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CHAPITRE III

Partout, strictement parlant , l'air est constamment fécond ; et nulle part , ordinairement, il ne contient ni œufs, ni spores (1).

La panspermie universelle, propagée par les ingénieuses hypothèses des naturalistes rhéteurs du siècle dernier, a été renversée par nos attaques. C'est un fait accompli : nous n'avons plus besoin d'y revenir.

liais M. Pasteur a tenté de lui substituer une panspermie partielle, des veines atmosphériques surchargées d'oeufs et de semences, et circulant au milieu d'espaces aériens qui en sont absolument vierges.

Voici ses propres paroles : « L'air ambiant n'offre pas, à « beaucoup près, avec continuité, la cause des générations « spontanées, et il est toujours possible de prélever, dans un « lieu et à un instant donné, un volume considérable d'air « n'ayant subi aucune espèce d'allération physique ou chi- « inique, et néanmoins tout à fait impropre à donner

(I) Et si nous ayons trouvé dans l'air et jusque dans les poumons de l'homme des Arachnides et des Crustacés microscopiques vivants ; on conçoit parfaitement aussi que l'air doive être le véhicule des séminules ou des œufs d'une foule d'animaux et de plantes. Tout le monde est d'accord sur ce point; mais la question est uniquement de savoir si leur nombre, dans ce véhicule, peut expliquer ces générations dont la puissance nous frappe d'étonnement et de stupeur.

« naissance à des Infusoires ou à des Mucorinées (1). •

Je ne puis protester avec trop d énergie contre une telle m* sertion. Elle atteste que jamais ce chimiste na fait (F expériences rigoureuses pour l'étayer; et elle révèle, une fok de plus, quil ne tient aucun compte des faits acquis à h science.

Selon nous, au contraire, comme ces germes n'existent nullement, partout où Ton puise de l'air à l'aide d'expériences bien conduites, Ton peut obtenir des phénomènes génésiques ostensibles. Si les expériences des chimistes sont parfois stériles, il ne faut en accuser que leur mode d'expérimentation et parfois leur inaptitude à de telles recherches. Nous serions tout aussi inhabiles qu'eux si nous nous occupions des plus délicates investigations de leur science.

La nouvelle hypothèse de M. Pasteur, seul moyen de sauver la panspermie du naufrage, succombe elle-même en présence d'un nombre considérable d'expériences entreprises par moi pour démontrer: 1° que quel que soit le lieu de la terre où Ton puise un décimètre cube d'air, soit en pleine mer, soit dans les cavernes, soit sur les montagnes, toujours ce décimètre cube d'air est propre à fournir des myriades de Microzoaires et de Microphytes ; 2° et que l'examen de l'air, dans quelque lieu qu'il soit fait, n'offre normalement ni œufs, ni spores en suspension.

C'est en se servant d un subterfuge qu'on est parvenu à fasciner l'opinion. On a fait une espèce d'entité presque métaphysique des principes de vie qu'on prétend être disséminés dans l'atmosphère ; on les a appelés germes, mot détourné de son sens et qui là ne signifie rien.

Afin de s'entendre sur les agents avant d'en discuter les phénomènes, je demande énergiquement que l'on aban-

(1) Pasteur, Comptes rendus de l'Académie des sciences. Paris, 1860, t. Ll, p. 352.

donne de tels moyens, tout à fait indignes de la science. Appelons œufs ou spores les corps reproducteurs des organismes, c'est leur nom, et Terreur va cesser de pouvoir se soutenir un seul instant.

Disons aussi que les merveilleux moyens de reproduction, tels que la scissiparité et la gemmation, auxquels les panspcrmistes ont si souvent recours pour se tirer d'embarras, ne peuvent être invoqués dans aucune de nos expériences ; car, pour la plupart, celles-ci se font si rapide- • ment que les Microzoaires ou les Mucédinées qu'on y voit se développer, n'auraient certainement point le temps de se reproduire, soit par ces moyens, soit et encore bien moins par la génération normale (1).

Or, on ne peut expliquer ces expériences qu'en admettant dans l'atmosphère un nombre prodigieux d'œufs ou de spores; car, partout, dans un décimètre cube d'air, on peut voir apparaître dix fois plus de Kolpodes qu'il n'y a d'habitants sur le globe.

Il résulte de là, que si les germes des organismes abondaient réellement dans l'atmosphère, la science a atteint un tel degré de certitude, que ceux qui le prétendront, perdront

(1) En effet, constamment, en été, en trois ou quatre jours, nous voyons se succéder, dans nos bocaux, au moins deux générations spontanées; et pendant ce court laps de temps, jamais nous n'observons sur la seconde, composée de Microzoaires ciliés, aucun phénomène de scissiparité, et encore bien moins une reproduction sexuelle. Celle-ci, d'après les observations de M. Balbiani lui-môme, n'est seulement pas supposable, car ces animalfcules se procréent sous nos yeux en moins de temps que ne dure leur teul accouplement, qui, d'après ce physiologiste, occupe laborieusement cinq à six jours, auxquels il faut encore joindre cinq à six autres jours avant de voir apparaître les œufs dans le corps de la mère. Balbiani, Génération sexuelle chu les infusoires. Journal de physiologie. 1858, t. I, p. 349-354. — Ce sont ces divers éléments de la question que devraient connaître, avant tout, certains savants qui prétendent la trancher si magistralement, sans j'être donné la peine de l'étudier le moins du monde, autrement que par ies expériences qui n'ont aucun rapport avec elle.

immédiatement leur cause, dès l'instant où ils ne pourront en donner la preuve tangible :

1° Physiquement, parce que les œufs et les spores de certains êtres qui apparaissent dans nos expériences, sont parfaitement connus;

2° Physiologiquement, parce que les organismes se développent d'après des lois qui ne permettent pas de se méprendre sur leur origine ;

. 3° Enfin, chimiquement, parce que si Ton se rend compte des myriades d'oeufs ou de séminules que chaque parcelle de l'atmosphère devrait contenir, si la panspermie était un fait, ce serait une honte pour les sciences chimiques de ne pas nous avoir signalé, par l'analyse, l'immense quantité de matière organique qui encombre l'air.

J'ai recueilli de l'air dans les circonstances les plus variées; et partout où je l'ai pris, un décimètre cube de cet air m'a suffi pour voir se produire, sous son influence, des milliards de Microzoaires ciliés. J'ai expérimenté sur de l'air provenant de la pleine mer, entre la Corse et la Sicile ; et sur d'autre que j'ai recueilli, par un temps parfaitement calme, au milieu de la mer Ionienne. J'ai pris aussi de l'air sur le sommet de l'Etna et dans le fond des cavernes de Caumont , près Rouen , et jamais aucune de mes expériences n'a été frappée de stérilité. Et cependant, en analysant cet air,' soit à l'aéroscope, soit par d'autres moyens, on n'y découvrit aucun œuf d'infusoire, ni aucune semence (expériences 29, 30, 31 , 32.)

Entraînés par nous sur le terrain d'une discussion rationnelle et forcés par l'évidence, les homogénistes ont enfin reconnu tout ce qu'avait de monstrueux la panspermie universelle. La panspermie locale succombe, elle-même, en présence de l'expérience et de la raison (1).

(t ) C'est la force des choses qui a contraint l'habile chimiste que nous

En effet, comme nous venons de le dire, quelque soit le point du globe où Ton recueille un centimètre cube d'air, celui-ci est fécond. Et il l'est tellement, que si sa fécondité dépendait, non de sa composition, mais des œufs dont il serait surchargé, ceux-ci devraient y être tellement entassés qu'ils en formeraient la plus importante masse, et ils ne pourraient par conséquent échapper au moindre examen physique ou chimique. Nous avons réfuté ces merveilleux moyens de propagation dont les naturalistes ont tant abusé; et dans nos expériences de courte durée, il faut que chaque animal ait son œuf, chaque végétal sa graine (4).

M. Faivre a donc bien tort de prétendre que la question n'est pas de découvrir dans l'air un grand nombre d'œufs ou de semences, mais de faire voir que ceux qui y sont ré-

combattons à inventer cette panspermie locale y qui n'est pas plus soutenable que la panspermie générale, sur laquelle Bonnet et les savants du dernier siècle ont débité tant de puérilités. Cette nouvelle panspermie n'est qu'une ingénieuse invention, pour expliquer, à son gré, pourquoi certaines expériences de Schwann et de M. Pasteur réussissent ou non ; résultat qu'il faut chercher, non dans les introuvables œufs de l'air, mais tout simplement dans le plus ou moins d'altération des décoctions employées dans les ballons des adversaires de l'hétérogénie, ou dans la disposition absolument défectueuse de leurs appareils.

(i) l'ai déjà dit, à ce sujet, que l'illustre R. Owen a calculé qu'il existait parfois plus de 500,000,000 de Monas crepusculum dans une seule goutte d'eau 1 Or, l'expérience démontre, presque mathématiquement, que si la dissémination aérienne était réelle, il faudrait que chaque millimètre cubique de l'atmosphère contint immensément plus d'œufs qu'il n'y a d'habitants sur le globe. Si l'on admet que chaque goutte d'eau recèle 500,000,000 de Monades, en représentant celle-ci par 8 millimètres cubes, il en résulte que chaque millimètre devra contenir 62,500,000 animalcules. En supposant seulement que l'atmosphère offre en suspension 100 espèces de Microzoaires ou de Cryptogames, pour fournir aux exigences de la dissémination, il faudrait donc que chacun de ses millimètres cubiques renfermât 6,250,000,000 d'œufs ou de spores en disponibilité.

Ce sont là des supputations effrayantes. Les hétérogénistes n'ont jamais poussé aussi loin leurs témérités.

pandus suffisent par la fécondité des êtres qu'ils produi- 1 * sent, pour expliquer les faits que l'observation nous prè-|' sente (1).

Lorsqu'on prend un décimètre cube d'air, celui-ci, mil en contact avec des corps divers, peut produire, par millions i 00 espèces de proto-organismes, dont la genèse ne peut être attribuée à ces miraculeux moyens de reproduction si souvent invoqués pour en expliquer l'inexplicable multitude ; il faut donc nécessairement que ce décimètre d'air contienne les œufs et les spores aussi abondants que variés de ces 100 espèces. C'est évident, et cependant, dans un décimètre cube d'air, vous ne rencontrez pas une fois sur mille, peut-être, une seule spore de Mucorinée, un seul œuf d'Infusoire. Et, quand nous le voulons, avec ce même volume d'air, nous produisons dix fois plus de Paramécies qu'il n'y a d'habitants sur le globe.

Aujourd'hui, il faut là autant d'œufs visibles qu'il va apparaître d'animalcules ; et ces œufs, bien connus cependant, les panspermistes n'ont jamais pu les montrer (2). Voilà pourquoi nous voyons tous les esprits sérieux reléguer la dissémination aérienne au nombre de ces ingénieuses fictions qui captivaient les savants du siècle dernier et rendaient leur

(1) E. Faivre, Récents débats sur les générations spontanées* Revue péenne, 1860, t. Il, p. 322.— Si M. Faivre avait fait la moindre experte*» sur ce sujet, il se fût aperçu qu'il est de la dernière évidence que knqu'une macération, au bout de quatre jours, est encombrée de ParaméaM et de Kolpodes, il a fallu pour les produire autant d'œufs qu'on y obMnt d'individus. Il n'y a eu aucune scissiparité et encore moins aucune itpi*duction sexuelle. Je serais heureux si ce savant pouvait me montrer, 10 moins, quelques-uns de ces œufs qu'il doit assurément connaître. S'il Ht faisait l'honneur d'accéder à ce désir, je déposerais immédiatement !• plume.

(2) Le grand nombre d'Infusoires s'explique par la multitude des germa qui naissent les uns à côté des autres, et non par la rapide propagation de quelques infusoires tombés par hasard dans l'infusé. Schaaffhausen, Cosmos. 1862, p. 633.

DÉNÉGATION DK LA PANSPERMIE. «S

commerce épistolaire si attrayant. La science d'aujourd'hui demande plus de rectitude ; aussi cette hypothèse a fait son temps et va s'effacer sans retour.

. Des expériences décisives m'ont même démontré qu'en mettant successivement le même air avec des substances «Êterses, celles-ci, tour à tour, produisaient des générations d'animaux ou de plantes absolument spéciales. Et ces curieuses recherches peuvent être prolongées autant qu'on ♦eut ; elles n'ont de bornes que dans l'altération chimique de l'air (1).

Si, dans ses expériences, M. Pasteur a parfois trouvé l'air 'stérile, il ne faut s'en prendre qu'aux défectueux moyens qu'il emploie (2). En conduisant celles-ci plus rationnellement, il parviendrait, comme nous-même, dans l'air calciné, à obtenir constamment des animalcules et des végétaux. Si ceux-ci manquent parfois dans ses ballons, c'est qu'il a trop altéré leur contenu (3).

(i) Expérience* Un centimètre cube d'air a été mis successivement en contact» à l'aide de précautions convenables, avec une macération de viande, et a produit des Monades; avec une macération d'asperges, des Bactéries ; avec une macération de foin, des Kolpodes; enfin, avec dé la ooiie, des Pénicilliums. On s'est arrêté là.

(2) Les ballons ont un grand inconvénient dans les expériences des chimistes, c'est de distiller constamment de l'eau sur leurs parois ; celle-ci vient te replacer à la surface du liquide après s'être condensée et entrave la production des proto-organismes. J'évite cela en émergeant en partie la corps solide que j'emploie. D'un autre côté, dans les ballons hermétiquement scellés à la lampe, il se produit parfois aussi d'énormes différences dans la pression. Comp. Spallanzani, Opuscules, trad. Paris, 1787, t. I, p. 34. CL Bernard, Comptes rendus de l'Académie des sciences, i 859, t. XLVHI, p. 34.

(3) Le Montenvert a même été mal choisi par cet observateur pour y trouver des veines atmosphériques vierges de corps reproducteurs. 11 oubliait alors qu'à 4,000 mètres de hauteur, tout Justement sur les sommets qui dominent la vallée où il expérimentait, Ehrenberg a signalé qu'il existe plus de cinquante espèces d'organismes microscopiques vivants. Gomment se fait-il donc, si ceux-ci se propagent par l'atmosphère, que le savant chimiste n'en ait récolté aucun témoin dans ses ballons ? Il aurait dû y en entrer. Comp. Faivre, Rev.europ. 1860, p. 312.

Des expériences exécutées à vaisseaux clos, dans les plus favorables conditions pour obtenir une genèse abondante, avec une féconde macération et de l'air atmosphérique normal, mont prouvé que les expériences des chimistes devraient être absolument bannies de la physiologie rationnelle; car jamais, même dans celles-ci, il ne se produit un seul Oxytrique, une seule Paramécie, enfin jamais un seul Microzoaire cilié. Si l'air apportait les germes de ces animalcules, il n'y aurait pas de raison au monde qui pût empêcher ceux-ci d'y apparaître, quand tant d'autres, d'un rang inférieur, s'y développent bien.

De telles expériences renversent de fond en comble tout ce qu'ont avancé les fauteurs de la panspermie; elles sont capitales, et si elles sont vraies, tout l'édifice des chimistes est anéanti ; si elles sont fausses, il faut le proclamer, car il est temps qu'enfin, à cet égard, la vérité commence à luire (1).

11 n'y a pas même à prétendre ici que l'oxygène peut manquer aux races plus élevées. Les grands Microzoaires semblent presque ne rien tirer de l'atmosphère; plongés dans le vide le plus parfait de nos machines pneumatiques, ils y vivent sans en paraître aucunement affectés (2).

Il y a si peu de semences dans l'air, que même dans les lieux où on devrait en trouver en abondance, ce n'est qu'exceptionnellement que l'on en rencontre. M. Musset, qui s'occupe depuis longtemps de recherches sur les champignons et dont tout le laboratoire en est rempli, m'écrivait dernièrement que jamais encore il n'a pu rencontrer de spores

(i) Rien n'a égalé l'audace des adversaires de l'hétérogénie , ils nient tout sans rien vérifier. C'est ainsi par exemple qu'ils ont nié la remarquable expérience de Treviranus. Et je l'ai cependant reproduite devant dix personnes dans le laboratoire de M. Serres en 1862. Tout le monde peut la faire. (Expérience 33.)

(2) En analysant l'air des ballons au bout de cinq à six jours, temps suffisant pour la production des grands Microzoaires, on y trouve encore une quantité considérable d'oxygène.

ddhs celui-ci. Cependant personne n'est plus apte à ne pas commettre d'erreur sur ce sujet, lui qui connaît si bien la structure et la forme de ces spores et qui a fait déjà sur elles de curieuses recherches. Je puis dire que la même pénurie existe dans l'air du laboratoire du muséum de Rouen, où, cependant, de tous côtés, il se trouve des Lycoperdons, des Bolets, des Pénicilliums, des Ascophores, etc. C'est un cas extraordinaire que de rencontrer Tune de leurs semences sur l'aéroscope ou dans la poussière. Comment donc M. Pasteur en surprend-il presque à volonté?

Si la doctrine que je soutiens à l'égard de la panspermie, est fausse, il est on ne peut plus facile de rectifier mon erreur. Au lieu de s'obstiner à supputer l'inconnu et l'impossible, que Ton expérimente sur des espèces dont les œufs ou les semences sont parfaitement visibles à l'aide de nos instruments, et l'on reconnaîtra que ces espèces s'engendrent par milliards dans un volume d'air extrêmement limité, là où Ton ne peut signaler un seul de leurs œufs ; et que cette production a lieu sans scissiparité, sans gemmiparité, et encore moins par la reproduction sexuelle.

L'étude des fermentations vient elle-même protester , d'une irrésistible manière, contre les prétentions des panspermistes et des chimistes. Toute personne qui, sans prévention, y réfléchira, le sentira à l'instant même.

En effet, l'homme pour ses besoins produit, sur tous les points du globe, diverses liqueurs fermentées, qu'il emploie soit à son alimentation, soit à des usages variés. Il n'existe pas de maison ou de cabane à la surface de la terre où Ton n'en confectionne en masse ou par petites portions ; et dans leurs laboratoires les savants en inventent à tout instant de nouvelles.

Chaque fermentation produisant une espèce particulière de levure, il faut donc, je le répète, qu'il y en ait constamment, et de grandes masses, et de nombreuses sortes, de

répandues dans l'air pour suffire à toutes les exigences, fft il a donc fallu qu'il en soit créé à priori dès l'origine des choses, en prévision de l'instant où un chimiste, ou un praticien, inventerait quelque nouvelle boisson fermentée !

La raison se révolte contre de telles hypothèses, et l'on a droit de s'étonner qu'elles aient eu quelque crédit dans les sciences.

Il n'y a même pas là à arguer de l'invisibilité de la levure ou de sa merveilleuse reproduction. Le microscope fait discerner facilement la levure desséchée.

Jamais aucun chimiste n'en a signalé dans l'atmosphère ; et cependant celle-ci, dans l'hypothèse que nous combattons, doit en contenir des masses compactes, puisque lô plus petit volume d'air peut engendrer des fermentations qui en produisent énormément.

Ainsi donc, lapanspermie générale des physiologistes de l'école de Bonnet et de Spallanzani, et la panspermie locale, proposée récemment par M. Pasteur, succombent Tune et l'autre au moindre examen rationnel ; et elles succombent aussi, sans retour, à l'épreuve scientifique. En effet, la chimie et la physique ont été absolument impuissantes, jusqu'à ce jour, pour signaler dans l'air une notable quantité d'oeufs d'animaux ou de semences de plantes (1) ; et les naturalistes n'ont encore jamais pu, jusqu'à ce moment, être plus heureux qu'elles.

(I) La panspermie locale, ce faux-fuyant, comme la nomme M. Ch. Musset, cette véritable hypothèse de juste milieu, a été inventée par M. Pasteur, Ann. s. n. Mais ce qui dépassa toute croyance, c'est qu'après avoir trouvé ce moyen d'échapper aux objections qui pesaient si lourdement sur ses théories, il ait osé tenter ses expériences d'ensemencement. En effet, celles-ci devaient manquer toutes les fois qu'il se trouvait dans une veine stérile, et l'on pouvait lui dire qu'il n'ensemençait rien. Une conséquence de sa panspermie limitée était l'abstention absolue de toute expérience d'ensemencement.

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