‹ Nouvelles études sur la restauration juive après l'exil de BabyloneChapitre 53 sur 65 · RAI · texte numérisé non relu

RAI

également séduisants. Ce que l’auteur dit au sujet des mariages mixtes, loin de soutenir sa thèse, se retourne, à notre avis,

invinciblement contre elle. Il est très vrai qu'au ch. VII-X

d’Zsdras, aussi bien qu’au ch. XIII de MNéhémie, la défense des mariages avec les étrangers est supposée en droit, qu’elle y est tacitement invoquée, tantôt pour justifier les châtiments sévères infligés aux coupables qui la transgressent, tantôt pour servir de point d'appui à une réforme radicale, Mais M. Schlatter n'a pas porté son attention sur la situation dont les Mémoires de Néhémie nous retracent Le tableau pour les premières années du séjour de ce personnage à Jérusalem. Ici nous ne voyons aucun indice d'une opposition quelconque aux mariages entre Juifs ét étrangers. Non seulement les unions de ce genre nétaient point réprouvées par l'opinion publique, puisqu'elles étaient cause qu'un grand nombre de Juifs, appartenant aux classes élevées, embrassaient ouvertement le parti de Tobie l'Ammonite contre Néhémie : mais Néhémie lui-même, tout en

déplorant amèrement cet état de choses, n’a pas un mot pour

blâmer les mariages qui y avaient donné lieu. Que faut-il en

conclure ? Il faut en conclure que la défense portée contre les

mariages dans l'assemblée de Jérusalem, fait suite aux événements racontés dans la première partie du livre de Néhémie ; qu’elle fut occasionnée par le triste spectacle des divisions dont on avait été témoin lors de la reconstruction des murs ; et

encore, que l’histoire de la réforme d’Esdras doit être ramenée

après Yassemblée de Jérusalem et après la double mission de Néhémie.

Plus d'une difficulté soulevée par M. Schlaiter contre la placé qu’occupent dans les récits sur cette époque, l'assemblée de Jérusalem et les vœux qui y furent exprimés, les résolutions

qui y furent prises, se serait évanouie, si l’auteur avait tenu

compte de notre système chronologique. Sans doute les mesures auxquelles on eut recours pour assurer l'entretien et l'exercice régulier du culte, présentent tous les caractères d'une rénovation et supposent qu'avant ce moment ces intérêts avaient été

négligés. On comprendra parfaitement une situation pareille,

si l’on considère les conditions dans lesquelles les Juifs avaient vécu pendant trois quarts de siècle et dont Néhémie, dans la première partie de ses Mémoires, nous laisse mesurer les lamentables conséquences. — Nous admettons volontiers, nous soutenons même, que les actes de l'assemblée de Jérusalem concernant l'administration du temporel du culte, se conçoivent à peine, ou ne se conçoivent point du tout à la suite de lhistoire qui nous est racontée aux ch. VII-X d'Esdras. Il est manifeste en effet qu'à l'époque où la communauté décréta les règlements énoncés Néh. X 22 ss., les affaires matérielles du temple devaient se trouver depuis des années dans une situation très précaire ; on dut aller jusqu'à établir par le sort l'ordre suivant lequel les familles seraient appelées à fournir le bois pour l'autel (X v. 35 ss.). Plus loin nous lisons que l'on institua une commission chargée de veiller à l'administration des biens et revenus du temple (XII 44). Or, aux ch. VII-X d’Esdras rien ne trahit une situation semblable. Esdras recommande à ses compagnons de garder avec soin les dons précieux dont ils sont chargés, afin qu'ils puissent les déposer intacts dans les Zischkôth de la maison de Dieu à Jérusalem (VIII 28 s.) ; le quatrième jour après son arrivée il remet l'or et l'argent et les vases sacrés, à des personnages dont les noms sont indiqués et qui forment sans aucun doute une commission officielle ; les offrandes sont pesées et comptées avec soin et inscrites dans un régistre ; tout se passe dans l’ordre le plus parfait (Esdr. VIII 33 s.). Il est d’ailleurs invraisemblable qu'Esdras, investi par le roi d'une mission publique, promoteur zélé de la Loi et jouissant parmi ses compatriotes d’une grande autorité, eût pu laisser, pendant plusieurs années, les choses du culte dans l’état où elles se trouvaient lors de l'assemblée décrite Néh. VIII ss. | Tout cela confirme notre théorie, qu'il convient de ramener l'expédition et la réforme d’Esdras après cette assemblée; mais on ne saurait en conclure que celle-ci eut lieu pareillement avant l’époque de Néhémie. Nous savons que lorsque Néhémie arriva à Jérusalem 1l y trouva un complet désordre. Pour se

faire une idée de l'étendue du mal on n’a qu'à se rappeler les abus qui se reproduisirent aussitôt après son départ et dont il nous à gardé un aperçu dans la relation de son second voyage. Le temple profané par l’intrusion d’un Tobie l'Ammonite, auquel le grand prêtre avait accordé un droit de contrôle sur les revenus publics (XIII 4 ss.); les irrégularités commises dans la distribution des parts revenant aux lévites (10 ss.), et qui obligèrent Néhémie à renouveler le personnel de l’administration (v. 13); les négligences dans la fourniture du bois pour l'autel (v. 31) : ces faits témoignent que le gouverneur juif eut à déployer tout son zèle notamment en faveur des intérêts du culte. Ce n’est pas sans raison qu’il se fait lui-même de sa conduite en cette matière, un titre spécial aux bénédictions divines : « Souviens-toi de moi, mon Dieu, pour tout cela, et n’efface point mes œuvres de piété que j'ai accomplies pour la maison de mon Dieu et pour ses services » (14). Personne ne croira que jusqu'en 433 les affaires du temple et de ses ministres ävaient toujours fait l'objet de soins assidus et que soudain, lorsque Néhémie s’en fut retourné à Suse, son absence donna lieu à toutes sortes d'abus dont on n'aurait jamais oui auparavant. Ce qui se passa pendant l'absence de Néhémie, ne put être qu'une recrudescence des maux qui avaient longtemps règné avant sa première mission ; et encore une fois le triste état de la communauté juive avant 445, tel qu'il nous est décrit aux six premiers chapitres de Néhémie, ne nous permet que trop bien de comprendre l’existence de ces misères. On n'a pas le droit de s'étonner que déjà durant son premier séjour le zélé patriote eut à consacrer ses efforts à mettre ordre à la situation. C’est le résumé des décisions et des mesures qui furent prises sous sa direction que nous offre le chap. X de son livre. Mais Jes maux invétérés sont difficiles à guérir. Le réorgamsateur de la communauté s’en aperçut lorsqu'il revint en Judée pour la seconde fois, comme plus tard Esdras l'éprouva à son tour pour ce qui regarde en particulier les mariages mixtes.

M. Schlatter constate lui-même, en parlant du sabbat, qu'à l'époque de Néhémie le peuple s'était relâché (XIII 15). Cepen-

dant il en conclut que la résolution exposée X 32, concernant le respect du repos sabbatique, doit remonter à une époque antérieure à celle qui lui est assignée dans Île texte actuel ; en effet, dit-il, cette résolution témoigne de l'enthousiasme des premiers débuts. — Mais le relâchement qui s'était introduit dans la communauté, et qui datait sans aucun doute d'avant Néhémie, ne prouve-t-il pas avant tout, contrairement à ce que M. Schlatter nous laissait entendre un peu plus haut, que l'assemblée tenue à Jérusalem, l'alliance qui y fut renouvelée, les engagements auxquels on y souscrivit, avaient leur parfaite raison d'être au temps de Néhémie lui-même ? Sans doute les manifestations auxquelles on se livra à cette occasion témoignent de l'enthousiasme qui règnait à Jérusalem ; on comprend ces sentiments à une époque où le peuple voyait, après un siècle et demi d'attente, les murs de la ville sainte enfin relevés de leurs ruines, en dépit des obstacles qu'avait suscités à cette œuvre, jusqu'aux tout derniers Jours avant son accomplissement définitif, le parti de l'étranger. La foule et ses chefs promirent avec toute la ferveur que ces circonstances étaient de nature à inspirer, que désormais la Loi serait fidèlement observée. Si à cette première ardeur les actes furent loin de répondre entièrement dans la suite, au moins chez un grand nombre, ce refroidissement nouveau ne prouve rien contre les solennelles promesses qui l'avaient précédé. On avait vu le même phénomène se produire aux premières années de la Restauration; sous le règne de Cyrus le temple avait été fondé au milieu de l’entrain universel; et en la seconde année de Darius nous entendons le prophète Aggée reprocher amèrement à ses compatriotes leur indolence et leur tiédeur pour l’œuvre de la maison de Dieu. — Au reste les termes dans lesquels se trouve énoncé, X 32, l'engagement touchant l’observation du sabbat, n’ont point la généralité, le caractère absolu, qu’ils auraient revêtus, s’il se fût agi dans nos chapitres d'une toute première organisation:

de la communauté revenue de l'exil. Ces termes répondent

visiblement à certains faits particuliers, à certaines circonstances spéciales de l’époque à laquelle l'assemblée a lieu :

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