‹ Nouvelles expériences sur la génération spontanée et la résistance vitaleChapitre 18 sur 39 · RÉSISTANCE AU FROID · texte numérisé non relu

RÉSISTANCE AU FROID

Quelques physiologistes, à l'exemple de M. Broca, pensent que certains animaux peuvent survivre à la congélation complète ; c'est une grande erreur (2).

Beaucoup de naturalistes dignes de foi citent des exemples d'animaux qui, après avoir été congelés, ont repris toute leur activité vitale. Les uns étaient absolument compris dans la glace elle-même; d'autres, tellement glacés que leurs membres se brisaient nettement, comme du bois ou du verre. Le probe et digne Geoffroy Saint-Hilaire, d'impérissable mémoire, a, je crois, cité des faits analogues.

De nombreuses expériences nous ont prouvé que la reviviscence après la congélation, n'est pas plus admissible que

sur les autres. Ce sont ces observations, tant multipliées à cet égard, qui m'ont fait me demander si réellement les spores produites par les plantes étaient toujours des organes reproducteurs ? Doute audacieux, peut-être, mais que je n'émets pas sans y avoir mûrement réfléchi. Doute qui explique mon étonnement en présence des faits énoncés par le chimiste de Paris, qui, lui, semble faire à volonté ce que les botanistes ne réalisent qu'avec tant de difficulté. Un savant consciencieux de mes amis, qui s'occupe particulièrement de mycologie, m'écrivait il y a peu de jours, que dans des expériences variées, qui n'ont pas duré moins de quatre ans, il n'a jamais pu voir germer les spores d'un grand nombre de champignons inférieurs, môme en les ensemençant sur le lieu où ceux-ci se produisent spontanément.

(1) Consultez à ce sujet mon Hétérogénie, p. 451.

(2) Broca, Études sur les animaux ressuscitants. Paris, 1860, p. 5.

celle après la dessiccation. Dans l'un et dans l'autre cas, si Tanimal revit, c'est que le phénomène n'a pas été complet.

L'expérience m'a démontré, de nombreuses fois, que beaucoup d'animaux peuvent être ranimés après avoir été totalement enveloppés par la glace, ou congelés au point de solidifier totalement leurs membres. Mais, dans tous ces cas, j'ai reconnu ostensiblement que la congélation n'avait été que superficielle, et qu'elle n'avait pas atteint les organes profonds indispensables à la vie. Au contraire , si l'expérience est portée au point que cela ait lieu , jamais un seul animal ne résiste à cette épreuve.

Dans ces expériences de congélation complète, il devient même de la plus ostensible évidence que, par l'effet de ce phénomène, l'organisme a été totalement et profondément dilacéré. Les tissus déchirés souillent la glace de traces sanglantes ; ou quand, à de basses températures, on dégèle peu à peu les animaux, l'eau qui s'écoule est rougie par une abondance de sang qui suinte de leurs cadavres. C'est ce que nous avons vu de nombreuses fois, en expérimentant sur des grenouilles, des éc revisses, des sangsues et des poissons (1).

Selon le professeur Mantegazza, les Zoospermes de la grenouille pourraient résister à une température de — 13° 75, mais pas au delà (2).

Les Rotifères, si remarquables par la manière dont ils supportent une température élevée, sont encore plus extraordinaires sous le rapport de leur résistance aux plus basses températures. Je les ai vus fréquemment supporter 20° audessous de zéro, et ne pas paraître le moins du monde en être affectés. On pourrait même croire que le froid est in-

(1) J'ai surtout employé pour ces expériences des Cyprins et des Épi- Boches.

P) Mantegazza, Délia vitalita dei zoospermi délia Rana. Milano, 1800, p. 15.

capable de les tuer. Ayant placé des Rotifères contractés dans l'appareil réfrigérant de Caré, je lésai tus résister pen-. dantdeux heures à une température de 39° au-dessous de zéro.

Les Microzoaires ciliés vivent très-bien à la température de zéro; mais ils expirent tous vers 2° au-dessous de la glace fondante. A — 2° j'ai vu périr, en quelques minutes, les Kolpodes, les Glaucomes, les Dileptes et les grands Vibrions.

Les petites espèces, au contraire, semblent douées d'une bien plus grande résistance au froid. Les Bactériums, les Monades et les petits Vibrions supportent très-bien, durant une heure, un froid de — 5°. Les Monades expirent avant que celui-ci soitporfé à — 15°. Mais dans mes expériences, j'ai vu le Vibrio monas rester encore vivant après avoir été glacé pendant une heure à — 15° (1).

Il résulte de toutes nos expériences, exécutées soit aux températures élevées, soit à de très-basses, un fait aussi extraordinaire qu'inattendu, c'est que ce sont les animaux d'une organisation plus frêle qui supportent mieux les températures extrêmes. Des Rotifères et des Monades résistent à un froid ou à une chaleur qui tuerait un bœuf ou un éléphant. Je ne m'explique de tels résultats qu'en admettant que les particules d'albumine ou d'eau que recèlent ces Microzoaires, sont d'une telle ténuité que les températures extrêmes n'ont pas sur elles une action assez sensible pour qu'il en résulte une manifeste altération des tissus et par suite la mort.

(1) Pour toutes ces expériences voir Pouchet, Hétérogénie, p. 193, 194, 195.

BRUSQUES TRANSITIONS DE TEMPÉRATURE. — SAUT DE 119° DU THERMOMÈTRE CENTIGRADE.

Les Rotifëres et les Tardigrades, déjà si remarquables par la facilité avec laquelle, malgré l'infinie ténuité de leur structure, ils supportent les plus extrêmes degrés de chaleur et de froid, offrent aux physiologistes une propriété beaucoup plus extraordinaire encore, c'est celle de franchir, sang succomber, les températures les plus extrêmes auxquelles l'organisme puisse être soumis. Dans mes expériences je leur fais brusquement sauter 1 00° et même H 9° de l'échelle thermométrique, sans qu'ils en paraissent le moins du monde affectés. Aucun mammifère, si robuste qu'on puisse le supposer, ne pourrait subir sans le plus extrême danger, ou sans périr, une épreuve à laquelle on peut soumettre à volonté de frêles animaux, considérés comme les plus délicates productions de la création.

Du terreau contenant des Rotiières et des Tardigrades est plongé dans un mélange frigorifique, dont la température est de 20° au-dessous de zéro, et on l'y laisse une heure. Alors on l'enlève et on le place subitement dans une étuve à 80° où on le laisse aussi une heure. Enfin, ce terreau est plongé subitement dans l'eau, et au bout de quelques heures, on voit celle-ci parcourue par ces animalcules, qui semblent n'avoir nullement souffert de ces trois brusques épreuves: l'extrême froid, l'extrême chaud, et l'humectation, qui se sont succédé si instantanément.

Les Rotifères et les Tardigrades ont donc franchi subitement 100° du thermomètre.

Dans des expériences ultérieures, j'ai même pu leur faire instantanément sauter 119°. Us avaient subi un froid de 39° dans l'appareil réfrigérant de Caré et je les plongeais dans une étuve à 80°.

Cette expérience réussit constamment, et on l'exécute même sans perdre sensiblement d'animalcules, si Ton opère à une température un peu inférieure à 80°, car il ne faut pas oublier que celle-ci est la limite de la résistance vitale des. Tardigrades. En présence de tels faits, que devient la fantasmagorie expérimentale que prétendaient imposer certains résurrectionnistes?

Voici comment M. Broca parle de cette expérience, qui fut répétée par moi dans le laboratoire de l'École de médecine, en 1860, en présence des membres de la Société de biologie. « De toutes les épreuves auxquelles on a soumis les animaux réviviscibles, dit-il, celle-ci est à coup sûr la plus prodigieuse. Avant cette belle expérience de M. Pouchet,on n'avait qu'une idée très-incomplète de la résistance vitale des Tardigrades et des Rotifères, et il est presque incroyable que dans un échauffement aussi rapide, dans un saut instantané de près de 100° de température, la dilatation brusque des tissus n'en produise pas la rupture ; mais il faut bien se rendre à l'évidence et reconnaître que M. Pouchet a découvert une des propriétés les plus extraordinaires des Rotifères et des Tardigrades (1). »

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