‹ Nouvelles expériences sur la force psychiqueChapitre 8 sur 25 · DE LA PREUVE EXPÉRIMENTALE DONNÉE PAR M. W. CROOKES · texte numérisé non relu

DE LA PREUVE EXPÉRIMENTALE DONNÉE PAR M. W. CROOKES

de Pexistenre d’une force inconnue jusqu’à ce jour.

Le docteur W. B. Garpenter, F. R. S., a produit dans une conférence publique une expérience qu’il a prétendu être celle sur laquelle je me fondais pour prouver l’existence d’une force jusqu’ici inconnue. Ce n’était pas là mon expérience, mais une inqualifiable contrefaçon.

Sommé de se justifier pour le tort qu’il m’avait ainsi fait publiquement, le docteur Carpenter en a rejeté la responsabilité sur d’aulres personnes qui, dit-il, l’ont ainsi renseigné. J’imprime ici cette correspondance, et je la soumets au jugement du monde savant.

William Crookes.

20, Mornington Road, N. AV. 21 février 1872.

Au professeur G. G. Stokes, secrétaire de la Société Royale.

Cher Monsieur,

Mon attention a été appelée sur quelques allégations émises publiquement parle docteur W. B. Carpenter, F. R. S., qui s’autorise de vous à propos de quelques sérieuses inexactitudes à mon endroit.

Le vendredi, 19 janvier 1872, dans une conférence à Vestry-Hall, Chelsea, le docteur Carpenter a dit; L’été dernier, M. William Crookes adressa à.la Société

Royale un mémoire contenant des recherches sur ce f l" il appelait une nouvelle force. Le secrétaire le lui retourna avec une lettre lui disant que la Société ne refuserait pas de recevoir des mémoires sur ce sujet, mais qu'il fallait donner quelque preuve scientifique! M. Crookes en envoya un autre sur une nouvelle série d expériences. Le secrétaire ne voulut pas assumer la responsabilité de refuser ce mémoire, et c’est ainsi qu’il vint devant le Conseil de la Société Royale : il n était pas d usage dans le Conseil de repousser un mémoire adressé par un membre de la Société. Il y a un mois que le second mémoire de M. Crookes vint devant le Conseil, et une commission de deux membres fut nommée pour l’examiner. Ces Messieurs firent hier leur rapport au Conseil; et il fut décidé à l’unanimité qne le mémoire serait retourné à son auteur, parce que, d’après l’opinion de la Société Royale, il n’avait aucune valeur. Toute personne qui a dans'sa maison une balance peut faire une expérience qui prouvera la fausseté d’un des points du mémoire de M. Crookes.

Alors le docteur Carpenter a effectué une expérience tendant a faire voir (et il y a eu des personnes dans l’assistance qui ont cru que c’était réellement prouvé) que j’ignorais les plus simples notions de la mécanique, et que j’avais été abusé par une expérience dont un écolier intelligent aurait signalé l’erreur. Il a exhibé un verre d’eau équilibré par un poids égal sur une balance, et a montré qu’en plongeant un doigt dans l’eau, c’est-à-dire en exerçant une pression exactement égale au poids de l’eau déplacée par le doigt immergé, il augmentait le poids de ce côté de la balance. Or, à moins que l’assistance ne fût portée à croire' que j’ignorais ce simple fait puéril, et bien plus,

que ce fait rendait complètement raison du résultat de mon expérience, dans quel but cette expérience a-t-elle été faite?

Un gentleman présent qui avait lu le compte rendu de mes recherches écrivit après cette séance au docteur Garpenter, pour protester contre cette expérience trompeuse que l’on avait mise en avant comme la représentation fidèle de mes essais. Dans la réponse à cette protestation, le docteur Carpenter dit :

« Bien loin d’avoir cherché à nuire à M. Crookes dans le sein de la Société Royale, je n’ai même eu connaissance de son envoi d’un second mémoire qu’après que le Conseil l’a eu repoussé. Ce rejet eut lieu dans l’après-midi du jeudi, et ce ne fut qu’à la réunion du soir que le professeur Stokes et sir Charles Wheatstone m’en donnèrent connaissance, ainsi que des raisons qui l’avaient motivé. Ce que j’ai exposé quant à l’expérience de la balance faite par M. Crookes, l’a été sur leur autorité (1), et je suis prêt à le prouver, si on conteste l’exactitude de mon.assertion. »

Or comme membre de la Commission qui décida le rejet de mes mémoires, vous devez ne pas ignorer que l’expérience de la balance du docteur Carpenter dénature complètement ma propre expérience. Les dessins que j’en ai donnés ont dû vous montrer que le vase d’eau se trouvait sur le centre du point d’appui. Vous avez dû aussi lire dans mon dernier mémoire qu’en immergeant le plus possible la main dans l’eau, le niveau ne s’en élevait pas assez pour produire une action quelconque sur l’index de la balance. »

(1) Les mots en italique sont du docteur Garpenter.

D’après la construction de l'appareil, ainsi que cela se voit par plusieurs dessins et photographies, dont la description est amplement détaillée, vous avez pu voir aussi que non seulement il était impossible à un pareil effet de se produire, mais que la simple expérience où j avais employé le contact par l’eau, avait été spécialement imaginée dans le but de détruire quelques objections insoutenables que vous aviez élevées vous-même contre une de mes premières expériences.

Mes mémoires, ainsi que les dessins qui les accompagnent, prouvent donc clairement que je n’ai pas pu commettre la bévue que le docteur Garpenter, dans une conférence publique, a mise à ma charge; et comme le docteur Garpenter, pressé sur ce sujet, s’efforce maintenant de jeter sur vos épaules le poids de ce faux exposé, je vous serai obligé de me faire savoir si vous avez réellement prononcé les paroles qu’il vous attribue.

Je demeure,

Votre bien dévoué,

William Crookes.

J'adressai une lettre semblable à sir Charles Wheatstone, et en temps convenable je reçus les réponses suivantes :

Athenœum Club, Pall Mail, 28 février 1872.

Cher Monsieur,

La conversation entre sir Charles Wheatstone, le docteur Carpenter et moi, à laquelle vous faites allusion dans votre lettre du 21 courant, est complètement sortie de ma mémoire. Elle n’attira pas particulièrement mon attention, car je ne supposais pas qu’une simple conversation fortuite, tenue dans la salle à thé

de la Société Royale, allait être reproduite à une conférence publique avec plus ou moins d’exactitude. Je ne puis parler avec certitude que de ce que j’aurais pu dire ou ne pas dire, d’après le souvenir distinct de ce que je savais alors.

Vous devez vous rappeler que quand je vous écrivis au sujet de votre premier mémoire, j’établissais comme étant mon opinion que par le simple fait qu’un mémoire cherchait à établir l’existence d’une force jusqu’ici non reconnue, ce n’était pas une raison pour qu’une Société savante se refusât à l’accepter, mais que c'en était une pour que les expériences fussent soumises au contrôle le plus rigoureux. Vous acceptiez cette situation comme parfaitemnt loyale et raisonnable. J’indiquais aussi les modes qu’on pouvait concevoir pour expliquer les résultats de quelques-unes des expériences que vous décriviez en les rattachant à l’action de causes parfaitement connues. Je n’affirmais pas que les résultats étaient réellement produits de la façon particulière que j’avançais, mais seulement qu’on pouvait raisonnablement concevoir quils avaient été 'produits ainsi , de sorte que toute personne voulant établir l’existence d’une nouvelle force, était tenue dans sa démonstration à détruire ces objections.

Entre autres choses, je faisais remarquer que le vase de verre rempli d’eau, dont vous vous étiez servi dans une de vos expériences, reposait sur la planche à une certaine distance du point d’appui ; et que, par conséquent, lorsque la main s’enfoncait dans l’eau contenue dans le vase de cuivre (qui, reposant sur un support solide et indépendant, plongeait dans l’eau contenue dans le vase de verre, avec lequel son intérieur communiquait par le moyen d’un trou), si l’eau avait le temps de s’écouler, la pression sur le fond du vase de verre devait s’accroître du poids de l’eau déplacée par la main, et par conséquent la balance à ressort devait en être affectée.

Jo ne me rappelle pas en ce moment si, dans la lettre

de réponse que vous m’avez écrite, ce point particulier était mentionné, mais cela est de peu d’importance, car dans votre second ou votre troisième mémoire, peut-être dans tous les deux, j’ai remarqué particulièrement que vous aviez modifié votre expérience en plaçant le vaso . de verre, par son milieu, sur le point d’appui, et que Vous aviez expérimenté d’une façon directe si, en introduisant la main dans l’eau du vaisseau de cuivre on produisait un effet sensible sur la balance.

Je remarquai spécialement que, dans mon opinion Ces modifications avaient été faites expressément pour répondre à certaines objections que j’avais élevées. 11 est donc tout à fait impossible que dans la conversation que j’ai eue avec le docteur Carpenter, après qu on eut pris la résolution de vous retourner vos mémoires, j’aie pu les représenter comme donnant prise à cette objection J’ai pu lui avoir parlé à ce sujet (j ignore si je lai fait) lorsque votre premier mémoire avait seul paru; et si cela est, on conçoit qu’il ait pu confondre deux conversations tenues, l’ûne, il y a quelques mois, et l’autre, tout récemment.

Je désire faire une remarque avant de conclure La question portée dp vant la ComVuission des Mémoires de la Société Royale, au sujet de vos envois, était simplement de savoir s’ils seraient reçus ou refusés La décision de la Commission, telle qu’elle est inscrite sur les registres, porte cette simple mention « Refusés. » Quant à l’appréciation qu’individuellement chaque votant a pu se former sur la valeur de vos mémoires, quant aux considérations qui ont pu influencer son vote, ce sont là des questions auxquelles chacun peut répondre seul; en sorte que personne selon moi, n’a le droit de dire qu’il connaît les raisons de cette décision.

Je suis, cher Monsieur,

A vous bien sincèrement G. G. Stores.

(A Monsieur William Crookes, F. R. S.

19 Part Grescent, Portland Place N. W. 14 mar 9 1872.

Cher Monsieur,

Je n’ai pas dit au docteur Carpenter que votre expérience au moyen de l’eau prouvait contre l’existence de la force psychique que vous avez supposée; ce que j’ai dit, c’est qu’aucun argument en sa faveur ne pouvait être tiré de l’expérience que vous avez mise en lumière d’une façon si distinguée.

Vous dites, à la page 20 de votre premier mémoire : « Je construis maintenant un appareil dans lequel le contact est produit par le moyen de l’eau, de telle manière qu’il est impossible de transmettre à la planche un mouvement mécanique. » Et plus loin, page 28 : » Comme la transmission mécanique de la force est par ce moyen complètement supprimée entre le vase de cuivre et la planche, il s’ensuit que l’action de la force musculaire est complètement éliminée. » Dans ces deux phrases vous expliquez pourquoi vous employez l’intermédiaire de l’eau, et vous ne dites rien d’où je puisse inférer que vous aviez quelque autre raison d’agir ainsi. De plus il est évident que dans les expériences qui furent d’abord communiquées au professeur Stokes, le vase d’eau n’était pas placé immédiatement au-dessus du point d’appui du levier, car -vous dites, page 28 : « Dans mes premières expériences avec cet appareil, expériences dont il est question dans la lettre du professeur Stokes et dans ma réponse, le vase d’eau n’était pas au-dessus du point d’appui, mais plus près de B. » C’est un fait incontestable que dans de telles conditions une pression mécaniqne s’exerce sur le levier quand ou plonge la main dans l’eau ; et il dépend de la sensibilité de la balance et de la façon de placer le vase, que l’effet en question se produise ou non. Un déplacement de 3 pouces cubes d’eau exercerit une pression qui, directement appliquée à votre machine égalerait 6,816 grains, et la pression maximum de votre prétendue force psychique est de 5,000 grains

d’après votre propre dire. La variation de press’on constatée dans votre expérience découlerait naturellement de la quantité variable due à l’instabilité de la main plongée dans le liquide.

De ce qui précède, il me semble que votre expérience du vase d’eau ne prouve pas un iota en faveur de votre doctrine de la force psychique, et quelle ne démontre pas que l’effet produit n’est pas mécanique, bien qu’elle puisse aisément amener les persounes, qui ne connaissent pas les lois de l’hydrostatique^ à conclure qu’aucune pression mécanique ne peut se communiquer sous de pareilles conditions.

Je ne puis pas découvrir quel rôle vous avez intention de faire jouer à l’eau en plaçant un peu plus tard le vase sur le point mort, et il me paraît contraire à toute analogie qu’une force qui agit conformément aux lois physiques puisse produire le mouvement d’un levier en agissant sur son point d’appui.

Votre bien dévoué,

Wheatstone.

A Monsieur William Crookes.

P.-S. — Ci inclus une note que j’ai reçue du D r Carpenter.

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