‹ Nouvelles études sur la restauration juive après l'exil de BabyloneChapitre 41 sur 65 · TT · texte numérisé non relu

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Néhémie et Esdras.

Pour mieux nous éclairer touchant la marche à suivre dans l'étude des problèmes compliqués dont nous avons ici à rechercher la solution, il importe de nous rappeler aussi distinctement que possible les principaux traits de la théorie de M. Kosters sur l’œuvre et l’époque de Néhémie et d'Esdras. Non pas que nous pourrons nous borner dans l'étude qui va suivre, à apprécier les idées du critique néerlandais ; mais pour rester fidèle au plan que nous nous sommes tracé et que nous avons suivi dans les deux sections précédentes, il nous faudra adapter, . quant aux grandes lignes, la disposition des questions à traiter aux conclusions du système dont nous avons entrepris la dis- CUSSION.

Les faits dont nous aurons à nous occuper sont racontés au livre de Néhémie et aux chapitres VII-X d’Esdras.

Un point capital et sur lequel nous nous sommes permis d'attirer l'attention dès le début de cette étude, c’est que M. Kosters se rallie à notre thèse, que la mission d’Esdras, décrite aux chap. VII-X du livre qui porte son nom, tombe après la mission de Néhémie, décrite aux chap. I ss. des Mémoires de ce dernier. Néhémie rapporte qu'il obtint, en l’an 20 d’Artaxerxès, l'autorisation de se rendre en Judée pour y rebâtir la ville des tombeaux de ses pères. M. Kosters convient que c'est d’Artaxerxès I qu'il est ici question. La mission de Néhémie doit donc être placée vers l'an 445.— Nous apprenons d'autre part au ch. VII vv. 7, 8 du livre d'£sdras, que celui-ci fut envoyé à Jérusalem en l'an 7 d’un roi également nommé Artaxerxès. Une fois admis que la mission d'Esdras succède à celle de Néhémie, ces dates ne pouvaient être main-

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tenues qu'à la condition de ramener l'expédition d'Esdras à l'an 7 d'Artaxerxès II (398). Les études que nous avions faites sur cette période de l’histoire juive nous avaient amené à la conclusion que la mission de Néhémie devait, en effet, rester fixée en l'an 20 d’'Artaxerxès I (445), celle d’Esdras en l'an 7 d'Artaxerxès II (398). ,

M. Kosters, tout en reconnaissant qu'Esdras fut envoyé en. Judée après Néhémie, refuse de souscrire à ce résultat. Il rejette la donnée du livre d’Esdras, assignant comme date à l'expédition du Sopher, la septième année d’Artaxerxès. Il soutient qu'Esdras à amené sa caravane d'émigrants après l'an 20 d’Artaxerxès [, sans doute, mais encore sous le règne du même roi, alors qué Néhémie lui-même était revenu pour. la seconde fois à la ville sainte. C’est après la seconde arrivée. de Néhémie et après l’arrivée de la caravane d’Esdras, que les deux personnages auraient travaillé de concert à l'organi-

sation de la communauté juive.

Néhémie fit deux fois le voyage de Suse en Judée. rire la première fois vers 445 il y resta jusqu'en la 32° année du règne d'Artaxerxès (433). À cette époque 1l retourna en Orient ; mais plus tard il reçut de nouveau la permission de se rendre à Jérusalem (XIIT 6, coll. V 14, IT 6). — Voici, d’après l'ordre où ils sont exposés dans le livre, les faits qu'il relate : Ur

1° Lors de son premier voyage, Néhémie avait surtout pour. mission la restauration de la ville sainte. Les chap. EVI retracent les actes de Néhémie pendant l'époque de la recon- He des murs de la ville.

* Au chap. VII v. 5° commence une nouvelle section. AE nous avoir communiqué la liste des compagnons de. Zorobabel (VII 5 ss.), le texte nous fait assister à la lecture de la Loi qui eut lieu à l’occasion d’une assemblée générale du peuple (VIIT. Aux ch. IX et X nous lisons de quelle. manière l'organisation de la communauté juive fut préparée Eur accomplie. ne

3° Le chap. XI v. 1-2 renferme une notice concernant le ! peuplement de la ville sainte rebâtie (cfr. Néh. VII 4 s.)..

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4 Les vv. 3-36 du même chapitre donnent une liste de familles établies à Jérusalem et dans les villes environnantes ; — (au ch. XIT v. 1-26 nous trouvons de nouvelles listes de familles sacerdotales et lévitiques) — puis

0° aux vv. 27-43, se lit la description de la dédicace des murs. À

6° Les vv. 44-47 du même chapitre XIT rappellent quelques mesures qui furent prises en vue d'assurer la bonne administration du trésor du temple et l'entretien des ministres sacrés.

7 Les vv. 1-3 du ch. XIII rapportent que les étrangers furent éliminés de la communauté d'Israël, en vertu de la loi d'excommunication autrefois portée contre les Ammonites et les Moabites.

8 Enfin au ch. XIIT v. 4-31 Néhémie nous raconte les réformes qu'il eut à accomplir à Jérusalem lors de son second voyage.

C’est au milieu de ces données de l'histoire de Néhémie que doivent être logés, d'après M. Kosters, les ch. VII-X d'Esdras qui racontent l'expédition du zélé Sopher à Jérusalem et la réforme des mariages mixtes à laquelle il consacra ses premiers efforts. Le savant critique hollandais a dû procéder, pour mener l'opération à bonne fin, à un bouleversement complet des éléments dont se compose le livre de Néhémie, ainsi quà de continuels remaniements de textes. Ce qui en résulte en fin de compte, c'est que toute l’histoire de Néhémie et d'Esdras aboutit à la lecture de la Loi, racontée au ch. VIII de MNéhémie, un dénouement dont la théorie grafienne sur l'origine du code sacerdotal n'a qu'à faire son profit.

Voici done comment il faut se représenter la succession des événements d'après le professeur de Leyde. Lors de son arrivée en Judée, vers 445, Néhémie ne put y trouver établis que les descendants de la population que les Chaldéens y avaient laissée autrefois ; jusque là il n'était jamais revenu de captifs

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de Babylone. Pendant son premier séjour à Jérusalem, le

grand patriote juif s’appliqua d'abord à la restauration des murs et des portes de la ville (I-VI) ; puis il prit des mesures en vue de peupler la nouvelle enceinte dans laquelle les maisons n'étaient pas encore bien nombreuses (VIT 4-5). — Toute la section VII 5°-X du livre doit être rapportée à une époque plus récente ; c'est à tort que le Rédacteur l'a rattachée aux

récits concernant le premier séjour de Néhémie à Jérusalem. Pour en retrouver la teneur primitive il faut d'ailleurs la

remanier complètement, la dégager des additions et des modifications rédactionnelles, réformer la disposition de ses parties. Ainsi ramenée à sa forme et à sa signification primitives, elle trouvera sa place à une autre date, pendant la période du second séjour de Néhémie à Jérusalem.

Le tableau de la population de Jérusalem et de la J udée, telle qu’elle était avant Néhémie, se trouve au chap. XI v: 3- 36, mais dans un état de corruption lamentable. Le résultat des dispositions prises par Néhémie est indiqué XI 1-2.

Après avoir rebâti et peuplé la ville sainte, le gouverneur juif célébra la dédicace solennelle des murs XIT 27-48. Esdras n'est pas encore sur la scène ; la mention du personnage, dans le premier des deux cortèges organisés pour la fête de linauguration (v. 36), est due à une interpolation.

Néhémie s’occupa ensuite de plusieurs innovations toc au service du temple et à l'entretien des prêtres et des lévites (XII 44-47). Lors de l’arrivée de Néhémie, comme encore à l'époque de la dédicace des murs, les lévites étaient pour la

plupart établis dans la campagne, au dehors de la ville sainte.

De Néh. XIIT 10 nous pouvons conclure qu'il n’en était plus ainsi lorsque notre personnage fut retourné à Suse ; il doit

donc, pendant son premier séjour, avoir pris soin aussi de.

procurer aux lévites des installations dans l'enceinte de la ville. Après tous ces labeurs accomplis pour le bien de Juda, il restait à entreprendre une œuvre de la plus haute importance.

Le « véritable Israël » était toujours dans l'exil ; il fallait le. à ramener dans la mère-patrie. Ce fut peut-être en vue de provo-.

quer ce retour que Néhémie se rendit à la cour en la 32° année du règne d'Artaxerxès.

Durant sa première mission 1l n'avait pris à cœur que les intérêts nationaux et sociaux du peuple juif. Il semble que, retourné en Perse, 1l ait dû y faire la connaissance du Sopher Esdras. L'influence de ce dernier se fera sentir dès le début dans la seconde partie de l’œuvre de Néhémie.

Celui-ci, après quelque temps, fut, en effet, chargé d’une nouvelle mission en Judée. À peine revenu à Jérusalem, il s’attaque avec véhémence à divers abus, notamment à la violation du sabbat et surtout aux mariages mixtes, qu'il n’avait point combattus auparavant. [l ne se contente plus, comme la première fois, de résister aux emplétements des étrangers ; 1l s’en prend à ses compatriotes eux-mêmes qui ne se prêtent pas assez docilement à la réforme religieuse (XIIT 4-31).

Ce n’était que le prélude de ce qui devait bientôt arriver. Voici qu Esdras retourne de la Babylonie, à la tête d’un convoi d'environ quinze cents émigrants (1). La vue des abus qui règnent à Jérusalem, la nouvelle que les Juifs s'y sont laissés aller à des unions avec les peuples étrangers, produisent sur Esdras un effet stupéfiant. Aussi il ne lui suffit pas de réprimander et de punir les coupables ; il entreprend aussitôt une réforine radicale ; ce quil veut, c'est de chasser les femmes d'origine étrangère avec leurs enfants. Malheureusement cette tentative violente échoua (Æsdr. VIT-X).

Ce n’était que partie remise. Ce qu'on n'avait pu obtenir par la violence, on le réalisera d'une manière plus sûre par une autre voie. C’est ici que les pièces conservées dans la section VII 5! -X du livre de Néhémie, sont mises à contribution.

La communauté du « véritable Israël > composée principalement du noyau revenu naguère de l'exil, s'organise, attirant et sroupant dans son sein tous les éléments du judaïsme palestinien disposés à se séparer des païens. Cela est raconté aux

(1) Wellhausen n'expose pas exactement la théorie de Kosters, lorsqu'il lui attribue l'avis qu'Esdras serait arrivé à Jérusalem pendant l'intervalle entre les deux missions de Néhémie (Jsrael, und Jüdische Geschichte, 2, 1895 p. 169).

chapitres IX-X de Néhémie. Il est vrai que les premiers versets (1-5) du chapitre IX ne cadrent point avec les circonstances dans lesquelles on suppose que les faits décrits sont arrivés ; mais il est clair que ces versets sont du Chroniste. Il est vrai encore que la confession (IX 6-37) qui précède l'exposé des décisions prises par l'assemblée, ne fait aucune mention de l’objet que l’on suppose avoir été à l’ordre du jour ; mais ilest clair qu'après IX 37 le texte est mutilé, qu'il en a disparu une : partie. La communauté d'Israël fut donc désormais constituée ; tous ceux qui y entrèrent jurèrent fidélité à la Loi, et s'engaœèrent solennellement à ne jamais se souiller, eux-mêmes n1 leurs enfants, par des mariages avec l'étranger. Les Juifs impurs qui avaient refusé, à l'appel d’Esdras, de renvoyer les femmes étrangères, se trouvèrent exclus de la communauté puritaine (Néh. X, XIII 1-3).

Le tableau des membres de cette communauté fut dressé : mais il fut transformé plus tard en une liste d’exilés soi-disant revenus de la captivité sous la conduite de Zorobabel. C'est. sous cette forme que nous le retrouvons (Esdras IT) Méhémie VIT.

Quelque temps après ces événements, il y eut, à l’occasion. des fêtes du septième mois, et sous la direction d’Esdras et de Néhémie, une grande assemblée du peuple à Jérusalem. Esdras y lut, pour la première fois, son code sacerdotal (Néh. VII).

Dans ce système toutes les parties se tiennent. Il suffirait, pour le renverser, de lui retirer un de ses points d'appui, ce qui a été déjà fait d’ailleurs dans les deux premières parties de notre étude. Nous croyons cependant qu'à plus d’un point de | vue il ne sera pas inutile de le soumettre à un examen plus détaillé. Outre que nous pourrons ainsi reconnaître plus sûrement l'extrême fragilité, le caractère purement fantaisiste de la construction dont nous venons d'indiquer les grandes lignes ; nous aurons aussi l'avantage de rencontrer certaines questions nouvelles qui méritent de fixer notre attention, et d'établir plus solidement certaines conclusions. |

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