date de la fondation du temple, les déclarations des prophètes Aggée et Zacharie.
(1) Zorobabel, p. 73.
(2) Historische Erklärung des sweiten Teils des Jesaia, Marburg 1893.
brie
M. Ley est convaincu du caractère historique de la relation du livre d'Esdras (1). D'autre part il croit qu'Aggée et Zacharie parlent d'une pose des fondements du temple en la seconde année de Darius. Le problème, d’après lui, doit se résoudre de la maniére suivante : la seconde année après le retour de Babylone, les rapatriés, sous la direction de Zorobabel, avaient jeté les assises du nouveau temple. Dès le début ils eurent à lutter contre l'hostilité des peuples voisins. Ceux-ci, notamment les Samaritains, empêchèrent d’abord la continuation des travaux ; mais bientôt l'intervention des étrangers alla plus loin ; les Edomites exercèrent de grands ravages et détruisirent ce qui avait été bâti de la maison de Dieu. Ces faits sont attestés, dit-on, par Is. 63, 18 ; 64, 9, 10. Plus tard les travaux furent repris, et on dut commencer par de nouveaux fondements. C'est à cette seconde phase de l’œuvre que se rapportent les témoignages d'Aggée et de Zacharie. — M. Ley dit que cette explication est bien plus simple que la nôtre (2).
Malgré sa simplicité, il nous est impossible de ladmettre, parce qu'elle nous semble manquer de tout fondement. Il y aurait bien d’autres manières encore de concilier, moyennant telle ou telle supposition, le récit du ch. IIT d'Esdras avec la prétendue contradiction d'Aggée et de Zacharie. Mais ce n'est pas tout de concilier. Nous craignons beaucoup que l'histoire telle que la décrit M. Ley n’est jamais arrivée, et sa simplicité ne saurait racheter ce défaut radical.
1° Il n’est pas exact qu'Aggée et Zacharie rapportent à la seconde année de Darius une fondation quelconque du temple.
2° Les passages cités d’Isaïe parlent manifestement de la ruine du temple de Salomon. Il n’est pas question ici de fondements détruits ; c'est Sion, la ville sainte, c'est {a maison de la sainteté et de la gloire du peuple, où Les pères avaient chanté les louanges de Jéhova, qui a été incendiée, etc.
3° Ni les prophètes Aggée et Zacharie, ni les récits des six premiers chapitres d'Esdras, ne disent un mot du rôle attribué
— 138 — en ni.
aux Edomites par M. Ley, ni du sort qui d’après lui aurait | ‘atteint les premières constructions. Bien plus, nos témoins protestent contre cette façon de concevoir l'histoire. Les malheurs qui ont éprouvé la communauté depuis la suspension des travaux du temple ont consisté en de mauvaises récoltes (Age. I6ss. IT 15 ss.) Avant le temple auquel on travaille en la seconde année de Darius, Aggée ne connaît que celui de Salomon (IT 3 ss.). I n’y aurait pas eu heu de se lamenter sur les modestes apparences du nouveau sanctuaire à côté de ce. qu'avait été l’ancien ; Aggée n'aurait pas eu à dissiper les sentiments de regret et de tristesse que cette comparaison était de nature à faire naître, si entre les deux il y avait eu une entreprise complètement ruinée par les ennemis des Juifs. Cette circonstance n'aurait pu que donner un éclat plus grand, un air de triomphe, à l'édifice qui cette fois s'élevait sous de meil-. leurs auspices et pour stimuler le courage de ses auditeurs Aggée n'aurait pas eu besoin de leur parler de l'avenir. Vorr encore Esdras IV 5% + 24 (1), V 16 etc. | | S 3. Esdras III-IV 1-5.
Nous venons de voir que le témoignage des prophètes contemporains de la construction du second temple contirme le récit du ch. IT d'Zsdras. Le tableau qui nous est tracé ici des événements répond d’ailleurs si bien aux circonstances de l'époque, il est si parfaitement en harmonie avec toutes les … vraisemblances, que ce serait peine perdue d’y chercher des preuves intrinsèques d’un caractère légendaire.
Déjà plus haut nous avons exposé comment la nature même des événements en question et la qualité des personnages qui y remplissent les principaux rôles, en tenant compte à la fois des plaintes que fait entendre le prophète Aggée, nous rermettaient de conclure, indépendamment du témoignage formel des documents bibliques, que les auteurs du second temple devaient être des Juifs revenus de la captivité de Babylone sous le +
A) Vr. plus haut, p. 21.
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règne de Cyrus et autorisés par le pouvoir central à entreprendre à Jérusalem cette œuvre nationale et religieuse (1). Nous savons par la prophétie d'Aggée que l'œuvre du temple subit un délai jusqu'en la 2e année de Darius (520). Il est très peu probable que la cause de ce retard pût se trouver uniquement et dès l'origine dans la négligence des rapatriés. La crainte et le manque de résolution ou d'énergie peuvent avoir contribué à prolonger la période de l’inaction ; mais ce n’est point par là que l’on aura débuté. Nous le répétons, la nature des choses aussi bien que les données des inscriptions de Cyrus nous obligent à croire que les retournants durent avant tout avoir à cœur et qu'ils eurent aussi principalement pour mission, de rebâtir le temple de Jéhova. Les difficultés doivent être venues du côté des voisins, du côté des étrangers établis dans le territoire et habitués déjà à sy conduire en maîtres ; nous voyons les mêmes faits se reproduire encore lors de la mission de Néhémie, quatre-vingt-dix ans plus tard. La relation des premiers versets du ch. IV d'Esdras qui attribue aux intrigues des Samaritains le délai que subirent les travaux, est si conforme aux prévisions que les circonstances elles-mêmes sugoèrent, que Kuenen, tout en l’attribuant à la main du Chroniste, ne pouvait s'empêcher d'y reconnaître la vérité. Mais, encore une fois, 1l est souverainement invraisemblable que l'hostilité des Samaritains empêcha d'emblée le commencement même des travaux. Leurs manœuvres n'auront réussi à prévaloir et à . intimider la communauté juive qu'après quelque temps, p. e. lorsque Cyrus eut partagé le trône avec son fils Cambyse. Nous savons qu’à l'égard des institutions des peuples vassaux les dispositions du prince héritier n'étaient pas celles de son père ; l'association de Cambyse au pouvoir dut produire, en faveur des adversaires des Juifs, un changement considérable dans la situation (2). Mais il est permis d'affirmer que Zorobabel et ses compagnons, forts de la faveur royale qui leur était assurée au moment du retour, stimulés par les sentiments de patriotisme
(1) Supra p. 92 s. — (2) Zorobabel, p. 595.
et de piété qui leur avaient fait reprendre le chemin de la ville sainte, ne tardèrent pas longtemps de mettre la main à l'œuvre
après leur arrivée dans le pays. C'est bien de l'histoire que.
nous lisons Zsdras IT 8 ss. ; les fondements du temple furent jetés dès la seconde année du retour ; bientôt après, grâce à l'opposition des Samaritains, les travaux furent interrompus jusqu’en la seconde année de Darius. Aggée laisse suffisamment entendre que ses compatriotes n'avaient plus besom, à cette époque, pour se mettre à l’œuvre, d'y être autorisés par la cour. Encouragés par leurs prophètes, les Juifs reprirent spontanément les travaux, probablement à la faveur des troubles
qui agitaient l'empire au commencement du règne de Darius (1). On vint encore les inquiéter, mais sans succès ; le temple fut
achevé en la sixième année de Darius F.
On le voit, rien de plus vraisemblable que la suite de cette histoire. Cependant outre ce caractère général, elle a d’autres titres intrinsèques, plus positifs et plus spéciaux, à notre confiance. Nous en signalerons ici un ou deux.
Au ch. IV v. 2, les Samaritains, venant faire aux chefs ee
leurs offres de service, s'expriment en ces termes : « Comme
vous-mêmes, nous rendons le culte à votre Dieu ; nous lui.
offrons des victimes depuis les jours d'Asarhaddon roi d'Assur qui nous amena ici. Du roi assyrien Asarhaddon il n'est ques-
tion qu’en deux autres endroits de la Bible (2) et tout ce que
nous y apprenons, c'est qu’il succéda à son père Sennachérib après le parricide dont celui-ci fut victime. Cette circonstance était de nature à prouver que l’auteur du récit d’Esdras n'avait pas eu pour unique souci de combiner artificicllement les données que l’histoire antérieure mettait à sa disposition ; ses renseignements sur l’époque de la restauration devaient être puisés à d'autres sources. Malgré cela, le détail que nous venons de relever et qui aurait dû plaider en faveur de notre auteur, fut, d’une manière inconsidérée, exploitée contre lui (3). Cependant un cylindre d’Asarhaddon vint confirmer sur ce
(1) Zorobabel, p. 58; Néhémie et Esdras, p. 10. — (2) 2 R. XIX 37: Is, XXX VII 38, ae) Vr. Zorobabel, p. 100.
point l'exactitude de ses informations et Schrader rétracta « les doutes qu'il avait exprimés au sujet d’une seconde colonisation de Samarie par les Assyriens. »
Aujourd'hui M. Kosters, s’attachant au premier avis de Schrader, qui, au point de vue de la logique, était déjà défectueux dans sa conclusion relative à Esdras IV 2, refuse de le suivre dans sa rétractation. « L'inscription, dit-il, nous apprend seulement que le roi transporta des habitants des montagnes et des côtes de la mer d'Orient à la cité d'Asarhaddon bâtie par lui ; d’une colonisation du « pays de Chatti, y compris la Phénieie et la Palestine > (paroles de Schrader) nous n’y trouvons donc rien > (1). — M. Kosters se montre ici encore trop difficile. Rendons-nous bien compte tout d’abord de ce qui est supposé au Ch. IV v. 2. Il serait absurde d'attribuer à notre auteur la pensée que « les ennemis de Juda-et de Benjamin » qui viennent traiter avec Zorobabel, représentaient exclusivement des colons envoyés par Asarhaddon. Il n'y à ici que l'expression d'une tradition attestant qu'Asarhaddon lui aussi avait apporté son contingent aux colonies dont les rois de Ninive avaient peuplé le pays. Pour justifier le langage que le narrateur met dans la bouche des Samaritains, 1l suffit que ce fût un fait bien connu que ces populations d'origine étrangère renfermaient dans leur sein des éléments dont l’origine remontait à une colonie d'Asarhaddon. Le nom de ce dernier roi avait d’autaut plus de chance de l'emporter p. e. sur celui de Sargon dans les souvenirs populaires, qu'il était venu après lui. Or voici ce que nous lisons dans l'inscription dont il vient d'être “question. Asarhaddon y raconte le résultat de son expédition contre le s°02 de Sidon Abdimilkutti. La ville fut détruite et le roi mis à mort; ses sujets, en très grand nombre, furent . emmenés en exil. Les rois du pays de Chatti (2) furent assem- … blés à l'effet de pourvoir à la construction d’une ville nouvelle que le vainqueur fit élever « en un autre endroit » (que Sidon),
mais sans aucun doute dans la contrée dont il venait de faire
(1) Herstel p. 16. — (2) Voir ces rois énumérés dans le second prisme d’Asarhaddon (Keilinschr. Bibliothek IT p. 40 ss.) col. V IL. 125.
Lido
la conquête. « J'établis là, poursuit le texte, les gens que mon arc avait pris, tant des montagnes que des côtes de la mer d'Orient » etc. Supposons que ces colons eussent pour destination exclusive de peupler la ville nouvelle. Il est certain-cependant qu'ils étaient nombreux ; ils durent former dans le pays de Chatti, dans le territoire de Sidon, au nord de la Palestine, un élément étranger considérable introduit par Asarhaddon. M. Kosters ne prétendra pas sans doute que les descendants … de cette colonie soient tous restés perpétuellement enfermés dans l'enceinte de la place forte qu'on avait donnée comme résidence à leurs pères. De là, ils doivent s'être répandus dans le pays ; ils doivent s’être mêlés aux colons orientaux qui les y avaient précédés. Et comme nous le disions plus haut, on s'explique très bien par la date plus récente des établissements dont ces rois furent les auteurs, que, à côté du nom d’Asurbanipal, celui de son père Asarhaddon ait gardé une place prépondérante dans les traditions relatives aux déportations qui avaient peuplé, depuis l'an 720, l’ancien royaume de Samarie. — Au reste, ce serait manquer d’égard aux exigences du contexte dans l'inscription assyrienne, de prétendre que les. colons envoyés par Asarhaddon furent à l'origine enfermés tous dans la place à laquelle ce roi avait donné son nom. La mesure prise par le conquérant avait pour objet de remplacer les habitants « sans nombre » qu’il avait enlevés au territoire de Sidon ; de sorte que l’on est parfaitement fondé à parler avec Schrader d’une colonisation du pays de Chatti, y compris la partie septentrionale de la Palestine, par Asarhaddon.
Le lecteur voit qu’il serait plus qu’arbitraire de soutenir à la suite de H. Winckler que le nom d’Asarhaddon, au ch. IV v.2,
a pris, par erreur, la place de celui d'Assurbanipal. Le savant. assyriologue suppose, sans raison, que les colons établis en
Palestine étaient fous originaires de pays conquis par ce dernier s roi (1).
(1) Atttest. Untersuchungen p.98. Vr. plus loin. — Sargon atteste explicitement
quil transporta des colons dans le territoire de Samarie. Cfr. Schrader- White- es
house, C. I. a: O.T. I. p. 268 ss.
es
Un autre trait remarquable du récit du ch. IIT d’'Æsdras est celui de la construction de l'autel provisoire avant la fondation du temple v.2ss. Le prophète Agoée, ch. IT v. 14, fait allusion à cet autel, 1l nous apprend que celui-ci existait encore à l'époque où 1l prononçait les discours qui nous ont été conservés, c'est-à-dire en l'an 2 de Darius : « ...… tous les dons qu'ils m'ofirent {à sont souillés ». Aggée atteste que le culte se célébrait à Jérusalem avant que la maison de Dieu fût rebâtie ; ce qui suppose l'existence d’un autel légitime, antérieur à l'autel du temple. Le chapitre III d'Æsdras nous raconte les circonstances dans lesquelles il fut établi. On aurait tort d’ailleurs de prétendre, comme on l'a fait, que l’auteur de notre récit n’a eu qu à exploiter et à développer la donnée que lui fournissait le passage indiqué du prophète. Outre que celui-ci ne contient qu'une allusion très vague et dont la portée n’est sensible pour nous qu à la faveur des éclaircissements que nous lisons Æsdras [II 28ss.,ilnétait en aucun cas de nature à suggérer l'idée que les Juifs revenus de l'exil avaient érigé un autel nouveau. Cela est si vrai que M. Kosters refuse d'admettre la relation du narrateur sacré, pour la raison qu’il lui semble incroyable « que le culte aurait été supprimé à Jérusalem depuis la destruetion du premier temple » (1).
Seulement, bien qu'il nous présente les faits sous un autre jour que ne se les figure M. Kosters, le récit ne dit pas que tout culte avait été supprimé à Jérusalem, et ici nous avons à rappeler un nouvel indice de son caractère historique. Comme nous l’avons déjà dit ailleurs, les suppositions et les commen- taires par lesquels on a depuis longtemps essayé d'expliquer le *v. 3 du ch. III ne sont pas acceptables. Pour comprendre ce verset il faut, à notre avis, y reconnaître « un débris conservé intact » du texte araméen primitif (2). Après qu'il a été dit au v. 2 que « Jeschoua, Zorobabel et leurs compagnons bâtrent l'autel du Dieu d'Israël pour y offrir les sacrifices comme il est écrit dans la Loi de Moïse », le texte poursuit, au v. 3, en
(1) p. 15. — (2) Zorobabel et le second temple p. 105-107.
ces termes : « et ils établirent l’autel sur ses bases M'AMNA = DAYSNT 292 0h77 ». Impossible de donner à ces mots un sens raisonable si l’on veut prendre 55282 comme une expression hébraïque ; ils deviennent au contraire parfaitement clairs du moment que l’on consent à y voir le terme araméen correspondant à l’hébreu 522 : « Ils établirent l'autel sur ses bases ; car une bama se trouvait dessus, élevée par les soins des peuples des terres » (1). Le culte n'avait pas été supprimé ; mais l'autel où on l’avait célébré était un autel sacrilège. Les Samaritains eux-mêmes déclarent à Zorobabel au ch. IV v. 2, qu'aussi bien que les Juifs ils honoraient et avaient honoré depuis leur établissement en Palestine, le Dieu du pays (2). Après la destruction de Jérusalem et la déportation des Juris en 586, il est à priori très probable que ce culte amena les. gens de Samarie à la ville sainte, où Jéhova avait depuis des siècles fixé son siège de prédilection ; Fexemple seul des Juifs établis parmi eux devait les y conduire. Au chap. XLI de Jérémie nous lisons que le lendemain du meurtre de Gedalja, on vit arriver à Mispa une troupe de pélerins en deuil, venant de Sichem, de Silo et de Samarie, au nombre de. quatre-vingts, e{ se rendant à la maison de Jéhova avec des offrandes. Même après sa ruine, le temple était donc resté le rendez-vous des adorateurs de Jéhova. Les Samaritains n'auront pas manqué de se rallier à l’ancienne coutume ; alors surtout que la dispersion des restes de la population juive, après la révolte d’Ismaël, leur eût rendu l'accès et la prise de possession du lieu saint plus facile. On comprend sans aucune peine, dans ces conditions, la démarche qu'ils font auprès de Zorobabel pour solliciter la faveur de pouvoir contribuer à la restauration du temple ; on comprend aussi la présence d’une bäma sur l'emplacement occupé autrefois par l'autel des holo-.
caustes ; on comprend enfin que sur cet emplacement les Juifs >
(1) Schlatter (Zw' Topographie. Palaestina’s) essaie, comme l'avait fait Ryssel, de reconstruire le texte à l'aide de la lecon du 3° livre d'Esdras. Il ne remarque pas que cette leçon renferme une double version des mots dont il s'agit de déterminer le sens, Cfr. Zorobabel 1. c. — (2) Cfr. 2R. XVII 28 ss.
ee 146
revenus de l'exil se soient empressés d'élever provisoirement l'autel nouveau dont parle le 3° chapitre d'Esdras et auquel doit se rapporter le passage d'Aggée IT 14.
Aux yeux de M. Kosters, le récit d'Esdras TT 1-7 ne peut avoir aucune valeur, parce que « les rapatriés agissent ici selon les prescriptions d'un code (P) qui ne fut introduit qu'au temps d'Ezra et de Néhémie (VIIT) » (1). — Nous croyons au contraire que ce code et ses prescriptions existaient depuis longtemps (2).
Aux vv. 1-6 le récit du IIT° chap. d'Esdras s'arrête assez longuement à décrire la restauration du culte qui eut lieu au 7° mois, autour de l’autel nouvellement érigé. Le septième mois était une époque de grandes solennités religieuses ; il ne saurait vraiment nous surprendre de voir les colons choisir ce temps de l'année pour tenir leur première assemblée générale à Jéru- Salem et procéder, à cette occasion, au rétablissement des sacrifices. Dans l’exposé que le 3° chapitre d’Esdras nous fait de ces événements, le passage relatif à la reprise des sacrifices et des solennités du culte, v. 3 s., est empreint d’un sentiment de complaisance intime qui semble retenir l’auteur à son sujet et n’a rien de commun avec les préoccupations d'un arrangement systématique et fictif. À deux reprises le texte revient aux sacrifices du matin et du soir ; « ils y offrirent, lisons-nous au v. 3, des sacrifices à Jéhova, les sacrifices du matin et du Soir ». Puis, après avoir mentionné la célébration de la fête des Tabernacles, avec ses sacrifices quotidiens, le récit poursuit v. 5 : « et ensuite, le sacrifice perpétuel, et les néomémies et toutes les fêtes sacrées et les sacrifices spontanés en l'honneur de Jéhova. » Le v. 6 nous ramène, par manière de récapitulation sommaire, au point de départ :.« à partir du premier jour du septième mois, ils commencèrent à offrir des sacrifices à Jéhova. »
(2) Voir notre étude sur Le lieu du culte dans la législation rituelle des Hébreux, Gand et Leipzig, 1894.
SN
Est-il permis de supprimer dans ce passage le v. 4, où il est question de la fête des Tabernacles, sous prétexte que ce verset introduit dans le récit une « inextricable confusion > (1) ? On nous fait remarquer que dans notre texte le v. 5 se trouve en contradiction avec le v. 6; lorsque le v. 5 nous raconte que « dans la suile » on célébra sur l'autel provisoire les sacrifices du matin et du soir, le contexte actuel nous oblige, dit Kosters, à entendre ces paroles en ce sens qu'après la fête des Tabernacles, on rétablit la pratique du sacrifice perpétuel. Or le v. 6 assure que les sacrifices furent offerts à partir du premier jour du 7° mois. — M. Kosters tient à supprimer le v. 4, parce qu'il attache beaucoup de prix à cette circonstance, que les faits racontés aux vv. 2-6 du ch. IIT d’£sdras, n'aient d'eux-mêmes rien qui doive les faire rapporter au 7° mois ; ceci lui semble devoir peser d'un certain poids dans la question du rapport à établir entre les passages parallèles qui font suite au dénombrement de la communauté juive Néh. VII 70-73, VIIT 1 et Esdras II 68-70, III 1. La priorité appartient, suivant M. Kosters, au texte de Néhémie ; et, comme nous venons de le dire, une des raisons qu'il allègue à l'appui de sa manière de voir, c'est que, hormis le v. 4, le récit d'Esdras III 2-6 « ne se rapporte pas nécessairement » à la date indiquée dans l'introduction commune aux deux descriptions, à savoir au septième mois (Wéh. VII 73? Esdr. IIL 1); ce qui est au contraire le cas pour l'assemblée décrite au chap. NES
. 1ss. de Néhémie.
Que faisons observer à ce propos que le raisonnement par lequel M. Kosters se flatte d'arriver à l'élimination du v. 4 suppose la présence dans le texte du v. 6; or ce verset dit expressément que les sacrifices furent offerts à partir du premier jour du septième mois ; c'est donc bien à ce mois que les faits racontés Æsdras III 2-6 se rapportent. Au reste, nous
venons de le rappeler, la nature même des événements dont
s'occupe notre récit nous engage à en maintenir la date au
(1) Kosters p. 35.
7° mois de l’année ; la restauration du culte public ne pouvait mieux se célébrer qu'à l’occasion d'une assemblée générale du peuple à Jérusalem, et le 7° mois était tout indiqué pour une solennité de ce genre. Puis, si l’on supprime le v. 4, on se trouve devant un texte vraiment étrange : v. 3 : « Ils établirent l'autel sur ses bases ….….. et y offrirent des sacrifices à Jéhova, les sacrifices du matin et du soir ; — v. 5 : et ensuite le sacrifice perpétuel... » Mais c'est du sacrifice perpétuel qu’il vient d'être question au v. 3! — Notons enfin que la contradiction signalée entre le v. 5 et le v. 6, dans le texte actuel, n'existe pas : un examen un peu attentif nous le fera voir aussitôt. Le v. 5 suppose manifestement le v. 4 et fait corps avec lui. Après avoir rappelé la célébration de Za fête des Tabernacles au 7° mois, l'auteur se laisse aller à parler, par la même occasion, des fêtes subséquentes, qui furent elles aussi célébrées autour du nouvel autel : or les fêtes du culte sont quotidiennes, mensuelles et annuelles ; c'est pourquoi au v. 5 le narrateur ‘s'exprime ainsi, en Comprenant dans une même formule les différentes catégories de fêtes liturgiques : &« e{ par après (c.-à-d. après la fête des Tabernacles) on célébra de même le sacrifice perpétuel, les néoménies et toutes les solennités sacrées, ainsi que les sacrifices volontaires ». Après cette notice très générale, le texte, au v. 6, revient aux circonstances dans lesquelles eut lieu le début de la restauration du culte et constate que les sacrifices avaient commencé à s'offrir depuis le premier jour du 7° mois. Dans tout cela il n’y a pas apparence de contradiction.
Ilreste donc bien établi que l'indication de la date du 7° mois, au v. 1, est en parfaite harmonie avec le récit qui y fait suite, qu'elle en forme l'introduction naturelle et nécessaire.
A quelque point de vue que l’on considère les chap. IT, IV 1-5 d'Æsdras, il est impossible d'y reconnaître les traits d’une simple légende ou d’un récit fantaisiste. Autant par sa physionomie propre que par l'accord dans lequel il se trouve avec les témoignages des documents dont l'authenticité est reçue, il présente les caractères d’une relation historique.
Le lecteur pourrait s'attendre à nous voir traiter ici, plus en détail, le problème de la comparaison entre les passages parallèles qui servent d'introduction aux deux assemblées tenues au 7° mois de l’année, d’abord sous Zorobabel, d’après Esdras III; ensuite sous Néhémie, d’après Néh. VIIT. Les deux fois la description de cette assemblée arrive après l’énumération des familles revenues de l'exil et le rapport sur les dons offerts en faveur du culte ; aux deux endroits les textes nous offrent, en termes presque identiques, la description des circonstances de la convocation. Il n’est pas douteux qu'au point de vue littéraire, l’un des deux passages dépend de l’autre. Un. grand nombre d'auteurs sont d'avis que le texte de Néhémie a influencé ou même engendré notre texte d'Esdras. Plusieurs croient pouvoir en conclure au caractère purement fictif du récit d'Esdras III 1 ss. Certains exégètes soutiennent d’ailleurs que les vv. 70-73 du ch. VII de Néhémie, où 1l est question des offrandes faites pour le culte et du rétablissement d'Israël dans ses villes, se rapportent au temps de Néhémie et que le rédacteur des premiers chapitres d’£sdras les a, par méprise, applhqués à l'époque de Zorobabel en les transportant, ensemble avec la liste des familles juives, au milieu de l'exposé des événements qui marquèrent le début de la restauration,
Pour ce qui regarde ce dernier point nous avons déjà eu l'occasion plus haut de montrer la faiblesse des arguments sur lesquels on a essayé d'appuyer l’avis que la notice de Nék. VIT 70-73 (coll. Æsdr. IT 68-70) vise des faits arrivés à l’époque de Néhémie (1). C’est l’époque de Zorobabel qui y est en vue, ce qui ne prouve nullement, nous en convenons volontiers, qu'à considérer l'état actuel des textes, il ne faille reconnaître aucune influence exercée par le texte de Néhémie sur celui d'Esdras (2). ;
La mention des 23257 parmi les A offerts pour l'œuvre
(1) Voir plus haut, p. 35, s., 37 s.. — (2) Zorobabel et le second HE p. 118.
{ LS 4 NU TN Ne ds NCA YE LE CANE TP ETES
du temple (Æsdr. IT 69, Néh. VIT 70 ss.), ne saurait servir à prouver que la notice où elle figure se rapporte à une époque postérieure à Zorobabel. Généralement on voit dans ces « darkemônim » des dariques. Nous n'avons aucune raison positive de contester cette manière de voir (1). Or les dariques, dit-on, tiennent leur nom de Darius I ; et l'origine du nom nous oblige naturellement à faire remonter au même roi la création de cette monnaie. Ceci paraît déjà moins certain. IL n’est pas impossible, comme certains auteurs le soutiennent, que le nom de la monnaie se rapportât en réalité à l'emblème qui s'y trouvait représenté (2). Toutefois nous n'avons pas à prendre parti dans cette question. Ce que nous considérons comme plus important pour le point dont il s’agit ici, c'est que, dans tous les cas, la monnaie d’or était connue en Asie bien avant
Darius I. Il est probable que dès la conquête de l'Asie Mineure par Cyrus, l'usage dut commencer à s'en répandre en particulier
parmi les Perses. Rappelons-nous que Babylone avait été l’alliée de Crésus contre le redoutable adversaire qui devait bientôt réunir les états de l'Asie sous son sceptre ; et on sait la générosité fabuleuse que le roi de Lydie et du Pactole déployaït à cimenter ses alliances. Il est probable que les Juifs ne furent pas les derniers à profiter des trésors mis en circula-
tion et prodigués par Crésus, ni des dépouilles que la chute de son empire vint mettre à la disposition des vainqueurs. En 538
un grand nombre de fils d'Israël pouvaient être en possession
d'une quantité considérable de métal précieux monnayé. Quant au nom de dariques dont se serait servi notre récit Esdras II 69, Néh. VII 70 ss., on concevrait parfaitement qu'il eût été employé par l’auteur uniquement sous l'influence de l'usage rèonant à l'époque où il écrivait. — Il faut surtout considérer que plus tard Néhémie a pu rendre par ce terme la dénomi-
nation quelconque qu'il trouva employée dans sa source
(1) Le fait que les offrandes en argent ne sont pas évaluées en monnaie perse, comme le seraient les offrandes en or, ne prouve rien contre le sdariques. Cfr. Esdr. VIIL 26, 27. La différence entre les adarkonim ici et [I Caron. XXIX 7, et les darkemonim d'Esdras II 69 mériterait au contraire, nous semble-t-il, d’être prise en considération. — (2) Bertheau-Ryssel, Ryle, in 1.
PA Bai Fe. T LD NT y pit ra 2, 4 te Vers CC LE NE CAPAN ANER (PLAN EE es se ANT TE eh W"2 PATES & sig PET Wa a er #, CHOÉ LT Pr D ET LE ! ; MG ÿ d'apre d AT ta MARIE re w Mines 4 SPA LE à X
araméenne, et que de Néhémie le terme ne pouvait que très naturellement passer dans notre texte d'Esdras (1).
Rappelons encore que la théorie qui amène en particulier M. Kosters à porter sur Né. VIT 70 ss. le jugement dont nous parlons, à été démontrée entièrement inexacte. M. Kosters voulait établir que la liste des familles juives, Æsdras IT, Néh. VII, n'avait pas été à l'origine un tableau des captis rapatriés sous la conduite de Zorobabel, mais un état des membres de la communauté rétablie par les soins de Néhéme et d'Esdras. Il devait donc s'attacher à prouver que la liste ne se trouve pas à sa place primitive au 2° chapitre d'Esdras ; c’est uniquement dans cette fin qu'il entreprend de montrer que les notices relatives aux dons offerts pour le culte se rapportent à l’époque de Néhémie. Toute cette construction s'écroule par le fait que la liste des familles Zsdras IT Néh. VII, n'a jamais été un état de la communauté rétablie par Néhémie et Esdras ; que dès l'origine elle à été ce qu’elle est restée dans nos textes, à savoir un dénombrement des Juifs qui suivirent Zorobabel lors du premier retour de Babylone. La liste aussi bien que la notice relative aux offrandes du peuple et de ses chefs se trouvent donc parfaitement à leur place primitive au 2° chapitre d'Esdras. Le ch. III à son tour y fait suite de la manière la plus naturelle.
Pour le reste, 1l nous est impossible, en cet endroit, d'entrer dans l'examen du rapport existant entre les textes parallèles aux endroits indiqués des livres d’Esdras et de Néhémie. Nous.
. devrions anticiper, pour approfondir la question, sur des con-
clusions qui restent à établir dans la troisième section de notre étude.
(1) Cfr. Zorobabel et le second temple, p. 104-114, et en particulier p. 108-110.
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