‹ Nouvelles études sur la restauration juive après l'exil de BabyloneChapitre 43 sur 65 · PRE PAS OUEST PES LS M LE PAT RS MN · texte numérisé non relu

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Tres

(Néh. I 1 ss.), si Artaxerxès avait défendu de les rebâtir (1). Kuenen défendit la relation du ch. IV contre les observations de Graetz, mais par des arguments qui reposaient sur une conception impossible de l’histoire. Dans notre étude sur Néhémie et Esdras (2), nous tâchâmes de montrer dans leur vrai jour les événements qui y sont racontés, et Kuenen se rallia à nos. explications (3) ; il convint avec nous que l'histoire de Néhémie fait immédiatement suite à celle du document d'Esdras IV 6-23, qu’elle la suppose et en démontre ainsi toute la valeur, Voici l'enchaînement qui relie entre eux les deux récits. La relation d'Esdras IV 6-23 nous place sous les règnes de Xerxès. et d'Artaxerxès I ; elle nous raconte les difficultés avec lesquelles les Juifs eurent à lutter, avant Néhémie, dans l’œuvre de la reconstruction des murs. Déjà sous Xerxès leurs ennemis les dénoncèrent à la cour (v. 6) ; le but et le résultat de cette accusation ne sont pas mentionnés ici ; la notice, très sommaire, relative au règne de Xerxès, semble n'avoir pour objet que de déterminer le point de départ des intrigues qui, sous le règne d'Artaxerxès, se terminèrent par un désastre. IL est question, pour le règne de ce dernier, d’une double démarche : cest du moins le sens naturel du v. 7. Il y est parlé d’abord d'un message envoyé par Bischlam, Mithredath et Tab'el ; puis d’une lettre officielle adressée au roi par Rehoum et Schimschaï, personnages investis de fonctions publiques. Dans leur lettre ils informent le roi que des Juifs, partis de « chez lui >», sont arrivés à Jérusalem, une ville mauvaise qu'ils rebâtissent. [ls font voir au roi tout le danger d'une pareille entre-: prise. Artaxerxès répond quil a reconnu la justesse de leurs plaintes et fait arrêter les travaux, déjà très avancés en ce moment. Aussitôt Rehoum et Schimschaï accourent à Jérusalem et « obligent de force les travailleurs à cesser » (v. 23). — Nous avons entendu comment Néhémie fut informé de ces événements, Son frère Hanani arrive à Suse ; Néhémie s’empresse de l’interroger et apprend que le mur de Jérusalem est

dl (1) Geschichte der Juden IL b, S. 140. — (2) p. 19 ss.. — (3) De Chronologie van het perzische tijdvak, p. 265.

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« déchiré +, que ses portes ont été consumées par le feu. Comme on pouvait s’y attendre, les ennemis des Juifs ne s'étaient donc pas contentés d'arrêter les travaux, ils avaient détruit en partie ce qui était déjà fait. Ainsi se résout d’une manière très simple et très naturelle l’objection de Graetz.

Le lien étroit qui rattache le début de l’histoire de Néhémie aux événements rapportés Æsdras IV 6-23, montre le prix extrême de ce morceau en vue d’une exacte appréciation de l'état où le Peha juif trouva Jérusalem lors de sa première mission. Il importe donc d'examiner soigneusement les motifs des soupçons que l'on a cru pouvoir renouveler contre sa valeur historique.

Dans la lettre de Rehoum la reprise des travaux au mur de la ville est attribuée à des Juifs revenus d'Orient. M. Kosters se montre à bon droit inquiet de cette importante donnée ; elle atteste qu'avant Néhémie il y avait eu des expéditions, au moins une, de Juifs de Babylone pour la Judée. Or la conception que le critique de Leyde s’est faite de l’histoire de la

restauration postexilienne ne s’accommode pas bien du rôle que viennent remplir à Jérusalem, avant Néhémie, les Juifs

babyloniens. Les rapports intimes qu'un pareil fait serait de

nature à accuser entre les Juifs de la Judée et ceux d'Orient,

tendrait naturellement à faire envisager les premiers comme appartenant à la Gola aussi bien que les seconds. Mais pour M. Kosters il ne peut être question de Gola qu'après Esdras ! À cette condition seulement l'organisation de la communauté juive décrite aux ch. IX-X de Néhémie, et la prétendue promulgation du code sacerdotal au ch. VIII, devront être ramenées à une époque à laquelle Esdras fût déjà muni d'une autorité

suffisante pour répondre au portrait que nous en tracent les

partisans de la théorie grafienne. Que fait donc M. Kosters ? 11 déclare que la notice d'Esdras IV 12, ainsi que le document entier où elle figure et que nous avons analysé un peu plus haut, sont dépourvus de toute valeur. Il nous avertit en même

temps que les Juifs dont il est question dans la lettre de

Rehoum, ne pourraient figurer dans l'histoire sans être iden-

Ode

tifiés avec la caravane ramenée par Esdras ; donc, ou bien il faut supprimer ces Juifs qui seraient venus s'occuper du mur de Jérusalem avant Néhémie, ou bien 1l faudra maintenir avant Néhémie l'expédition d'Esdras racontée aux ch. VII-X de son livre. — Vraiment ? Et pourquoi cette alternative ? — Parce qu'on ne saurait admettre, comme Kuenen l'a dit, quil soit arrivé à Jérusalem une troupe de Juifs assez considérable pour être mentionnée dans la lettre de Rehoum, sans que les documents bibliques en eussent parlé autrement ; or le seul endroit où il est question de Juifs retournés à Jérusalem après Zorobabel, c'est Esdras VII-X ; donc il faudra identifier les Juifs d’Esdras IV 12 avec les compagnons d’'Esdras.

Nous serait-il permis de dire, comme nous l'avons déjà répondu à Kuenen, que cela nous paraît assez peu sérieux ? Tout ce que nous avons, en fait de documents relatifs aux premières années d’Artaxerxès I, se réduit, dans notre hypothèse, au passage 6-28 du ch. IV d'Æsdras. Pourquoi les écrits qui se rapportent à d'autres époques devraient-ils s'être occupés de ce qui se passa de l’an 1 à l’an 20 d’Artaxerxès I ? Mais, dit-on, cette troupe dont parle Rehoum devait être très nombreuse ! Admettons cela un instant. Les captifs emmenés en exil par Sennachérib sous Ezéchias n’étaient-ils pas nombreux ? - Pourtant les récits bibliques, ceux-là même qui nous parlent de la campagne de Sennachérib, n’en disent rien. Doit-il paraître incroyable que les récits bibliques aient gardé le silence sur une expédition tombant à une époque dont ils ne s'occupent point, et qui d’ailleurs n'avait pas eu un résultat glorieux ? Il n y a pas l'ombre d'une donnée, soit au ch. IV v. 12 d'Esdras, soit aux chap. VII-X, qui nous recommande d'identifier les expéditions dont il est question en ces deux endroits. Tout ce qui nous est rapporté Esdras IV 12, c'est que des Juifs venus de Babylone ont repris l'œuvre de la reconstruction du mur. Or il n'est jamais fait la moindre allusion à une œuvre de ce genre dans l’histoire du retour d'Esdras ; au contraire, comme nous l'avons fait observer dans notre première dissertation sur ce sujet, il y est toujours supposé que la situation matérielle

de Jérusalem est parfaitement réglée (1). — Ensuite, d’où conclut-on que les Juifs mentionnés par Rehoum doivent avoir formé une légion ? Lorsque Néhémie arrive à Jérusalem, autorisé par le roi lui-même à la rebâtir, amène-t-il à sa suite une armée de travailleurs ? On aurait pu dire de Néhémie et de ceux qui l’accompagnèrent (comme son frère Hanani VII 2), que « des Juifs étaient venus de Suse et s'occupaient de restaurer leur capitale » ; aurions-nous été en droit d'en inférer que toute une colonie de captifs était revenue ? La mention que fait Rehoum des Juifs arrivés à Jérusalem, est motivée par le fait qu'ils ont provoqué une reprise des travaux aux murs de la ville et rien ne nous autorise à proclamer qu'ils doivent avoir été très nombreux. — Dans notre Réponse à Kuenen (2), nous avons attiré l'attention sur le fait que Hanani, le frère de Néhémie, devait s'être rendu de l'Orient en Judée avant la vingtième année d’Artaxerxès ; à cette époque la restauration de la capitale juive était à l'orde du jour et le voyage de Fanani n’y aura pas été indifférent. Il y a tout lieu de croire que lui et ses compagnons, qui viennent apporter à Suse la nouvelle de l'échec, auront fait partie de l'expédition dont Rehoum parle dans sa lettre au roi (3).

Si M. Kosters n’avait eu aucun autre grief contre la parole de Rehoum que celui de la prétendue nécessité qui en résulierait de maintenir la mission d'Esdras avant l'arrivée de Néhémie, il n’aurait pas eu, croyons-nous, beaucoup de peine à se

rassurer.

A-t-on des raisons sérieuses à faire valoir contre le caractère historique des faits rapportés Esdras IV 6-23* [I y est dit que le glorieux Osnappar (As[ur-balmipal) à peuplé la Palestine d’une multitude de colons orientaux, entre autres de Babyloniens, de Susiens et d'Élamites. On trouve cette donnée « historiquement mal garantie » (4). — Cette

(1) Néhémie et Esdras, p. 29 s. — (2) p. 52 ss. | (3) 11 est si vrai que rien ne nous oblige à identifier les Juifs dont il est question Esdr. IV 12 avec les compagnons d’Esdras, que Wellhausen lui-même, tout en

maintenant le retour d’'Esdras avant la mission de Néhémie, ne croit plus à cette

identité (Jsrael. und Jüd. Geschichte 2, 1895 p. 163). — (4) Kosters p. 658.

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