RER
noms de classes. Il est d’ailleurs facile de rétorquer l'argument, Il est certain qu'à partir du v. 15, immédiatement après les prêtres et les lévites, nous avons une série de noms de familles représentant l’ensemble du peuple laïque. En effet les fils de Par'os, à l'époque du retour, étaient au nombre de deux mille cent soixante douze ; les fils de Pahath-Moab au nombre de. deux mille huit cent dix huit ; les fils d'Elam au nombre de mille deux cent cinquante quatre, etc. M. Schlatter devra donc reconnaître que les Par'os, Pahath-Moab, ‘Elam, etc. de Néh. X 15 ss., sont des noms de familles et pas d'individus vivant au temps de Zorobabel. De quel droit dès lors nous obligerait-on à voir dans la première partie de la liste (3-14) des noms. d'individus ? )
I n’est pas étonnant que Néhémie ait signé en son nom personnel. Le Sidqia du v. 2, Jeschoua et Binnuï au v. 10 peuvent avoir eu, eux aussi, à ce privilège, des titres que nous ne CONNAISSONS Pas.
Nous ne pouvons du reste pas perdre de vue qu'il convient de n’user des listes des livres d’Æsdras et de Néhémie qu'avec beaucoup de circonspection. Nous croyons qu'au ch. X même, qui nous occupe 1c1, la liste des prêtres signataires a été d'une part mutilée, et de l’autre grossie par des noms empruntés d'ailleurs (1). Il est à remarquer pareillement que dans la liste des lévites, les noms de Schebanja-Hodija sont répétés deux fois dans le même ordre (11, 13-14). | #x
Nous admettons volontiers qu’au v.10 Jeschoua jifs d'A zanja, et Binnuï des fils de Henadad semblent bien figurer comme individus (cfr. Néh. IIT 24) (2). Mais plutôt que d’en conclure que les autres noms aussi désignent des individus, M. Schlatter aurait dû être tenté de croire que ce Jeschoua et ce Binnuï pourraient,
(1) Réponse à Kuenen 1. c.
(2) Ce jugement ne s'appuie pas sur le simple fait que ces noms sont accompagnés chacun d’une notice généalogique. Car les noms éponymes de classes sont plus d'une fois traités de la même manière; vr. ÆEsdr. II 61 l’observation sur Barzillaï ; Néh. XI 4 ss. Tss., 10 ss. etc. Mais au ch. X v. 10, Jeschoua et Binnui seuls de toute la liste des lévites, ont à côté de leur nom la mention de leur origine. D
avoir été substitués ici à deux classes portant un nom identique ou analogue, par un rédacteur qui avait trouvé la men-
tion de ces personnages dans des écrits se rapportant à l’époque
de Néhémie. Le nom de Qadmiël, qui est énuméré X 10 sur la même ligne que Jeschoua et Binnuï, est bien connu comme
celui d'une classe de lévites. Jeschoua lui-même figure comme
nom de classe, à côté de Qadmiël et de Henadad Æsdr. III 9 ;
vr. aussi Æsdr. II 40. Bani est également un nom de classe
lévitique.
On conçoit aisément que les énumérations si fréquentes de noms propres, dans les livres d’Esdras et de Néhémie, aient ça et là influé les unes sur les autres et qu'il soit résulté certaines méprises de l'emploi différent des noms, tantôt pour désigner des individus, tantôt pour désigner des familles. — Au point de vue de la construction grammaticale
de la phrase, le texte offre parfois des irrégularités qui trahis-
sent la combinaison artificielle des noms Ainsi Néh. XII 8 on
est surpris de lire au singulier : nt NY m97h 25... lui ef
ses frères, après une série de six noms propres qui se tiennent
étroitement. Cette notice doit avoir figuré à côté du nom de
Mattanja seul, détaché des cinq noms qui le précèdent dans notre passage ; au v. 9 au lieu de “55 (125) 1l faut lire sans doute 72%, de façon qu'aux vv. 8°-9 nous serions en présence d'un fragment où les lévites-chantres Mattanja (et ses frères), Baqbuqja et Abdja (et leurs frères), se trouvaient groupés
| comme XI 1: XIT 25. Les noms de Jeschoua, Binnuï, Qad-
miél, Scherebja, Jehuda (— Hodija?) XII 8, peuvent avoir été pris au ch. X vv. 10 ss. Remarquons encore à ce propos que
XII 25 les groupes Mattanja, Baqgbugja, Abdja, — Meschullam,
Telinon, Aqqub, se trouvent associés dans le texte actuel
comme portiers ; au ch. XI v. 17 les premiers, comme lévites- chantres, sont distingués des seconds comme portiers. On se
demande pourquoi Néh. IX 4 et 5 les lévites en vue sont deux fois énumérés et comment il faut expliquer les différences qui s’observent dans cette double série de noms ? On pourrait multiplier ces rapprochements. Il ne faut donc pas trop s'étonner
CPAS
ra
que certains noms lévitiques se présentent dans des conditions bien différentes Néh. IX 4 s., VIII 7 et X 10 ss. —— Il ne faudrait pas s'étonner davantage qu'en ce dernier endroit des noms d'individus eussent été indûment, par substitution ou par interpolation, ajoutés aux noms des classes lévitiques.
Toutefois, nous le répétons, il n’y a rien d’impossible à ce que Néh. X, au v. 10 comme au v. 2, nous aient été conservés les noms d'individus qui signèrent le pacte à quelque titre personnel. Les noms de Jeschoua fils d'Azania et de Binnui des fils de Henadad, pourraient avoir occasionné la disparition des noms de familles lévitiques Jeschoua et Bani. On ne s'explique guère pourquoi on les aurait interpolés.
L'examen auquel nous venons de nous livrer, montre suffsamment, croyons-nous, que le récit des chapitres VIII-X de Néhémie se rapporte à l’époque même de ce personnage et nullement à celle de Zorobabel. [l n’y a aucune raison de considérer, VIII 9 et X 2, le nom de Néhémie comme interpolé, en conservant le titre de Hattirschata comme seul authentique.
Si, au premier de ces deux endroits, il fallait choisir entre le nom et le titre, c'est au nom qu'il faudrait accorder la préférence ; c’est le titre qui fait l'objet de la parenthèse, et outre cette raison tirée de la forme même du discours, on pourrait en appeler à la leçon des LXX qui a, en effet, le nom de Néhémie tout seul, sans la parenthèse. — Le témoignage de
1 (3) Esdras IX 49 ne saurait ici prévaloir ; on s'explique parfaitement l'omission du nom de Néhémie dans cette version, sans lui attribuer l'honneur d’avoir conservé la leçon primitive ; l’auteur aura jugé opportun, à la fin de son livre consacré en grande partie aux actes d'Esdras, de taire le nom du gouverneur Juif qui avait été mêlé aux événements racontés en dernier lieu (1). ,
(1) Néhémieet Esdras p.63s. Voir encore ce que nous observons plus loin, $ 8.
S 6. La composition littéraire de Néu. VII 6-VIII ss. el la date de l'assemblée de Jérusalem.
Nous avons avant tout, dans ce paragraphe, à rechercher la solution d’une question difficile : quel est, au point de vue littéraire, le lien qui rattache la section des chapitres VII 6-XITI aux Mémoires de Néhémie ?
Il est certain tout d’abord que le tableau de Nén. XII 1-26 nest pas de l’auteur des Mémoires ; il n’a aucun rapport avec
les événements qui font l’objet du récit et ne fait qu’en inter-
rompre la suite.
Un certain désordre semblable règner dans la disposition actuelle des relations renfermées aux ch. XI s. Ce qui prouve
d’ailleurs que les derniers chapitres de notre livre ne nous sont
point parvenus intacts dans leur état de composition première,
c'est, outre la présence du tableau dont nous venons de rappe-
ler l'origine étrangère (XII 1-26), le fait qu'avant le v. 4 du ch. XIII il y à une lacune ; ce verset forme visiblement la con-
tinuation d'un exposé qui a disparu du texte.
Nous pensons que le passage XII 44-/in-XIIT 1-3 doit
prendre place immédiatement après le chap. X. En laissant de
côté provisoirement les listes du ch. XI v. 3-36 nous croyons devoir ranger les textes et les faits dans l'ordre que voici :
VIT 6-X (communication de la liste des compagnons de Zoro-
babel, convocation du peuple à Jérusalem, lecture de la Lor, célébration de la fête des Tabernacles, manifestations de péni-
tence et confession des lévites, alliance renouvelée avec Dieu et
réorganisation de la communauté) ; XIT 44 ss. (éfabhissement d'une commission pour veiller à l'adininistrahion des dépôts publics et à la répartition des revenus entre les ayant-drott) ;
XIII 1-8 (expulsion des étrangers du sein de la communauté) ;
XI 1-2 (mesures prises en vue du peuplement de Jérusalem) ; ….… et enfin XII 27-43 (inauguration des murs).
Ilest entendu qu’en posant la question de l’origine de ces morceaux et de leur rapport avec les Mémoires de Néhémie,
nous les considérons dans leur ensemble et sans vouloir appli-
quer nos conclusions à chaque élément particulier du texte. Les rédactions postérieures, comme nous avons déjà eu l'occasion de le constater, peuvent sans doute ça et là y avoir laissé de leurs traces.
La description de l'assemblée de Jérusalem et des faits qui se passèrent à cette occasion, est-elle, quant à la substance, de la main même de Néhémie ?
La critique donne très souvent, aujourd'hui, une réponse négative à cette question. Cette réponse est-elle suffisamment justifiée ? Voici certaines considérations dont 1l faudra, dans tous les cas, tenir compte pour la solution du problème, ou pour une juste appréciation des difficultés.
1° Au ch. VII v. 5 la liste des compagnons de Zorobabel est introduite par une notice conçue à la première personne, et que, de ce chef, on est en droit de considérer comme appartenant aux Mémoires. C'est une assertion gratuite de prétendre que le v. 5? aurait été remanié, et qu'à l’origine, au heu de ceux qui arrivèrent au commencement, notre texte annonçait les habitants d'autrefois ; une introduction à laquelle aurait fait suite le tableau renfermé au ch. XI 3 ss. (coll. 1 Chron. IX 2 ss.) (1). |
M. Kosters insiste très fort sur l'impossibilité où 1l se trouve de comprendre l’à-propos, en cet endroit, de la liste des Juifs retournés sous Cyrus (2). Il est naturel que dans ces conditions il ait cherché à reconstruire le texte et à remplacer par autre chose le tableau des rapatriés. Pour d’autres la même
raison de bouleverser les documents n'existera pas. Nous
croyons pour notre part assez bien comprendre l'utilité qu'avait pour Néhémie la liste des compagnons de Zorobabel. Après avoir rebâti les murs de la ville, Néhémie avait à pourvoir au peuplement de l'enceinte (VII 4); « .... la ville était très vaste et très grande, mais peu de monde y habitait et il n’y avait guère de maisons bâties... » [l se proposait aussi de reconstituer la communauté juive dans toute sa pureté. Pour
(1) Kosters p. 107.
atteindre ce double but il fallait commencer par se rendre un compte exact de la population nationale, vraiment israélite, de la Judée. Le Peha juif s’appliquera donc à s'instruire à ce sujet ; 11 continue : « Et Dieu m'inspira l'idée de convoquer les notables, et les chefs, et la foule, afin de procéder à un recensement ». Ce quil veut, c'est de connaître l’état des familles juives qui habitent le pays ; il faudra, d’après les données recueillies, aviser à donner à Jérusalem une population suffisante et pure. Les familles juives établies dans le pays étaient celles qui étaient revenues de l'exil quatré-vingt-dix ans auparavant, celles qui à cette époque avaient formé la première communauté de la Gola. Mais quelles étaient ces familles ? Quelle était leur force respective ? Voilà ce que Néhémie ignorait et ce quil avait besoin de savoir. Or, tandis qu'il en était aux préparatifs en vue de l'assemblée projetée, voilà qu'il fait une trouvaille : « Je découvris, dit-il, le régistre de ceux qui étaient retournés autrefois et jy trouvai écrit ce qui suit... » . I a découvert un document où étaient énumérées, avec indication du chiffre de leurs membres, les familles ramenées en Judée par Zorobabel, et dont ce dernier avait contrôlé et attesté l’origine israélite authentique. C'était précisément ce qu'il lui fallait! Sans doute, depuis l’époque de Zorobabel importance numérique des diverses familles devait s'être accrue. Mais d’abord on pouvait évaluer approximativement cette augmentation. Puis, pour le but de Néhémie, il était d'un grand intérêt d’avoir une base d'appréciation touchant la valeur proportionnelle des fanulles ; on pouvait, d'après les données recueillies sur ce point, fixer d'avance les contingents à fournir par les différents groupes pour le peuplement de la capitale qui allait recevoir un dixième de la population totale. Enfin pour l’organisation de la communauté, pour la séparation d'avec les éléments d'origine étrangère, la liste des rapatriés était d'un usage non moins précieux ; tous ceux qui n'appartenaient pas aux familles enregistrées pouvaient être mis en demeure d'établir par des titres spéciaux leur droit à être reçus, sous peine de se voir frappés d'exclusion. Le recensement
auquel Néhémie se proposait de se livrer, était, du coup, plus qu'à demi fait par l’heureuse découverte. Nous ne voyons pas qu’il faille se donner un grand effort de pensée pour comprendre tout le prix qu'avait pour lui la liste en question.
On nest donc en aucune manière fondé à récuser le témoignage formel du texte portant que Néhémie lui-même inséra | dans ses Mémoires la liste de ceux « qui étaient revenus au
; commencement. »
2 Néhémie doit avoir parlé dans ses Mémoires de la grande assemblée de Jérusalem. Malgré la découverte du régistre des rapatriés, cette assemblée était indispensable pour établir les bases de la constitution nouvelle à donner au peuple et pour
| arrêter les mesures à prendre en vue de peupler Jérusalem. ‘10 Nous savons d'ailleurs par XI 1-2 que c'est en effet dans l'assemblée que cette importante affaire fut traitée et résolue. S'il n'est pas question, dans la description des actes de l’assemblée, de l'opération du recensement qui était d’abord le but le plus immédiat de la convocation (VIT 52), c'est que, dans l'intervalle, la trouvaille de la liste avait mis Néhémie en possession des principaux résultats auxquels 1l voulait arriver par le recensement. Il pouvait à présent consacrer tous ses efforts à obtenir un groupement plus compact des familles juives, et leur séparation complète d'avec les éléments étrangers qui étaient mêlés à la population israélite. Au reste, cette reconstitution de la communauté, sur la base de la Loi et de certaines dispositions spéciales dictées par les circonstances, était à la fois une condition préliminaire pour compléter, au point de vue de la situation actuelle, les données du régistre de Zorobabel ; — un moyen d'amener une partie du peuple à choisir ou à accepter comme séjour l'enceinte de la capitale — et une e garantie pour la durée de l’œuvre patriotique, |
3° Le rapport sur l'assemblée de Jérusalem tel que Néhémie l'inséra dans ses Mémoires, renfermait l'exposé des décisions prises sur la répartition, entre les prêtres et les lévites, du produit des dîmes et autres redevances populaires, sur l'obser- D. vation du sabbat, sur les mariages avec les étrangers. Dans la
partie de son histoire où le gouverneur juif nous retrace le tableau des réformes qu’il eut à accomplir lors de sa seconde mission en Judée, il suppose que le lecteur a sous les yeux l'énoncé des obligations auxquelles la communauté s'était
engagée touchant ces divers objets. En effet au ch. XIII v.
L . L . # 4-31 on ne trouve plus aucune mention explicite de l'alliance
dont les termes sont inculqués au ch. X, bien que la conduite
de Néhémie XIII 4ss., s'appuie manifestement sur ces engagements contractés auparavant par la nation. Les mesures auxquelles il a recours ne se comprennent que comme une application, parfois comme un renforcement, des résolutions adoptées par l'assemblée. La parfaite harmonie entre les exigences du Peha juif, entre l'attitude qu'il prend relativement aux choses du culte au ch. XIII v. 4 ss., et les dispositions promulguées au ch. X, montrent que celles-là se rattachent à celles-ci. Il faut donc que les Mémoires de Néhémie aient ren-
fermé la relation des actes de l'assemblée touchant les points
sur lesquels porta la réforme racontée au ch. XIII. Dans ces
conditions seulement Néhémie pouvait supposer connus du
lecteur les principes et les règles qui servirent de base à cette dernière. Rappelons encore que les termes dont se sert Néhémie XIII 4 ss., répondent parfois d'une manière significative à ceux employés dans le rapport sur l’assemblée (XIII 11 coll.
KAe Cependant, dira-t-on, il est invraisemblable que les cha-
. pitres VIII ss. aient jamais figuré dans les Mémoires authen-
tiques de Néhémie. Celui-ci parle régulièrement, dans le récit
quil nous fait de ses travaux, à la première personne du sin-
gulier ; dans les chapitres en question (:X-X) le discours est, au contraire, à la première personne du pluriel. Bien plus il
est fait mention de Néhémie à la 3° personne VIII 9.
Remarquons d’abord qu'il est des passages des Mémoires où Néhémie ne se met pas directement en scène pour raconter les
actes qu'il posa ou qui s’exécutèrent sous sa direction; ainsi au
(1) Voir plus haut, p. 214.
début de la description de la dédicace des murs il se sert de la
3° personne du pluriel : « À l'approche du jour de l'inauguration du mur de Jérusalem, on invita les lévites de tous les lieux où ils habitaient pour les faire venir à Jérusalem... » Pourtant, la suite le montre (v. 31 ss.), c’est Néhémie qui tient ici la plume. Rien n'empêche que des passages comme XIII 1 ss., VIII 1 où le même phénomène s’observe, soient attribués aux Mémoires. Au ch. X la première personne du pluriel est employée par continuation de l’usage qui en est fait au ch. TX dans la confession des lévites.
Ensuite il ne faut pas oublier qu'aux ch. VIIT ss., Néhémie avait des raisons toutes spéciales pour ne pas poser en auteur personnel, ou en inspirateur, des mesures et des décisions qui
avaient été arrêtées dans l'assemblée. S'il s’efface lui-même :
autant que possible, s’il laisse la parole aux représentants de la communauté, c'est qu'il importe que ses lecteurs restent sous l'impression que la nation elle-même avec ses prêtres et ses lévites, contracta spontanément les engagements dont il
expose la teneur. Les infidélités sur lesquelles il doit revenir.
au ch. XIII n’en apparaîtront que comme plus impardonnables, et la sévérité qu'il déploya dans leur répression comme mieux ‘ustifiée. Au ch. VIII ss., à en juger par la forme que l’auteur a donnée au récit, ce nest plus Néhémie qui agit, c'est la communauté. Néhémie n'avait aucune mission, aucun titre personnel, pour paraître en restaurateur du culte, en chef spirituel du peuple ; et l'on comprend qu'il ait tenu, dans ses Mémoires, à éviter jusqu’à l'apparence d'un empiètement sur les prérogatives de l'autorité ordinaire. Encore une fois, le grand prêtre Eliaschib et son petit-fils en paraîtront d'autant moins excusables, au ch. XIII v. 4 ss., des transgressions qu'ils ont commises. [cr, au ch. XIII, Néhémie pourra reprendre son rôle personnel, parce qu'il n’y fait qu’assurer l'exécution des promesses faites en commun et violées par ceux-là même qui auraient dû être les premiers à les observer et à les faire observer aux autres.
Il est vrai qu'au ch. VIIT v. 9, Néhémie, dans l'hypothèse
qu'il fût l’auteur de la section qui nous occupe, aurait pu parler de lui-même à la première personne aussi bien qu'à la troisième. S'il ne le fait pas, c’est que dès l’abord, il a pris vis-à-vis du sujet devant lequel il se trouvait placé, l'attitude que nous venons de caractériser. Par le fait qu'il veut mettre l'assemblée elle-même au premier plan et attribuer à la communauté l'œuvre de la reconstitution religieuse d'Israël, son récit prend naturellement un tour plus objectif et plus impersonnel. Nous ne croyons pas- nécessaire de supposer en cet endroit une . modification rédactionnelle du texte, en ce qui touche la mention de Néhémie.
5° Cette considération explique encore, à notre avis, la dépendance dans laquelle se trouve le récit de Néhémie (VII 73» -VIII 1) vis-à-vis du document où il avait trouvé la liste de « ceux qui retournèrent au commencement ». Comme le lecteur le sait, cette liste nous a été conservée au ch. IT d'Esdras : et la portion du texte qui fait suite ici à l’énumération des familles se retrouve pareïllement Néh. VIT 70 ss. ; le début luimême de la description de l'assemblée tenue à Jérusalem sous Zorobabel est conçu en termes presque identiques à ceux de Néhémie VIII s., où 1ls servent d'introduction à la description de l’assemblée tenue sous Néhémie. Nous ne doutons pas que le document où celui-ci trouva la liste, ne fût précisément la relation, conservée aux six premiers chapitres d'Esdras, de histoire des premiers colons. Le texte original, dont se servit notre héros, était araméen (1) : l’auteur qui l'a en partie traduit en hébreu Æsdr. I ss., a naturellement tenu compte de l'extrait déjà traduit que lui offrait le livre de Néhémie. Ce dernier a donc l’antériorité sur le texte d’Æsdras pour ce qui regarde la forme et certains détails de rédaction ; mais qu'il en dépende pour le fond. cela se voit au seul fait de la présence dans le texte de Néhémie du passage VII 70 ss., où se trouve reproduite, à la suite du tableau des familles, une notice qui se rapporte au temps de Zorobabel (2). Il faut en conclure que
(1) Zorobabel et le second temple S V.
(2) Vr. plus haut, pp. 35s.,37s., 1485.
CN Lt dr. 9
— 262 — pour le début de la description de l'assemblée Néhk. VIT 73? VIII 1, c’est également au livre d’£sdras qu'appartient la priorité. Au reste, le lecteur est naturellement frappé du manque apparent de suite dans le récit de Néhémie. Celui-ci raconte, à la première personne, qu'il trouva le régistre des rapatriés d'autrefois, et il en annonce le contenu; d’après le contexte, ce régistre tirait en grande partie son prix de l’aide qu'il apportait à l'œuvre du recensement, en vue duquel Néhémie avait résolu de convoquer une grande assemblée du peuple (VIT 4-5).
On s'attend, après la communication de la liste, à voir Néhémie
reprendre la parole pour poursuivre la relation de ses actes. Mais non ! Le discours ne reprend pas à la première personne. Il y a ici une irrégularité manifeste. Ce phénomène, rapproché de l'identité des textes qui font suite à la liste Æsdras II, Néh. VIT, plaide à lui seul pour la priorité du premier de ces deux documents sur le second. | On se demande à présent : comment Néhémie, après avoir communiqué la liste, peut-il s'être laissé aller à reproduire aussi ce qui y faisait suite dans l'écrit où il l'avait puisée ? Les observations présentées tout à l'heure (4°) en rendent, croyonsnous, suflisamment compte, et encore une fois, nous ne croyons point qu'il faille, même ici, de toute nécessité, faire intervenir la main du rédacteur. Ne perdons pas de vue que le héros na pas composé cette partie de son livre au moment même
où se passaient les événements ; ses Mémoires contiennent la
relation de faits qui arrivèrent plusieurs années plus tard ! On est donc parfaitement admis à supposer que parfois la réflexion et le souci des procédés de rédaction auront guidé sa plume en même temps que l'inspiration des souvenirs personnels.
L'expression de sa pensée n’aura pas toujours eu la spontanéité qu'elle revêt naturellement dans la description de faits actuels.
Aussi bien qu'aurait pu le faire un rédacteur plus récent, il a pu à l'occasion, dans le récit d'événements depuis longtemps
passés, résumer ses souvenirs, ROTÈES pour la reoesse un
trait trouvé ailleurs.
Or la suite du document d'où il venait de tirer la liste des
PUR PE ET NP D RTE ES ee ON A ONE le SU PSG NT D LD ET PET e VS PPT MERE RTT
compagnons de Zorobabel, lui offrait un moyen de passer à la description de l'assemblée à laquelle il présida, sur le ton purement objectif qu'il entendait garder en traitant ce sujet. Il n'avait pas besoin de se reprendre et de chercher un exorde approprié à la forme nouvelle qu’il allait donner à sa relation ; le texte qu'il avait sous les yeux lui mettait la transition toute faite sous la plume : Æ{ voilà que le 7° mois était arrivé, eic. Il se contente d’y apporter une modification relative aux circonstances dans lesquelles l'assemblée eut lieu après la reconstruction des murs ; au lieu de transcrire simplement que le peuple se réunit à Jérusalem (Zsdr. III 1), il rappelle d’une manière plus précise l'endroit où l’on se réunit, à savoir sur la place qui s'étend devant la porte de l'Eau (Né. VIII 1). — C’est ainsi que le passage relatif aux dons offerts pour le culte
par les premiers colons et à l’établissement de ces derniers
dans leurs villes respectives, passa, par accident, dans les
Mémoires de Néhémie. Peut-être, outre le motif occasionnel d'ordre purement littéraire que nous venons d'exposer, l’auteur vit-il aussi quelque intérêt, au moment d'aborder l’histoire de ce qu'on fit à sa propre époque pour le bien du culte, à reproduire, en guise de pendant et de précédent, la notice concernant la générosité avec laquelle les pères avaient entrepris autrefois l'œuvre de sa première restauration.
Le procédé que nous prêtons à Néhémie, est, certes, peu conforme à nos exigences en matière de composition littéraire ; mais il était très commode. Au reste, c'est l'étude du texte qui nous a conduit à notre hypothèse. Nous ne pensons pas, sous réserve des restrictions faites plus haut, que l'on doive ni qu'on puisse attribuer la composition des chapitres VII 6-VIII ss. de Néhémie et leur insertion dans le livre, à un auteur différent de celui des Mémoires.
Nous n'avons point compris, dans l'examen que nous venons
de faire, la liste renfermée au ch. XI v. 3 ss. Il est assez diffi-
cile de se prononcer sur la nature et l'objet précis de ce tableau « des hommes de la province qui habitèrent dans Jérusalem et dans les villes de Juda > et dont la première moïtié se retrouve 1 Chron. IX 2-17. \
M. Schlatter émet et défend l'avis qu'il faut reconnaître ici À une liste des Juifs qui furent emmenés captifs à Babylone, sous Re le règne de Jéchonja (1). Les arguments de M. Schlatter sont | 17e loin d’être convaincants. Le v. 1 du ch. IX du 1 livre des Chroniques ne doit pas être considéré comme le titre défiguré ; de la liste qui suit, mais comme l’épilogue, parfaitement conservé, des dénombrements exposés dans les chapitres qui précèdent ; au lieu de figurer au commencement du ch. IX, ce verset aurait dû former la fin du ch. VIII. — Ni le 7% (1 Chron. IX 11, Néh. XI 11), ni le 7P2 (Jér. XXIX 26) de la maison de Dieu, ne sont le grand prêtre (Jér. XIE 2 Chron. XXXV 8 etc.). Les passages indiqués de 1 Chron. et F de Néhémie ne sauraient donc servir à prouver que la liste se rapporte à une époque à laquelle le grand prêtre se nommaïit 4 Jedaja. — Schallum, Talmon, Aqqub 1 Chron. IX 17 (Né. à XI 19), ne sont pas des individus dont les fils seraient énumé- 4 rés parmi les retournants Esdras IT 42, mais les noms des classes de portiers, cfr. Néh. XII 25 (Meschullam, Talmon, | Aqqub). Il faut en dire autant des autres cas analogues allégués ; par Schlatter. De Schallum il est dit (1 Chron. IX v. 18) « que jusqu’aujourd'hui il a la garde de la porte orientale ». M. Schlaïter en conclut que la liste se rapporte au temps préexilien ; il aurait pu, avec plus de raison, y voir la preuve qu'elle ne renferme pas le dénombrement des captifs emmenés à Babylone. — Le titre attribué à Pethahja (NéA. XI 24) fonctionnaire « au service du roi pour tout ce qui concerne le peuple » ne nous LADDEHE pas à l'époque préexilienne, pas plus que la mention du roi au v. 23; après l'exil le roi de Perse remplissait dans les affaires juives un rôle justifiant parfaitement la mention qui en est faite 1c1 (cfr. Esdras VIT) (2).
Ro. (DLicop st.
(2) Le nom araméen du père de Pethahja, plaide lui aussi, à sa manière, pour l'époque post-exilienne.