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donnée se trouve positivement confirmée par les inscriptions d’Assurbanipal qui raconte dans ses Annales les campagnes répétées qu'il mena dans le pays d'Elam, en particulier dans la Susiane, et qui fait état, à cette occasion, des nombreux captifs qu'il en emmena comme butin (1). Le rôle attribué à Assurbanipal Esdras IV 10 concorde si bien avec les résultats des recherches assyriologiques, qu'il est des assyriologues, comme H. Winckler (2), qui rapportent la colonisation de la Palestine à ce seul roi ; ce qu'il serait certes, excessif d'inférer d’un passage comme celui qui nous occupe (3).
Les A pharsathéens et les Apharséens, énumérés au v. 9 parmi les peuples qu'Assurbanipal à transportés dans les villes de Samarie, y figurent, dit-on, bien à tort ; ce n’est pas là un nom ethnique, mais le nom d’une classe de fonctionnaires persans ! M. Kosters l’aflirme et est disposé à en conclure que notre morceau ne mérite aucune créance (1). — Supposons que la confusion signalée ait été réellement commise par l’auteur, ou par un rédacteur ; que s'ensuivrait-1l pour la question de savoir si le récit des vv. 6-28 est un récit historique ? Absolument rien. Mais examinons la chose de plus près. M. Kosters, pour prouver que les noms en question représentent des dignitaires persans, nous renvoie à £sdras V 6, VI 6, où les Apharshéens seraient nommés à côté de Tattenaï et de Schethar- Bozenaï, comme des officiers publics. En ces deux endroits les Apharskéens sont introduits comme les kendwäân tantôt de Schethar-Bozenaï tout seul, tantôt des deux inquisiteurs. Le mot kenâwän signifie-t-1l strictement collègues, comme le prétend M. Kosters ; ou bien peut-on l'entendre au sens plus général de consorts, comme d’autres le disent ? Il est impossible de trancher la question de cette nuance de signification par l'étymologie. Une chose certaine, c’est que l’auteur ou les auteurs, quels qu'ils soient, du récit araméen d’Zsdras IV 8 ss.
devaient connaître le sens de ce mot qui se présente aux vv. 9,
(1) Cyl. de Rassam, notamment col. V, 11. 10, 43, 62, 122, 128 ss. — VI, 81, 95, etc. — (2) Alttest, Untersuchungen p. 97 ss. — (3) Se rappeler l'observation que nous avons faite plus haut sur Asarhaddon (Esdr. IV 2), p. 142. — (4) p. 66, s.
17, 23 ; à soutenir le contraire on s'exposerait à tomber dans l'absurde. Ou bien celui qui écrivit les passages indiqués a employé le mot dans le sens de collègues, et alors il faudrait en conclure que la série de noms propres que nous lisons au v.9 a été introduite ou allongée par un interpolateur, qui aurait trouvé plaisant de montrer «que les Samaritains n'étaient qu’un ramassis de toutes sortes de peuples >» (1); le texte primitif aurait porté simplement : « Rehoum... et Schimschaï..… et tous leurs collègues... et les peuples que le grand et glorieux Osnappar transporta et établit dans les vilies de Samarie + etc., ce qui se rapprocherait assez bien du v. 17. Ou bien l'énumération renfermée au v. {9 doit être maintenue comme dérivant de la main qui à écrit le premier membre du verset ; c'est là notre avis. En ce cas, il faut conclure que le terme kendwän ne signifie pas précisément collègues, mais d’une manière plus
générale consorts, puisque l’auteur araméen, qui devait savoir
en quel sens il employait les mots, l'aurait appliqué aux populations parmi lesquelles Rehoum et Schimschaï étaient établis.
Dans leur message au Roi les deux officiers auraient associé
à leur démarche tous les éléments du peuple Samaritain qui se prétendait menacé par les agissements des Juifs. Or si le mot kendwän Signifie consorts au ch. [IV v. 9, 17, 23, rien n'empêche qu'il ait le même sens au ch. V v.3ss. Ici il est
question « de Tattenaï, de Schethar-Bozenaï et de leurs con-
sorts + (v. 3), comme au ch. IV v.23 de « Rehoum..., de Schimschaï... et de leurs consorts +. Au ch. V v. 6, et VI 6, ces consorts sont nommés les Apharskéens ; rien ne défend d'admettre que ces Apharskéens soient ici un nom de peuple, de même que nous avons trouvé des noms de peuples énumérés comme représentant les kendwän de Rehoum, au ch. IV v. 9,
Nous croyons, en effet, malgré la différence de l'orthographe, que les Apharskéens de V 6 ont beaucoup de chance d’être apparentés de très près aux Apharsatkéens de IV 9. Si en
ce dernier endroit l’énumération est plus longue, la raison
(1) Kosters , Het Herstel van Israël, p. 66.
Ts Éneh ,
peut s’en trouver d'un côté dans le fait qu'au point de vue politique l'affaire des murs de Jérusalem était autrement grave que celle du temple ; et d'autre part dans le but ouvertement hostile aux Juifs qui caractérise la démarche de Rehoum et de Schimschaï. D'ailleurs, Tattenaïet Schethar-Bozenaï peuvent s'être trouvés en rapports spéciaux avec les Apharskéens. Ajoutons que V 6, VI 6, il n’est pas dit: les Apharskéens d'au delà du fleuve, comme :l est dit de Tattenaï qu'il était £e Peha dau-delà du fleuve, mais: les Apharskéens qui (sont ou demeurent) dans {le pays) au-delà du fleuve : 753 7233 73 un détail qui plaide à sa manière pour nee que nous venons d'exposer.
Ce qui reste de ces observations sur les vv. 9-10, c'est que
l'auteur se montre bien informé touchant l'histoire du règne d’Assurbanipal.
M. Kosters poursuit (1) en faisant remarquer que les lettres reproduites au ch. IV rappellent fort celles qui furent échangées entre Tattenaï et Darius, d’après les ch. V-VI. — Nous avons relevé ailleurs des différences caractéristiques entre ces documents (2). | | ane
Artaxerxès écrit, au ch. IV 20, qu'il a reconnu qu'autrefois règnalent à Jérusalem des rois puissants qui étendaient leur pouvoir sur tout le pays d’au-delà du fleuve et qui en recevaient le tribut. De ques rois peut-il s'agir ici ? nous demande-t-on. — Mettons qu'au v. 20 il n’y ait qu'une amplification à tendance juive. Encore une fois, en vertu de quel principe de critique verra-t-on dans un phénomène de ce genre la preuve que le document où il se présente n’a aucun rapport avec la réalité historique? que les faits auxquels ce document se rattache sont inventés ? Que resterait-il de l’histoire ancienne si l'on suivait de pareils procédés dans la critique des sources ? Mais ici encore allons plus loin. Il n’est pas impossible que notre texte vise l'époque des rois David et Salomon ; personne nest obligé d'interprêter les termes du message rl en ce
(1) p. 67s. — (2) Zorobabel, p. 111.
sens que tous les arguments qu'il produit pour justifier la mesure décrétée contre Jérusalem, auraient été puisés aux archives. Le témoignage des archives n’est mis en avant, conformément à l'avis suggéré par Rehoum (v. 15), que pour attester le caractère dangereux de cette ville (v. 19) ; pour le reste on pourrait avoir exploité contre les Juifs leurs propres traditions ou prétentions. Il se pourrait encore qu'il y ait dans le passage indiqué une allusion au roi Ezéchias. Sennachérib, dans ses inscriptions, parle de Juda, sous le règne de ce prince, comme « d'un vaste royaume (1). » [l y eut un moment où Ezéchias exerça sur ses voisins une sorte de domination morale qui dut, sans aucun doute, lui attirer leurs hommages. La coalition que formèrent contre Sennachérib les peuples de l'Asie antérieure, avait à- sa tête Ezéchias ; les Ekronites allèrent jusqu'à lui livrer leur roi qui refusait d'entrer dans la
ligue ; Jérusalem était le foyer du soulèvement. Nous savons
que le roi de Ninive échoua dans son entreprise contre la
Capitale juive ; la manière même dont il parle de l'issue de sa
campagne laisse deviner qu’elle se termina pour lui par un À q Ï
désastre. Le souvenir de ces événements n’aura pu que grandir
la renommée du règne d'Ezéchias. Un fait qui mérite encore d'être rappelé à ce propos, c'est la démarche de Marduk-baliddin, le prétendant au trône de Babel, auprès d'Ezéchias, racontée 2 R. XX. Les messages et les présents envoyés par ce
prince montrent bien tout le cas que l’on faisait de l'alliance
du roi de Jérusalem et l'influence qu’on lui reconnaissait sur q
les états d’au-delà du fleuve.
Le vrai critérium pour l'appréciation de la valeur historique du récit d'Esdras IV 6-23, c'est celui du rapport dans lequel se trouvent les faits qui y sont racontés avec les événements
bien connus de cette époque, notamment avec ceux dont
(1) Rapsu nagû mât Jaudi.
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Néhémie nous ax retracé le tableau dans ses Mémoires. Rien d’ailleurs ne peut mieux nous servir qu'une étude de ce problème, pour caractériser la situation où se trouvait Jérusalem au moment de l’arrivée de Néhémie. de M. Kosters écrit que l’œuvre accomplie par ce dermer ne suppose aucun antécédent du genre de ce que nous lisons Esdras IV 6-23. Cette œuvre, dit-il, était entièrement nouvelle ; il ajoute qu'il est inutile de citer des textes pour le prouver ; que l’on n’a qu'à lire le récit Né. I-VIT 5 (1). : Lisons done ce récit. Nous l’avions déjà analysé autrefois et Kuenen, comme il a été rappelé plus haut, s'était ralhié
sans réserve aux résultats de notre examen (2). Mais puisqu'on.
nous y invite, nous ne refusons pas de recommencer l'épreuve ; peut-être l'occasion se présentera-t-elle d'ajouter de nouvelles observations à celles déjà faites autrefois et auxquelles d’ailleurs
nous aurions été en droit d'attendre, de la part de ceux qui en
contestent le fondement, un mot de réponse.
Nous avons entendu comment Néhémie, au mois de Kislev de l’an 20 d’Artaxerxès, vit arriver à Suse Hanani et ses compagnons, venus de Juda. Aux questions de Néhémie, les
courriers répondent : « Le reste du peuple captf, là-bas dans la province, est dans un état de grande affliction et d'opprobre ; .
le mur de Jérusalem est rompu et les portes ont été consumeées par le feu ! » Lorsqu'on nous demande, à propos de ce texte, pourquoi les messagers n'auraient pas commencé immédiatement, du premier mot qu'ils disaient, par parler de Jérusalem,
s’il s'était agi d'un malheur ayant frappé récemment cette ville,
nous pourrions nous contenter d'engager ceux qui posent de pareilles questions à bien y réfléchir ; ils comprendraient sans doute qu'un désastre qui frappe Jérusalem est un deuil pour le peuple Juif et peut être envisagé comme tel, de même que le
relèvement de Jérusalem était le bien de'la nation (Wék. Il
10) (3). Remarquons que Hanani rapporte que le mur est
rompu, déchiré (MST), ce qui nous fait songer à des brèches
(1) p.69 s. — (2) Né. et Esdras pp. 14 ss.
(3) Voir ce que nous aurons à ajouter un peu plus loin, p. 1735.
pratiquées plutôt qu'à un état de destruction datant d'un siècle et demi ; la suite nous apprendra d’ailleurs que de fait, Néhémie n'eut qu'à réparer et à achever. Remarquons surtout ici le changement de temps dans le rapport de Hanani : le mur est rompu el les portes ont élé consumées par le feu. Pour les portes 1l ne s'exprime pas au participe, ce n'est pas l'éfat de destruction qu'il décrit comme pour les murs ; il se sert du parfait : les portes ont été brülées ; eu égard surtout au changement de temps que nous signalons, 1l faut dire que c'est l'acte de destruction dont les portes ont été l'objet qui est signifié par cette parole. Est-il possible de comprendre le langage de Hanani comme visant des événements arrivés cent quarante ans plus tôt ? On serait venu de la Judée apprendre à Néhémie que les murs étaient toujours en ruines e/ que les portes avaient été brülées, à savoir en 586 ! Est-ce sérieux ?
Continuons notre lecture. « Lorsque j'entendis ces paroles, dit Néhémie, je m'assis, je pleurai et je restai plongé dans le deuil pendant plusieurs Jours ; je me mis à jeûner et à prier devant le Dieu du ciel. » Puis 1l récite sa prière, dans laquelle 1l confesse les crimes du peuple ; 1l rappelle à Jéhova ses promesses et en implore l'accomplissement. Néhémie n'a pas jugé opportun de faire dans sa prière l'histoire des manœuvres samaritaines qui amenèrent le coup dont son frère vient de lui annoncer les effets désastreux. Personne, croyons-nous, n’en sera étonné sauf M. Kosters, qui d’ailleurs trouvait tout aussi étrange que dans sa prière Néhémie ne parle pas du retour des captifs sous Cyrus ! La prière de Néhémie aurait dû prendre une forme et des proportions extraordinaires pour répondre à de pareilles exigences. S'il a jamais suffi de lire un passage pour en comprendre toute la portée, c'est ici le cas ; il est évident que Néhémie vient d'apprendre une nouvelle. Jérusalem à subi une catastrophe dont l’ardent patriote ne connaissait pas, au moins, toute l'étendue, avant l'avis quon est venu lui en donner ; autrement il n’y aurait pas eu lieu pour lui de se livrer à d'aussi violents accès de douleur.
Mais poursuivons. A la fin de sa prière, il s'exprime en ces
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termes : « Ah ! Seigneur, prête une oreille attentive à la prière de ton serviteur et à la prière de tes serviteurs qui sont animés de la crainte de ton nom ; fais réussir lon serviteur en ce jour, et procure-lui la faveur de cet homme ». — Puis 1l raconte comment il s’y prit pour exposer sa requête au rol.
Néhémie appelle le roi cet homme, bien quil n’en ait pas encore parlé. Pourquoi ? parce qu'il est supposé dans son récit que le malheur dont il va tâcher d'obtenir la réparation à eu le roi pour auteur. Nous sommes donc encore ramenés au ch. IV d’£sdras (1). — Lorsque Néhémie, aussitôt après avoir reçu les informations des hommes arrivés de Juda, se décide à se mettre en campagne afin de provoquer un revirement dans les dispositions de son maître, cela n'indique-t-il pas qu'il vient de se produire un événement qui le détermine à agir ?
« Or donc, continue Néhémie, j'étais échanson du roi. Au mois de Nisan de l’an 20, comme le vin se trouvait devant lui, je pris le vin et le présentai au roi et il n’y avait pas de convive. à sa table (2). Et le roi me dit : Pourquoi as-tu l'air si défait ? Pourtant tu n’es pas malade. Ce n’est pas cela ; maïs tu as du chagrin ! — Et je fus saisi d'une crainte extrême et je répondis au roi : O roi, que votre vie dure toujours ! comment n’auraisje point l'air triste, alors que la ville où se trouvent les tombeaux de mes pères est dévastée et que ses portes ont été dévorées par le feu ! — Et le roi reprit : Qu'est-ce donc que tu. veux demander ? — Et j'adressai ma prière au Dieu du ciel et je dis au roi : S'il plaît au roi et si votre serviteur a trouvé grâce devant vous, que vous m'envoyiez en Juda à la ville des tombeaux de mes pères afin que je la rehâtisse. — Et le roi me dit, ainsi que la reine qui était assise auprès de lui : jusqu’à
(1) MNéhémie et Esdras. p. 17.
(2) Le texte massorétique porte "225 %= "MS NÜS, Les commentateurs cherchent en vain à expliquer ces mots et à les harmoniser avec le contexte. Vr. Ryle et Bertheau-Ryssel in h. 1. Le texte grec donne la version : xat oÛx Av. Êtepoc évwrtoy &utou. L'auteur de la version aura lu 950 “HE our | NS :
2: l nous croyons que c'est la vraie leçon. 3" peut très bien s'entendre dans le sens de convive, dans les circonstances où le récit de Néhémie nous place.