‹ Nouvelles études sur la restauration juive après l'exil de BabyloneChapitre 5 sur 65 · SAS PEU · texte numérisé non relu

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étendus, ramena de Babylone à Jérusalem une caravane de" Juifs émigrants. Quelque temps après son arrivée on vient lui

dénoncer la conduite d’un grand nombre de Juifs qui se sont

unis, eux et leurs fils, à des femmes étrangères. Cette nouvelle He plonge Esdras dans le désespoir. Touchés de sa douleur, les

prêtres et la foule réunis autour de lui, protestent que le mal sera extirpé, que les femmes étrangères seront renvoyées avec * leurs enfants. Esdras leur fait jurer qu'ils le feront ; puis 1l va s’enfermer au temple dans l'appartement de Johanan-ben-Elia-

schib. Une proclamation lancée dans Juda et Jérusalem convo-

que le peuple à une assemblée générale, où l'on devra procéder à l'exécution de la promesse. L'assemblée a lieu le 20° jour du

9° mois. Esdras réclame le renvoi des étrangères. On trouva. que le temps et la nature même de la réforme ne permettaient

pas d'agir sur l'heure. Un tribunal, présidé par Esdras, fut chargé de régler la situation. Les coupables eurent à y comparaître les uns après les autres. La commission siégea à parür

du premier Jour du 10° mois ; le 1° du premier mois les opéra=

tions étaient terminées.

La première mission de Néhémie date de l'an 20 d'un roi

nommé Artaxerxès ; la mission d'Esdras est rapportée à l'an 7

d'un roi de même nom : dans quel ordre faut-1l ranger les faits

arrivés à ces époques ? Comme dans la Bible les chapitres VIEX. du livre d'Esdras précèdent le livre de Néhémie, on s'était naturellement habitué à placer Esdras avant Néhémie et à

rapporter l’action des deux personnages au règne du même roi. Le plus grand nombre d’ailleurs étaient d'avis qu'il s'agissait en cette histoire d'Artaxerxès I (465-424); d'après cette opinion Esdras serait donc revenu en l'an 458, Néhémie en 445.

[ y a cinq ans nous avons publié sur ce problème de chronologie une étude (1) dans laquelle nous proposions et défendions l'avis que l'ordre de succession entre Esdras et N éhémie devait,

(1) Néhémie et Esdras, nouvelle hypothèse sur la chronologie de l’époque de

la Restauration. Louvain Istas 1890.

es

Malle

être renversé. Néhémie, en effet, arrie à Jérusalem en l’an 20 d’Artaxerxès [ ; sa mission fait suité immédiatement aux événements rapportés dans le passage 6-23 du ch. IV d'Esdras où nous voyons Xerxès et Artaxerxès I sur la scène. Mais Esdras ramène sa caravane d'émigrants après l'époque de Néhémie ; l'Artaxerxès en la septième année duquel cette expédition eut lieu, ne peut donc être le même que celui de Néhémie ; c’est Artaxerxès II (405-358), de sorte que le retour d'Esdras doit être fixé à l’année 398. Comme d’ailleurs Esdras, au rapport du ch. VIII du livre de Néhémie, était déjà à Jérusalem en compa-

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gnie de ce dernier, 1l nous fallait supposer que comme Néhé- :

mie lui-même, après les événements racontés au ch. VIII Ss., Esdras s'était rendu de la Judée en Babylonie d'où 1l ramena plus tard sa colonie d'émigrants. Un des arguments sur lesquels notre thèse s’appuyait, était l’impossibilité de concevoir la situation règnante parmi les Juifs à l'époque de Néhémie, quelques années après la réforme d'Esdras qui avait provoqué la dissolution des mariages mixtes et le renvoi des femmes étrangères avec leurs enfants.

A. Kuenen attaqua notre système chronologique (1). Il s’attacha particulièrement dans le Mémoire qu'il consacra à ce sujet, à montrer qu Esdras avait échoué dans sa réforme, qu'il n'avait pas réussi à faire rompre les mariages irréguliers. Kuenen en avait jugé autrement jusque-là. Mais il trouva dans l'avortement supposé de l’entreprise du réformateur un moyen opportun d'expliquer comment, treize ans plus tard, lorsque Néhémie arriva à Jérusalem, les mariages mixtes étaient parfaitement reçus chez les Juifs et ne soulevaient parmi eux aucune protestation. Le retour de la caravane d'Esdras devait donc être maintenu à la date de ae A la faveur de ce résultat Kuenen se félicitait d’avoir mis à l’abri de toute atteinte les données sur lesquelles la nouvelle critique bâtit sa théorie sur l'origine de l'Hexateuque.

(1) De chronologie van het Perzische tijdvak der joodsche geschiedenis. Amst. 1890 (extr. des Mém. de l'Académie des sciences).

Nous répondimes à Kuenen (1) en faisant observer qu'il avait laissé sans aucune réponse la plupart de nos arguments, en

montrant que les objections qu'il faisait à notre hypothèse,

n'étaient pas fondées ; que sa défense de l'hypothèse tradition: nelle était insuffisante ; et, en particulier, en écartant son interprétation des textes relatifs à la réforme dEsdras : la réforme d'Esdras avait pleinement réussi. — Malheureusement le célèbre critique-avait passé de vie à trépas pendant le mois même où notre réponse parut.

M. Kosters, dont nous avons entendu la théorie sur les origines de la restauration juive après l'exil, nous communique aussi dans son étude les résultats de l'enquête à laquelle à1l s’est livré sur la question de l’âge de Néhémie et d'Esdras.

Nous l'avons déjà dit, le savant successeur de Kuenen se prononce pour la thèse qui met Néhémie avant Esdras. Néhé” mie est venu la première fois à Jérusalem en le 20° année d'Artaxerxès [ (445); Esdras arrive avec les émigrants de Babylone à Jérusalem seulement après que les murs de la wille sainte avaient été rebâtis (2).

Cependant M. Kosters n'admet point qu'Esdras n’a ramené

les colons juifs qu’en la 7° année d’Artaxerxès II. Son retour,

bien que postérieur à la mission de Néhémie, doit encore être

rapporté au règne d'Artaxerxès I. Il est vrai que le texte”

indique à deux reprises l'an 7 d'Artaxeræès comme date de l'expédition (3) ; mais cette insistance même suffirait à prouver que nous sommes là en présence d’une donnée suspecte, dictée par un autre motif que le souci de la vérité historique (4). Voici au reste, d'après M. Kosters, l'ordre dans lequel les textes soigneusement examinés et discutés nous obligent à ranger les faits ; le système est assez compliqué.

(1) Néhémie en l'an 20 d’Artaxeræès I, Esdras en l'an 7 d'Artaaæ. IT: Réponse

à un Mémoire de A. Kuenen. Gand et Leipzig 1892. — (2) Xet Herstel van -

Israël... p. 52-63. — (3) Esdras VIL. 8, 9. — (4) p. 124 ss. 135, 137 s.

Lorsque Néhémie arriva à Jérusalem, en 445, il ne trouva établis dans le pays que les descendants de la population préexilienne ; de retour de la captivité, jusque là, il n'avait jamais été question. Zorobabel, nous l’avons vu, était d’origine palestinienne, il n'avait ramené personne de la Babylonie, et

Esdras n'allait arriver que plus tard. Quant au passage Esdras IV. 6 ss. où il est encore question de Juifs revenus avant l’époque de Néhémie, c'est un récit absolument dénué de toute autorité. Néhémie rebâtit le mur de la ville (I-VI), pourvoit au peuplement de l'enceinte en se servant d’une liste des anciens habitants qu'on retrouve aujourd'hui défigurée XI 3- 36 (1) ; un peu plus tard eut lieu la dédicace des murs de la ville (XII 27-43) (2). Esdras figure ici au v. 36, mais cette mention n appartient pas aux Mémoires authentiques de Néhémie ; elle est due à la main du rédacteur et ne peut pas être invoquée pour prouver la présence d'Esdras à Jérusalem à cette époque (3). Quant à l’assemblée de Jérusalem décrite au ch. VIII de Néhémie, et à l'institution de la communauté juive qui fait l'objet des ch. IX-X, elles ne tombent pas pendant le

premier séjour de Néhémie en Judée, mais bien plus tard.

Après douze ans passés à Jérusalem, Néhémie était retourné à Suse en 433. Quelque temps après 1l revient dans sa patrie et y'est témoin de graves abus ; il les réprime sévèrement (XIII 4 ss.). Il est manifeste, dit M. Kosters, que les réformes de

. Néhémie ne supposent pas encoreles faits racontés aux ch. VITI et IX-X de son livre (4).

!: C’est ici que vient se placer le retour d’Esdras avec sa caravane d'émigrants (Æsdr. VII-X) (5). Néhémie avait respecté les unions contractées avec les femmes étrangères (6) ; mais

lorsqu'Esdras apprit cette abomination, 1l en fut désolé au plus haut point. Sous sa direction, on allait entreprendre une réforme radicale ; les Juifs qu'il avait ramenés de Babylone poussèrent aux mesures extrêmes (7): ils ne voulaient rien

(1) p. 104 ss. — (2) p. 56 s. — (3) p. 26 ss. — (4) p. 76-87. — (5) p. 181 ss, — (6) p. 132. — (7) p. 117.

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