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connaissance de Néhémie et doit avoir été informé par ce dernier de la situation règnante en Judée. Or, dans la phrase qui suit celle où il vient de parler de la formation de Néhémie par Esdras, M. Kosters constate que celui-ci, arrivé à Jérusalem bientôt après le retour de son ami, y trouve une population qui ne répondait absolument pas à son attente ! (1) De fait les Mémoires d’Esdras nous racontent que le Sopher, apprenant qu'Israël n’était point séparé des peuples des terres, quau contraire il y avait eu des mariages entre Israélites et étransers, se livra au plus violent désespoir : « Je déchirai mes habits et mon manteau, je m'arrachai les cheveux et la barbe et m'assis plein de douleur (2) ». Qu'est-ce donc que Néhémie lui aurait raconté pendant les entrevues qu'il eut avec lui en Orient?
Le changement d’attitude de Néhémie vis-à-vis des mariages mixtes lors de son second voyage en Judée, s'explique très bien et s'explique seulement par l'engagement solennel que le peuple avait pris, lors de l’assemblée de Jérusalem, de ne plus permettre de semblables unions. |
Nous arrivons encore à la conclusion que cette assemblée, dans laquelle Néhémie reconstitua la communauté juive, eut lieu pendant son premier séjour, c'est-à-dire avant l’année 433. Les mariages qui provoquent lindignation de Néhémie, au ch. XIII, avaient été contractés au mépris de la parole donnée à Jéhova par le peuple. Qu'un mal de ce genre n'ait pas été extirpé du premier coup, à la suite d’une promesse faite en commun par la foule, 1l n’y a là rien d'étonnant ; il ne cessa pas davantage après les mesures de répression racontées au ch. XIIT ! On dit parfois que l'amour est aveugle ; encore plus souvent il est sourd. Nous croyons même que l’abus en question pourrait fort bien s'être reproduit avant le départ de Néhémie pour la Perse. Les Juifs n'avaient pas tous été consignés à Jérusalem ; on avait permis aux neuf dixièmes de la population de rester dehors; et parmi ceux qui étaient répandus dans les villages de la banlieue, des faits d'ordre privé comme ceux
(2) Esdras IX 38.
dont il s'agit ici, pouvaient passer inapercus. Néhémie les découvrit, lors de son retour, à l’occasion de l'enquête qu'il
fit (1) touchant la manière dont les résolutions de la grande assemblée avaient été observées pendant son absence.
M. Kosters, se refusant à voir dans les abus que Néhémie eut à réprimer suivant le ch. XIIT la violation des décisions
de l'assemblée tenue à Jérusalem, suppose (2) que le gouver-
neur Juif revint pour la seconde fois en Judée en 432, donc l'année même après son départ pour la Perse. Cela n’est dit nulle part. Tout ce que l’on pourrait inférer du ch. XIII 6, cest qu'il semble que ce fut encore sous le règne d'Artaxerxès que notre personnage obtint le renouvellement de son mandat; encorc cela n'est-il pas certain. Or Artaxerxès I règna jusqu'en 424. Entre l'époque de l'assemblée de Jérusalem (3) et cette dernière date, l'intervalle est plus long qu'il ne faut pour expliquer que les enfants nés de mariages illégitimes, pussent trahir à la fois par leur âge et par leur langage l’infidélité de
leurs parents (XIII 24).
. 5° Nous ne revenons plus sur l'argument que M. Kosters croit trouver dans l'usage des noms de Juda, de Juifs, sous lesquels le peuple est désigné au ch. XIII de Néhémie, comparés au nom d'Israël qui se présente aux ch. IX-X. Nous ajouterons ‘seulement une remarque à ce que nous avons dit plus haut sur ce sujet, pour montrer le caractère arbitraire et purement subjectif de semblables procédés d’exégèse. A la p. 97 de sa dissertation M. Kosters assure que les v. 1 s. du ch. IX nous ont conservé certaines données du « récit primitif » « montrant clairement » que « les Juifs palestiniens » eurent à se séparer des étrangers avant la cérémonie de l’alliance. Or à la p. 85 il en appelle à ces mêmes vv.1s. du ch. IX pour
prétendre qu'en cet endroit il est supposé que la caravane
d'Esdras est déjà revenue d'Orient ; en effet, dit-il, c'est Zsraël
qui, d’après ces deux versets, se sépare des étrangers ! — De
même, lorsque Néhémie, au ch. XIII v. 18, reproche aux
(1) Cfr. ch. XIII v. 15. — (2) p. 86, et ailleurs. — (3) Vr. plus loin.
violateurs du sabbat, qu'ils augmentent la colère de Dieu contre Zsraël, il doit s’agir là de l'Israël dispersé; mais lorsque, au ch. X v. 34, il est question de prières à offrir pour Israël, il ne peut s'agir ici que du peuple établi en Judée et cette parole prouve en conséquence qu'Esdras est revenu avec sa troupe de captifs ! — Qui donc pourrait se laisser convaincre par des raisonnéments de cette sorte ?
6° La dernière considération alléguée par le critique hollandais à l'effet de prouver que Néh. XIII doit prendre place avant IX-X est de la même valeur. La voici. Il est manifeste, dit-on, qu'aux ch. IX-X la communauté, dirigée par Néhémie, se trouve en bons termes avec le clergé, sinon elle n'aurait pu régler comme elle fait, les questions relatives aux revenus et aux appartements sacerdotaux. Or au ch. XIII il n'en est pas encore ainsi; nous y apprenons cependant à la faveur de quelles circonstances la situation supposée aux ch. IX-X fut amenée. Pendant l'absence de Néhémie, le grand prêtre Eliaschib était allé jusqu’à accorder à Tobie l’Ammonite, son parent par alliance, un appartement dans le temple ; ceci montre qu'Eliaschib était loin de partager les vues que nous voyons dominer dans l'assemblée de Jérusalem. Néhémie, à son retour, met ordre à tout cela; 1l expulse du temple Tobie ; il bannit un petit-fils d'Eliaschib qui était devenu gendre de Saneballat ; il conclut l'exposé de ses réformes en disant « qu’il purifia le clergé de tout élément étranger ». Il est évident qu’à la suite de ces incidents l'accord n’était plus possible entre Néhémie et le grand prêtre ; l’un des deux devait disparaître. C’est Eliaschib qui disparut ! Et voilà comment, aux chap. IX-X, nous trouvons la communauté dévouée à Néhémie, en parfaite harmonie d'idées avec le haut clergé.
Fort bien. Mais qui donc fut grand prêtre après Eliaschib ? Ce fut son fils Joïada (XIT 10, 22), c’est-à-dire le père même du gendre de Saneballat chassé par Néhémie (XIII 28). C'est donc lui qui aura représenté « le haut clergé » dans l'assemblée, de Jérusalem, pour servir d’expression vivante à la parfaite harmonie d'idées et à la sympathie qui règnaient entre Néhé-
mie et les familles supérieures ? — M. Kosters ne s'est-il pas fait cette réflexion que Néhémie, pour prendre à l'égard de la famille du grand prêtre l'attitude décrite au ch. XIIT, devait se sentir appuyé par l'opinion publique et par le droit ? Néhémie fait remarquer que l'installation de Tobie dans le temple n'eut lieu que pendant son absence (XIII 6), donnant à entendre que s’il était resté à Jérusalem rien de pareil n’aurait pu arriver. Néhémie aurait été capable de prévenir ces abus ; il fut à même, quand il en fut témoin, de les réprimer de force ; pourquoi donc n'aurait-il pas été capable, quelques années auparavant, de prendre des mesures d'ordre relativement aux revenus et aux appartements sacerdotaux ? Comment? La communauté assemblée sous la direction de Néhénie n'aurait pas eu, sous le pontificat d'Eliaschib, l'autorité requise pour s’engager à payer régulièrement ses redevances aux prêtres et aux lévites, pour décider que les lévites allaient fidèlement porter aux magasins sacerdotaux la part des dimes qui revenait aux ‘fils d'Aaron, pour promettre qu'on veillerait à la bonne administration et à l'entretien du temple, du culte et de ses ministres ; et Néhémie lui seul, agissant en son nom personnel, aurait eu l'autorité nécessaire pour intervenir dans les affaires du grand prêtre, pour jeter à la porte du temple son parent Tobie:; pour chasser son petit-fils, coupable d’un acte qui quelques années auparavant « n'était pas considéré comme péché » et qu'aucune décision, depuis lors, n'était venue déclarer tel ; pour entreprendre, en un mot, de dicter au clergé les règlements qu’il entendait lui faire suivre ? Voilà ce que prétend M. Kosters.
Non ; c'est parce que les faits qui s'étaient passés dans la famille du grand prêtre, parce que la conduite d’Elaschib lui- ‘même, éfaient contraires aux résolutions votées par l'assemblée, que Néhémie put recourir aux plus énergiques mesures contre les chefs mêmes de l’ordre sacerdotal. Nous arrivons toujours à la même conclusion : le récit du ch. XIII v. 4 ss. suppose les chapitres [X-X.
Nous pouvons nous dispenser d’alléguer d’autres arguments
pour établir que l’organisation de la communauté juive, décrite aux ch. IX-X du livre de Néhémie ne tombe point pendant le second séjour du personnage à Jérusalem. La discussion des faits produits par M. Kosters a suffi à le démontrer.
S 4. Le chapitre VIII et les chapitres IX-X de NÉHÉMIE ; leur ordre de succession. |
Suivant le récit que nous offrent, dans leur composition actuelle, les chapitres VIT 5-X de Néhémie, il est évident que le chapitre VIII décrit une cérémonie introductoire à la manifestation religieuse et patriotique racontée aux chapitres suivants. Le peuple, sans doute convoqué à cet effet, s’est assemblé à Jérusalem, au 7° mois, qui est d'ailleurs le mois des grandes panégyries populaires (VII 73° -VIIT 1). La solennité s'ouvre par la lecture de la Loi de Moïse, à commencer du premier jour du mois (v. 2). Le peuple, en écoutant la Loi, donna des signes de son repentir ; mais, sur le conseil de Néhémie {1}, sa . douleur se change en joie. Au second jour la lecture de la Loi porte sur la fête des Tabernacles qui approchaiït; aussitôt la foule se met en devoir de faire les préparatifs en vue d'une célébration plus grandiose que jamais. Pendant les sept jours de. la fête, c'est-à-dire du 15 au 22 du mois on lut encore la Loi : le 23 ce fut la solennité de clôture (VIII 18). Nous arrivons au ch. IX. Le 24° jour du 9° mois les fils d'Israël se réunissent … dans la pénitence et le deuil; on écarte tous les étrangers (IX 1 s.). La lecture de la Loi, la confession des fautes d'Israël et la prière entretiennent dans la foule les sentiments de componction. Les lévites, au nom de leurs frères, protestent devant Dieu du sentiment qu’ils ont des infidélités et de l'ingratitude du peuple ; puis le ch. X expose les obligations auxquelles la communauté s'engage envers Jéhova par un pacte solennel.
(1) Esdras le prêtre et Sopher et les lévites qui instruisaient le peuple, semblent ici introduits après coup ; le verbe est au singulier au v. 9 etencore au v. 10. Cfr. Néhémie et Esdras, p. 63 s. On pourrait encore supposer suivant 3 Esdr. IX 49 qu'il y ait eu à l’origine : Néhémie dit à Esdras ….
Il est clair, disons-nous, que les chapitres IX-X dont nous avons suffisamment parlé plus haut, font suite de la façon la plus naturelle, au ch. VIII. M. Kosters n'admet pas cela (1). A l'en croire, les premiers versets du ch. IX qui expriment en termes formels cette succession, ont été profondément remaniés ; — pas de manière cependant à empêcher un regard suffisamment exercé, d'y découvrir des indices précieux touchant le vrai caractère des événements et l’ordre dans lequel il faut les ranger. Le ch. VIIT, dit le professeur de Leyde, est consacré à la description d’un événement qui eut lieu quelque temps après la réorganisation de la communauté (IX-X). On com-
prend facilement pourquoi. D'après M. Kosters c’est la promul-
gation d'un nouveau code qui était primitivement racontée en cet endroit, or ce n’était pas le moment pour Esdras de procéder à la promulgation de nouveaux codes aussitôt après son
échec dans l'entreprise de réforme des mariages mixtes, encore
un des postulats du système de M. Kosters. Il faudra donc
loger la promulgation du nouveau code à une époque un peu plus récente, lorsque le Sopher aura eu le temps de réparer
l’atteinte portée à son prestige. C’est l’organisation de la com munauté, décrite Néhk. IX-X, qui remit Esdras de sa déconvenue et lui prépara du coup un public disposé à recevoir son
nouveau code.
Ainsi donc, d'après M. Kosters, « il est manifeste » que le