‹ Nouvelles expériences sur la force psychiqueChapitre 9 sur 25 · UNIVERSITÉ DE LONDRES · texte numérisé non relu

UNIVERSITÉ DE LONDRES

Burlington Gardens W, 28 février 1872.

Cher Monsieur Charles,

Si vous entrez en communication avec M. Crookes à propos du sujet dont vous m’avez parlé, il sera bon que vous lui fassiez connaître qu’elle a été ma manière de le comprendre, d’après votre opinion et d’après celle du professeur Stokes, et quel est l’exposé que j’en ai fait dans la conférence que j'ai donnée.

J’avais compris, d’après vous, que M. Crookes avait présenté la descente d’un vase équilibré rempli d’eau dans laquelle M. Home immergeait ses doigts, comme

la preuve de l’action d’une force qui ne pouvait pas être nncanique et qui, par conséquent, doit être une nouvelle force que nous appellerons psychique, spirituelle ou comme il vous plaira.

Et j’ai montré à mon auditoire qu'en plongeant les doigts dans un gobelet d’eau ainsi équilibré, on en provoquait la descente tout simplement par uue pression hydrostatique ; et de ce fait je tirais la conclusion que 1 expérience de M. Crookes ne donnait aucune espèce de preuve de l’existence d’une force qui ne nous fut pas connue.

Si j’ai en quelque façon mal compris votre exposé de 1 expérience de M. Crookes, et qu’en conséquence je lui aie porté tort en le reproduisant, je suis tout disposé à faire toute rectification que vous (que je considère comme notre ami commun) jugerez nécessaire.

Croyez-moi

Votre bien dévoué,

William B. Carpenter.

A M. Ch. Wheatstone,

20, Mornington Road, N. W. 27 mars 1872.

Cher Monsieur Charles,

Vous me permettrez de protester contre l’assertion que l’on ignorait les expériences que j’ai fait connaître dans mon mémoire du 27 septembre 1871, adressé à la Société Royale, et contre la discussion qu’on a fait se porter sur une expérience moins décisive rapportée dans un précédent mémoire. Les expériences du 27 septembre 1871 sont celles auxquelles le docteur Carpenter a lait allusion, et dont le professeur Stokes et vousmême avez rendu compte. Il est évident qu’il en est ainsi d’après le langage du docteur Carpenter à Chelsea et ailleurs :

« M. William Crookes a adressé l’été dernier, 14 et 28 juin 1871, à la Société Royale, un mémoire con-

tenant des recherches sur ce qu’il appelait une nouvelle force. Le secrétaire le lui retourna.Plus tard

M. Crookes en a envoyé un autre sur une nouvelle série d’expériences (27 septembre 1871).Le secré¬

taire ne voulut pas assumer la responsabilité de refuser ce mémoire, et c’est ainsi qu’il vint devant le Conseil

de la Société Royale. Il y a un mois que le second

mémoire de M. Crookes vint devant le Conseil, et une commission de deux membres fut nommée pour l’examiner. Ces Messieurs firent hier leur rapport au

Conseil (13 janvier 1872) ; et il fut décidé à l’unanimité que le mémoire serait retourné à son auteur, parce que, d’après l’opinion de la Société Royale, il n’avait aucune valeur.

« Ce rejet eut lieu dans l’après-midi du jeudi (18 janvier 1872), et ce ne fut qu’à la réunion du soir que le professeur Stokes et Sir Charles Wheatstone m’en donnèrent connaissance, ainsi que des raisons qui l’avaient motivé. Ce que j’ai exposé, quant à l’expérience de la balance faite par M. Crookes, l’a été sur leur autorité. »

Le docteur Carpenter parle donc ici des expériences mentionnées dans mon mémoire du 27 septembre 1871, et il dit que non seulement vous lui fîtes connaître les motifs du rejet de ce mémoire, le jour même que cela arriva, mais encore que vous lui décrivîtes une des expériences qu’il contenait.

Je dois donc reprocher à la discussion de s’être écartée de son but, de l’expérience en question présentée à la Société Royale, pour se baser sur une forme imparfaite de la même expérience qui était simplement rapportée dans un écrit publié ailleurs.

Yous citez les mots suivants de mon mémoire réimprimé du « Quarterly journal of science , » numéro du 1 er octobre 1871 : « Comme la transmission mécanique de la puissance est par ce moyen supprimée entre le vase de cuivre et la planche, il s’ensuit que l’action de la force musculaire est complètement éliminée. »

Vous citez aussi un renvoi dans lequel je parle d’une ancienne expérience effectuée d’une manière imparfaite, et alors vbus commentez ces passages, vous parlez de lois hydrostatiques bien connues, et vous faites des calculs, comme si les expériences que j’ai publiées justifiaient réellement ces sévères remarques.

Il est très regrettable que vous ayez choisi dans ma brochure deux passages qui se trouvent page 28 , et que vous ayez négligé de lire les quelques lignes qui se rapportent à ces passages; sans cela il eût été clair pour vous que l’exposé que vous avez fait d’une loi hydrostatique, évidente en elle-même, n’avait pas à porter sur le cas en question.

Permettez-moi de réparer cet oubli. Le paragraphe suivant, page 28 de ma brochure, comble la lacune qui existe entre les deux passages que vous citez ;

a Sur la planche, juste au-dessus du point d’appui,

st placé un vase de verre I, rempli d’eau. L est une barre de fer massive, munie d'un bras et d’un anneau M N, dans lequel repose uu vase en cuivre hémisphérique, dont le fond est percé de plusieurs trous. La barre de fer est à 2 pouces de la planche AB ; le bras et le vase de cuivre M N sont ajustés de telle sorte que ce dernier plonge dans l’eau dun pouce et demi, et se trouve à, 5 pouces 1/2 du fond du vase I, et à 2 pouces de sa circonférence. Si l’on secoue ou si l’on frappe le bras M ou le vase N, cela ne produit sur la planche A B aucun effet mécanique appréciable qui puisse impressionner la balance. Si l’on plonge dans Veau la main dans toute sa longueur, au point N, cela ne produit pas sur la balance la moindre action sensible . Comme la transmission mécanique de la puissance (de M. Home) est par ce moyen entièrement supprimée entre le vase de cuivre et la planche AB, il s’ensuit que l’action de la force musculaire est complètement éliminée.

J’aime à croire que si vous aviez lu l’enchaînement qui unit les deux citations que vous avez faites de mou écrit, ou même si vous aviez remarqué les phrases que j’ai mises en italiques, vous n’auriez pas écrit ceci : « C’est un fait incontestable que dans de telles conditions une pression s’exerce sur le levier quand on plonge la main dans l’eau; il dépend de la sensibilité de la balance et de la façon de placer le vase que l’effet en question se produise ou non. Un déplacement de 3 pouces cubes d’eau exercerait une pression qui, directement appliquée à votre machine, égalerait 6,816grains; et la pression maximum de votre prétendue force psychique est de 5,000 grains, d’après votre propre dire. »

J’ai préféré faire mes citations d’après la réimpression de mon mémoire qui se trouve dans le Quarterly journal of science du 1 er octobre 1871, parce que vos citations semblent montrer que c’est là que vous avez puisé vos informations ; mais dans la communica-

tion que j’ai faite à la Société Royale, le 27 septembre 1871, communication sur laquelle le docteur Carpenter et tous vous vous basez, la même expérience se trouve décrite dans des termes presque identiques, elle est de plus illustrée de photographies de l’appareil

Mais pourquoi rapporter seulement mon expérience du contact par Teau? La vraie explication est celle qui concilie tous les faits qu’on ne peut contester. Comment « la loi hydrostatique bien connue rend-elle compte de l’expérience 2, dans laquelle le vase d’eau a été supprimé? Comment explique-t-elle l’expérience 3, dans laquelle la force agissait à la distance d’un pied? ou bien encore l’expérience 4, où la force se faisait sentir à 3 pieds de distance, ou enfin les expériences 5 et 6 pour lesquelles un appareil d’un autre genre a été employé, et où la force a également agi à distance?

La seule phrase de votre lettre qui ait quelque rapport à mes expériences actuelles est la dernière, où vous dites : « Je ne puis pas découvrir quel rôle vous avez intention de faire jouer à l’eau en plaçant un peu

plus tard le vase'sur le point mort; et il me paraît contraire à toute analogie qu'une force qui agit conformément aux lois physiques puisse produire le mouvement d’un levier en agissant sur son point d appui. »

J’approuve pleinement ce que vous dites là. Moi non plus, je ne puis comprendre le rôle joué par l’eau ; et je ne puis exprimer l’analogie qui existe entre la force psychique et une force qui agit conformément aux lois physiques connues. Mais les faits exposés dans mes mémoires sont vrais malgré tout !

Je demeure votre bien dévoué,

William Crookes.

A Sir Charles Wheatstone, F. R. S., etc.

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