‹ Nouvelles études sur la restauration juive après l'exil de BabyloneChapitre 55 sur 65 · RAT · texte numérisé non relu

RAT

Mais un peu plus loin (1), M. Schlatter soutient que dès la

première année du retour des captifs sous Cyrus, on était parfaitement fondé à parler du sanctuaire ! Il est amené à en juger ainsi parce qu'aux ch. VIII-X de Néhémie il est parlé à plus d'une reprise de Za maison de Dieu dont l'existence est supposée. Si les chapitres en question se rapportent au temps de Zorobabel, 1l faudra admettre qu’alors déjà Jérusalem possédait un sanctuaire, une demeure de Jéhova. C'est aussi ce que M. Schlatter se voit obligé d'affirmer. Dès lors il n’a pas le droit de prétendre que l’omission de la fête de l’'Expiation s'explique pour l'époque de Zorobabel par l'absence de sanctuaire. Le silence du ch. VIII de Néhémie sur la célébration de cette fête

ne plaidera donc point pour la thèse de l’auteur.

Ce qui nous semble bien sûr en tout ceci, c’est que tout d'abord, rien ne devait mettre obstacle à la célébration de la

fête de l'Expiation dès les premières années du retour sous

Cyrus. Nous lisons au ch. III d'Esdras que sur l'autel provi-

soire qui fut établi avant la fondation du temple, on offrit tous

les sacrifices, qu'on y célébra toutes les solennités suivant les

prescriptions de la Loi. Evidemment il dut y avoir des rites

que l’on ne pouvait convenablement observer aussi longtemps que le temple n'était pas rebâti ; on fit ce que l'on put. On pouvait agir de même pour la fête de Kippourim; et rien n'empéchait assurément que le peuple observât le jeûne et le repos

que la Loi prescrivait pour ce jour solennel. — Ce qui n'est

pas moins certain c'est que l’état de choses supposé aux ch. VIII-X de Néhémie ne répond absolument pas à la description qui nous est faite Zsdras IIT des débuts de la restauration du culte. De l’autel provisoire il n'est pas dit un mot dans nos chapitres. Ce qui, au contraire, y est mis hors de doute c'est l'existence du temple. Pendant la fête des Tabernacles on élève des tentes dans les parvis de la maison de Dieu (VIIT 16); plus loin on s'engage à payer un tribut annuel d’un tiers de sicle pour les offrandes, les sacrifices ef pour tout service quelconque

de la maison de notre Dieu (X 34) ; on détermine par le sort l'ordre dans lequel les familles sacerdotales et laïques devront

apporter à a maison de notre Dieu le bois pour l'autel (35) ;

les premiers-nés et les prémices seront pareillement amenés à la maison de Jéhova (36), aux prêtres qui exercent les fonctions sacrées dans la maison d& notre Dieu (37). Les prémices

‘ainsi que les dîmes devront être déposées dans les lischhôth de

la maison de notre Dieu etc. (38-40 cfr. XII 44). Le temple existe avec toutes ses dépendances. Nous ne sommes plus ici sous le règne de Cyrus.

Les prêtres signataires de l'alliance Néh. X 3 ss., sont les mêmes, dit M.Schlatter, que les prêtres qui revinrent avec Zorobabel, Néh. XIT 2 ss. Ne s'ensuit-il pas évidemment, demandet-il, que l'alliance décrite au ch. X doit être rapportée à l'époque de Zorobabel ? L'auteur soutient qu'aux deux endroits indiqués, les noms représentent non pas des classes sacerdotales mais des individus. — Nous persistons à croire le contraire. Il est certain qu'au ch. XII v.2 ss., la liste n’a pas pour objet de nous communiquer en détail les noms de tous les prêtres qui retournèrent de l'exil sous le règne de Cyrus. La série ne comprend que vingt-deux noms, et il est plus que probable qu'au v. 21 d'abord, au v. 7 ensuite, celui de Jedaja a été. inséré une seconde fois par abus (1). Au ch. X vv. 3 ss., nous trouvons pareillement vingt et un noms. Il ne saurait être. douteux cependant que l’énumération représente moralement tout le corps sacerdotal dans son ensemble. Il s'ensuit de toute nécessité que ce sont bien des classes sacerdotales qui sont visées dans les deux passages ; il ne saurait être question que de savoir si les noms sous lesquels elles sont désignées leur sont appliqués comme telles, en vertu d’une institution permanente, déjà plus ou moins ancienne; ou s'ils appartiennent en

(1) Vr. notre Réponse à Kuenen p. 89.

propre à des individus, de manière que les classes seraient respectivement désignées par les noms de leurs chefs actuellement en fonction. Cette dernière hypothèse semble, des abord, peu probable, On conçoit difficilement que les noms des chefs auraient servi, d’une manière absolue et indépendamment d'une institution quelconque, à représenter les divisions de l’ordre sacerdotal. Ensuite il est remarquable que les noms des grandes divisions : Jedaja, Immer, (Paschhur), Harim, se retrouvent, tantôt tous les quatre, tantôt à une exception près, parmi les vingt et un noms de Néh. X, et au ch. XIT G). De ce fait on est naturellement disposé à conclure que les noms énumérés Néh. X et XII désignent simplement des sections du corps sacerdotal, de même que les quatre noms que nous venons de rappeler, appartiennent eux aussi, non pas à des individus, mais à des classes.

- Au premier livre des Chroniques XXIV 7ss., nous apprenons que les prêtres étaient, depuis longtemps avant l'exil, divisés en vingt-quatre groupes. Parmi les noms de ces groupes nous en comptons dix qui figurent dans le tableau de Né. XIL.. Nous avons rappelé tout-à-l’heure qu'ici comme au ch. X, les listes ne renferment que vingt et un noms. Or au ch. II d'Esdras v.61ss. (coll. Néh. VII 63 s.), il est dit qu’au moment du retour de Zorobabel, on exclut provisoirement des rangs du sacerdoce les membres de trois classes, parce qu'ils ne pouvaient établir leurs titres généalogiques ; et parmi ces trois, celle de Haqqos se présente aussi dans la liste du livre des Chroniques. Il semble que l’on soit parfaitement fondé, dans ces conditions, à voir au ch. XII v. 2 ss. une classification des prêtres répondant à une institution déjà ancienne. En

(1) Au ch. XII Amarja — Immer (de même X 4); Rehum — Harim (v. 3 coll. 15). Les listes du ch. XII n’ont pas le nom de Paschhur qui se lit X 4. Nous avons exprimé l’avis qu'en ce dernier endroit le nom en question aurait été inséré après coup, de même ceux de Mallukh, Daniel, Barukh, Meschullam. Ces cinq noiws remplacent au ch. X les cinq derniers noms de la liste du ch. XIL : Joïarib, Jeda‘ja, Sallu, Amoq, Hilqia. Peut-être le nom de Paschhur n'était-il pas appli- qué à une des vingt quatre divisions de l'ordre sacerdotal. La liste du ch X est

certainement défectueuse. Voir Réponse à Kuenen 1. c.

principe l’ordre sacerdotal comprenait vingt quatre classes ; et la comparaison de I Chron. XXIV 7 ss. avec Néh. XII 2ss., ‘malgré les différences que l’on y observe pour une bonne moitié des noms, est bien de nature cependant à nous convaincre que les noms qui figurent en ce dernier endroit ne sont pas des noms d'individus, mais de classes. Il n’y a donc pas lieu de s'étonner des ressemblances que présente la liste de Néh. XII . avec celle du ch. X, ni surtout d'en conclure que les faits exposés aux deux endroits sont arrivés à la même époque.

Des données que renferment les livres d’EXsdras et de Néhérte, il résulte que l’organisation du corps sacerdotal, après l'exil, comportait une triple classification. Les prêtres étaient d'abord répartis en fils d'Eléazar-Pinehas, et en fils d'Ithamar; cette distinction était encore en usage à l’époque d’Esdras (Esdr. VIIT 2). On avait ensuite un premier sectionnement plus spécial en fils de Jedaja, de Immer, de Paschhur et de Harim. C'est suivant cette distinction que sont groupés les prêtres qui revinrent de l'exil avec Zorobabel (Esdr. IT 36 ss.) ; elle était pareïllement encore en vigueur à l’époque d’Esdras (X 18 ss.). Enfin il y avait la subdivision plus avancée encore, bien que peut-être plus ancienne que la seconde, en vingt quatre classes dont les noms ont varié, au moins en partie, à diverses époques. Sur les quatre noms employés dans la classification précédente, trois au moins, à savoir Jedaja, Immer, Harim, étaient également attachés à des groupes de cette dernière subdivision. Celle-ci, qui remontait à l'époque préexilienne au témoignage de 1 Chron. XXIV, subsista bien longtemps après Zorobabel, Néhémie et Esdras, comme il résulte de 1 Mac. II 1, Luc. I 5. At

Pour soutenir son assertion, que Néh. XII 2 ss., 1l est. question d'individus, M. Schlatter en appelle aux vv. 12ss.,. où les noms de la série des vv. 2-7, sont reproduits et associés chacun au nom d'un prêtre en fonction sous le pontificat de Joïaqim. Mais rien ne prouve qu'aux vv. 12 ss. les noms. accouplés soient tour à tour ceux de deux personnages dont

l’un aurait succédé à l’autre. M. Schlatter a tort de traduire 00

Pesl —

à la place de Seraja, Meraja ; à la place de Jirmja, Hanania, etc. Il faut comprendre l'énumération des prêtres chefs de famille à l’époque de Joïagim, en ce sens : de (la classe de) Seraja, Meraja ; de (la classe de) Jirmja, Hanania, etc. (cfr. 1 Mac. HoLuc: I 5) ().

À notre avis, le tableau dont les restes défigurés sont con- servés au ch. XIT du livre de Néhémie, avait pour objet d'indiquer les chefs des classes sacerdotales et lévitiques qui se succédèrent depuis Joïaqim, probablement jusqu’à l'époque de l'auteur. La souscription énoncée au v. 26 montre que les listes des chefs de famille prenaient leur point de départ à Joïaqiîm. L'auteur commence par rappeler comment les classes sacerdotales et lévitiques étaient constituées depuis le rétablissement du peuple dans le pays (vv. 2 ss.) ; pour les lévites (v. 8 s.) le texte est loin d'être complet et sûr. Ensuite, pour fixer en quelque sorte la trame des listes qu’il allait communiquer, l'auteur rappelle aussi la succession des grands prêtres depuis Jeschoua jusqu'à Jaddoua (10-11). Suivent les listes ellesmêmes. D'abord les prêtres chefs de classes sous le pontificat de Joïaqim (v. 12-21)... ; c’est la seule partie qui nous soit parvenue dans un état convenable. La suite, où nous devions sans doute trouver tour à tour les lévites chefs de famille sous Joïaqim ; puis les prêtres en chef du temps d’Eliaschib, les lévites en chef de là même époque etc., semble avoir été en grande partie éliminée par les copistes ; il n'en reste plus, aux vv. 22-25, que des tronçons informes où l'on peut encore reconnaître les vestiges des rubriques qui figuraient en tête des énumérations de lévites. |

Ne faut-il pas reconnaître, nous demande-t-on, qu'au ch. X de Néhémue, la liste des signataires de lalfiance renferme au v. 2, avant les prêtres ; et au v. 10, en tête des lévites, des noms d'individus ? De quel droit dès lors verrait-on dans les noms des autres lévites et des prêtres, des. noms de familles ou de classes ? — Nous avons dit pourquoi nous y voyons des

(1) Sur les conclusions auxquelles l’exégèse suivie par M. Schlatter conduisait de Sauley, vr. Zorobabel et le second temple p. 26.

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