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quand durera ton voyage et quand seras-tu de retour. — Et
- la chose plût au roi et il consentit à m'envoyer, et je lui pro-
posai un terme ». [l raconte ensuite quil demanda et obtint du roi des lettres pour les gouverneurs d’au-delà du fleuve, et l'autorisation de se faire fournir des matériaux, notamment pour la maison où il comptait s'établir lui-même à Jérusalem.
Tout dans ce passage mérite notre attention. Entre le mois de Kislev, auquel les nouvelles étaient arrivées de Jérusalem, et celui de Nisan, il y avait trois mois d'intervalle. Si Néhémie a attendu si longtemps de présenter sa requête au roi, c’est
qu'il avait besoin de laisser passer quelque temps sur le décret
qui avait frappé Jérusalem et aussi d'attendre une occasion favorable. Cette occasion, il la trouve, un jour qu'il avait à servir le vin et que le roi était seul à table avec la reine. Néhénue s y prend adroitement pour se faire interroger par son maître ; 1l laisse suffisamment entendre qu’il avait pris une mine défaite pour la circonstance. Après quatre mois et dans l'exercice même de ses fonctions, son air de tristesse ne pouvait
. lui venir, à défaut de maladie, sans un peu de bon plaisir de
sa part. Le roi, d’ailleurs, devait l'avoir vu souvent dans l'intervalle ; mais Néhémie ne désirait être interrogé qu'à un
moment où 1l pourrait se faire écouter lui-même. Il comptait
sans doute sur l'intervention de la reine, et de fait il lui accorde une mention spéciale en rapportant le succès de sa démarche. Les précautions de Néhémie montrent une fois de plus quil s'agissait d’une affaire où 1l fallait ménager d'une manière exceptionnelle la susceptibilité du roi et que ce n’était pas sans motif que dans sa prière il avait si instamment supplié Dieu de lui prêter son assistance et de lui procurer la faveur de cet homme. Mème après qu'il a réussi à se faire interroger, 1l tremble de manifester au roi l'objet de son ardent désir ; il a peur de se voir repousser, — parce qu’il s'agit de faire revenir le roi sur une décision déjà prise. M. Kosters voudra bien remarquer enfin que Néhémie ne laisse pas subsister le moindre doute sur la cause précise de la douleur dont l'avait accablé le rapport de Hanani. Ce n’est pas la situation malheureuse du
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peuple juif en général, c'était bien le malheur qui venait d'atteindre la ville des tombeaux de ses pères, dont les portes avaient été consumées par le feu, qui l'avait si profondément . troublé. | 4
Toute la suite de l’histoire confirme absolument les résultats auxquels nous conduit l'analyse des chapitres I, IT 1-8. Arrivé
à Jérusalem Néhémie ne dit mot à personne de la mission dont
il est chargé ; il va inspecter de nuit, en compagnie de quelques hommes seulement, l'état des murs ; — parce quil sait que son œuvre rencontrera de la résistance, qu'il est entouré d'adversaires auxquels les prétextes ne manquaient pas pour l'empêcher dereprendre les travaux. Il veut s’éclairer par lui-même sur les mesures à prendre afin de pouvoir d'emblée organiser l'entreprise sur tous les points à la fois. De fait, à peine a-t-on mis la main à l'œuvre que les ennemis des Juifs interviennent : « Que faites-vous là ? Vous vous révoltez donc contre le roi? > Le fait de travailler aux murs de la ville est présenté comme un acte de rébellion, parce que le roi avait défendu la continuation de ces travaux, comme 1l est raconté au ch. IV d’£sdas. — Rehoum et Schimschaï n'interviennent plus ici ; ces personnages qui remplissaient des fonctions publiques, avaient été avertis de ce qui s'était passé à la cour et n'avaient d'intérêt quà se soumettre à la décision nouvelle d’Artaxerxès. Parmi les adversaires de Néhémie on voit au premier rang Tobja l'Ammonite que l’on peut reconnaître sous le nom du Tab gl d'Esdras IV 7. |
La suite n'est pas moins intéressante pour notre sujet. Néhémie commence par nous décrire, au ch. ITT, l’ordre dans. lequel les Juifs convoqués des villes d’alentour s'occupèrent à. restaurer les murs et les portes. Nous disons à restaurer ; l’œuvre esten effet explicitement caractérisée ainsi par Néhémie lui-même et nous ne comprenons pas qu’on essaie de le contester. Au ch. IV v. 1 nous lisons : « Et il arriva, lorsque Saneballat et Tobie et les Arabes et les Ammonites et les Asdodites eurent appris que le bandage s'appliquait au mur de Jérusalem et que les brèches commençaient à se fermer... »
Cette métaphore fait entendre que le mur de Jérusalem avait besoin avant tout, non pas d’être relevé depuis les fondements, inais d'être remis des plaies quil avait reçues, c’est-à-dire, comme le texte l'ajoute aussitôt, des brèches qu’on y avait
, pratiquées. Le chap. VI v. l'explique dans le même sens la
reconstruction du mur par Néhémie : « lorsque les ennemis eurent appris que javais rebâti le mur ef qu’ n'y restail plus de brèche >». C'est de ces brèches, de ces plaies, que parlait Hanani quand il vint à Suse informer son frère que les murs de Jérusalem « étaient rompus ». — Au chap. VI v. 15 il est
dit que le mur fut achevé en cinquante-deux jours. Dans l’achè-
vement mentionné ici il y a une gradation relativement à la
notice de VI 1 : ici les brèches étaient fermées mais les battants
n'étaient pas encore placés dans les portes ; au v. 15, les portes
sont rétablies (cfr. VII 1). Ainsi, Néhémie avait mené son entreprise à bonne fin, en moins de deux mois Il est impossible de concevoir que, malgré toute la diligence qu'il mit à pousser les travaux, malgré l'entrain dont firent preuve les travailleurs juifs, 1l fût parvenu à rebâtir en cinquante-deux jours des murs et des portes qui seraient restés en ruines depuis le jour où les Babyloniens les avaient complètement détruits en 586 (Jér. LIT 14).
- [Il est vrai qu'au rapport du ch. [IT vv. 33 ss. Saneballat, au fond rempli de colère, et Tobie l'Ammonite, exhalaient leur mauvaise humeur en moqueries : « Que veulent-ils faire, ces pauvres Juifs ! vont-ils abandonner les sacrifices (1), veulent-
ils finir aujourd'hui même ? vont-ils faire revivre les pierres
de monceaux de débris qui d'ailleurs sont brûlés ? » — « Qu'ils bâtissent donc ! si un renard fait un saut, il percera leur mur de pierres ! » On raillait la hâte que déployaient les Juifs et peut-
être aussi les matériaux dont ils se servaient; à entendre Sane-
(1) Les interprétations que l’on donne au texte massorétique ne semblent pas admissibles. Au lieu de 27%7 nous lisons D7277: on peut considérer
à ul comme pléonastique, ou, ce qui est plus simple, lire à la forme niphal
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14 ballat on dirait qu’ils pouvaient encore utiliser une partie des 4 décombres provenant de dégradations récentes, commises par l'incendie des portes ; c’est pourquoi Tobie à son tour essaie de jeter le ridicule sur la faiblesse des constructions. Dans tous les cas on aurait bien tort d'alléguer les propos de Saneballat et de son ani, pour essayer de prouver que l’envoyé d’Artaxerxès eut à débuter par les premiers préparatifs. Nous venons d'entendre qu'en cinquante-deux jours son œuvre fut accomplie. Les plai-
“4 santeries de ses adversaires ne répondaient donc certainement . pas à la situation ; elles ne pouvaient leur être inspirées que
| par le dépit de voir leurs manœuvres, d’abord couronnées de succès, finalement avorter.
Néhémie, comme nous l'avons dit plus haut, n'a eu qu à réparer et à achever. Voilà la conclusion qui s'impose à quiconque lit les chapitres I-VIT 1-5 sans parti-pris. Avant lui les constructions devaient avoir atteint déjà une bonne hauteur, sinon il n'aurait pu terminer la besogne en aussi peu de temps. . Ainsi la relation de Néhémie, pour l'ensemble comme pour les détails, depuis le commencement à la fin, nous renvoie au précieux document qui nous à été conservé Esdras IV 6-23.
Mais comment est-il possible que ces « pauvres Juifs » dont Saneballat raillait les efforts avec tant de mépris, eussent mené la restauration s1 loin, avant la 20° année d’Artaxerxès, alors qu'ils étaient abandonnés à eux-mêmes, au milieu d’adversaires puissants et acharnés ? Ne voyons-nous pas Néhémie lui-même, appuyé pourtant par l'autorité royale, aux prises avec les plus grandes difficultés ? Est-il croyable que dans des conditions moins favorables les travailleurs eussent pu vaincre de pareils obstacles ?
Il serait dangereux de faire l’histoire à l’aide de con- Jectures, de même qu'il est peu sage de combattre des faits par des räisonnements qui n’y peuvent rien changer. Remarquons toutefois que les textes n’attribuent pas aux prédécesseurs de Néhémie le même succès qu’à ce dernier. L’envoyé d'Artaxerxès rencontra une vive opposition, sans doute ; mais elle n'entrava pas beaucoup le progrès de son œuvre. On eut
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recours contre lui à la violence ; il sut la repousser. Sous sa conduite, l'attitude décidée des Juifs suffisait à tenir les assail-
lants à distance (IV 6 ss.). D’après le document d’Æsdras IV
6-23, les Juifs avaient déjà commencé l’œuvre de la restauration des murs au commencement du règne de Xerxès ; la dénonciation dont parle le v. 6 a dû se rapporter à l'affaire qui fait l'objet de tout le récit. Il suit de là qu'avant l'arrivée du Peha juif on avait dépensé à rétablir l'enceinte, et cela sans aboutir au succès final, presque autant d'années qu’il mit luimême de jours à accomplir sa tâche ; 1l est probable, d'après le v. 6, que les premières tentatives doivent être rapportées à
une date antérieure à l'avènement de Xerxès. Les travaux
peuvent avoir été, et auront été sans aucun doute, souvent ou longtemps interrompus ; mais personne n’a le droit de soutenir qu'ils n'aient jamais pu être entamés ni continués par intervalles pendant les temps extrêmement troublés qui précédèrent l'intervention de Rehoum et de Schimschaï.
Au reste, 1l est à présumer qu'au début le consentement de la cour ne fit pas défaut à l'entreprise des Juifs. Mais ce qui
était arrivé lors de la reconstruction du temple ne tarda pas,
malheureusement, à se produire encore en cette occasion. La rivalité des voisins vint bientôt entraverles progrès des travaux. La grande force des Samaritains et consorts contre les Juifs, c'étaient d’abord la faveur des satrapes et les intrigues de cour ; nous savons qu'ils s’entendaient à en user. C'était ensuite, si nous pouvons nous exprimer ainsi, le temps lui-même. A mesure que les générations nouvelles remplaçaient les survivants des premiers jours de la restauration, elles s’habituaient à l’état de choses existant et subissaient plus facilement l’ascendant des étrangers que les rapatriés avaient trouvés établis dans le pays au moment duretour. La communauté devait se relâcher peu à peu. Ses chefs mêmes se laissaient gagner par l'amitié des païens. Néhémie nous apprend p. e. que le grand prêtre EÉliaschib était parent par alliance de Tobie l'Ammonite (XIII 4). De là de funestes divisions qui ne pouvaient manquer de paralyser
progressivement les efforts des zélés. Nous apprenons au com- ‘ | 12