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Au reste, les termes mêmes dont se sert l’auteur du tableau (3, 4, 6, 20, etc.) prouvent manifestement qu’il a en vue de nous communiquer un état, non pas des familles exilées, mais des habitants de Jérusalem d’abord (Néh. XI 3-25), des autres villes ensuite (25° -36). Les chiffres qu’il rapporte indiquent le nombre des habitants et non celui des déportés. Il est donc inutile d'établir des rapprochements entre les chiffres indiqués dans notre liste, et ceux que nous lisons ailleurs (2 Rois XXIV, Jér. LIT 28) sur le nombre des Juifs qui furent emmenés en captivité sous Jéchonja.
Il est très difficile de se prononcer sur l’époque à laquelle se rapporte la statistique renfermée dans notre document. Les avis des exégètes sont fort partagés à cet égard et le resteront probablement. Les données positives et suffisamment sûres pour arriver à une solution définitive du problème, font défaut. . [nous semble que la première partie du tableau de Né. XI38s. doit être considérée comme identique, pour son objet, à celui de 1 Chron. IX 3-17 ; le jugement que l'on portera sur l'un, s’appliquera à l’autre.
Plusieurs auteurs reconnaissent une importance capitale au tre qu'ils trouvent à notre liste dans le livre des Chroniques, au v. 2; ce titre, disent-ils, annonce un régistre des « premiers habitants qui (demeurèrent) dans leurs possessions, dans leurs villes, à savoir Israël, les prêtres, les lévites, les Nethinim. » Is en concluent que le document avait pour objet de donner l'état des habitants de Jérusalem (et des autres villes), soit avant la captivité, soit depuis le retour de Zorobabel.
| On a le droit de se demander d’abord si le v. 2 du ch. IX du ] livre des Chroniques, forme bien l’entête de notre liste ? Nous avons déjà remarqué plus haut que le v. 1 de ce chapitre doit être rattaché, comme épilogue, aux chapitres précédents. Est-1l sûr que le v. 2 à son tour ne doive être rattaché au v. 1? En réalité dans le livre des Chroniques, le contenu du tableau qui suit ne répond pas à ce que nous ferait attendre le v. 2 ; nous ne trouvons, à partir du v. 3, qu'un état des habitants de Jérusalem (3-17), avec un appendice où sont exposés les offices de
diverses familles lévitiques ; mais des habitants d’autres villes 1l n’est guère question. Il est possible que ….. E281% du v. 2 ait été, dans le texte primitif, le sujet de .…. 1937 (v. 1). La phrase D5222 52255 V3 à, en effet, l'air absolument perdu dans ce passage, tel que nous le lisons aujourd’hui. Les vv 1? et 2 se comprennent mieux comme membres intervertis d'une même proposition : « (Et tout Israël fut compté et la description s’en trouve conservée au livre des rois d'Israël et de Juda). Æ les habitants d'autrefois, qui (demeuraient) dans leur héritage respectif, dans leurs villes, Israël (— le peuple), les prêtres, les lévites, les Nethinîm, furent déportés à Babel, à cause de leur iniquilé ».
Au reste, alors même qu'on croirait devoir maintemir le v. 2 comme introduction à la liste qui va suivre, et qu'on rapporterait celle-ci aux Juifs qui occupèrent le pays après l'exil, 1 importerait de bien remarquer que les termes les premiers habitants ne devraient pas s'entendre, dans toute leur rigueur, pour toutes les villes en particulier. On serait parfaitement fondé à soutenir que les captifs rapatriés sous Cyrus sont nommés en bloc les premiers habitants, par opposition à ceux qu'Esdras ramena plus tard ; mais il ne serait nullement impliqué dans cette désignation que les compagnons de Zorobabel auraient occupé depuis leur retour les différentes villes, et notamment Jérusalem, suivant les proportions indiquées dans le tableau. Alors même que les chiffres allégués pour la population de Jérusalem se rapporteraient à une époque plus récente que celle de Zorobabel, mais encore antérieure au retour d'Esdras, il resterait vrai qu'ils nous renseignent sur l'établissement des premiers habitants, des premiers rapatriés.
Le v.£ de 1 Chron. IX ne saurait donc nous défendre de voir dans le document qui nous occupe, un tableau de la population juive, telle qu’elle se trouva constituée et répartie sur le territoire à la suite des mesures de Néhémie. Au moment où celui-c1 avait rebâti les murs de la ville sainte, la population en était encore très faible, à tel point qu'il pouvait écrire « qu'il. n'y avait pas de maisons bâties + dans l'enceinte. Ce témoig-
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nage, malgré les restrictions que l'on pourra y apporter, reste toujours très instructif, et il faut en tenir compte pour juger de la situation historique à laquelle il convient d'appliquer les don-
nées de notre liste, où Jérusalem figure au premier plan avec un nombre d'habitants considérable. La place que le régistre occupe au chap. XI de Néhémie, à la suite de la notice concernant le peuplement de la capitale par les soins du Peha juif, plaide elle aussi pour l'opinion qui y trouve consigné le résultat des dispositions qui furent prises lors de la grande assemblée de Jérusalem touchant le peuplement de la capitale.
Est-il possible de déterminer avec certitude la date précise des événements racontés Néh. VIII ss. ? Nous savons que Néhémie arriva à Jérusalem pendant la vingtième année d'Artaxerxès I ; quil entreprit immédiatement et acheva en moins de deux mois la restauration des murs ; cette œuvre était terminée le 25 du mois d’Ælul. Le calendrier suivi par Néhémie est sans aucun doute le même qui avait été en usage jusque-là parmi les Hébreux et qui était d’ailleurs répandu dans toute l'Asie Antérieure, Le 7° mois y est celui de Tischri pendant lequel se célébrait la fête des Tabernacles (VIIT) ; le
premier, celui de Nisan. Suivant cet ordre d’énumération Elul est le sixième mois. Il semble cependant que /a vingtième année d’Artaxerxès doive se comprendre chez Néhémie dans un sens relatif, comme prenant son point de départ au jour anniversaire
de l'avènement du roi ; en effet le mois de Kislev qui était le neuvième dans le calendrier, est déjà rapporté à la vingtième année d’Artaxerxès (I 1) (1), avant le mois de Nisan, tombant lui aussi dans cette vingtième année ([I 1). C'est ainsi qu'au
2° livre des Rois ch. XXIII la fête de Pâques se célèbre pendant la 18° année de Josias (v. 23), alors que la découverte du livre
de la Loi, qui était arrivée sans doute quelques mois aupara-
(1) Il est peu probable que l'indication de l’année, en cet endroit, soit de la main du rédacteur, et non de Néhémie.
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vant, se trouvait déjà, elle aussi, rapportée à la même 18° année (XXII 3). Le mois de Nisan IT 1 correspondra donc à (Mars-) Avril, et le mois d’Elul VI 15 à (Août-) Septembre 444. Nous supposons, conformément aux données du récit, qu'au ch. VI 15 le mois d’Elul est celui de la même année que. le Nisan de IT 1.
Après VI 15, la première date que nous rencontrons est celle du ch. VII v. 73 : Et voilà que le 7° mois élait arrivé... Les termes dans lesquels cette notice est conçue sont calqués, comme nous l'avons exposé plus haut, sur le passage analogue d'Esdras IT 1. Il s'ensuit que de la seule succession des dates VI,15, VII 73, on ne saurait conclure quil s'agisse en ce dernier endroit du 7° mois qui suivit immédiatement le mois d'Elul au cours duquel le mur fut achevé. L
Voici comment s'exprime V. Ryssel sur les vv. 4-5 du ch. VIT : « Sans aucun doute, dit-il, Néhémie avait relaté lui-même dans ses Mémoires la marche et le résultat de ses etforts en vue d'attirer des habitants à Jérusalem ; car dans le texte du
ch. VII, v. 4, on reconnaît clairement le début d’un rapport
détaillé sur son action à cet égard. Or dans nos deux versets (4, 5) nous n'avons manifestement pas la notice authentique de la propre main de Néhémie..…. ; ils ne renferment qu'une mention très brève, isolée, et partant difficile à comprendre, d'une mesure à laquelle on eut recours pour atteindre le but poursuivi par Néhémie. Et si, ce que nous tenons pour probable, cette notice est empruntée aux Mémoires de Néhémie, elle ne fait aussi que nous rappeler le contexte plus étendu dans lequel elle devait avoir toute sa clarté. Isolée comme elle est, elle sert à nous prouver avec quelle rapidité notre annaliste (le Rédacteur) était enclin à glisser sur les passages des
Mémoires, qui ne traitaient point d'institutions sacrées, d’af-
faires du culte, de fêtes, » etc. (1). — S'il était vrai qu'au commencement du ch. VIT, on a laissé de côté le rapport de
Néhémie lui-même sur les moyens qu’il employa en vue d'attirer
(1) Esra, Nechemia und Ester, p. 310 s.
des habitants à Jérusalem, nous ne disposerions plus de données suffisantes pour nous former un jugement bien fondé touchant la date approximative de l'assemblée décrite dans les chapitres suivants. De quelle nature furent les travaux préparatoires dont on suppose que le Rédacteur aurait omis le détail ? Auraient-ils consisté dans l'aménagement des installations destinées à la population nouvelle ? Serait-ce un écho d’une relation de ce genre que nous retrouvons dans l’Ecclésiastique XLIX 15* De pareils travaux auraient pu prendre un temps assez considérable et rien ne nous permettrait plus d'établir une succession chronologique plus ou moins immédiate entre la restauration du mur et ce qui est raconté aux chap. VIII ss. Tout ce qu'on pourrait affirmer c'est que l'assemblée de Jérusalem eut lieu entre les années 445-444 et 433-432.
Seulement nous avouons ne pas voir le fondement de l’opinion émise par Ryssel. Néhémie a pu écrire les vv.4,5ss. du ch. VIT tels qu'ils sont. L’appréciation qu'on se fera à cet égard dépendra uniquement du but que l’on prête à l'auteur des Mémoires. M. Ryssel voit au v. 4 le début d'une relation détaillée des mesures auxquelles notre personnage eut recours en vue d'amener une population plus nombreuse dans la ville sainte. Mais pourquoi ne pourrait-on dire que Néhémie, voulant insérer en cet endroit de ses Mémoires la liste des familles revenues à l’époque de Zorobabel, a voulu, aux vv. 4-5, rappeler simplement les circonstances dans lesquelles il la trouva ? Ce document, qui renfermait le dénombrement authentique des familles revenues de l'exil et la mention des précautions déjà prises alors pour maintenir dans toute sa pureté la nationalité juive (vv. 61 ss.), pouvait très bien servir d'introduction à l’histoire de la grande assemblée du peuple, où la commu- nauté fut ramenée à son homogénéité première et assurée, par des garanties spéciales, contre le danger des intrusions étran- gères pour l'avenir. Rien ne nous défend d'admettre que dès le v. 4 Néhémie se prépare à en venir à la description de l'assemblée, qui donna à l’œuvre de la reconstruction des murs de Jérusalem son couronnement. Ce fut dans cette assem-
blée que l’on avisa notamment aux moyens à employer pour peupler la capitale (XI 1 s.). Seulement, comme nous venons … de le dire, Néhémie tient à communiquer au préalable le régistre des rapatriés ; c'était une pièce précieuse, découverte par lui, et qui avait dû lui être d'un grand secours dans les opérations de triage (IX 2 etc.) et de répartition nouvelle de la population, auxquelles on se livra sous sa direction. Or avant de reproduire le régistre, il ne pouvait point s'abstenir de rappeler qu'il en avait fait lui-même la trouvaille. Ainsi s'explique parfaitement le détour par lequel Néhémie arrive au ch. VIIT en partant de VIT 4ss.
H est d’ailleurs plus que probable a priori que le gouverneur juif, avant de commencer, à l'intérieur de la ville, les travaux qui restaient à y accomplir (VII 4), attendit le concours de la population nouvelle à laquelle ils devaient profiter. |
Nous ne croyons point que les données explicites du texte nous permettent de dire si l'assemblée de Jérusalem eut lieu bientôt après la reconstruction des murs ou plusieurs années plus tard. Mais a nature même des faits doit être ici prise en considération. Il est invraisemblable que l’énergique Néhémnie, qui avait accompli en moins de deux mois la restauration des murs, ait laissé s'écouler des années avant de compléter son. œuvre patriotique par le peuplement de l'enceinte et la réorganisation de la communauté. Sans doute, il aurait pu se faire qu'il rencontrât des obstacles, qu'il se vit obligé d'interrompre ou de retarder ses travaux. Mais il n'aurait pas manqué sans doute, si tel eût été le cas, de nous renseigner à cet égard.
L'assemblée aura eu lieu, à notre avis, vers les années 442-440.
S 7. Esdras et sa réforme.
Dans les deux dissertations où nous avons étudié autérieurement la chronologie de l’histoire de Néhémie et d’Esdras, nous avons exposé les raisons pour lesquelles il nous paraît certain que le retour d’Esdras à la tête de sa caravane d’émi-
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grants et la réforme des mariages mixtes entreprise par ce personnage à Jérusalem, devaient être placés après la mission de Néhémie.
La question des mariages entre Juifs et étrangers est le grand point à l'ordre du jour ÆEsdras VII-X ; ici, d’ailleurs, ces mariages sont considérés par tous comme illégitimes. Or lorsque Néhémie arriva la première fois en Judée, en 445-444, cette question n'avait jamais été posée ; le Peha juif parle des unions de ce genre sur un ton qui ne permet pas de croire qu'elles constituaient à ses yeux une violation de la Loi ; et ses compatriotes, loin de s’en scandaliser, subissaient au contraire l’ascendant des étrangers alliés aux principales familles juives, à tel point qu'un grand nombre d’entre eux, embrassaient, contre lui, le parti de Tobie l'Ammonite.
Aux ch. VII-X d'Zsdras rien ne laisse soupçonner que la situation de Jérusalem, au point de vue matériel, ne fût point parfaitement réglée ; la chose est si vraie que jusqu'en ces dernières années, bien des auteurs croyaient qu'avant Néhémie l'enceinte avait été déjà complètement rebâtie et que la ruine des murs et des portes dont il est question Né. I s., avait été amenée au cours de quelque guerre récente. Au moment du retour d'Esdras Jérusalem est parfaitement peuplée VIII 29, IX 4, X 1ss., 7. Aussi dans sa prière, IX 9, Esdras rend-il grâce à Dieu « de l'enceinte quil a accordée au peuple en Judée et à Jérusalem » ; un langage qui ne se comprendrait point à une époque où l’œuvre du mur aurait été bien lom d'avoir triomphé de lhostiité des voisins; nous savons qu'avant Néhémie le peuple juif n'avait point un abri assuré à Jérusalem. |
Aux ch. VII-X d'Esdras, il est manifeste que les Juifs n'ont rien à redouter des peuples d’alentour ; et qu'ils n'éprouvent plus aucun besoin de les ménager ; ils se livrent contre eux à des manifestations violentes. À l'époque de la première mission de Néhémie au contraire, les Juifs demeuraient encore épars parmi les étrangers ; ceux-ci exerçaient sur la population juive une influence désastreuse et qui menaçait son caractère natio-
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nal ; l'œuvre de la restauration des murs trouvait en eux des adversaires puissants et acharnés. La situation sous Néhémie a est antérieure à celle qui règnait au moment de l’arrivée “1 d’'Esdras. |
Dans les six premiers chapitres de ses Mémoires Néhémie garde sur Esdras le plus profond silence (1). Ce fait, à consi- Ar dérer surtout les circonstances dans lesquelles il se produit, est incompatible avec l'hypothèse qu'Esdras fût revenu une douzaine d'années auparavant, comme chef de la communauté 0 juive, jouissant d’une autorité comme celle dont il se montre. investi aux ch. VII-X de son livre, où les représentants du peuple lui déclarent que c’est à lui qu'il appartient de décider, que tout le monde est prêt à le suivre (X 4) ; où nous voyons déjà auparavant les chefs de la nation lui dénoncer la situation irrégulière qui continue à règner même et surtout parmi les 4 classes supérieures ; etc. | |
Ce n’est point notre intention de refaire en ce moment la démonstration de notre thèse ; le lecteur la trouvera présentée en détail dans nos études antérieures sur ce sujet. Nous n'avons voulu ici, pour autant que nous pouvions le faire sans anticiper sur la discussion qui fait l’objet de ce paragraphe, qu'en rappeler sommairement quelques traits généraux, que nous espérons d’ailleurs avoir l'occasion de compléter à certains égards dans les pages qui suivent.
M. Kosters convient que le retour d’Esdras et son entreprise de réforme touchant les mariages mixtes, racontés aux chapitres VIT-X du livre de son nom, doivent en effet prendre place dans l’histoire, à la suite de la mission de Néhémie.
Il s'ensuivrait, à nous en tenir aux données des textes, que l’Artaxerxès d’£sdras VII, doit être distingué de l’Artaxerxès de Néhémie I ss. En effet Néhémie vient pour la première fois à Jérusalem en l'an 20 du règne d’Artaxerxès. Esdras, envoyé
(1) Wellhausen admet que le phénomène est étrange, mais il l'explique d’une manière qui peut sembler plus étrange encore : Néhémie, dit-il, aura trouvé | qu'Esdras avait assez parlé de lui-même dans ses propres Mémoires ! (Israel. und Jüd, Gesch. ? p. 168 s.). Quel mauvais caractère que celui de Néhémie !
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après Néhémie, ramène sa colonne d'émigrants, en l’an 7 d’un roi nommé également Artaxerxès. Nous en avions conclu que la mission de Néhémie étant fixée en l'an 20 d’Artaxerxès I, 445, celle d'Esdras devait être ramenée à l'an 7 d’Artaxerxès II 398. |
Ceci, M. Kosters ne l’'admet point. [l prétend que les données d'Esdras VII 7, 8, sur la date de l'expédition, ne sont pas authentiques ni dignes de foi. Esdras, arrivant après Néhémie, serait venu cependant, aussi bien que ce dernier, sous le règne d'Artaxerxès I.
On se rappelle la place que l'œuvre d'Esdras occupe, suivant la théorie du professeur de Leyde, dans l'enchaînement des faits dont se compose l’histoire de la Judée pendant la seconde moitié du 5° siècle. Néhémie, après avoir rebâti les murs, est retourné à Suse. Un peu plus tard, il est chargé d’une
nouvelle mission et retourne à Jérusalem. Il s'attaque aux abus qui règnent dans la société juive et notamment aux mariages mixtes, sans aller cependant jusqu’à exiger la dissolution de ces derniers (Néh. XIII). Sur ces entrefaites, Esdras
arrive à Jérusalem, ramenant une troupe d’exilés. Le Sopher veut renchérir sur les mesures de Néhémie, et prétend obtenir le renvoi de toutes les femmes étrangères et de leurs enfants ; il échoue dans cette entreprise trop violente (Æsdras VII-X). À la suite de cet échec, il organise, de concert avec Néhémie, la communauté puritaine, d’où sont exclus les Juifs coupables de mariages illégitimes (Néh. IX-X). Un peu plus tard a lieu la solennité décrite au ch. VIIT de Néhémie.
On nous donne ici de la réforme entreprise par Esdras et du rapport dans lequel elle se trouve avec les actes de Néhémie, une idée absolument inexacte. .
1° Ila été démontré plus haut que les faits racontés Né. XIII font suite à l’organisation de la communauté, décrite aux ch.IX-X du même livre. Le mouvement contre les mariages miates a son point de départ el son point d'appui dans les décisions de l'assemblée de Jérusalem et dans la conshtution d'isolement rigoureux qui y fut imposé à la nation. D'après
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M. Kosters lui-même, ces mariages n'étaient point encore considérés comme péché lors de la première mission de Néhémie. S'ils sont considérés comme criminels à l’époque de sa seconde mission et au moment où Esdras revient avec sa caravane, c’est qu’ils ont été sévèrement défendus dans l'intervalle, à savoir dans l’assemblée. Nous n’insistons plus sur cette considération qui a été suffisamment exposée au $ 3 de la présente section de notre étude. Esdras VII-X, venant après Néh. XIIT, vient après Néh. IX-X.
2° De Néhémie, 1l n'y a pas trace dans les chapitres VII-X
d'Esdras. Inutile de faire observer que ce phénomène est
inexplicable dans le système de M. Kosters. D’après cet auteur, la tentative de réforme d’Esdras aurait fait suite immédiatement à la campagne de Néhémie, racontée Néh. XIIT, et s'y rattacherait d’une manière étroite. D'autre part, l'organisation de la communauté, accomplie sous la direction de Néhémie, aurait été la suite également immédiate de l'échec subi dans l’entreprise de dissolution des mariages. Dans ces conditions, on ne conçoit point qu'il ne soit fait de Néhémie aucune mention, qu'il n'y ait pas la moindre allusion à la présence de ce personnage à Jérusalem,dans le récit de la réforme d’Esdras. Bien plus, la démarche que les chefs font auprès de ce dernier pour lui dénoncer l'abus (ÆZsdras IX, 1), les termes dans lesquels on s’en remet à Esdras pour les mesures à prendre (X 4), le silence du texte sur une part quelconque que le gouverneur juif aurait prise aux actes décrits X 9-17, tout cela exclut d’une façon péremptoire la supposition qu'en ce moment Néhémie était là et venait à peine de sévir contre les coupables.
3° Lorsque Esdras arrive à Jérusalem, les choses du culte y
sont tenues dans un ordre parfait (VIII 32 ss.) (1). Le Sopher.
y trouve notamment une commission composée de quatre membres, ayant pour mission de veiller à l’exacte administration du trésor (v. 33). | |
Or avant l'assemblée de Jérusalem décrite aux ch. VIII ss.
(1) Plus haut, p. 242.
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de Néhémie, les intérêts du culte avaient été depuis longtemps et complètement négligés. Les membres de la communauté doivent s'engager à payer désormais un tribut annuel d’un üers de sicle pour faire face aux frais du culte (X 33), on détermine par le sort l’ordre dans lequel les familles fourniront le bois pour les sacrifices (v. 35) ; on prend des mesures pour assurer le paiement régulier des dîmes (v. 38 s.), tout cela pour ne pas laisser la maison de Dieu dans l'abandon (v. 40) (1). Lors de l'assemblée de Jérusalem on éfablit une commission pour veiller à l'administration du matériel du temple (Néh. XII 44). Le désordre et les abus qui avaient règné jusque-là avaient pris de si profondes racines, que malgré les résolutions adoptées par l'assemblée, 1ls continuërent à sévir. Lors de sa seconde . mission, Néhémie dut recourir à de nouvelles réformes. Pendant son absence, le grand prêtre Eliaschib avait installé Tobie TAmmonite dans les magasins du temple ; les lévites n'avaient pas reçu les parts qui leur revenaient ; Néhémie se vit obligé de nommer une nouvelle commission administrative composée de quatre membres éprouvés (XIII 4-13), etc.
Ces institutions étaient en vigueur au moment du retour d’Esdras. C’est donc après l'assemblée que ce retour eut lieu. A l’époque où nous voyons arriver le Sopher, la commission du trésor était présidée par Meremoth fils d'Uria, le prêtre. Ce Meremoth, un survivant des jours de Néhémie, était de la famille de Haqaqos (Néh. IIT 4, 21). Or la famille de Haqdqos qui avait été provisoirement exclue des rangs du sacerdoce à l'époque de Zorobabel (£sdr. IT 61), n'y avait pas encore repris sa place sous le pontificat de Joïaqim (Nék. XIT 12ss.), ni au moment où se tint à Jérusalem la grande assemblée (Néh. X 3 ss.). Il est bien vrai que la liste que nous trouvons en cet endroit comprend le nom de Meremoth (v. 6) ; mais ici ce nom représente une classe sacerdotale, comme le prouve la liste des classes sacerdotales de l'époque de Zorobabel (XII 3), et de ‘époque de Joïaqim (ibid. v. 15) (2). D'autre part la comparaison
(1) Plus haut, L. c.
(2) Merajoth — Meremoth.
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