EXPÉRIENCES ANCIENNES
Deux expériences seulement, en effet, avaient suffi aux panspermistes pour étayer toutes leurs théories.
Ces expériences, beaucoup trop célèbres, ne supportent pas un seul instant l'analyse; et, depuis que je les ai attaquées, personne n'a consenti à les remettre textuellement en lumière. Schultze et Schwann, auxquels on les dut, ne les avaient produites que pour venir à l'appui de certaines hypothèses préconçues.
Schultze, dont on voit ci-dessous l'appareil exactement reproduit, sans donner la moindre notion sur les substances qu'il employait, ni sur leurs doses, se bornait à mettre, comme il le dit, une infusion dans une fiole à médecine, munie de deux appareils de Liebig, dont l'un était rempli d'acide sulfurique et l'autre d'une solution de potasse. Après que cette fiole avait été trempée dans l'eau bouillante pendant un certain temps, l'air extérieur y rentrait en traversant ces deux liquides, que ce savant considérait comme arrêtant et détruisant tous les organismes qui pouvaient flotter dans l'atmosphère. Chaque jour, l'expérimentateur en aspirant avec sa bouche par le tube contenant la potasse, renouvelait l'air de son appareil (1).
(1) Schultze, Annales de Poggendorf, 1837, p. 41, eiEdimburoh New Philosophical Journal, 1837, où j'ai copié cette figure. — Annales dès sciences naturelles, Zoologie, t. VIII, 1837.
lu NOUVELLES EXPÉRIENCES
Ce savant assure que, dans ses expériences, il ne vit aucun organisme apparaître au milieu du liquide, qu'il examinait à travers les parois de ses fioles à laide d'un microscope.
A priori, on reconnaît que cet observateur a dû être induit en erreur; car ses fioles à médecine pouvaient être
Fig. \ . — Expérience du docteur Schultie.
remplies d'organismes que ne lui permettait pas d'apercevoir le procédé défeclueux qu'il employait à cet effet (1). D'un autre côté, l'expérience renverse sans retour tout ce qu'a avancé le docteur Schultze.
Schwann invoquait un procédé encore plus violent. Pour anéantir les prétendus œufs ou les semences contenues dans l'air, il calcinait celui-ci avant de l'introduire dans ses appareils. Et cependant ce savant reconnut lui-même que, dans certains cas, ceux-ci se remplissaient encore d'animaux et de plantes; aussi, avec beaucoup de raison, n'osa-t-il rien conclure de ses expériences (2).
(1) 11 est évident qu'avec aucun microscope il ne serait possible d'apercevoir de petits infusoires à travers les parois d'une fiole à médecine. Le procédé opératoire marque lui-môme une certaine inexpérience. En effet, comme l'appareil de M. Schultze était exposé à une fenêtre, il n'avait pas besoin de se charger d'en renouveler l'air; le soleil et le froid des nuits s'acquittaient journellement de ce soin à sa place.
(2) Schwann, Des générations équivoques. — Annales de Poggendorf y 1837, p. 184. — his, 1837, p. 523.
SUR LA GÉNÉRATION SPONTANÉE. 1 i
Tout récemment, condamné par ses propres recherches, M. Pasteur fut aussi forcé d'avouer que les expériences avec tair calciné ne réussissaient qu'exceptionnellement. Ce sont ses expressions (1).
D'un autre côté, Schrœder et Dusch essayèrent d'arrêter ces introuvables corps reproducteurs, en tamisant l'air à travers du coton. Mais, comme Schwann, ils trouvaient parfois que leurs matras étaient envahis par des organismes ; aussi, imitant la réserve du savant allemand, n'osèrent-ils rien conclure de tentatives dans lesquelles ils obtenaient dès résultats absolument contradictoires.
Enfin, M. Pasteur prétendit que quand on se servait d'air qui ne rentrait dans les ballons qu'en suivant des routes déclives ou recourbées, comme les spores et les œufs se déposaient durant leur trajet dans celles-ci, on ne rencontrait jamais d'organismes dans l'intérieur des appareils (2). C'était une erreur.
Mais que signifient tant et tant d'expériences au point de vue philosophique et au point de vue expérimental? Absolument rien.
Au point de vue expérimental, on s'élonne vraiment de voir certains physiologistes, tels que MM. Longel et Cl. Bernard, s'en emparer pour constater la panspermie et saper la génération spontanée. Us n'ont pris de ces expériences que les faits négatifs, sans valeur, qui s'accommodaient avec leurs théories, et n'ont fait nulle attention aux expériences positives qui les condamnent absolument.
Au point de vue philosophique, il n'y a aucune conclusion à tirer d'expériences qui se combattent mutuellement. Et, d'un autre côté, pour des hommes dont une
(1) Pasteur, Mémoire sur les corpuscules organisés qui existent dans ratmosphère. (Ann. scient, natur. Paris, 4861, p. 33.)
(2) Pasteur, Expériences relatives aux générations dites spontanées. — Compt. rend, de l'Acad. des sciences, t. L, p. 306.
sévère raison domine les travaux, tout cet arsenal d'expériences dont on a embarrassé la science n'aurait jamais dû y trouver place. Eu effet, pour l'expérimentateur qui raisonne le moins du monde, quand on a une fois reconnu, et c'est maintenant incontestablement démontré, que Schwann en calcinant l'air n'entravait pas l'apparition des proto-organismes, est-ce qu'il est rationnel de tenter d'arrêter avec du coton' ou des tubes recourbés, des œufs ou des semences que le feu aurait mille fois consumés s'ils existaient ailleurs que dans l'imagination de quelques-uns de nos savants (1)? Je suis certain que tous les physiologistes qui, avec un esprit droit et sans prévention, étudieront cette question, seront frappés de la légèreté qui a présidé aux expériences de beaucoup de savants, même parmi ceux qui occupent un rang élevé dans la science (2) .
Contre-expérience de Schnltze, par M. Poncfcei.
Au point de vue des panspermistes, j'ai dû répéter l'ex-
(i) Les faits viennent à l'appui de tout ce que nous avançons. MM. Joly et Musset ont déjà prouvé que les expériences de M. Pasteur avec des tubes recourbés étaient absolument erronées. Et celles de Schrœder et Dusch ne peuvent être exactes si celles de Schwann et de Schultze sont réputées fausses. C'est ce que nous allons prouver.
(2) M. Longet, par exemple, rapporte que M. Milne-Edwards fit plusieurs tentatives infructueuses pour provoquer des générations équivoques. « Ayant mis, dit-il, dans un tube de la matière organique et de l'eau, il faisait bouillir le liquide afin de tuer les animaux qui auraient pu s'y trouver, puis bouchait le tube en étirant son extrémité à la lampe. Aucun infusoire ne se formait dans ces infusions, môme après un laps de temps très-long. » {Traité de physiologie, Paris, 1850, t. II, p. 11.)
Et c'est sur une telle expérience que s'appuie M. Longet pour renverser lTiétérogénie I Pour moi, ce qu'il y aurait eu vraiment de prodigieux, c'eût été de voir des animaux apparaître dans l'appareil de Milne-Edwards, dont le tube avait été absolument mis dans les conditions d'un marteau d'eau. Et je m'étonne beaucoup que l'illustre zoologiste ne se soit pas révolté immédiatement contre la singulière expérience qu'on lui prêtait.
périence de Schultze ; mais je l'ai fait avec une rigueur que n'y mit point le savant Allemand.
Au lieu de faire rentrer de l'air chaque jour dans mon ballon, ce qui tend à y introduire ces prétendus œufs et ces spores aériens dont on cherche à préserver l'appareil, jabandonnais celui-ci à lui-même, et l'air n'en était point renouvelé (i).
Schultze, comme on peut le voir dans la figure qui précède, bouchait son appareil à laide d'un bouchon de liège. Nous nous sommes servi de bouchons en cristal, et l'endroit où le tube laveur était luté dans le trou de ceux-ci était silicatisé. Ainsi donc, nos appareils étaient complètement en verre. Dans certains cas, nous avons même soudé le tube laveur avec le ballon.
La trop célèbre expérience de Schultze a été simplifiée par moi ainsi que je la représente ici. Et, quoique en décuplant les précautions expérimentales, je suis cependant parvenu à obtenir des résultats absolument opposés à ceux du savant Allemand.
Au lieu de me borner à tremper le ballon' dans l'eau bouillante, comme le faisait le physiologiste étranger, je me servais d'une lampe à esprit de vin pour chauffer mes décoctions, ce qui donnait à l'opération plus de célérité et plus de rectitude.
J'avais d'abord la précaution de faire bouillir le liquide dans le ballon, avant d'y ajouter mon (ube laveur, afin que la vapeur d'eau n'affaiblit point l'acide sulfurique en le traversant en trop grande abondance.
Lorsque, après plusieurs minutes d'ébullition, j'avais la conviction que tout l'appareil avait bien contracté la tempe*
(l) Ayant remarqué que les Microphytes te développaient plut rapidement aur les corps émergés, je mettais parfois des morceaux de bois dans les appareils. C'est ce que l'on voit sur l'une de mes figures, dont les Mucorinées ont été dessinées d'après nature sur l'un de ces corps flottants.