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ORGANISMES SECS

Si, jusqu'à ce moment, aucun savant, hors M. Pasteur, n'a osé professer que des organismes hydratés pouvaient résister à l'eau en ébullition, quelques physiologistes ont cependant prétendu que des animaux parfaitement secs supportaient des températures fort élevées. C'est encore là une grave erreur, qu'ils ont pu accréditer en la basant sur une apparence de raison.

En effet, plus timorés que le chimiste que nous venons de citer, ils ont eu soin de mentionner qu'un tel phénomène

(1) M. Pasteur, Comptes rendus de l'Académie, t. LU, p. 18. — M. Payen, Comptes rendus de V Académie, t. XLVIII, Précis de chimie industrielle. Paris, 4849, p. 390. — Les assertions de MM. Pasteur et Payen, car ce ne sont que des assertions, sont donc anéanties par les expériences directes de Bulliard, d'Hoffmann, de Wyman et par les miennes.

n'était dû qu'à ce que l'albumine anhydre résiste à une température que ne supporte pas l'albumine hydratée.

M. Doyère prétendit que les Tardigrades n'étaient pas tués par une température de 1 40° ; et dans le sein de l'Académie des sciences, MM. Dumas et Milne-Edwards ont soutenu la même opinion (1). Mais, à l'aide de méthodes expérimentales infiniment plus précises que celles qui avaient été employées par ces savants, nous avons reconnu qu'une telle opinion était absolument erronée (2).

Les physiologistes qui nous ont imité récemment ont vu qu'à mesure qu'ils étudiaient plus sérieusement la résistance vitale des animaux dits ressuscitants, et que d'après nos instances ils donnaient plus de précision à leurs expériences, à mesure aussi ces animaux perdaient tout leur prestige. Si des Rotifëres ou des Tardigrades? contractés, et auxquels une dessiccation préalable a déjà fait perdre une partie de leurs fluides, restent, quelques instants seulement, sans périr dans des étuves chauffées à 100°; qu'est-ce que cela signifie?

(1) Dumas et Milne-Edwards, Remarques sur la valeur des faits romidérés comme étant propres à prouver V existence de la génération spontanée. Comptes rendus, 1859, t. XLVIII, p. 28-35.

(2) Quand nous voyons certains physiologistes prétendre que des femmes ou des hommes ont pu être plongés dans des fours ou des étuves chauffés à «07 e , et môme jusqu'à il 2° Réaumur, et y rester dix minutes (Béclard, Physiologie, Paris, 1859, p. 371); et quand un homme opère un acte encore beaucoup plus extraordinaire, et reste plusieurs minutes, au milieu dune tonnelle de feu, environné de toutes parts du plus ardent brasier que l'on puisse imaginer, comme je l'ai vu moi-même à Londres ; cela veut-il dire que les personnes soumises à ces expériences subissent réellement la température du milieu dans lequel elles se trouvent momentanément plongées? Mais, pas le moins du monde. Elles ne résistent à son action mortelle, qu'à la condition de V éviter strictement, par un moyen quelconque. C'est le cas des animalcules qui sortent réviviscibles des étuves de quelques expérimentateurs. Quand cela a lieu, c'est qu'ils ont pu se soustraire à l'influence des températures élevées qui régnent dans leurs appareils. Voilà ce que j'évite dans mes expériences en demandant une extrême lenteur.

Mais absolument rien. Est-ce que cela indique qu'ils sont secs et morts? Pas le moins du monde. Ne sait-on pas que, dans ses expériences, Magendie a vu des chiens résister près de dix-huit minutes dans des étuves d'une température de + 120°, et ne succomber qu'après vingt-quatre minutes dans celles chauffées à 90°? A plus forte raison des animalcules doublement protégés par le terreau qui les enveloppe, et par la pénurie de leurs fluides, peuvent-ils subir des épreuves analogues sans que pour cela on les considère comme morts et absolument desséchés.

La Société de biologie, d'après mes vives instances, voulut bien entreprendre quelques expériences sur ce sujet. La commission déléguée à cet effet, et dans laquelle se trouvaient MM. Broca, B. Séquard, Ch. Robin et Berthelot, n'a jamais vu dans aucune de ses nombreuses tentatives un seul Tardigrade résister à 100° (1). Dans des expériences dans lesquelles nous avons mis le plus grand soin à soumettre strictement les animalcules au degré accusé par le thermomètre, nous avons démontré que ceux dont il est question ici, périssaient tous entre + 80 à 85° centigrades (2).

Par des expériences extrêmement multipliées, nous nous sommes assuré que les Rotifères périssaient à 90°. Dans celles de la Société de biologie, ils ont constatament succombé au-dessous de 100°. Et si, dans une seule, on en a vu un petit nombre, onze sur quatre-vingts, revivre aprèsjavoir en apparence subi 100°, cela n'a été dû qu'à ce que les expérimentateurs ont franchi trop rapidement les températures

(i) Broca, Études sur les animaux ressuscitants, Paris, 1860. — Dans ce remarquable ouvrage, où Ton regrette de voir l'auteur déployer tant de mérite et de science pour soutenir une si mauvaise cause, on reconnaît an effet que /km un seul Tardigrade n'a supporté 100°.

(2) Voyez Pouchet, Recherches et expériences sur les animaux ressuscitants, 1*59, et Nouvelles Expériences sur les animaux pseudo-ressuscitants, Actes du ÈÊuséum de Rouen, 1860. Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1850, t. XL1X.

élevées, et sauté en dix minutes 40°. Précipitation impardonnable. En procédant plus lentement, ils fussent arrivés à la même conclusion que nous (1).

Dans quelques expériences ultérieures, faites avec le plus extrême soin, le professeur Tinel et M. G. Pennetier ont confirmé tout ce que nous avions avancé sur la résistance vitale des Rotifères et des Tardigrades; et le dernier a fixé à 70° le maximum de résistance des Anguillules (2).

Ainsi donc, nos expériences et celles de MM. Pennetier et Tinel ont renversé les anciennes idées sur la reviviscence (3).

(4) Au moment où la commission de la Société de biologie expérimentait dans le laboratoire de l'École de médecine, il se passa un fait étrange. Elle hésitait, quand tout à coup M. Gavarret qui, en môme temps et dans le môme lieu, expérimentait avec M. Doyère, se hâta de prévenir le jugement de cette commission en publiant que dans ses expériences il avait obtenu des reviviscences sur des animalcules chauffés à 110°. Jamais jusqu'à ce moment les commissaires de la Société de biologie n'avaient pu, dans leurs recherches, qui furent exécutées avec des précautions inusitées jusqu'alors, obtenir un tel résultat, même à 100°. M. Broca, avec une loyauté qui l'honore, sans s'occuper de ses convictions particulières, me disait chez lui : Vous avez raison. Et ce ne fut que plus tard, qu'une de ses lettres m'annonçait que quelques Hotifères seulement, pas de Tardigrades, avaient bravé i 00°. Mais dans cette expérience M. Broca avait dévié de la rigueur à laquelle il s'était astreint jusqu'à ce moment. Consultez Gavarret, Expériences sur les Rotifères, les Tardigrades et les Anguillules, Ann. se. na/., 1S60.

(2) G. Pennetier, De la reviviscence et des animaux dits ressuscitants. Rouen, 1860, p. 67. Depuis les expériences si rigoureuses de M. Pennetier, on n'a plus reparlé de la reviviscence des anguillules des toits. Pour elles il devenait impossible de la soutenir un instant.

(3) M. Tinel avait démontré qu'aucun Tardigrade ne supportait, loin s'en faut, la température de 100°. M. Pennetier a prouvé qu'il en était de môme pour les Anguillules des toits. Or, comme cette température avait été considérée comme une épreuve décisive, il fallait dono, conséquemment, reconnaître que pour ces animaux il n'était pointée réelle résurrection, sauf à s'entendre à l'égard de quelques Rotifères qui ont paru encore braver cette température. — C'était, il nous semble, un religieux devoir pour les résurrectionnistes; mais ils ne l'ont pas accompli, ce premier pas les engageait trop. J'en suis fâché. (Voyez Tinel, Mémoire sur les Tardi-

Gomme on nous avait reproché de n'avoir pas suffisamment desséché les animalcules employés dans nos expériences, nous les avons recommencées en soumettant ceux-ci à une longue et rigoureuse dessiccation.

Fig. 5.

Après avoir soumis longtemps les animalcules au vide sec de la machine pneumatique, et en les exposant ensuite à la température de 100°, dans l'appareil représenté ici {fig. 5), jamais nous n'avons vu un Rotifère, un Tardigrade ou une Anguillule résister à cette température (expérience 17). Évidemment 100° sont donc le maximum de résistance de tous les animaux pseudo-réviviscents sur lesquels on a jusqu'alors expérimenté (1 ) .

grades. Union médicale, 1859.— Note sur les Rotifères et les Tardigrades, adressée à la Soc. de biologie^ 1859.)

(1) Voici la déclaration que je remis à M. Broca lorsque j'expérimentais arec lui à l'École de médecine de Paris, et qu'il a insérée dans son remarquable rapport, p. 75 : « Toutes les opinions et toutes les expériences de Spallanzani et de ses successeurs sont Traies ou peuvent être vraies, du moment où Tanimal, quel qu'il soit, aura subi une dessiccation absolue et supporté une température de 100° pendant trente minutes.

« En présence d'un tel fait, j'anéantis cent expériences variées, qui cependant s'élèvent contre lui ; car, pour moi, un animal qui dans ces circonstances revivrait après un seul jour, pourrait revivre après un siècle.

« Je suis asseï convaincu de ce que j'avance pour laisser sans limites le

A l'aide d'un appareil fort compliqué et dont je confesse n'avoir pas bien saisi tous les détails, M. Pasteur rapporte avoir soumis des semences de Mucédinées à 120°, et même à 125°, pendant une heure, sans leur avoir vu perdre leur vitalité; et selon lui, celle-ci ne s'anéantit que vers 130°.

Dans ces expériences qui m'étonnent au plus haut point, on ne peut trop regretter que ce savant ait omis de nommer les espèces qu'il ensemence et celles qu'il récolte. Sans cette précaution toute expérience est frappée d'une absolue nullité, puisqu'elle se dérobe à tout examen logique, comme à tout contrôle expérimental.

Mais pourquoi donc cet air calciné, cette machine pneumatique, ces appareils si compliqués dont l'esprit suit à peine le mécanisme et la description (1) ?

Les voies les plus simples, les expériences les plus élémentaires, conduisent au même but. Il fallait seulement ensemencer un végéta] bien connu et prouver qu'il en produit un semblable à lui (2) !

choix des espèces et le mode d'expérimentation. Seulement, à l'égard de la température de 100% comme l'appareil de M. Berthelot est le plus scientifique que l'on ait employé, je demande qu'il soit préféré, en suivant les précautions que j'ai indiquées à la page 71 de mon Mémoire sur les animaux ressuscitants, et en n employant que fort peu de substance, I ou 2 décigrammes au plus. »

« Paris 2 novembre 1860. Signé, Podchet. »

Après de nouvelles expériences sur ce sujet, je suis encore prêt aujourd'hui à ratifier ce que j'écrivais il y a trois ans.

Le commission de la Société de biologie a constamment vu les résurrections avorter quand elle a suivi rigoureusement le mode d'expérimentation que je prescris ici, et qui offre toutes les garanties possibles. Si une seul* fois elle a révivifié des Rotifères, c'est après avoir sauté 40° en dix minutes. Tandis qu'à l'endroit de mon mémoire auquel renvoie ma note signée, on lit: a On mit huit heures à franchir 40°, et l'opération marcha avec tant de précision que le thermomètre, plongé dans l'appareil, indiquait lui-même l'heure de la journée » (p. 72).

(1) Examen de la doctrine des générations spontanées, Annales des sciences naturelles, Paris, 1860, p. 83.

(2) Je me suis plusieurs fois élevé contre les expériences oà l'habile

J'avoue, sans la moindre hésitation, que les expériences de M. Pasteur m'étonnent prodigieusement. Ses ensemencements deviennent féconds malgré les plus manifestes entraves, tandis que moi j'échoue en recherchant les circonstances les plus favorables.

Ainsi, je recueille les spores de diverses Mucédinées à la surface d'un liquide en fermentation et je les ensemence sur une autre portion de ce même liquide. Et soit que j'aie soumis ces spores à 100° pendant une minute seulement; soit même, qu'elles aient été immédiatement placées sur le sol nouveau; dans un cas comme dans l'autre, il ne se produit sur ce liquide aucune espèce identique à celle qui a été ensemencée, quoique nous soyons là dans les plus favorables circonstances, puisque nous confions au sol qui vient de les produire, les semences dont nous attendons de nouvelles plantes. J'ai opéré ainsi sur des Ascophores et des Pénicilliums.

Cette constante réussite de M. Pasteur a d'autant plus lieu de m'étonner, que les botanistes savent que les ensemencements de cryptogames, à l'aide de leurs spores, échouent presque constamment; et vraiment, j'admire stupéfait tout ce que j'apprends sur ce sujet (1).

chimiste ensemençait l'invisible et récoltait ce qui devait surgir spontanément. La direction expérimentale que je prescris est tellement impérative, que l'on reconnaît que quand M. Pasteur la suit, il trouve forcément tontes ses expériences négatives. Laissons-le parler : « Je dois cependant remarquer, dit-il , qu'au nombre des Mucédinées qui ont pris naissance dans les expériences, en petit nombre il est vrai, où j'avais semé des poussières de l'air chauffées à 100°, le pénicillium glaucum ne s'est pas montré. » {Ann. se. nat., p. 89.) — Et cependant, comme c'est la plante la plus commune, si les ensemencements étaient un fait, ce serait elle que l'on rencontrerait toujours.

(1) J'ai déjà fait observer que les spores produites par divers Aspergillus des fermentations, n'étaient nullement identiques avec les spores spontanées dont naissent les plantes ; et que je ne voyais jamais les premières germer, tandis qu'autant que je le veux, j'observe ce phénomène

En chauffant les poussières de la cathédrale de Rouen jusqu'à 250°, même au-dessus, je ne les ai pas moins vues produire, soit des animalcules, soit des plantes (1) ; mais ce n'était pas que leurs œufs ou leurs semences eussent échappé à cette température ; ils naissaient spontanément, comme ils sont nés dans les nouvelles expériences de M. Pasteur. Voilà ce qui est exact.

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