‹ Nouvelles études sur la restauration juive après l'exil de BabyloneChapitre 61 sur 65 · LT * EN · texte numérisé non relu

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vée de Néhémie ». Il est bien vrai que trois ou quatre pages

plus haut nous lisons qu’ « Esdras est inséparable de Néhémie » dans son opposition aux abus règnants, mais ce n'est là qu'un

détail. | Tout l'exposé que l’auteur nous fait de cette période de

l’histoire juive, souffre d'une contradiction radicale, Il nous a

raconté, aux ch. VI s., les actes de Néhémie comme si Esdras

n'avait Jamais existé. Il constatait p. e. que « malgré la réponse

que l’on prête à Zorobabel (1), les idées intolérantes étaient Join d’avoir converti toute la nation (au moment de l’arrivée de Néhémie) », etc. Avant de parler de « la légende d’'Esdras », Renan nous avait retracé la carrière de Néhémie sans éprouver le moindre besoin de la rattacher au « gendarme fanatique »

et à ses procédés brutaux ; il nous avait donné de la succession . des événements, de l'état de la société juive vers le milieu du

V° Siècle, un tableau où la figure du célèbre Sopher n’était nullement supposée, d’où elle était complètement exclue. Or, aussitôt après, comme nous l'avons entendu, il se met à

analyser, à détailler le contenu des Mémoires « fictifs » d'Esdras,

à peu près comme si c'était de l’histoire, tout en nous prévenant

qu'ils ne renferment que la légende (2). Renan ne songe plus ici à se demander si son histoire de Néhémie est encore intelligible, à supposer qu'il faille la faire précéder immédiatement de

cette réforme violente des mariages dans laquelle « le parti fanatique l’emporta. » Ou bien Esdras à accompli sa réforme

avant Néhémie ; et alors il fallait de toute nécessité montrer

comment la situation règnante à l’époque de Néhémie a pu

faire suite immédiatement à celle créée par la réforme d'Esdras.

__ Ou bien la réforme d’'Esdras ne se conçoit pas avant l'œuvre

de Néhémie : et alors il fallait faire de deux choses l’une : nier

le caractère historique, la réalité de cette réforme ; ou consentir

à la ramener après l'œuvre de Néhémie, comme d'ailleurs tant

d'autres raisons nous convient à le faire.

(1) Allusion à Esdras IV 1 ss.

(2) Un peu plus loin le trop souple historien pousse les égards pour le « légendaire Esdras », dont il ne semblait pas bien sûr tout à l'heure qu’il eût jamais

existé, jusqu’à bouleverser en son honneur le livre de Néhémie, 1. ec. p. 119.

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Renan avoue implicitement qu'il #’a pas pu raconter l'histoire

de Néhémie comme faisant suite à la réforme d'Esdras ; 4 n'a pas osé nier franchement le caractère historique de cette réforme ; et n'a pas voulu consentir à ramener la réforme d’'Esdras après l’œuvre de Néhémie. Voilà sans doute pourquoi il a mis en œuvre le procédé équivoque que nous venons de signaler. Racontant l’histoire de Néhémie avant celle d'Esdras, il se dispensait d'établir un enchaînement quelconque entre Esdras et Néhémie, dont il entendait néanmoins, à tout hasard, et pour des raisons étrangères à une critique impartiale (1), maintenir la succession dans l'ordre où nous venons de les nommer. Présentant ensuite Esdras comme le héros d’une légende, il donnait l'apparence d’une justification au silence qu'il avait gardé à son sujet dans le récit des événements arrivés avant et sous Néhémie, tout en se réservant le droit de faire servir les données de la prétendue légende à des conjectures qui échapperaient plus facilement à la discussion. D’autres auteurs tels que Kuenen, et Wellhausen à sa suite, ont cru pouvoir se soustraire à nos conclusions en mettant en

doute ou en niant qu'Esdras réussit dans ses entreprises contre.

les mariages mixtes, et en alléguant que le rôle du personnage avait été démesurément grossi dans les quatre chapitres consacrés à la description de ses actes. — Nous avons suffisamment reconnu le caractère arbitraire et l'inutilité de ces suppositions.

On ne saurait maintenir l'œuvre d'Esdras avant celle de Néhémie, qu'à la condition de tronquer l'histoire ou de la défigurer.

D'ailleurs la seule considération que l’on puisse invoquer en faveur de cet ordre de succession, c'est la disposition actuelle des documents dans le canon des Ecritures. Or 1l est facile de se rendre compte de la faiblesse d’une pareille allégation. |

Remarquons tout d'abord que les quatre derniers chapitres du livre d'£sdras, qui racontent l'histoire de l’arrivée de notre

personnage à Jérusalem et de la réforme qu'il y accomplit, 41]

(1) Lire les chapitres IX:-X.

forment une section complètement isolée des récits environ-

nants. Aucun lien ne la rattache aux chap. I-VI qui renferment l'histoire de la reconstruction du temple par Zorobabel arrivée dans tous les cas longtemps avant l’époque d’'Esdras. De même aucun lien ne rattache la section d’Esdras VII-X au livre de

Néhémie qui lui fait suite. Nous savons d'autre part que la

section d'£sdras I-VI (1), le livre de Néhémie, et la section

d'Esdras VII-X, dérivent, à l’origine, de mains différentes. Dans ces conditions, on s'explique très bien qu’il ait pu se

produire une interversion.

On a dans le livre d’Esdras même, un exemple bien connu d'un document rapporté en dehors de la place qui lui revenait au point de vue de la chronologie. C’est celui qui figure au ch. IV vv. 6-23.

Puis encore les livres d’Zsdras et de Néhémie, pris en bloc, ne se trouvent plus dans le canon hébreu à la place qu'ils devraient occuper à raison de leur composition littéraire et de leur contenu historique. Nous venons de rappeler qu'à l'origine ces écrits proviennent d'auteurs différents. Il ne faut pas cependant perdre de vue les caractères de rédaction qu'ils ont

en commun, çà et là, avec les livres des Chroniques, et qui

montrent qu'ils ont passé sous la plume de l’auteur de ces

derniers (2). Le second livre des Chroniques a gardé à la fin

les premières lignes du livre d’Esdras. C’est après les livres des Chroniques que devraient arriver ceux d’Esdras et de Néhémie. Or dans le canon actuel ils se présentent avant les Chroniques, immédiatement après le livre de Daniël.

La tradition juive touchant l'époque à laquelle il conviendrait de rapporter l’œuvre du fameux Sopher, est très hésitante et n'apporte, par voie directe, aucune lumière à la solution de notre problème. Tantôt elle fait remonter Esdras à la captivité

de Babylone, tantôt elle le ramène jusqu’à l'époque d'Alexandre-

le-Grand (3). Il faut tenir compte en ceci de l'extrême imper-

(1) Le morceau compris au ch, IV v. 6-23 a, lui aussi, une origine distincte.

Cfr. Zorobabel. p. 111. — (2) Cfr. Zorobabel et le second temple p.113 et les com-

mentaires. — (3) Néhémie et Esdras p. 13-84.

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