‹ Nouvelles études sur la restauration juive après l'exil de BabyloneChapitre 46 sur 65 · RARE · texte numérisé non relu

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mencement des Mémoires de Néhémie que celui-ci se rendait parfaitement compte du besoin que l’on avait à Jérusalem d'un homme qui püt rallier les forces de la nation et refouler l’envahissement des influences étrangères ; pour que le désastre qui vient d'atteindre l'œuvre du mur soit réparé, 1l faut qu'il aille lui-même diriger l'entreprise ! Abandonnés à eux-mêmes les Juifs de la mère-patrie se voyaient déjà, à cette époque, moralement réduits à l'impuissance. Ainsi s’explique-t-on une fois de plus, qu'à l’ardeur déployée par Néhémie, les Saneballat et les Tobie l’Ammonite faisaient écho par leurs railleries et leurs sarcasmes.

Cependant, en dépit de ces difficultés, on n'était pas resté inactif à Jérusalem, notamment pendant la première moitié du règne d'Artaxerxès. Autrefois Zorobabel et ses compagnons avaient pu reprendre les travaux longtemps interrompus au nouveau temple, à la faveur des troubles qui agitaient l'empire après l'avènement de Darius I. Les règnes de Xerxès et d’Artaxerxès [ offrirent eux aussi aux patriotes juifs mainte occasion favorable de reprendre et de continuer l’œuvre du relèvement de leur capitale. Lorsque la Perse était entrainée avec ses peuples vassaux dans les guerres, parfois si désastreuses, que soutenaient contre elle la Grèce et l'Egypte, les questions d'intérêt local attiraient moins l’attention et les intrigues samaritaines contre les Juifs avaient moins de chance de se faire écouter. Nous savons d’ailleurs que la communauté judéenne était efficacement stimulée et soutenue par un groupe actif de compatriotes de l’intérieur de l'empire ; c'étaient des Juifs arrivés de la Perse qui avaient donné aux travaux le vigoureux essor dont Rehoum et Schimschaï se plaignent dans leur lettre au roi (Æsdras IV 12). Il est plus que probable, comme 1l à été remarqué plus haut, que l'expédition avait été conduite par ce Hanani que nous voyons plus tard revenir à Suse. Ce personnage, frère ou proche parent de l’échanson du roi, devait jouir, à raison des attaches qu'il avait avec la cour, d'un sérieux prestige ; sa présence à Jérusalem n'aura pas peu contribué à faire rapidement avancer la restauration de

l'enceinte, à la mener à la veille d’un complet achèvement. Nous savons déjà comment cet effort échoua. Profitant sans doute d'un changement de circonstances, probablement après la fin de la guerre contre l'Egypte (449), les satrapes dénoncèrent les Juifs. Artaxerxès fit arrêter les travaux et ses ordres furent exécutés avec entrain. Les constructions déjà élevées furent en partie démolies, les portes brüûlées.

Ce rapide aperçu nous rend compte à la fois et de la lenteur avec laquelle l'œuvre du mur s'était poursuivie jusqu'à cette époque et des progrès considérables qu’elle avait faits.

Nous voici ramené à la question de l’état matériel où se trouvait la capitale juive lors de la mission de Néhémie.

Dans leur rapport à Artaxerxès, Rehoum et Schimschaï supposent de manière à ne permettre aucun doute que depuis la captivité les murs ni la ville n'ont jamais été rebâtis : « Que le roi sache que des Juifs partis de chez toi vers ces contrées sont arrivés à Jérusalem, une ville mauvaise qu'ils rebâtissent et dont ils rétablissent les murs et les fondations... Si cette ville est rebâtie et que ses murs soient relevés, les Juifs s'insurgeront contre le roi et refuseront l'impôt... » (v. 12, 13). L'histoire, poursuivent-ils, démontrele caractère essentiellement dangereux de cette ville : « c'est une ville rebelle, funeste aux rois et à la paix des provinces. Elle a été, depuis toujours, un foyer de guerre ; c'est à cause de cela que cette ville a été détruite. Nous avertissons donc le roi que si cette ville est rebâtie et que ses murs soient relevés, son pouvoir au-delà du fleuve s’en trouvera compromis » (vv. 15, 16). Il est évident, d'après le langage que tiennent les gouverneurs, que c'est bien de la ruine arrivée en 586 que les Juifs travaillent à faire sortir Jérusalem. %

C'est cette même situation que nous trouvons supposée ou décrite dans le livre de Néhémie. Au chap. IT v. 3 Néhémie parle à Artaxerxès de l’état lamentable où se trouve

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la ville tout entière : « La ville des tombeaux de mes pères git dévastée! » Au v. 5 c’est la ville qu'il demande de pouvoir rebâtir et il est facile de voir toute la portée de cette requête ; au v. 8 il va jusqu'à demander en parüculier la permission de se faire fournir des matériaux pour la maison où il devra s'établir lui-même. Les propos moqueurs des adversaires de Néhémie, au ch. III, font supposer que Jérusalem en dehors du temple, était restée dans une condition misérable. Dans ce même chapitre nous voyons travailler aux murs les hommes de Jéricho (v. 2), de Senaa (v. 3), de Tecua (v. 5), de Gibéon et de Mispa (v. 7), de Zanoah (v 13), de Beth-Hakerem (v. 14), de Beth-Zur (v. 16), de Qé'ïla (v. 17) ; mais à Jérusalem même on ne voit guère d'autre monde que les autorités religieuses et laïques (1). Néhémie a besoin d’obliger les travailleurs à rester dans l’intérieur de l'enceinte pour monter la garde pendant la nuit (IV 6). Plus tard encore 1l aura recours pour ce service aux porters, aux chantres et aux lévites qui résidaient dans la ville sainte (VII 1-3). Au reste, Néhémie déclare formellement qu'une fois les murs relevés, « la ville était très vaste, mais que peu de monde y habitait et que les maisons n'étaient pas bâties » (VII 4). Aussi pour peupler la ville sainte eut-on recours au sort (XI 1°). Tout ceci ne veut pas dire, évidemment, qu'à Jérusalem il n'y avait jusque là rien de bâti ! Au contraire, les données que nous produisons supposent qu'il y existait déjà un certain nombre de maisons ; mais Jérusalem, comme cité n'avait jamais été rétablie. (2).

(1) Hl6où FN9 27 TE dcit s'entendre de fonctionnaires publics comme Esther II 9, IX 3. Cfr. Néh. XII.

(2) Le régistre des Juifs retournés de l'exil sous la conduite de Zbrdtaté) renferme, Esdras II 20-35, une énumération des habitants de diverses localités. Certains auteurs se montrent disposés à en conclure que la section 3-19 de la liste, où le dénombrement se fait par familles, a en vue les habitants de Jérusalem (Reuss, Bertheau-Ryssel, Ryle). Cette conjecture ne repose sur aucun fondement. Il est invraisemblable que si, aux vv. 3-19, l’auteur avait voulu parler des familles qui s'établirent à Jérusalem, il n'aurait pas eu un mot pour le dire ; le fait même qu’il mentionne une série de localités à partir du v. 20 prouve, de manière à ne laisser aucun doute, que là où il s’abstient d'indications de ce genre, il n'avait pas pour but de nous renseigner sur le lieu d’origine où d'établissement des rapatriés. Il est également remarquable d’autre part qu'aux vv. 20-35, la liste des habitants

vu : 54

Il est donc certain tout d’abord que l’œuvre de Néhémie ne consista pas simplement, comme beaucoup l'ont prétendu, à réparer des dégâts qui auraient été causés, au cours de guerres récentes ou par des voisins irrités, aux murs déjà entièrement rebâtis auparavant. C’est la première fois, depuis la captivité, que les murs sont achevés, comme le prouve encore par surcroît la dédicace solennelle décrite au chap. XII. Il résulte ensuite de l'exposé que nous venons de faire, que Néhémie eut à rebâtir aussi les maisons. La tradition juive. garda le souvenir de ce que le grand patriote eut à accomplir à ce point de vue, comme le montrent les termes dans lesquels l’Ecclésiastique fait son éloge : « Néhémie.…. qui a relevé nos murs détruits, rétabli nos portes... ef bâti nos maisons » (1). Néhémie eut à

relever de ses ruines la ville même de Jérusalem.

ET

. Nous nous sommes vu amené tout à l'heure à dire quelques mots de la situation du peuple établi en Judée au moment de

des localités énumérées ne tient aucun compte du groupement des familles. Il est

évident que le principe suivant lequel le régistre est composé, n'est pas le même pour les deux sections 3-19, 20-35. Cette observation conduit à l'hypothèse que, dans ce dernier passage, nous pourrions avoir le tableau des rapatriés dont il n’y avait pas eu lieu d'enregistrer les familles, parce que leurs membres respectifs n'étaient pas revenus en nombre suffisant où pour telle autre cause. Pour ceux dont les familles ne pouvaient être énumérées distinctement, l’auteur s’en tient à la répartition par ordre de localités. Au reste le rapport entre les localités en question et ceux dont elles servent à désigner les groupes, pourrait s'entendre de deux manières. Rien n’empéchérait de croire que pendant l’exil les anciens habitants de telle ou telle ville ou bourgade, fussent restés, à un certain nombre, unis entre eux ; ces relations de confraternité et d'origine commune pourraient avoir servi de base, pour ceux-là, au dénombrement. D'autre part comme il est certain que le récit où notre liste figure, à été composé à un moment où les rapatriés étaient déjà fixés dans le pays, il est tout aussi probable qu’il peut s'agir aux vv. 20-35 des habitants actuels des localités mentionnées, pour lesquels il n'y avait pas eu lieu de dresser une table des familles. — Le livre de Néhémie nous défend absolument de songer à une Jérusalem déjà convenablement peuplée avant ou vers le milieu du cinquième siècle. Et d’ailleurs le fait que le régistre d'Esdras II, Néh. VII ne mentionne pas même le nom de Jérusalem, est à lui seul une preuve décisive qu’il ne faut point voir ici un état de la population de la Judée à une époque plus récente. :

(1) E£ccles. XLIX 15. Cfr. Daniël IX 25.

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l'arrivée de Néhémie. Cette situation n’était guère plus brillante que celle de la ville sainte elle-même.

Néhémie ne connaît pas d’autre autorité nationale, à Jérusalem, que celle du grand prêtre. C'était Eliaschib qui occupait le pontificat (III 1 etc.). Malheureusement son influence ne paraît pas avoir été bien grande, ou du moins pas bienfaisante. Il prit part à la restauration des murs sous la conduite de l'envoyé du roi (1 c.); mais l'attitude que nous lui voyons prendre dans la suite vis-à-vis des réformes du nouveau Peha, permet de croire que son zèle avait eu grand besoin d’être aidé de sentiments d’un autre genre. — Les relations entre Juifs témoignent d’un complet désordre. Ils étaient divisés, comme nous aurons à le rappeler tout à l'heure, même sur des questions d'intérêt capital pour leur nation. Nous voyons aussi de riches accapareurs exploiter les besoins de ceux qui étaient moins fortunés et ne leur accorder des moyens de subsistance qu’au prix de leurs champs, de leurs vignes, de leurs demeures et même de leurs enfants (V 1-5). Néhémie commença par supprimer ces abus criants (6-13). Il rappelle à ce propos que ses

prédécesseurs et leurs agents subalternes n'avaient fait, eux aussi, que pressurer et exploiter le peuple; Néhémie montra plus de désintéressement (15-16).

Pour ce qui regarde les rapports avec les voisins, le peuple juif ne semble pas avoir occupé jusque-là un territoire parfaitement délimité ; il n'était pas strictement séparé des autres peuples qui habitaient le pays. Les familles demeuraient, dans les villes et bourgades de la Judée, où elles s'étaient fixées à l’époque de Zorobabel, groupées sans doute autant que possible, mais vivant cependant, en bien des endroits, côte à côte avec les populations étrangères. Néhémie, parlant de sa gestion, dit

ni que « les Juifs et les notables au nombre de cent cinquante, ef ceux qui venaient à nous des nations environnantes », étaient reçus à sa table (V 17). Si l’on veut voir, avec la plupart des interprètes, dans « ceux qui venaient des nations d’alentour » une catégorie spéciale de Juifs, le texte s’expliquera par l'observation que nous venons de faire. Au chapitre IV nous appre-

nons que Néhémie était tenu au courant des projets de ses adversaires par les Juifs « qui habitaient côte à côte avec eux, et qui nous avertissaient par dix fois, de tous les endroits d’où ils venaient à nous » (v.6). Malgré ces avis et les précautions qui furent prises en conséquence, on ne pouvait se croire, à Jéru- Salem, à l'abri d'une surprise ; il fallait une vigilance de toutes les heures, jour et nuit, pour assurer la sécurité des travaux (vv. 10-17) ; tant il était facile aux voisins de survenir à l’improviste sous les murs de la ville. L'insistance avec laquelle, lors de la grande assemblée de Jérusalem, la séparation d'Israël d'avec les peuples de la terre est aflirmée et exigée

(Néh. IX 2, X 29), les termes dans lesquels l'exclusion des

étrangers est décrite (XITI 1-3), nous permettent à leur manière d'apprécier toute l'étendue du mal auquel on avait senti le besoin de porter remède. Cette promiscuité dans laquelle Juifs

et étrangers se coudoyaient, ne pouvait manquer d'entraîner

des rapports amicaux entre gens denationalité différente. C'était sans doute grâce à des relations intimes avec les étrangers que les partisans de Néhémie parvenaient à découvrir les complots que ses adversaires tramaient contre lui. [Il nous semble pro-

bable aussi qu'au ch. V v. 17 « ceux qui venaient à nous des

nations d’alentour » ne sont pas des Juifs, puisque ceux-c1 sont désignés en général dans le premier membre de l'énumération, mais des étrangers bien disposés (1). Ce qui est surtout à relever comme indice de la situation au point de vue qui nous occupe, c'est que même un Saneballat, un Tobie, un Geschem, pouvaient espérer tromper Néhémie par de feintes apparences d'amitié et de dévouement. Ils lui proposent de contracter avec lui une alliance (VI 2); ils insistent (v. 4); ils lui offrent leurs services pour le défendre contre le soupçon qu'il brigue la royauté (vv. 5 ss.). Il y a plus que tout cela; les mariages entre

(1) Vr. Néhémie et Esdras p. 41 s. — Le fait que dans le passage où figure le v. 17 Néhémie parle en général de sa conduite envers les Juifs, ne devait pas l’empécher, évidemment, de dire à l'occasion un mot de ses rapports avec les étrangers ; étant donné surtout que dans le cas en question ceux-ci se seraient trouvés associés aux Juifs.

Juifs et étrangers sont reçus et Néhémie, tout en déplorant les suites fâcheuses de ces unions, ne les blâme point; il les constate comme un fait qui n’a besoin lui-même d'aucune explication : « En ces jours un grand nombre de nobles de Juda envoyaient leurs lettres à Tobie et en recevaient de sa part. Car un grand nombre en Juda étaient inféodés à sa cause, parce quil | était gendre de Schekanja fils d'Areah et son fils Johanan avait épousé la fille de Meschullam fils de Barachie. Et ils faisaient son éloge devant moi et lui rapportaient mes paroles. Et Tobie envoyait des lettres pour me faire peur » (VI 17-19). Plus loin (XIII 4), comme nous l'avons déjà remarqué, nous hsons qu'Ebaschib lui-même était apparenté à Tobie.

L'œuvre de la restauration des murs ne pouvait manquer de rencontrer de la part des voisins une opposition violente. Il en avait été ainsi, d'ailleurs, dès avant l’arrivée de Néhémie, et dès avant le règne d'Artaxerxès. Déjà à l'époque de la reconstruction du temple les Samaritains avaient pris cette attitude hostile. Notons à ce propos que c'était une étrange illusion des commentateurs, de voir dans les difficultés dont Néhémie nous trace le tableau dans ses Mémoires, la suite d’une démonstration aggressive à laquelle les Juifs se seraient livrés quelques années auparavant contre les étrangers. Une pareille explication était non seulement oiseuse et superflue; mais directement contraire aux données de Néhémie; celles-ci nous apprennent que ce n'était pas en première ligne aux Juifs eux-mêmes que les voisins en voulaient, mais uniquement à la restauration de Jérusalem et par voie de conséquence à celui qui conduisait l'entreprise et à ses coopérateurs (1). Le relèvement de la capitale devait avoir pour effet immédiat la consolidation de la nation juive et la ruine de l’influence étrangère qui était considérable. C'est à cause de cela que nous voyons Néhémie aux prises d'abord avec les injures et les railleries (11 19, III 33 ss.) puis avec la violence et les assauts préparés à main armée (IV 15s.), enfin avec la ruse et les calomnies (VI 1 ss.) d'enne-

(1) Néhémie et Esdras p. 39 s.

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mis acharnés. Mais l’habileté et le courage du gouverneur juif déjouèrent toutes les manœuvres. Au besoin il savait remplir le rôle de capitaine et assurer la défense de la ville. D'une main ses hommes travaillaient, de l'autre ils portaient l'épée (IV 11). Les adversaires de Néhémie l’accusaient de chercher à se faire proclamer roi et d'entretenir à cet effet des prophètes chargés de le patronner parmi ses coopérateurs (VI 6-7). La haine de Saneballat, de Tobie et de Geschem contre Néhémie était si grande, qu’ils étaient suspects d’en vouloir à sa vie (VI 2, 10). Ce qui est caractéristique pour la situation du peuple à cette époque, c’est que, comme l'avons entendu un peu plus haut, le parti des étrangers était soutenu par une faction puissante au sein même du peuple juif. Schemaja, fils de Delaja, soudoyé par Tobie et Saneballat, tendait des piéges à Néhémie (VI 12, 13). D'autres prophètes encore, parmi lesquels Noadja, s'étaient rangés contre lui (v. 14). Un grand nombre de notables de la nation, nous savons déjà grâce à quelles circonstances, entretenalent des intelligences avec Tobie l'Ammonite et prenaient ouvertement son parti.

Néhémie n'éprouva que trop bien tout ce que le commerce trop intime de ses compatriotes avec les voisins, pouvait avoir de funeste pour l'unité et l'avenir d'Israël. Il était urgent d'y porter remède. Une forte réorganisation de la communauté juive, basée sur l'exclusion de tout élément hétérogène et la défense absolue des mariages avec l’étranger, tel était le moyen de salut auquel le Peha juif allait avoir recours.

Les notes renfermées dans ce paragraphe, touchant la situation de la Judée à l’époque de la première mission de Néhémie, nous permettent de formuler les conclusions que voici :

1° Dès son premier séjour à Jérusalem, Néhémie trouva en Judée les éléments requis pour la constitution d'une communauté de {a Gola. En effet, bien avant cette époque, de nombreux captifs étaient retournés dans la mère-patrie sous la conduite de Zorobabel.

2 Dès son premier séjour à Jérusalem Néhémie avait réalisé toutes les conditions requises pour donner à la communauté, une fois réorganisée, des garanties suflisantes de prospérité. Il avait assuré à son peuple la protection de la cour. Il avait rebâti les murs de Jérusalem et procuré ainsi à ses compatriotes un abri où ils pourraient se grouper et se prémunir plus efficacement contre les empiètements du dehors.

3° Dès son premier séjour à Jérusalem, Néhémie avait constaté la nécessité de mesures énergiques à prendre pour faire cesser le mélange dans lequel les Juifs rapatriés avaient vécu jusque là avec les populations étrangères. Il avait été témoin en particulier des conséquences regrettables que pouvaient entraîner les mariages mixtes dans les circonstances où se trouvait la communauté.

Enfin 4° dès son premier séjour à Jérusalem, Néhémie disposait des moyens requis pour entreprendre et mener à bonne fin l’œuvre de la réorganisation nationale. L'autorité morale ne lui faisait certes pas défaut ; il venait de rendre à son peuple le plus éclatant service. S'il avait rencontré des obstacles et du mauvais vouloir, il s'était vu aussi admirablement secondé par la majorité de ses compatriotes. [Il avait. fait preuve d'initiative et d'énergie. La faveur dont il jouissait à Suse était un titre précieux à la confiance des Juifs et au respect des étrangers. Néhémie disposait aussi du temps : voulu. Il avait été envoyé à Jérusalem pour un terme de douze ans, et l'œuvre de l'achèvement des murs qu’il avait vigoureusement prise en mains dès son arrivée, avait été accomplie en moins de deux mois. |

Il ne resta pas inactif pendant le séjour de douze ans qu'il fit à Jérusalem. Il fut jusqu’au bout l'homme de la restauration politique d'Israël, comme Zorobabel avait été le restaurateur du culte. Après avoir rendu aux Juifs leur capitale, il leur donna, ce qui n'était pas moins important et ce qui du reste. n'était que le couronnement de l'œuvre dont il avait été chargé, une constitution adaptée aux nécessités du temps. |

Mais avant de passer à l'examen des textes qui exposent la

seconde partie de l'œuvre de Néhémie, nous devons nous arrêter quelques moments à la question de la date de sa mission en Judée.

S 2. Observations supplémentaires sur la date de la mission de Néhémie.

Néhémie nous apprend au début de ses Mémoires qu'il obtint ses pouvoirs pour la restauration de Jérusalem, en la 20° année du roi Aztaxeræès. Dans nos dissertations antérieures, de même que dans la présente étude, nous avons identifié ce roi avec Artaxerxès [ (465-424), de sorte que la date de la mission de Néhémie se trouve fixée vers l’an 445.

Il s’est trouvé, depuis longtemps déjà, des auteurs qui préféraient voir dans le maître de Néhémie Artaxerxès IT. Certains même ont songé de nos jours à Artaxerxès III ; mais cette dernière opinion est, à notre avis, suffisamment écartée par le fait qu'Esdras ramena la seconde colonie d’émigrants juifs à Jérusalem, sous le règne d'un Artaxerxès successeur de celui de Néhémie. — En ces derniers temps, la thèse qui rapporte à la 20° année d’Artaxerxès II (385) le commencement de l’histoire de Néhémie, trouva un ardent et habile défenseur dans M. J. Imbert (1). Seulement, chez lui, cette manière de dater formait un élément, ou plutôt une conséquence, d’un système chronologique où le retour de Zorobabel était ramené sous Darius II. Sur ce point nous ne croyons pas pouvoir revenir ici (2).

Plus récemment le P. Lagrange, tout en admettant que Zorobabel revint sous Cyrus, tout en se ralliant à notre théorie qu'il faut placer le retour d'Esdras en l’an 7 d’un Artaxerxès successeur de celui de Néhémie, a exprimé et défendu l'avis que c’est en la 20° année d'Artaxerxès IT, donc en 385, que Néhémie fut chargé de sa première mission. Le retour et la

(1) Le temple reconstruit par Zorobabel, Louvain. Lefever 1889. (2) Vr. notre étude Zorobabel et le second temple, p. 12-25.

réforme d’'Esdras devraient être, en conséquence, fixées à l’an 7 d’Artaxerxès III (351) (1). |

Les principaux arguments du P. Lagrange s'appuyaient sur le témoignage de Josèphe. L’historien Juif raconte en effet que Saneballat, le contemporain et adversaire de Néhémie, fut envoyé à Samarie en qualité de satrape par Darius Codoman (2), ce quine saurait se concevoir dans la supposition qu'il eût vécu sous Artaxerxès I. — Le même Josèphe raconte encore que sous le pontificat de Johanan le temple fut profané par Bagosès (3). Or Bagosès doit être identifié avec l'eunuque Bagoas, le général d’Artaxerxès IIT ; nous apprenons d'autre part, Esdr. X 6, que le grand prêtre Johanan ben Ehaschib était en fonctions lorsqu'Esdras arriva à Jérusalem avec sa troupe de Juifs rapatriés. Il faut en conclure que le retour d’'Esdras eut lieu sous Artaxerxès ITT, et, par conséquent, que Néhémie accomplit son œuvre sous Artaxerxès Il.

Nous avons répondu à ces considérations (4) en établissant tout d'abord le caractère absolument fantaisiste de la chronologie créée par Josèphe pour cette période de l'histoire Juive. Contentons-nous de rappeler ici, en regard des deux arguments que nous venons de reproduire l°quesuivantJosèphe, Néhémie, le contemporain de Saneballat, fut envoyé à Jérusalem par Xerxès I, de même qu'Esdras ; que l’histoire du mariage de la fille de Saneballat avec le frère du grand prêtre Jaddoua sous le règne de Darius Codoman, contredit ouvertement le témoignage explicite de Néhémie XIII 28 ; que Saneballat, d'après Josèphe, n’arriva pour la première fois en Judée que sous le

règne de Darius Codoman, ce qui, en toute hypothèse, est .

manifestement contraire aux récits de Néhémie ; — d’où il résulte que l’histoire de Saneballat et de sa fille, telle quelle

est racontée par Josèphe, peut et doit être considérée comme

une pure invention ou comme une légende ; 2° qu'entre Artaxerxès [ et Darius Codoman, Josèphe ne connaît qu'un seul Artaxeræès, qu'il nomme en conséquence dkhos ‘Aotabéoëns (5) ;

(1) Voir la Revue biblique Oct. 1894. — (2) Ant. XI, 7, 2. — (3) Ant. ibid. S 1. (4) Voir notre lettre au KR. P. Lagrange. Revue biblique Avril 1895. — (5) XI1,7, 1

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qu'il n'y aurait donc rien d'étonnant à lui voir rapporter au règne du même Artaxerxès et relier entre eux, le fait de Joannès (Johanan), grand-prêtre du règne d’Artaxerxès (IT), et le fait de Bagosès général d’Artaxerxès (III). La confusion de Josèphe se voit encore à la manière dont il rapporte la succession des pontifes (1) comme transition du règne d'Artaxerxès I au règne de l'Artaxerxès de Bagosès. — Dans sa réplique (2) le P. Lagrange dit qu'il maintient le synchronisme de Josèphe. Mais comme 1l ne dit pas ce qu'il pense de la raison pour laquelle nous avions cru devoir le rejeter, la solution du problème n'en est pas plus avancée.

Nous nous étions aussi permis de trouver simplement possible l'identité du Bagosès de Josèphe avec le Bagoas général d'Artaxerxès III. Le P. Lagrange répond qu'il croit cette identité évidente. Mais elle n’est pas évidente à raison des noms ; il faut en effet considérer, ce qui sera d'un certain poids pour les amis de Josèphe, que celui-ci distingue parfaitement les noms de Bagosès et de Bagoas (3). Elle n’est pas évidente non plus à raison des faits dont 1l s’agit. Il est bien vrai qu'au témoignage de Diodore de Sicile, Bagoas revendit très cher aux prêtres égyptiens les dépouilles qu’Artaxerxès [IT avait rapportées de leurs temples ; mais qu'y a-t-1l de commun entre cela et l'acte attribué à Bagosès par Josèphe ? L’historien juif raconte que le grand prêtre Joannès ayant tué son frère dans

(1) Ibid. — Notez que d'après l'historien juif Eliaschib était grand prêtre sous le règne de Xerxès, prédécesseur d’Artaxerxès I (XI, 5, 5 coll. 6, 1).

(2) Revue biblique I. c.

(3) Ant. XVII 2, 8, où il s'agit également d’un Bagoas eunuque, comme le Bagoas d'Artaxerxés IIT. On sait que généralement le nom de Bagoas même est interprété dans le sens d’eunuqgue. Ce serait une raison de plus pour ne pas trop s’empresser de conclure à l'identité des personnages décorés l’un du nom de Bagosès, l’autre de celui de Bagoas, alors même que les noms seraient équivalents. Le chef d'armée qui défendit Gaza contre Alexandre avec un courage qui exaspéra le conquérant, était lui aussi un eunuque. — Un grand nombre d'auteurs sont d'avis que le fait raconté par Josèphe se passa sous Artaxerxès I. Cependant nous préférons nous en tenir à l'avis que Josèphe à mélé des faits arrivés sous Artaxerxès III à d’autres se rapportant au règne d'Art. IT, une confusion que nous lui verrons encore commettre un peu plus loin, pour Ptolémée Epiphane et Evergète.

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le temple, Bagosès, le général d’Artaxerxès, accourut et reprocha aux Juifs ce crime sacrilège. Comme il se préparait à entrer dans le temple, on voulut l'en empêcher : « Comment ne serais-je pas plus pur, répondit-1l, que celui qui a été tué dans. le temple! » Ayant dit ces mots, il y entra. « Et Bagosès, continue le narrateur, ayant mis en pratique celte réflexion (1), c’est-à-dire, après s'être autorisé pour pénétrer dans le sanctuaire, de cette réflexion qu'il était sans doute plus pur que celui que le grand prêtre avait tué dans le temple même, — châtia les Juifs, pour venger ce meurtre, pendant sept ans. » — Il n’est pas question ici de « spéculation sur les sanctuaires ». Josèphe n’a pas même l'air de donner tout-à-fait tort à Bagosès pour le châtiment infligé aux J'uifs et on le conçoit à la rigueur.

Au témoignage de Josèphe, dépourvu de toute autorité en cette occasion comme en bien d’autres, nous avons opposé les faits que voici : |

1° Ce que nous savons des dispositions ainsi que des faits et gestes d'Artaxerxès I et d'Artaxerxès IT, s'accorde parfaitement avec ce que nous lisons dans les récits bibliques touchant les Artaxerxès respectifs de Néhémie et d'Esdras ; l'histoire d’Artaxerxès Il et d’Artaxerxès III n’y répond, au contraire, nullement. | |

Lorsque nous apprenons ÆEsdras IV 7 ss., qu'Artaxerxès donne raison aux satrapes et fait arrêter les travaux aux murs de Jérusalem ; puis, Néh. IT, qu'il revient sur son décret d'interdiction et que, grâce sans doute à l'influence de la reine (2), il autorise Néhémie à achever la restauration des murs, ces actes ne sauraient nous étonner de la part d’Artaxerxès I, que l’histoire nous montre à la merci de ses conseillers et dominé par sa cour. Voici cependant ce qui nous permettra mieux de distinguer le prince dont il est question dans les

(1) +aûTn .….yonsauevos Th énivole, ce qui ne veut pas dire : usant de ce prétexte. | | (2100 Lu l'épouse royale. À prendrele mot au sens rigoureux, il devrait

s'agir ici de la femme principale d'Artaxerxès, Damaspia ; et non pas d’Amestris la reine-mère, comme nous le disions Néh. et Esdr. p.71. be

passages indiqués, d'Artaxerxès IT. En la 20° année d’Artaxerxès I, l'empire perse et l'Asie étaient en paix. Le traité de 449 avait mis fin aux longues guerres que le grand roi avait soutenues, avec des alternatives de revers et de succès, contre l'Egypte et la Grèce. La période qui s'écoule de 449 à 445 se prête donc sans la moindre difficulté aux événements racontés d'abord au ch. IV v,7ss. d’Æsdras, puis au début du livre de Néhémie. Ajoutons que les démarches hostiles attribuées ÆEsdr. IV 7 à Bischlam, Mithredath et Tab’el, antérieurement à l'intervention des satrapes, trouvent elles aussi leur place marquée dans la première moitié du règne d’Artaxerxès Longue-Main (1). — Si nous considérons à présent la 20° année d’Artaxerxès IT, nous trouvons qu'elle tombe à une époque très agitée. C'était le temps où l'Asie occidentale était troublée en particulier par la guerre entre la Perse et Evagoras. Celui-ci avait été exclu de la paix d'Antalcidas (387), qui devait permettre à Artaxerxès de mieux concentrer ses efforts contre cet adversaire ; la vingtième année même d’Artaxerxès [I (385) fut signalée par une grande bataille navale livrée à la flotte du roi de Chypre. Les récits de Néhémie ne répondent point à de semblables circonstances. Ce n'est pas, p. e., en ce moment que le roi de Perse aurait nommé un Juif gouverneur de la Judée, avec mission d’en rebâtir la capitale.

Les mêmes conclusions résultent avec plus de force encore, pour l’époque du retour d'Esdras, de la comparaison entre la 7° année d'Artaxerxès II et celle d’Artaxerxès III, comme nous aurons à le rappeler plus loin.

2? En 538 Jeschoua est grand prêtre. Sous l'administration de Néhémie le grand prêtre est Eliaschib ; au rapport du ch.. XIII v. 28, celui-ci était encore en fonction lorsque Néhémie arriva à Jérusalem pour la seconde fois, à savoir quelque temps après la 32° année du règne de son maître. Nous ne nous arrêterons pas à discuter le degré de parenté où Eliaschib se trouvait placé vis-à-vis de Jeschoua. Nous lisons Né. XII

(1) Après la défaite d’Inaros en 455. — Voir ces observations plus développées Néh. et Esdr. p. T0 s.

10 : Jeschoua engendra Joïaqim, Joïaqim engendra Eliaschub ; Etliaschib engendra Joiada, Joïiada engendra Johanan, Johanan engendra Jaddoua. Dans sa réplique à notre lettre, le P. Lagrange se refuse à reconnaître qu'Eliaschib fût, au sens strict, le petit-fils de Jeschoua, bien qu'il soit certain qu'il faille prendre le texte à la lettre pour ce qui regarde p. e. Eliaschib et Joïada (Néh. XIII 28). Nous n'insistons pas ; ce qui nous suffit, c’est que Néh. XII 10 Eliaschib est énuméré tout au moins comme second successeur de Jeschoua. Dans l'hypothèse que lArtaxerxès de Néhémie fût le deuxième roi de ce nom, il faudra admettre qu'Elaschib était encore grand prêtre quelque temps après 373, mettons vers 370. De 538 à 370 il s’est écoulé 168 ans, à répartir entre trois pontificats, soit en moyenne une durée d'au moins 56 ans par pontificat ; n'est-ce pas un chiffre exorbitant ? |

On répond que pour remplir l'intervalle entre 538 et 330, nous n'avons que cinq noms, « en comptant les deux extrêmes » ; ce qui n'est pas assez selon les lois communes de longévité. Il faudrait donc supposer que la Bible ne nous transmet pas tous les anneaux de la chaîne dans le passage de Néhémie indiqué plus haut (1). — Mais Jeschoua, Joïagim, Eliaschib, Joïada, Johanan et Jaddoua font six noms de grands prêtres. La date à laquelle il faudrait rapporter, d'après Josèphe, l'entrevue d'Alexandre avec Jaddoua, est l'an 332 : et rien ne nous autorise à supposer qu'en ce moment Jaddoua ne faisait qu'entrer en fonctions. On aurait tout autant le droit de supposer que cette date marque la fin de sa carrière. À moins qu'on ne veuille tirer parti de l'histoire du mariage de Manassé, le frère de Jaddoua, avec la fille de Saneballat, pour en conclure que Jaddoua lui-même ne pouvait être très âgé à cette époque. Seulement, comme l'avons rappelé plus haut, sur ce point il est certain que Josèphe se trompe. Ce n'est pas le frère, mais l'oncle de Jaddoua qui devint gendre de Saneballat et le fait ne se passa pas sous le règne de Darius Codoman (2). Nous aurions.

(1) Le R. P. Lagrange IL. c.

(2) Néh. XIII 28.

Ne

donc le droit de diviser par 6 les 206 ans qui séparent l'an 538 de l'an 332. Nous obtenons ainsi une moyenne de 34 ans par grand prêtre, ce qui n'aurait, de soi, rien d’incroyable. — Au reste, sur l'époque du pontificat de Jaddoua nous aurons un mot à ajouter tout-à-l’heure.

Quant au passage de Néh. XII 10, il nous paraît évident quil a pour but de fournir, par la succession des grands prêtres, la trame des listes de prêtres et de lévites en partie conservées en cet endroit; vr. les vv. 1, 12, 22. Ce but garantit l'état complet de l’'énumération que nous offre le v. 10. Ce n'est pas un synchronisme de Josèphe qui peut nous faire méconnaitre le caractère et la portée d’un texte comme celui-là (1). Il reste donc acquis que si l’on place la mission de Néhémie sous Artaxerxès IT, il faut admettre comme conséquence que de 538 à 370 il n'y eut que trois grands prêtres en fonction. 3° L'Artaxerxès de Néhémie est le même que celui du ch. [IV d'Esdras. Nous avons établi cette identité dans notre premier Mémoire (2), et répété suffisamment les éléments de la démonstration dans le paragraphe précédent de cette étude. Or l'Artaxerxès du ch. IV d'Esdras, n’est autre qu'Artaxerxès I Longue-Main ; il figure en effet au v. 7 comme successeur de Xerxès mentionné au v. 6.

Le P. Lagrange, qui dans son premier article avait semblé reconnaître l'exactitude de ces deux prémisses (3), élève des doutes sur la seconde dans sa réplique (4). Deux rois, dit-il, qui sont énumérés l’un à la suite de l'autre ne sont pas pour cela nécessairement à considérer comme s'étant succédé immédiatement sur le trône. Cela est évident, et il serait inutile d’alléguer des exemples pour le prouver. Aussi dans notre lettre ne nous étions-nous pas contenté de signaler le fait qu'Æsdr. IV 6-7 Xerxès et Artaxerxès sont nommés l’un à la suite de l'autre. Le v. 6 sert d'introduction au document araméen qui se poursuit jusqu’au v. 23, et qui interrompt l’histoire de la restauration du temple ; le v. 7 est du reste étroitement uni au (1) Cfr. Wellh. Israel. u. Jüd. Gesch. p. 145. — (2) Néh. et Esdras p. 14-28.

— (3) Voir notre Lettre au P. Lagrange 1. c. p. 191 s. — (4) 1. c. p. 197.

v. 6. Il est bien vrai que ces vv. 6-7 sont rédigés en hébreu, mais nous y avons relevé des indices manifestes d'un texte

original araméen (1). Or la forme de la relation aux vv. 6, T,. suppose qu'il y est question de la même campagne d'intriques

de la part des Samaritains, c’est-à-dire d'une suite de menées dirigées contre la même œuvre, celle de la reconstruction des murs de Jérusalem, qui fait l'objet de tout le passage jusqu'au v. 23. En effet « la notice très sommaire du v. 6 touchant les démarches faites sous le règne de Xerxès, ne peut avoir d'autre raison d’être, d'autre objet, que de constater un fait qui fut le point de départ, le début, de la série des événements racontés dans le document 6-23. On ne s'explique pas autrement le silence du v. 6 sur le but et le résultat des démarches dont il parle » (2). [l n'est donc pas admissible qu'entre le Xerxès du v. 6 et l’Artaxerxès du v. 7 il y ait un intervalle de 60 ans, occupé par quatre autres rois. — On ne répond pas à cet argument en disant que les intrigues des Samaritains contre les Juifs durèrent depuis Cyrus jusqu'à Alexandre ; sans recourir au témoignage de Josèphe, nous savons très bien que cette hostilité n'avait pas même cessé au temps de J. C.

M. Elhorst dans le compte-rendu qu'il a fait de l'étude de Kosters (3), émet à son tour l'avis que la mission de Néhémie doit tomber en la 20° année d'Artaxerxès II, tandis que le retour d'Esdras aurait eu lieu en la 7° année d’Artaxerxès II (4).

L'auteur admet qu'au ch. IV v.6s. d'Esdras, nous voyons sur la scène Xerxès et son successeur immédiat Artaxerxès I (5). Or nous croyons avoir solidement établi l'idendité de l’Artaxerxès dont 1l est question dans ce passage avec celui de Néhémie.

L'histoire de Néhémie se rattache intimement aux événements

racontés ÆZsdr. IV 6-23.

Voici l'argument qui porte M. Elhorst à préférer pour Néhé-!

(1) Zorobabel p. 114. — (2) Lettre au P. Lagrange |. ce. p. 192: cfr. Néhémie

et Esdras p. 21. — (3) Theol. Tijdschr. 1895. — (4) p. 101. — (5) p. 100.

. mie Artaxerxès II. Lorsque Néhémie revint la seconde fois à

Jérusalem il y trouva un petit-fils d’'Eliaschib marié à la fille

de Saneballat. Or Johanan, le père de Jaddoua, était aussi le

petit-fils d'Eliaschib; la naissance de Jaddoua peut donc étre placée vers la 32° année de l’Artaxerxès de Néhémie. Mais

Jaddoua fut grand prêtre sous Alexandre le Grand. D'où il

résulte qu'il ne peut être né vers l’an 433, sous le règne d’Artaxerxès Î, mais seulement sous le règne d’Artaxerxès IT (1).

M. Elhorst conclut qu'Eliaschib ne peut avoir été le petit-fils ni le second successeur de Jeschoua ; qu'entre celui-ci et

Joïaqim, 1l faut intercaler d’autres grands prêtres (2). . Remarquons d’abord que la seconde mission de Néhémie en

Judée ne tombe pas précisément en la 32° année d'Artaxerxès (3); cette année est la date du retour de notre person-

nage à Suse, après son premier séjour à Jérusalem. Ce fut plus

tard, comme il le dit lui-même (XIII 6), qu'il revint pour la seconde fois dans la mère-patrie. Son absence, semble-t-il, . dut être assez longue pour permettre aux abus qu'il constata à

son retour, de naître et de se développer. Nous ne croyons

pas exagérer en la portant à cinq ou six ans (4). Dans tous les

(3) C'est une méprise dans laquelle tombe aussi E. Kônig Eïinleitung p. 276. Néhémie constate à deux reprises (V 14, XIII 6) qu’il resta la première fois à

Jérusalem pendant douze ans, qu’il retourna à Suse en la 32€ année du roi. — Il est … vrai que Wellhausen trouve la notice de XII 6 obscure ; «“ on ne sait pas, dit-il,

si en la 32° année d’Artaxerxès, Néhémie est retourné à Suse ou à Jérusalem » (Isr. und Jüd. Gesch., 2. p. 167). Voici comment Néhémie s'exprime : « Et tandis

que tout cela se passait, je n'étais pas à Jérusalem; car en la trente-deuxième

année d'Artaxerxès roi de Babel, je retournai auprès du roi; et après du temps, je démandai l'autorisation du roi et je vins à Jérusalem. » etc. Nous voudrions

que les textes fussent toujours aussi clairs. Au reste, c'est une affirmation gra-

tuite de dire qu’au ch. V v. 14, “ les douze années ne s’harmonisent pas avec la

‘suite... » (Wellh. L. c.). Dans ce passage Néhémie parle de sa conduite vis-à-vis

du peuple en matière d'impôts, pendant tout le temps que dura sa gestion ! Au v. 16 il ajoute que, conformément aux dispositions qu'il vient de décrire, il se consacra aussi tout entier à l'œuvre du mur, sans acheter un champ, et que tous ses serviteurs étaient employés aux travaux. C'est une preuve spéciale qu'il allé-

… gue de son dévouement et de son désintéressement. Aux vv. 17s., il revient . sur le caractère général de son administration.

(4) C'est l'avis que nous trouvons exprimé aussi dans le bel ouvrage du cardinal Meignan Les derniers prophètes d'Israël, Paris 1894 p. 343 s.

cas, on ne saurait nous défendre de supposer un intervalle de cette étendue.

M. Elhorst suppose dans son argument que Jaddoua est l'arrière-petit-fils d'Eliaschib. Mais il n’a guère plus de raisons pour le prétendre que nous n’en avons pour établir entre Eliaschib et Jeschoua le degré de parenté qu’il conteste. En d'autres termes, nous aurions le droit d'introduire quelques noms entre Johanan et Jaddoua, au même titre qu’on le fait entre Jeschoua et Joïaqim. Du fait qu'Eliaschib avait un petit-fils déjà marié en la 38° année d’Artaxerxès, 1l n'y aurait plus l'ombre d'une raison d’inférer que Jaddoua dût être né vers cette époque. On comprendrait parfaitement que Jaddoua fût le contemporain d'Alexandre le Grand, bien qu'Eliaschib eût été celui d'Artaxerxès 1 ;

Mais accordons à M. Elhorst que Jaddoua fût l’arrière-petit- : fils d'Ehaschib, ce que nous ne songeons pas, pour notre part, à mettre en doute. Est-il si profondément invraisemblable que son pontificat eût pu se prolonger jusqu'en l’année 332? Les données dont nous disposons ne nous empêchent point, à la rigueur, de fixer la naissance de Jaddoua vers 410. Il avait un oncle déjà marié en l’an 427 ; on trouve bien des neveux ayant des oncles plus âgés qu'eux de 35 à 40 ans. — Letableau suivant, basé sur l'hypothèse que Jeschoua eût 25 ans à l’époque du. retour de Zorobabel en 538 (1), et que les pontifes qui se sont: succédé après lui soient nés, en moyenne, vers la 30° année de leurs pères et prédécesseurs respectifs, indique sous le nom de chacun d’eux l'âge qu’il aurait eu en l'année dont le chiffre figure sur la même ligne. Notons, comme justification de l’hypothèse qui fait la base de ce calcul, que pour la succession aux fonctions du sacerdoce suprême, il peut y avoir eu en faveur de tel ou tel héritier des raisons de préférence d'ordre multiple.

Ç 1] (1) Jeschoua était le petit-fils de Seraja, mis à mort en 586, alors qu'il était

dans l'exercice de ses fonctions. Il est permis de croire qu’au moment du retour Jeschoua était très jeune encore.

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Jeschoua | Joïagim Eliaschib | Joïada Johanan | Jaddoua

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