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prise par lui-même aux cortèges solennels : « ... et moi et la moitié des princes avec moi » ; les prêtres énumérés aussitôt après au v. 41, non plus que les chantres du v. 42, n’ont pas place dans ce groupe, sinon ils auraient été compris sous la formule « avec moi » qui aurait figuré en tête de l’énumération. Le v. 35 aussi bien que les vv. 41, 42 ne se rapportent donc pas à la disposition des cortèges ; 1l ne s’agit pas 1c1 du
rang où marchaient les prêtres avec les trompettes sacrées
et les lévites chantres. Ces passages ont simplement pour objet de relever la présence de ces figurants dans chacun des deux chœurs d'actions de grâce. Peut-être, comme Ryle est disposé à le croire, les noms des prêtres ont-ils disparu du texte au v. 85 ; les noms qui suivent sont en effet ceux des lévites. Ainsi, les vv. 35 et 36 doivent se comprendre en ce sens : « el (de ce chœur faisaient partie) des prêtres portant les trompettes (1), ainsi que Zacharie ..….. et ses frères Schemaja et Azarel » etc. Lorsqu’après cette énumération nous lisons : « Et Ezra le Sopher allait devant eux »..…, il est impossible de rapporter cette indication à l'ensemble du cortège. Comme nous venons de le dire, les groupes mentionnés aux vv. 35, 36, y sont considérés en eux-mêmes, et nullement au point de vue du rang où ils marchaient. L'ordre général de la procession n’est plus ici en vue. Dès lors la notice relative à Esdras ne peut avoir qu'un sens : le Sopher était placé à la tête du corps spécial dont il vient d’être question. M. Kosters ne peut croire, dit-il, que le prêtre Esdras aurait été préposé à un groupe de simples lévites , qui d’ailleurs étaient conduits par Zacharie. Mais tout d’abord ceci n’est pas dit dans le texte ; ensuite rien n'empêche d'admettre que la préséance attribuée au Sopherprêtre se rapporte au corps entier des musiciens, comprenant les prêtres porteurs de trompettes et les lévites munis d’instruments à cordes. Etait-ce là une place honorable ? Oui sans doute, mais qui est encore loin d’équivaloir à celle où Esdras
(1) ou bien : et quant aux prêtres portant les trompettes sacrées il y avait (dans ce cortège) : .…
figure à la tête de sa caravane d’émigrants et de la communauté juive tout entière (1).
La lecture du ch. VIIT nous met en présence d’un fait analogue. Dans l’assemblée tenue à Jérusalem Esdras ne pose aucun acte d'autorité. Tout ce que nous lisons de lui, c’est qu’il fit devant le peuple la lecture de la Loi. Encore en cela ne fait-il que remplir un office qui lui est imposé : « Æ{ lon dit à Esdras d'apporter le livre de la Loi de Moïse... Esdras apporta donc la Loi devant l'assemblée. » Il est incontestable qu'Esdras nous est présenté ici dans un rôle absolument subor-donné. Sans doute, nous le répétons encore, la fonction qu’il remplit constitue pour lui une distinction ; mais conçoit-on p. e. que dans le récit qui raconte la réforme des mariages mixtes Esdr. X, le narrateur se fût permis de parler de notre personnage sur ce ton : « Et l'on dit à Esdras de faire ceci ou cela »......? [ci Esdras agit ou est censé agir de sa propre autorité ; au ch. VIII de Néhémie il en est tout autrement. Les textes ne lui attribuent d’ailleurs pas autre chose que la simple lecture ; il en est ainsi au v. 18 comme au v. 2 ss. : les chefs de famille, les prêtres et les lévites s’assemblent auprès d'Esdras pour entendre les paroles de la Loi. Ce n’est pas tant le personnage d’Esdras, que la cérémonie même de la lecture de la Loi qui fait l'intérêt du récit. Cela se voit très bien surtout au v. 18 ; ici le nom d'Esdras n'est plus même rappelé : Et on lut dans le livre de la Loi de Dieu tous les jours, depuis le premier jour jusqu’au dernier etc.
Rien ne prouve mieux la justesse de nos observations que l'impuissance où se trouvent ceux qui les combattent, de rien alléguer de sérieux à l'appui de leur manière de voir. M. Kosters, ne voulant pas se contenter d'affirmer qu'au Ch. VIII de Néhémie Esdras est un personnage de grande autorité,
(1) Pour exprimer le rapport dans lequel Esdras se trouvait placé vis à-vis de Néhémie dans la cérémonie de l'inauguration des murs, Wellhausen a une formule qui ne manque pas d’une certaine habileté, mais où se trahit cependant la perplexité du critique : « Nehemia, dit-il, stand an der Spitse der einen, Ezra ging mit der andern (Procession) » (Israel. und Jüd. Geschichte ; 2, p. 167).
a entrepris de le prouver. Voici comment : « V. H., demandet-il, rend-1l bien l'idée de Néh. VIIT 1 quand 1l écrit : Esdras vient lire la loi parce qu'on l'a chargé de le faire ? Esdras est-il ici un simple commissionnaire ? Non certes ; 1l n'est pas là le serviteur d'un autre, qu'on ne dise pas même le serviteur honoré ; il possède la Loi, que le peuple semble bien ne pas connaître encore, mais qu'il désire entendre ; il dépend d'Esdras de produire la Loi ou de n'en rien faire. Son attitude est celle d’un homme d'autorité ; c'est avec respect qu'il est dit de lui qu'il domine le peuple entier (VIII 5) ; du moment qu'il ouvre le livre, le peuple entier se lève ; au v. 9 il est nommé immédiatement après Néhémie. Ce n’est pas là un homme « au début de sa carrière » ; 1l ne figure pas là comme simple lecteur, mais comme un chef de l'assemblée > (1). — En relisant attentivement ces considérations nous trouvons à remarquer 1° qu'il est inexact qu'Esdras nous soit présenté au ch. VIII comme « possédant la Loi » ; où cela se trouve-t-il ? De même rien n'indique, même de très loin, que le peuple ne connaît pas encore la Loi, lorsqu'il est dit au v. 1 : « Et l’on dit à Esdras d'apporter le livre de la Loi de Moïse que Jéhova donna à Israël ». 2° Il est inexact qu'il dépende d’Esdras de produire la Loi ou de n'en rien faire ; le texte parle tout autrement : « Et l'on dit à Esdras le Sopher d'apporter le livre. ; Esdras … apporta donc le Hvre ». 3° Nous ne demandons pas mieux que de croire que l'attitude d’Esdras est celle d'un homme d’autorité ; Mais en quoi ou comment exerce-t-1l cette autorité ? 4° Il est dit d'Esdras qu'il domine tout le peuple, — non pas par respect pour son caractère ou son autorité ; mais simplement parce qu'il était placé sur une estrade de bois (v. 4). 5° Du moment qu'Esdras ouvre le livre, tout le peuple se lève ; — non pas, évidemment, par respect pour Esdras, puisqu'avant de se lever le peuple attend que le livre soit ouvert ; mais uniquement par respect pour le livre lui-même. C'est aussi le livre qui fait l'objet de l’attention recueillie de la foule (v. 8); c’est,
(1) Het Herstel p. 1255.
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la lecture, comme nous l’avons observé plus haut, que le narra-
teur considère comme la seule chose intéressante, et non pas
le lecteur (v. 18). 6° Au v. 9 Esdras est nommé immédiatement après Néhémie. — S'il avait été nommé immédiatement avant,
nous eussions vu là un argument très grave en faveur d’Esdras. Mais qu'il fût nommé immédiatement après, dans une énumération qui ne comprend que ces deux noms propres, et où
la mention du sien ne serait que trop justifiée par la circon-
stance qu'il était en train de lire la Loi, cela ne prouverait en
aucune façon qu’Esdras fût un personnage haut placé, pas plus
que le fait d'être nommés immédiatement après Esdras ne
prouve la dignité spéciale des Zévites auxquels il se trouve
associé en cette occasion. Nous ne demanderons pas à M. Kosters ce qu'il pense de l'authenticité de la mention
d'Esdras et des lévites au v. 9; nous avons déjà dit qu'à nos
yeux la construction de la phrase la rend au moins très douteuse. Nous nous contentons de faire observer que le fait seul
de l'intervention de Néhémie, au milieu de la cérémonie de la - lecture de la Loi, prouve positivement que le lecteur n'était point investi d'une véritable autorité sur ses compatriotes ; si
Néhémie se présente 1ci sur la scène, c'est que le lecteur n'avait
pas de titres suffisants pour donner en son propre nom des
instructions touchant la conduite à suivre par le peuple. Nous nous voyons donc obligé de maintenir l'avis, qu'à
comparer les ch. VIII et XII de Néhémie aux chapitres VII-X
d'Esdras, au point de vue du rôle rempli par le Sopher dans
les circonstances auxquelles ces récits se rapportent, il faut
conclure que dans le livre de Néhémie Esdras n'en est qu'au
début de sa carrière.
Déjà dans notre premier Mémoire (1) nous avons signalé l'embarras que’ causait aux commentateurs, le silence gardé sur Esdras dans la partie du livre de Néhémie qui expose les abus introduits dans la communauté après le départ de ce dernier, et la répression qu'il en fit lors de sa seconde mission.
(1) Meéh. et Esdr. p.73.
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Déjà avant nous, et indépendamment de notre système chronologique, certains auteurs ont émis la conjecture qu'après les événements décrits Néh. VIII-XII, Esdras pourrait être retourné en Perse. C'est l’avis de M. Jos. Halévy (1). C'est aussi l'avis de G. Rawlinson (2). Les arguments que nous avons exposés ailleurs pour établir que l'œuvre d’Esdras, décrite aux ch. VII-X du livre de son nom, tombe après l’époque de Néhémie, ne font que confirmer cette conjecture, où plutôt 1ls en démontrent la justesse et en font voir tout le prix pour une meilleure intelligence de la succession historique des faits. Dans notre théorie d’ailleurs nous expliquons le motif et le résultat du voyage d'Esdras en Orient. Lorsque Néhémie eut accompli en Judée et à Jérusalem la mission dont il avait été chargé, lorsque les murs de la ville sainte eussent été rebâtis et son enceinte peuplée et que la communauté juive eut été solidement réorganisée, on dut sentir dans la mère-patrie le besoin de renfort pour la population. La seconde colomie d'émigrants n'est pas venue de Babylone spontanément, sans aucune sollicitation, alors que l’expédition de Zorobabel appartenait déjà à un lointain passé. L'idée de cette nouvelle émigration dut partir de Jérusalem et celui que nous voyons revenir à la tête de la caravane, était sans aucun doute celui-là même qui avait le plus contribué à provoquer le mouvement. Aux côtés de Néhémie, c'est à peine si Esdras faisait une apparition, malgré l'extrême importance des événements qui se déroulent à cette époque. Mais plus tard il se signalera à son tour par des services éclatants rendus à la cause nationale. Lorsque Néhémie quitta Jérusalem après sa première mission, Esdras pouvait impunément l'accompagner ou le suivre ; ce n’est pas lui, en ce moment, qui aurait eu l'autorité nécessaire pour maintenir la communauté dans le devoir. En Orient, Esdras devint le promoteur principal du projet concernant un nouveau rapatriement de Juifs. Outre les difficultés qui s’opposaient à une
(1) Esdras et le code sacerdotal Rev. de l’hist. des Rel. IV p. 28.: CfrS Nehrerae Esdr. p.13.
(2) Esru and Nehemiah, their lives and times 1890 p. 143.