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S 1. La situation de la Judée au moment de l'arrivée de Néhémie.
Nous n'avons pas l'intention de revenir ici sur la question de savoir si l’état de choses que Néhémie trouva à Jérusalem lors de sa première mission en Judée, en 445, permet de supposer qu'une douzaine d’années auparavant. se serait passée l'histoire renfermée aux chapitres VII-X du livre d’'Esdras. Nous ayons suffisanment exposé ailleurs notre manière de
voir à ce sujet (1). Notre conclusion a été qu'il nous est impos-
sible de concevoir la situation décrite par Néhémie aux ch. I-
VII 5° de son livre, comme faisant suite aux événements racontés ÆZsdras VII-X, M. Kosters d’ailleurs se rallie en cela
à notre avis (2), bien qu'il refuse de reconnaître que la réforme entreprise par Esdras contre les mariages mixtes fut couronnée de succès. Au reste, de l'analyse renouvelée à laquelle nous
aurons à soumettre les textes de la première partie des Mémoi-
res de Néhémie, se dégagera d'elle-même d'une manière assez A SX 9 CA , PU » ’ claire la nécessité de ramener l'expédition et la réforme d’Es-
dras à une époque plus récente.
Voici les points sur lesquels portera l'examen auquel le
présent paragraphe est consacré :
1° Origine de la population juive que Néhémie trouva établie dans la mère-patrie.
2° Etat de Jérusalem lors de la première mission de Néhémie
et antécédents historiques auxquels se rattache la condition
matérielle où se trouvait à cette époque la capitale juive.
3° Situation du peuple juif en Judée au moment de l'arrivée de Néhémie.
. À en croire M. Kosters il n'y aurait eu en Judée, avant l'époque de Néhémie, aucun établissement quelconque de Juifs
(1) Néhémie et Esdras, surtout pp. 14-32, 38-57. (2) Herstel van Israël, p. 54 ss.
revenus de l'exil. Nous avons démontré dans la première partie de notre étude que c’est là une assertion insoutenable. Le retour de Zorobabel est un fait historique parfaitement garanti. |
Que les Juifs établis en Judée sont appelés Néh. I 2, 3, « les échappés qui sont restés de la captivité », « les restants qui sont restés de la captivité », cela ne prouve en aucune manière qu'il ne faille point y voir des rapatriés. Esdras, dans la prière reproduite au ch. IX de son livre, appelle lui aussi le peuple qui l'entoure « les restants et échappés » (v. 14) ; pourtant ce peuple comprend les colons qu'il vient de ramener lui-même ; « nous sommes, dit-il encore, un reste échappé » (v. 15).. Comme nous l'avons fait remarquer plus haut, en parlant des données des prophètes Aggée et Zacharie sur le premier retour , des captifs, des dénominations telles que « le reste du peuple », «“ Ceux qui sont restés » etc., s'appliquent aussi bien aux Juifs dispersés, et à ceux qui plus tard revinrent de l'exil, qu'à ceux que Nebukadnesar avait laissés dans le pays. A l'endroit indiqué du livre de Néhémie ces dénominations ont la même portée que partout ailleurs ; « les échappés >, « les restants », ce sont ceux qui restent de l’ancien Israël ; et comme l’ancien Israël avait été détruit par la déportation, ils pouvaient aussi bien s'appeler « ceux qui avaient survécu à la captivité », “ ceux qui étaient restés, qui formaient le reste, de l’Israël captif ». S'il fallait ‘attribuer une signification spéciale aux expressions de Néhémie, elle serait toute en faveur de la thèse que nous avons établie contre M. Kosters. Le *2È vis-à-vis duquel les Juifs établis en Palestine forment « un reste d’échappés », ce n’est point l'enlèvement, ce ne sont point les victimes que le conquérant est en train d’arracher au sol de la patrie ; mais /a captivité elle-même ou le peuple captif. C’est . donc du sein de la captivité, du milieu du peuple captif (257772), qu'ils sont sortis pour former le « reste » d'Israël.
Peut-on franchement s'étonner que Néhémie, dans la prière où il laisse éclater toute la douleur dont l’accablent les tristes nouvelles venues de la Judée, ne parle point du retour de
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Zorobabel ? Néhémie n’avait pas ici l'intention de faire l’histoire de la Restauration du peuple juif et personne n'a jamais songé à lui en faire un reproche. Les événements dont on voudrait qu'il eut dit un mot parmi les plaintes qu'il fait entendre, étaient passés depuis quatre-vingt-dix ans ; c’étaient les fils et les petit-fils des compagnons de Zorobabel qui aujourd’hui peuplaient la Judée ; à cette situation tout le monde était depuis longtemps parfaitement habitué. Sans doute Néhémie rappelle les promesses que Jéhova a placées à côté de ses menaces ; 1l exprime l'espérance qu'il réalisera les premières comme il a exécuté les autres ; pourquoi Néhémie parle-t-1l ainsi ? parce qu'il est sous le coup du malheur qui vient de frapper son peuple et dont il brûle d'obtenir la réparation. Il n'y avait pas lieu ici de faire intervenir l’histoire de Zorobabel. Va-t-on
conclure du silence de Néhémie [ 8-9, qu'en ce moment le temple n'était pas rebâti? On n’a pas plus de droit d'attendre
en ce passage la mention du retour des captifs sous Cyrus,
que celle de la restauration de la maison de Dieu. Ce dernier fait avait plus d’analogie que l’autre avec l’œuvre à laquelle
Néhémie allait consacrer ses efforts.
IL n’est pas exact que Néhémie ne parle en aucun endroit du retour de Zorobabel. Au ch. VIT v. 5 il rapporte qu'il trouva « le régistre de ceux qui étaient partis au commencement » (de Babylone pour la Judée). Nous verrons plus loin Si cette notice, conçue à la première personne, vient d’un rédacteur plus récent.
Outre cette attestation formelle, il ne manque pas dans les Mémoires de notre héros, d’autres indices tendant à établir qu'avant lui ses compatriotes captifs avaient repris le chemin
de la Judée. A son arrivée à Jérusalem, le nouveau Peha
trouve dans les villes environnantes une nombreuse communauté de Juifs (III) ; tous les éléments de la nation y sont représentés, si bien que l'on peut élever contre Néhémie et ceux qui l'entourent le soupçon qu’ils songent à se révolter contre le suzerain et à rétablir la royauté (VI 6). La communauté comprend diverses classes de membres de haut rang ;
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Néhémie parle plus d’une fois des nobles et des princes qu'il distingue de la foule (277, 97330, 99 II 16, III 5, 1V 8, 13, VI 17). Qui croira que cette population représente les descendants du groupe de laboureurs et de vignerons pauvres que les Babyloniens avait laissé dans le pays en 586et qui d’ailleurs avait été dispersé après le meurtre de Gedalja. Dès le début de son récit, Néhémie nous fait assister à une scène qui mérite, même au point de vue de la question présente, de fixer un instant notre attention. Elle montre bien les rapports qu'entretenaient les Juifs d'Orient avec ceux établis dans la mère-patrie et nous fournit à ce titre, un nouvel élément d'appréciation pour le système de M. Kosters. « Au mois de Kislev de l’an 20 (d’Artaxerxès) je me trouvais à Suse, la capitale. Et voilà que Hanani, un de mes frères (cfr. VII 2) arriva, lui et quelques hommes, de Juda. Et je les interrogeai au sujet des Juifs, les sauvés qui formaient le reste du peuple captif, et au sujet de Jérusalem. Ils me répondirent : les restants qui forment le reste du peuple captif là-bas dans la province, sont dans un état de grande affliction et d’opprobre ; le mur de Jérusalem est rompu et ses portes ont été consumées par le feu. Lorsque j’entendis ces paroles, je m'assis, je pleurai, je restai plongé dans le deuil pendant plusieurs jours, je jeûnai et priai devant le Dieu du ciel, » etc. — Remarquons que Hanani, tout au moins proche parent de Néhémie, devait être né en Orient et s'être rendu d'ici en Judée, d'où nous le voyons revenir à Suse en l'an 20 d’Artaxerxès. Le peuple qui demeurait sur les bords du Jourdain était donc, comme nous l’apprenons au commencement du livre de Néhémie, un centre d'attraction, un objet de la plus vive sollicitude et de la plus profonde sympathie, pour les frères d'Orient, Ce n’était que justice. Ce peuple était nombreux, il renfermait dans son sein une foule d'hommes appartenant aux ordres les plus élevés de la nation ; il avait accompli, autrefois, de grandes œuvres et pour en. entreprendre où en exécuter de nouvelles, il ne lui manquait | qu'une direction autorisée, capable de tenir en échec l'influence | des étrangers et de déjouer leurs intrigues. C’est ce peuple qui
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avait rebâti le temple et restauré le culte, comme c’est avec son concours que Néhémie achèvera le relèvement des murs de la ville sainte. Malgré l’état de confusion et d’opprobre où les circonstances l'avaient réduit, il avait donc tous les titres à être considéré comme faisant partie du « véritable Israël ». De fait, les Juifs qui vivent dispersés en Babylonie et dans la Perse reconnaissent ces titres ; ils sont loin de croire que c’est exclusivement parmi eux que se trouve le fameux « noyau » dont M. Kosters parle si volontiers. Que faut-il conclure de là ? Il faut en conclure que si dès l’époque de Néhémie et d’Esdras la communauté juive portait le nom de Gola, ce titre ne peut point lui être venu du groupe de captifs ramené à Jérusalem par Esdras ! Jamais le nom de Gola n'eût été donné à la communauté dont le peuple déjà fixé dans le pays formait presque la totalité, si ce peuple lui-même ne s'était composé de familles revenues autrefois de l'exil.
Il est inutile de nous attarder plus longtemps à une question dont la solution a été mise hors de doute dans la première section de notre étude. Les premières lignes des Mémoires de Néhémie que nous venons de rappeler, nous amènent à un sujet plus digne de notre intérêt, celui de la détermination des conditions dans lesquelles Néhémie trouva Jérusalem lors de son premier voyage.
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Le lecteur se rappelle qu’au ch. IV d’£sdras se trouve conservé un document, s'étendant du v. 6 au v. 23, qui se rapporte à la reconstruction des murs de Jérusalem et n’a, au point de - vue de la chronologie, aucune attache avec les récits concer- nant la restauration du temple, au milieu desquels il a été inséré. C’est un document précieux à plus d’un titre.
Graetz en avait contesté autrefois le caractère historique ; il ne comprenait pas, disait-il, que les murs eussent pu être détruits peu de temps avant la première mission de Néhémie
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