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CHAPITRE IV

MICROGRAPHIE ATMOSPHÉRIQUE.

On s'était, jusqu'à cette époque, borné h étudier les propriétés chimiques de l'air, et Ton en avait presque absolument négligé l'étude microscopique. Je crois être l'un des premiers qui ait fait faire un grand pas à cette étude, et qui ait même signalé tout l'avenir qu'elle pouvait avoir relativement à l'hygiène publique et à la pathologie.

Déjà les résultats que j'avais prévus se sont réalisés à l'étranger et en France.

Par opposition, en même temps que mes expériences démontrent que partout, strictement parlant, l'air jouit de la même fécondité, soit en pleine mer, soit sur les montagnes, soit dans les cavernes, l'observation directe prouve que ce même air ne contient cependant normalement ni œufs, ni spores (1).

Pour parvenir à cette démonstration, j'ai employé trois moyens : la voie humide, la voie sèche et l'observation directe; et, à l'aide de ces divers procédés, tandis qu'en moyenne on ne rencontre peut-être pas un œuf ou une

(1) Lorsque je vois le savant adversaire de l'hétérogénie dire : je recueille des œufs et des spores dans l'atmosphère et je les ensemence..., cet assertions sont pour moi sans la moindre valeur réelle, et elles sont scientifiquement absolument nulles. Elles ne peuvent fltre reconnues de quelque autorité qu'autant qu'on spécifie le volume d'air employé, le nombre approximatif des corps reproducteurs recueillis, et autant que possible leur genre.

spore, par cent mètres cubes d air atmosphérique, on reconnaît qu'avec un seul décimètre de ce même air, on peut, à volonté et constamment, produire des milliards de Microzoaires ou de plantes.

Lorsque j'emploie la voie humide, tantôt je me contente de faire passer lentement un ou deux décimètres cubes d'air à travers une fort petite quantité d'eau distillée, placée dans un de mes tubes laveurs adapté au col d'un flacon aspirateur.

Dans cette expérience, l'eau ne contient presque jamais rien d'appréciable.

Dans le but de recueillir les corpuscules atmosphériques

Fig. 6.

et de découvrir parmi ceux-ci s'il existe des œufs ou des spores, je me suis servi fréquemment de l'appareil qui est représenté ci-dessous (1).

(1) Je remplis à moitié d'eau distillée les quatre tubes laveurs en U qui sont figurés sur ce dessin et auxquels je donne la direction perpendiculaire, afin que l'air s'y dépouille avec plus d'exactitude de tout ce qu'il

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Dans cet appareil, si, dans une atmosphère calme, je lave un ou deux mètres cubes d'air, je reconnais que mes tubes barboteurs ont récolté une certaine quantité de corpuscules atmosphériques, dont la nature varie selon le lieu exploré; mais parmi ceux-ci, il est infiniment rare qu'il existe une ou deux semences de Mucorinée, et encore moins un seul œuf de Microzoaire bien déterminé.

Fig. 7.

D'autres fois, j'emploie la voie sèche pour coërcer les corpuscules atmosphériques ; je me sers pour cela de l'aéroscope de mon invention, qui projette l'air sur des disques de verre et y dépose les corpuscules les plus ténus et les plus invisibles. Cet instrument, auquel aucun de ceux-ci n'échappe, démontre encore, jusqu'à l'évidence, l'inanité des prétentions des panspermistes (1).

Dans un air calme, sur la mer, sur les montagnes, et

contient en suspension. Ces tubes sont articulés entre eux, et l'extrémité du dernier communique avec un aspirateur dont la capacité est connue. Il est à noter ici que le flacon aspirateur n'est indiqué que fictivement, et que j'emploie un aspirateur dune grande capacité.

(I) En employant tour à tour ces divers procédés, j'ai analysé physiquement l'air dans des lieux extrêmement variés, dans les solitudes les plus

dans la profondeur des cavernes, dans 10 décimètres cubes 1 d'air, je n'ai constamment découvert qu'une quantité presque inappréciable de corpuscules aériens; et parmi eux

Fig. 8.

jamais encore, dans mes observations, je n'ai rencontré un seul œuf ou une seule spore. Et cependant cet air n'en est pas moins fécond que celui des endroits où il abonde en corpuscules (Expériences 29, 30, 31).

Mais, au contraire, dans un même volume d'air de nos cités, l'aéroscope rassemble une immense quantité de corpuscules qui y flottent et donnent un tableau microscopique de tout ce qui nous environne ou est employé dans nos industries ou pour nos besoins et notre alimentation.

Dans nos villes, la fécule de blé est l'un des plus communs corpuscules éparpillés dans l'air et l'un des plus abondants que Ton rencontre dans la poussière qui envahit nos demeures. Elle s'y offre sous trois états : la fécule normale, la fécule bleue et la fécule panifiée.

profondes et dans les cités les plus populeuses ; sur les montagnes ou au milieu de la mer. Mes dernières observations ont été faites sur la Méditerranée, l'Etna, à Constanlinople et à Athènes. Comme on peul le voir dans mon Hétérogénie, j'ai aussi analysé les corpuscules de l'air d'un certain nombre de monuments de l'Egypte et de cathédrales gothiques, p. 445,

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La fécule aérienne normale présente tous ces caractères physico-chimiques. 11 en existe de toutes les grosseurs. Les grains d'une extrême finesse sont beaucoup plus communs que les autres, et ce sont eux que des observateurs inattentifs ont confondus avec des œufs atmosphériques. Ceux de moyenne taille sont aussi très-abondants. Et, on le conçoit à priori, les plus gros le sont moins, à cause de leur pesanteur. Cette fécule s'insinue partout où la poussière péuètre. J'en ai découvert dans les retraites les plus cachées de nos anciens monuments gothiques et jusque dans la profondeur des hypogées de Thèbes; et là, après tant de siècles, elle avait encore conservé ses caractères. L'iode la bleuissait rapidement, et elle polarisait encore la lumière, mais seulement un peu moins manifestement que la fécule fraîche.

On rencontre aussi de la fécule de blé à la surface de tous les animaux ou de toutes les plantes qui vivent dans l'atmosphère de nos villes. Il ne faut que racler un peu notre peau ou secouer nos vêtements pour en recueillir. Les insectes citadins en possèdent souvent un bon nombre de grains mêlés aux poils de leurs ailes (1). Les feuilles des arbres de nos jardins en ont aussi toute leur face supérieure parsemée.

Le second état de la fécule, ou la fécule bleuie spontanément, est beaucoup plus rare. Cependant on en rencontre assez souvent des grains de moyenne taille et d'un fort beau bleu, surtout dans la poussière ancienne, recueillie dans de vieux monuments gothiques un peu frais. J'en ai aussi rencontré notablement dans la neige. Est-ce l'iode que M. Chatin a signalé dans l'atmosphère , qui donne cette coloration à certains grains de fécule?

(i) Peu de temps après avoir annoncé ce fait, je faisais voir à Paris à divers savants, que la fécule abondait tellement partout, qu'on en découvrait jusqu'à une trentaine de grains sur les ailes de chacune de nos mouches communes.

Sous le troisième état, ou à l'état de fécule panifiée, la fécule est de la plus extrême abondance dans l'air de nos villes. Tantôt on l'y rencontre en grains isolés errant çà et là; et tantôt sous la forme de véritables morceaux de pain microscopiques , composés de plusieurs grains de fécule éclatés et accolés par la cuisson (1).

Au nombre des plus abondants corpuscules qui flottent dans l'air, il faut compter les débris de nos vêtements. Dans tous les lieux où l'homme passe, il y laisse des traces de ceux-ci ; aussi l'analyse microscopique de la poussière de nos monuments peut-elle, jusqu'à un certain point, donner l'idée de la condition ou de l'habit de ceux qui les fréquentent. Dans de somptueuses demeures, d'abondants filaments de soie ou de laine aux plus riches couleurs (2) ; dans l'humble cabane du pauvre, de grossiers vestiges d'étoffés aux teintes sombres. En analysant de la poussière ancienne recueillie dans les combles de notre cathédrale, j'y ai découvert d'incontestables débris de la tunique rouge des enfants de chœur, que l'air avait entraînés de la nef jusque dans ce lieu tout à fait isolé.

On découvre aussi dans l'air d'abondantes traces de la fumée continuellement produite par nos foyers domestiques ou nos usines. Ces deux espèces se distinguent même parfaitement bien à l'aide du microscope. La fumée condensée

(i) On distingue parfaitement la fécule panifiée de la fécule normale. D'abord parce qu'elle est plus grosse ou éclatée et agglomérée ; et ensuite parce que l'iode a sur elle moins d'action que sur la fécule normale ; il lui donne une couleur bleue beaucoup moins foncée.

(2) En sortant d'un théâtre, je recueillis à l'aide d'un peigne une partie de la poussière entremêlée à ma chevelure ; je trouvai dans celle-ci une quantité considérable de filaments d'étoffes de toutes les espèces et de toutes les couleurs, provenant des vêtements des spectateurs et des acteurs. Beaucoup de filaments de laine, de soie de la plus éclatante couleur rouge, bleue, jaune, rose, violette ou noire. 11 y existait beaucoup moins de filaments de coton, comme on devait s'y attendre. La fécule de blé y abondait aussi.

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de nos usines ou du charbon de terre est d'une teinte noire foncée, mate; celle de nos habitations ou du bois est d'une couleur bistre, un peu translucide (1).

Gomme on rencontre fortuitement dans l'atmosphère des semences voyageuses, des cadavres d'animalcules et même jusqu'à des Microzoaires vivants, il faut bien conséquemment qu'il s'y trouve aussi, de place en place, des œufs et des spores. Mais, je le répète, le nombre de ceux-ci est tellement restreint, que leur rôle doit être regardé comme absolument nul dans les expériences d'hétéro^énie, comme il Test presque partout où apparaissent des proto-organismes.

La simple observation vient elle-même démontrer tout ce que nous avançons. En étudiant la poussière recueillie soit dans les cités populeuses, soit dans les monuments de tontes les époques, les hypogées de Thèbes, les temples grecs ou romains, les cathédrales gothiques ou les églises modernes (2); partout où l'air pénètre et dépose ses corpus-

(4) Cette fumée qu'on ne s'attendrait pas à rencontrer ainsi chez nous est cependant fort abondante. C'est en grande partie celle que recueille ta neige en tombant, qui donne à ses tas la couleur noire qu'ils contractent m fondant. C'est elle qui, en s'y appliquant, forme une croûte épaisse sur les monuments de Londres et donne à plusieurs d'entre eux une teinte l'un noir pur, comme cela, a lieu sur la colonnade de Saint-Paul.

(5) Les poussières que nous avons recueillies à Constantinople, soit sur les murailles de Sainte-Sophie, soit dans le bas de Stamboul, nous ont présenté les objets suivants : grains de silice de toutes les grosseurs , [«réelles de terre, parcelles de fumée, fécule de blé abondante normale ou panifiée; beaucoup de débris de plantes, fragments de cornée le mouche, filaments de coton blancs, plumules de papillon, filaments de laine bleue, jaune et marron ; filaments de soie bleue ou d'un beau rose ; nombreux fragments minéraux anguleux et obtus, rouges, verts et jaunes; faorme quantité de gros fragments de tissu cellulaire et vasculaire végétal, provenant des melons d'eau, si fréquemment employés par les Turcs, le ne découvris là ni œufs, ni spores.

Les poussières que j'ai recueillies sur le plateau de la tour de Pise différaient essentiellement de celles du centre populeux de Constant inople, elles étaient presque uniquement formées de tragmenls de silice et d'au-

7* NOUVELLES EXPÉRIENCES SUR I/flÊTÉROGÊNIE.

eu les, partout, même à l'intérieur des voies respiratoire» des animaux, j'ai rencontré une immense variété de vestiges de tout ce qui sert à nos usages ou qui nous environne; débris du sol, débris de nos monuments et de nos vêtements, et presque nulle part je n'ai découvert d'oeufs ou de semences.

Le premier, j'eus l'idée d'employer l'examen de la neige pour élucider la micrographie atmosphérique (1). Il me semblait que lorsqu'elle tombe à gros flocons dans un air calme, ceux-ci devaient être on ne peut plus propres à ramasser tous les corpuscules qui flottent dans l'espace compris entre. les nuages et le sol. Mes prévisions ne m'ont point trompé; et ayant eu l'occasion de faire de nombreuses recherches sur de la neige tombée dans de telles circonstances, j'ai reconnu en effet qu'elle était énormément chargée de détrflus variés, qui offraient le conspectus presque complet de tout ce que recèlent ou charrient ordinairement les espaces aériens (2). On y distinguait beaucoup de parcelles de fumée, de nombreux grains de fécule de blé normaux ou bleuis spontanément. Enfin, cette neige contenait

très minéraux généralement assez fins. Je n'y ai presque pat trouvé de fécule. (Une observation m'en a seule offert un grain de normale et un grain de panifiée.) Mais on y rencontrait d'abondantes parcelles de fumée; je n'y ai trouvé qu'un seul filament de coton blanc; il n'y existait ni débris végétaux, ni œufs, ni spores.

(1) Je ne puis cependant omettre de dire que, sans connaître ce que je faisais à Houen, au môme moment, MM. Joly et Ch. Musset faisaient * Toulouse des recherches absolument analogues aux miennes. — Jo)j et Ch. Musset, Éludes microscopiques de l'air. Comptes rendus. 1860, U L, p. 6*7.— Cette idée ne m'appartient donc pas exclusivement. Noua l'avions à trois en même temps.

(2) Ce sont ces abondants corpuscules que la neige récolte dans l'air qui donnent une teinte si sale à ses tas quand ils fondent; parce qu'alon ces corpuscules se condensent à mesure à la surface. On s'assure de cela eu faisant foudre de la neigne à vaissaux clos. On la voit alors se couvrir immédiatement d'une efflorescence noire, épaisse.

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un nombre considérable de Protococcus pluvialis, d'une belle couleur verte (i).

J'avais aussi pensé, deçuis longtemps, que l'étude des fttrp* que l'air charrie dans les voies respiratoires des animaux, pourrait offrir quelques révélations à la physiologie et jeter une vive lumière sur la micrographie atmosphérique. Mon attente n'a point été trompée.

En effet, dans presque toute la série zoologique, l'examen de l'appareil respiratoire nous révèle ostensiblement les diverses modifications du milieu qu'habitent les espèces. Mais il m'a semblé que les plus importantes notions à cet égard devraient être offertes par les animaux chez lesquels l'air pénètre plus profondément l'organisme. D'après cela, les ofettux ont dû être l'objet d'une attention toute particulière, eux chez lesquels le fluide respiratoire, après avoir traversé tes poumons, se répand non-seulement dans les diverses cavités du tronc, mais encore parvient jusqu'à l'intérieur du système osseux. Sur ces animaux, je me suis surtout attaché à examiner les os les plus pneumatiques, et principalement Iti* humérus, les omoplates et le sternum. Et comme dans ceux-ci les corpuscules, une fois introduits, ne sortent que difficilement à cause de l'immobilité des parois et de l'irrégularité des anfractuosités, on y trouve d'amples vestiges de tout ce que l'air apporte dans l'appareil pneumatique.

(I) Voici le catalogue des corps organisés recueillis dans l'air par la neige : une énorme quantité de parcelles de fumée; noires pour celles qui viennent de la combustion du charbon de terre; de couleur bistre pour celles de la fumée de bois. Une abondance de fécule de blé normale ou spontanément colorée en bleu; de la fécule panifiée; une énorme quantité de grainsde matière verte. (Protococcus pluvialis, Kûtz); de la silice; des gra noies calcaires; deux infusoîres enkystés; deux cadavres d'infusoires altérés ; trois navicules ; trois bacillaires; deux bactériums ; deux plaques d'épidenne végétal avec les stomates ; quelques grains de pollen ; des spores de lycoperdon; des filaments de luine blancs, jaunes et verts.

Poacbet, Comptes rendus de l'Académie des sciences. 1860, t. L, p. 534.

Lorsque Ton observe des animaux qui vivent au milieu de nos villes et dans l'intérieur de nos habitations, on est frappé de l'énorme quantité de fécule que recèlent leurs organes respiratoires : chez les oiseaux, on en découvre, même fort abondamment, jusque dans l'intérieur des os. Les parcelles de fumée, les filaments d'étoffes diverses qui composent nos vêtements s'y rencontrent aussi avec la même profusion. Mais plus lanimal vit éloigné de nos villes, plus il habite des sites sauvages, plus aussi tous ces corps deviennent rares dans l'air inspiré. Celui-ci en présente à peine quelques traces, souvent même on n'y en trouve aucune. Lorsque Ton dissèque des mammifères ou des oiseaux qui se tiennent sans cesse cantonnés au milieu des forêts, on reconnaît que, chez eux, tout l'appareil respiratoire est seuleipent rempli de débris de végétaux, d'épiderme, de chlorophylle, de pollen; mais on n'y découvre aucun vestige de fécule ou des étoffes employées pour nos vêtements.

Les oiseaux qui vivent dans nos villes et dans leur voisinage, ne trouvent pas seulement dans lair qu'ils parcourent la source de cette abondance de fécule qui s'insinue jusque dans les plus profondes anfractuosités de leur appareil respiratoire ; ils eu font encore une ample moisson dans le feuillage des arbres au milieu duquel se passe souvent une partie de leur vie. En effet, en étudiant la surface des feuilles des arbres qui avoisinent nos cités, j'ai découvert sur celles-ci, lorsque la pluie a été plusieurs jours sans les balayer, de nombreux spécimens de tous les corpuscules que charrie l'air, et surtout une quantité considérable de fécule, de grains de silice et de parcelles de fumée. Sur une seule feuille d'un marronnier d'Inde, placé dans le jardin de l'École de médecine de Rouen, j'ai compté euviron trente grains de fécule de blé, soit normale, soit ayant subi la panification.

Les expériences sur la recherche des corpuscules atmosphériques des voies respiratoires sont faciles à exécuter.

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Elles consistent simplement à faire passer un courant d'eau à travers celles-ci et à recueillir ce liquide pour l'observer en temps opportun (I).

Pour recueillir les corpuscules aériens des os pneumatiques des oiseaux, j'enfonce le tube d'une seringue dans l'ouverture par laquelle l'air pénètre dans leur cavité, et je coupe l'os vers l'extrémité opposée. L'eau, injectée d'abord doucement, puis ensuite très -violemment pour entraîner jusqu'aux moindres débris atmosphériques, est reçue dans des verres et examinée (2).

Étudié à l'aide de ces procédés, l'appareil respiratoire nous donne une fidèle idée delà vie des animaux. Non-seulement il nous révèle quels sites ceux-ci préfèrent, quel est leur genre de nourriture, mais même, quand ils sont domestiques, quelle est la profession de ceux chez lesquels ils ont vécu.

J'ai retrouvé dans les organes respiratoires de l'homme les mêmes corpuscules atmosphériques que je rencontrais chez nos animaux citadins. Sur deux personnes mortes dans l'un de nos hôpitaux, une femme et un homme, dont j'ai injecté les poumons, j'ai observé une quantité notable de fécule de blé, normale ou panifiée; des parcelles de silice et des frag-

(i) A cet effet, à l'aide d'une seringue, j'injecte la trachée; et lorsque les poumons sont distendus par l'eau, je les incise et je recueille avec soin tout ce qui s'en écoule, en réitérant l'injection à diverses reprises.

Pour les oiseaux, j'injecte la trachée ; et quand l'eau a traversé les poumons et a envahi les poches aériennes du tronc, alors je pratique une ouverture au sac thoracique et je recueille le liquide qui s'en écoule en jet. Dans toutes les expériences, le liquide est reçu dans des vases coniques, à fond étroit ; et quand on juge qu'il s'est écoulé assez de temps pour que tous les corpuscules soient déposés, on les enlève avec une pipette très-effilée et on les soumet à l'examen microscopique.

(2) Je n'ai pas besoin de dire ici quels sont les soins que Ton doit prendre pour éviter, autant que possible, l'introduction des corpuscules de l'air ambiant. Les seringues, les vases, l'eau qui doit être distillée, seront l'objet d'une attention toute particulière. On doit aussi choisir, pour opérer, des endroits où l'air est très-calme.

ments de verre; des fragments de bois de teinture d'un beau rouge; des débris de vêtements, et enfin une larve d'arachnide microscopique, encore vivante (1).

Il était rationnel de penser qu'à certains moments, notre expectoration devait contenir les mêmes corpuscules que je viens de signaler dans le poumon : c'est, en effet, ce qui a lieu. J'y ai observé de la fécule normale et panifiée, des parcelles de fumée, des débris de végétaux, des filaments de laine ou de coton diversicolores, des grains de silice, etc. (2).

D'un autre côté, une poule élevée dans une cour pavée de Rouen, nous offrit, dans ses poches respiratoires, une énorme quantité de fécule de blé normale et panifiée. Celles ci contenaient, en outre, beaucoup de filaments de laine, de coton et de lin, et de nombreuses parcelles de fumée; il n'y existait que peu de grains de silice, ce qui s'explique peut-être par l'habitat. Les humérus de cet oiseau contenaient aussi beaucoup de fécule (3).

(4) Voici la noté de tout ce qui fut observé dans ces deux cas: fécule de Wé assez abondante et de toutes les grosseurs, normale et panifiée; grains de silice petits, peu abondants ; deux fragments de verre rcconnalssabîes i leur transparence, à leurs fines ailles et à leur cassure concholde; on fragment de bois de teinture bleu; deux fragments de bois de teinture rouges; un filament de laine noire; des filaments de coton, de lia et de chanvre, très nombreux ; lames d'épithélium; chlorophylle; filaments de laines bleue, blanche et jaune ; parcelles de fumée de bois et de charbon de terre; un filament de soie blanche; un crochet de patte d'araignée; tissu ligneux; globules muqueux; globules d'air, globules du sang; filaments byssoïdes; larve d'arachnide microscopique vivante.

(2) De semblables observations n'ont de résultat évident que, quand après un long repos qui a donné le temps aux corpuscules de s'amasser, on expectore du mucus provenant de l'arbre bronchique.

(3) Inventaire des corps rencontrés dans les humérus de cette poule: Une quantité considérable de fécule de blé, normale ou panifiée, de toutes In grosseurs; un fragment de pain de n ,0700, formé par un amas de grains de fécule gonflée; un grain de fécule de pomme de terre; des parcellet de fumée, dos grains de silice petits et peu nombreux; deux flaires ▼> \ants; des fibres ligneuses ; des filaments de coton, de lin et de chanvre. nombreux ; de la chlorophylle ; un fragment de verre de a ,070O ; un ils-

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Pensant que plus les animaux se trouvaient rapprochés des endroits où la fécule subit sa manutention, plus aussi il devrait s'en trouver dans l'appareil respiratoire, je me procurai deux poulets élevés chez un boulanger. Mon attente ne fut pas trompée. Tout l'appareil respiratoire de ceux-ci, malgré leur jeunesse, contenait déjà une quantité de fécule surpassant de beaucoup ce que j avais trouvé sur la poule. Les humérus à peine perméables en contenaient déjà euxmêmes.

Un pigeon da volière, de l'intérieur de la ville, offrait dans son appareil respiratoire, outre des parcelles de silice et de fumée, des débris d'étoffes diversicolores, une quantité notable de fécule de blé de toutes les grosseurs, et surtout une énorme abondance de fécule de vesce. Les humérus, eux-mêmes, contenaient tant de cette dernière, qu'on en trouvait de huit à dix grains à chaque observation. Je ne pouvais m'expliquer la présence d'une telle abondance de fécule de vesce chez cet oiseau qui avale constamment cette semence sans la briser ; mais j'en ai connu bien rapidement la source en examinant le sol de sa volière. Celui-ci était rempli d'excréments de pigeon renfermant une énorme quantité de cette fécule, qui avait traversé l'intestin sans subir aucune altération. En s'agitant dans leur loge, ces oiseaux la dispersent dans l'air, et elle entre alors dans leurs organes respiratoires. Voici donc dès animaux qui, en respirant, introduisent dans leur économie une partie notable de leurs excréments.

L'examen d'un oiseau qu'on n'élève ordinairement que dans de riches demeures, est venu ajouter une nouvelle preuve à ce qui précède. En effet,' les nombreux vestiges d'étoffes magnifiques qu'offraient ses organes respiratoires.

ment de laine bleue; des fragments d'épiderme végétal avec des stomates: un bout de fil blanc tordu ; des vaisseaux raves ; des inAsoires secs.

i appelaient ostensiblement le luxe des vêtements ou des ouvrages de ceux au milieu desquels il avait vécu. Cet oiseau était un paon adulte ; et je fus réellement frappé de l'abondance et de la superbe coloration de toutes les parcelles de tissus divers contenus dans ses os. On y rencontra, outre une quantité notable de fécule de blé, beaucoup de filaments de laine et de soie du plus magnifique bleu, d'un beau rose ou d'un vert clair (1).

Si maintenant noire attention se porte sur les oiseaux sauvages, qui résident loin de nos cités, nous observons des choses tout à fait différentes.

Un faucon cendré, Falco cineraceus, Mont., tué dans une grande forêt, à deux lieues de toute habitation, ne nous a pas présenté la moindre trace de fécule, ni dans ses cavités respiratoires, ni dans ses os pneumatiques. On n'y rencontra que quelques rares parcelles de fumée et de silice ; aucun filament de nos tissus n'y fut reconnu. Mais, au contraire, tous les organes aériens étaient remplis par beaucoup de détritus des végétaux au milieu desquels il vivait et par quelques débris d'insectes (2).

Sur un oiseau de nos forêts, sur un pic vert, Picus viricks, Linn., je n'ai trouvé dans l'appareil respiratoire qu'une quantité insignifiante de fécule et très-peu de silice et de fumée (3). Une spatule tuée sur les bords de la Seine ; une buse abattue dans une forêt à deux lieues de toute habitation, et deux hérons communs nous ont offert les mêmes particularités.

(1) Les poumons d'une souris m'ont aussi présenté de la fécule, de lt silice et de la fumée, mais en beaucoup moindre quantité et en plus petits fragments que chez les oiseaux.

(2) On y a observé des fragments d'épiderme de végétaux divers, d« tissu cellulaire, de la chlorophylle et des parcelles de peau de chenille.

(3) En vingt-cinq observations, je n'en ai compté que huit grains, et tous ceux-ci étaient même de petite dimension.

IÀPHIK ATMOSPHÉRIQUE. *3

is grenouilles recueillies dans les basses de Rouen, qui est situé dans le ombre de fabriques et dans un quarîmons nous ont toujours offert une fécule et de parcelles de fumée de de bois , puis beaucoup de fragments ris de végétaux (1). On y remarquait, me abondance de filaments de coton, tenant évidemment des usines du voiipiratoires de ces reptiles contenaient diatomes, des plumules de papillons, îset des fragments de conferves.

jus explorons les voies respiratoires de ni, quoique vivant en liberté, fréquendemeures, nous y retrouverons d'évidouble existence sauvage et semi-do-

ïorvus monedula , Lin., nous avons ce que nous avançons. Son appareil une très-notable abondance de fécule I quantité de parcelles de fumée, ce ;éjour presque continu de cet oiseau as de nos villes. On trouva aussi dans tup de filaments de coton et de débris

alke se faisaient souvent remarquer par leur wave qui avaient jusqu'à 0",i400 de long. Nous fragment de verre de 0",200 de diamètre.

s de ce que l'on rencontra sur ce choucas, qui fut mner, aux environs (TElbeuf. Cavités respirâtes les dimensions, énormément do parcelles beaucoup de filaments de coton ; des brins de ouge brun ; divers fragments de fibres végéés: del'épiderme de diverses plantes; beaude la chlorophylle ; plusieurs cellules épi thé-

Dans toutes nos observations, que sans exagération Ton pourrait compter par centaines, nous n'avons jamais rencontré ni une seule spore, ni un seul œuf de Microzoaire. ni aucun animalcule enkysté. Or, si dans toutes ces recherches minutieuses, nous sommes parvenu à retrouver la fécule partout où il en existait, est-il possible que les spores et les œufs atmosphériques nous aient seuls échappé, à nous naturaliste qui les connaissons assez bien?

Les œufs de certaines paramécies ayant jusqu'à O mm ,0420 de diamètre, et par conséquent dépassant considérablement le volume de la fécule de blé, dont le diamètre ne s'élève guère qu'à mm ,0336, si ces œufs existaient réellement dans l'atmosphère en quantité suffisante pour expliquer ces générations d'infusoires dont l'apparition subite nous frappe d'étonnement, nous les eussions immédiatement découverts, et bien plus facilement même que les granules d'amidon, car ils devraient s'y rencontrer en bien plus immense nombre. Dans l'état actuel de la science, il n'y a qu'une réponse possible à ma négation ; c'est de faire voir ces œufs ; et c'est ce que les panspermistes ne font jamais.

Ainsi donc, bien que l'air contienne partout, dans ses espaces, l'élément vivifiant de cette immense fécondité qui nous stupéfie ; soit qu'on le scrute par la simple observation, soit en recueillant ses corpuscules à laide de l'eau, delà neige, ou de l'aéroscope, on reconnaît, au contraire, que te corpuscules qui y flottent ne se disséminent pas normalement à de grandes distances, quand l'air est calme. Abondants dans nos villes et à la surface du sol, partout où il y a du mouvement et un air agité, ils deviennent, au contraire, d'une

liales ; des grains de silice en quantité assez notable. Les humérus contenaient de la fécule de toutes les dimensions, de trois à cinq grains à chaque observation; des filaments de coton, des corpuscules de fumée, du tissa cellulaire végétal, de la chlorophylle, un fragment d'épiderme végéUl i avec des stomates; des parcelles de silice.

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rareté extrême au milieu de la mer et sur les montagnes. Et, en étudiant les organes respiratoires des animaux, nous avons vu que les corpuscules aériens dont ils étaient bourrés, traduisaient scrupuleusement leur habitat. L'oiseau de nos villes avait ses organes respiratoires et même ses os remplis de corps absolument différents de ceux qu'on trouve sur celui des forêts. La dissémination de ces corpuscules est si restreinte, que nous avons même vu les animaux qui vivent au milieu d'une opulente civilisation en offrir tous les vestiges, tandis qu'ils manquaient, à quelques pas de là, sur ceux qui habitaient d'humbles demeures.

Plus heureux que moi, Hermann Hoffmann dit, il est vrai, qu'il a rencontré à la surface des groseilles à maquereau, des vésicules analogues à la levure, et des spores de Cladosparium et de Stemphylium (1 ) .

Il est impossible de nier un tel fait, mais pour qu'il ait la moindre valeur relativement à la question en litige, au lieu de ces vagues notions il fallait citer des chiffres.

Nous ne récusons nullement la dissémination des graines, si ingénieusement exposée par les botanistes ; mais il s'agit ici de savoir si son importance peut expliquer la fécondité des Mîcrophytes. Telle est la question, et Herm. Hoffmann ne parait pas, jusqu'alors, l'avoir résolue. En effet, pour expliquer les fermentations que nos industries produisent partout sur une si vaste échelle, il ne s'agit pas de trouver quelques grains épars de levure sur des groseilles, il en faudrait encombrer l'atmosphère.

M. Faivre a même prétendu que M. Pasteur avait démontré qu'il y a dans l'air des corps organisés en suffisante abondance pour expliquer les phénomènes génésiques que l'on observe dans les expériences. Mais M. Faivre est absolument

(4) Hermann Hoffmann, Études mycologiques sur la fermentation, insérées dans le Bulletin de la Société botanique de France. 1860, t. 7, p. 180.

dans Terreur (l). Si ce chimiste eût réellement démontré un tel fait, il n'y aurait plus de réplique possible, et la cause de Thomogénie serait immédiatement gagnée. C'est , au contraire , tout justement ce point-là qu'il n'a jamais pu directement démontrer, malgré toutes nos instances; et l'absence de cette démonstration préalable, pour tout physiologiste sérieux, frappe de nullité la plupart de ses expériences. C'est M. Pasteur, lui-même, qui se charge d'ébranler ces éphémères théories, qu'il amène un jour et que le lendemain il renverse; comme s'il cherchait moins à construire un monument scientifique durable, qu'à jeter à la foule quelque hypothèse qui l'étonné par son audace et sa nouveauté (2). Ainsi, dans l'un de ses derniers mémoires, il dit lui-même que des personnes très-autorisées n'ont jamais pu rencontrer parmi les corpuscules atmosphériques ces œufs et ces semences qu'il prétend, lui, y découvrir (3). En terminant ce chapitre et en le résumant, nous pouvons dire qu'en France et à l'étranger, les divers savants qui se sont occupés de la micrographie de l'air, ont émis, sur celle-ci, des vues parfaitement en harmonie avec les nôtres;

(1) En émettant cetle opinion, M. Faivre démontre qu'il n'a jamais étudié ce sujet ; car sans cela il se serait convaincu que, dans les expériences sur l'bétérogénie, il faut autant d'œufs qu'on voit de Microzoaires ciliés apparaître au bout de quatre à cinq jours; parce que durant cet espace de temps il ne s'est produit aucune scissiparité, aucun bourgeonnement, et encore moins des reproductions sexuelles.

(2) J'ai pesé chacune des assertions de cet écrit, je pourrais citer une foule de ces contradictions ; bornons-nous à Tune de celles qui frapperont le plus les lecteurs. En 1862, M. Pasteur a soutenu que l'oxygène tuait les vibrions C'était un étonnant paradoxe. — Mais en 1863, tout au contraire, il est indispensable à leur existence et ils en absorbent considérablement. Comptes rendus, t. LU, p. 1260, et t. LVI, p. 734.

(3) Pasteur, Mémoire sur les corpuscules qui existent dans l'atmosphère, Ann. se. natur., Zoologie, 1861, p. 24. On regrette que ce savant n'ait pas cité les noms de ces personnes très-autorisées, cela aurait pu contribuer à fixer l'opinion.

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et parmi eux on remarque plusieurs des hommes les plus considérables de notre époque. Aux vagues assertions des panspermistes, nous pouvons opposer tout l'ascendant de l'autorité. Ehrenberg, dont l'opinion est si magistrale en semblable matière, Burdach, de Baer et Hensche, ont échoué comme nous en cherchant des œufs et des spores dans l'atmosphère (1 ) . Deux des plus célèbres physiologistes de l'Allemagne, R. Wagner et R. Leuckart, assurent également qu'il n'y en existe point.

Cette extrême pénurie de corps reproducteurs flottants dans l'atmosphère a aussi été constatée dans d'ingénieuses observations exécutées à Toulouse par MM. Joly et Musset , et à Bordeaux, par M. Baudrimont. « Je me hâte de dire, « s'écrie ce dernier, que jusqu'à ce jour je n'ai point rencon- « tré dans l'air que nous respirons, tous ces êtres fantasti- « ques, tous ces monstres dont l'imagination de l'homme « s'est plu à le peupler (3). »

Tout récemment encore, Jeff. Wyman, de Cambridge, vient de confirmer tout ce que nous avons avancé sur la composition de l'air atmosphérique. Ce professeur, ayant recueilli de la poussière sur des glaces enduites de glycérine. a reconnu que celle-ci était formée d'une abondance de débris de tissus d'auimaux et de végétaux parmi lesquels on ne rencontrait que fort rarement des spores de Mucédinées, et encore plus rarement des corps analogues à des œufs. Ce savant ajoute que parmi ces corpuscules il a reconnu de l'amidon, dont nous avons le premier signalé la présence (4).

(1) Comp. Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1837, t. I, p. 25.— Ehrenberg, De la répartition géographique des infusoires sur le globe.

(2) R. Wagner et R. Leuckart, Cyclopcdia of Analomy and Physiology. Art. Semen. p. 499.

(3) Joly et Musset, Études microscopiques de l'air. Comptes rendus, 4860, . L,p. 647. — Baudrimont, Comptes rendus de l'Académie des sciences, 4855, >ctobre.

(4) Jeflïies Wyman, Experiments on the Formation of Infusoria in Boiled

A tous ces faits, nous pouvons encore ajouter qu'en étudiant la rosée des Maremmes de la Toscane, M. Bechi n'a reconnu dans celle-ci aucune trace de corps reproducteurs d'animaux ou de plantes (1).

Enfin, à toutes ces citations, nous pouvons ajouter que Schaaffhausen, professeur à l'université de Bonn, vient de publier un mémoire dans lequel il récuse aussi l'existence des œufs ou des spores atmosphériques (2).

Ainsi donc, chaque savant qui, au lieu de discourir vaguement sur les germes et la panspermie, se donne la peine d'étudier attentivement l'air, confirme tout ce que nous avons avancé : partout l'absence ou l'extrême pénurie d'œufs et de spores dans l'atmosphère; partout, quand il en existe, la possibilité de les recueillir.

L'aéroscopie, h laquelle je pense avoir le premier donné une large impulsion, est assurément appelée à rendre de grands services à l'art médical. On peut déjà le voir par les tentatives heureuses faites par quelques médecins, à l'aide de mes procédés, pour découvrir dans l'air la cause de certaines épidémies.

Ainsi, le docteur Eiselt de Prague en employant mon arroscope, a découvert dans l'air de son hôpital, des parcelles de pus d'une ophthalmie épidémique contagieuse, qui y sévisssait violemment (3).

Encouragés par ce succès, quelques médecins étudient en ce moment l'air des marécages pour y découvrir ie secret des

Solutions of Organic Matter, enclosed in hermctically Sealed Vessels, and supplied with Pure Air. 1862.

(1) Recherches sur l'air des Maremmes de la Toscane. Comptes rendus de TAradémie. 4861, t. LU, p. 853.

(il) Recherches sur la génération spontanée, Cosmos, 1863, p. 630. Le professeur de la célèbre Université dit que « les infusoires ont été dérivés, v errontfment, d'œufs suspendus dans l'air. On chercherait en vain dans « les vases ouverts ces œufs tombés du milieu atmosphérique. » P. 632.

(3) Eiselt, Cosmos, 4861, avril.

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lièvres paludéennes. Il n'y a pas de doute qu'ils réussiront, comme M. Eiselt. Seulement la condition expresse est de briser absolument avec les procédés chimiques qui commencent par altérer ou détruire ce que Ton cherchée trouver (1).

Les miasmes doivent être rangés au nombre des produits de la décomposition des animaux et des plantes ; et c'est avec beaucoup de raison que Gerhardt dit : a Qu'un miasme a n'est autre chose qu'une matière organique putride, un « véritable ferment en suspension dans l'air, et qui s'in- « troduit dans le sang par les voies pulmonaires. Le sang, « ajoute-t-il, une fois altéré par les miasmes , devient fer- « ment à son tour. »

Thénard et Dupuytren avaient déjà reconnu que les gaz que dégagent les marais, en passant à travers de l'eau, déposaient dans celle-ci une matière putrescible. Moscati, en condensant l'air des rizières au moyen de globes de verre suspendus au-dessus du sol, a observé que le liquide qu'il en retirait contenait une substance muqueuse d'une odeur cadavérique, absolument analogue h celle qu'exhale l'air condensé des hôpitaux (2).

Rigaud de l'Isle a fait des expériences analogues dans les marais Pontins. En condensant les vapeurs qui s'exhalent de ceux-ci, il s'est procuré de l'eau dans laquelle Vauquelin a reconnu qu'il existait une matière animale (3).

(1) Je ne crains pas de prédire que, dans un avenir assez prochain, la micrographie est appelée à jeter de vives lumières sur l'étiologie de quelques-unes de nos plus funestes maladies épidémiques ou endémiques. Nous avons tu plus haut les organes respiratoires des pigeons être bourrés de débris de leurs propres excréments. En faut-il plus pour supposer que le typhus qui apparaît dans toutes les grandes agglomérations d'hommes, peut également avoir pour cause la viciation de lair par toutes les sortes de détritus dont ceux-ci se trouvent alors environnés et qu'ils absorbent si amplement par la respiration ?

(2) Michel Lévy, Traité d'hygiène publique et privée. Paris, 1859, 1. 1, p. 46*.

(3) Mais, contrairement à cela, Jules-César Gattoni, à l'aide d'expériences

ï^O NOUVELLES EXPÉRIENCES SUR L'HÉTÉROGÊNIE.

Cependant, ce ne furent que les expériences de M. Boussingault qui commencèrent à donner une tournure un peu plus précise à la question. En opérant sur de l'air enlevé à la surface de quelques marécages d'Amérique, ce chimiste a démontré qu'il y existait une certaine quantité de matières organiques en suspension (1).

Mais si les recherches de ces savants n'ont encore abouti qu'à des résultats si imparfaits, et si la cause de l'infection paludéenne est encore enveloppée d'une lumière diffuse, cela tient à ce que tous, ne voyant dans leurs recherches qu'une question chimique, ont instrumenté Tair au lieu de l'observer : au lieu de s'appliquer à distinguer les corpuscules organiques qui y abondent, ils n'ont fait que statuer sur les proportions des gaz qu'il contient.

Le premier, M. Baudrimont abandonna cette méthode défectueuse en nous enseignant la route qui pouvait seule mener à d'utiles conquêtes. Il eut l'idée de faire barboter des masses d'air dans de petites quantités d'eau et ensuite d'examiner celle-ci au microscope. Et dans ses observations il ne signale ni aucun œuf, ni aucune semence (2). Quelques années plus tard, M. Gigot s'occupa aussi de l'analyse physique de l'air en suivant un procédé analogue pour le

eudiométriques, prétend avoir reconnu que Tair pestilentiel des marais du fort de Fuentès était tout aussi pur que celui qu'on recueillait surit** sommets neigeux d'une montagne voisine, le mont Legnone, à 1,440 toises (2796'» ,73) au-dessus de l'Océan. Comp. M. Lévy. T. I, p. 469. — M. Jolis a aussi considéré Tair des marais comme étant d'une absolue pureté. Et ce qui doit paraître encore plus extraordinaire, c'est que ce savant, dont les travaux ont été couronnés par l'Académie de Lyon, va jusqu'à prétendre que l'atmosphère des égouts, des latrines et des étables est tout aussi pure que celui des montagnes. Hâtons-nous de dire que nous ne pouvons admettre de telles conclusions.

(1) Michel Lévy, Traité d'hygiène publique et privée. Paris, 1837, 1. 1, p. 469.

(2) Baudrimont, Observation des êtres microscopiques de Vatmo<phère terrestre. Comptes rendus, 1855, t. XLI, p. 542.

MICROGRAPHIE ATMOSPHÉRIQUE. <M

fond à celui dont nous venons de parler, mais qui en diffère par un détail. A l'aide d'un aspirateur, ce médecin faisait passer de l'air des marécages à travers de l'acide sulfurique et rencontrait dans celui-ci une foule de débris organiques (1).

L'emploi rationnel des moyens que nous avons indiqués dans ce chapitre pourra faire espérer de meilleurs résultats.

En effet, soit en coerçant les corpuscules de l'air à l'aide de l'eau, soit en les rassemblant à l'aide de l'aéroscope, soit infin en observant la neige et les organes respiratoires des animaux, le micrographe exercé peut arriver à discerner physiquement jusqu'aux moindres corps qui flottent dans l'atmosphère.

Lorsque nous demandons aux chimistes de substituer les faits palpables aux nébulosités de l'inconnu, des œufs visibles à leurs germes métaphysiques, nous ne demandons qu'une chose fort facile à démontrer si elle existe ; car ces oeufs, avec nos instruments perfectionnés, peuvent apparaître du volume d'un grain de chènevis ou d'un pois (2). Et s'ils ne peuvent montrer de si apparentes choses, et qui doivent tant abonder dans l'atmosphère, la cause de la panspermie ast absolument perdue, et toutes les insignifiantes expé-

(1) Gigot, Recherches expérimentales sur la nature des émanations marécageuses. Paris, 4859.

(2) En effet, qu'on me permette à ce sujet une comparaison triviale, mais décisiTe cependant. Que penserait-on d'un savant qui viendrait dire jue l'atmosphère est partout encombrée d'une infinité de graines de paroi, de chènevis ou de lentilles, et qui, cependant, ne pourrait jamais en mettre une seule sous les yeux de personne? On lui tournerait le dos et en louriant

Eh bien I le cas est absolument le même. Les spores et les œufs, des organismes qui nous occupent, ont des diamètres qui varient de m ,0060 à O^jO+OO ; aussi nos microscopes nous les font-ils apercevoir du diamètre iea graines que je viens de citer ; c'est môme une observation grossière. alors, quiconque dira à un micrographe exercé qu'il y en a dans l'atmosphère, sans pouvoir les lui montrer, se fera également tourner le dos.

riences in vitro entreprises pour la sauver, seront un jour l'objet de la plus inexorable critique (1).

Ainsi, en nous résumant encore dans les dernières lignes de ce chapitre, nous pouvons dire que la question de la micrographie est nettement posée et nettement circonscrite. A notre point de vue, elle a pour elle l'ascendant de l'observation et l'ascendant de l'autorité.

A l'égard de l'observation, les panspermistes, obsédés de tous côtés, n'ont encore jamais pu montrer un seul fait. Us ne nous offrent que de vagues hypothèses qui révoltent la raison.

A l'égard de l'autorité, nous pensons que dans une question de cette nature un chimiste ne peut avoir raison contre douze naturalistes ou physiologistes qui le condamnent ou le combattent.

En effet, qui pourrait hésiter entre M. Pasteur seul, voulant nous reporter aux hypothèses surannées de Bonnet et de Spallanzani; et Ehrenberg, Burdach, de Baer, Hensche, R. Wagner, R. Leuckart, Musset, Baudrimont, Bechi, Wyman et Schaaffhausen ne voyant rien de tous ces œufs et de ces semences dont l'imagination féconde du premier remplit l'atmosphère que nous respirons (2)?

(1) Pour démontrer combien ce que nous demandons est facile et possible, voici les diamètres des œufs de quelques-uns des infusoires les plus répandus. Ils sont pris dans l'œuvre de M. Balbiani et ne peuvent être suspects ; seulement, selon nous, plusieurs ont assurément un volume plus considérable que celui indiqué par ce micrographe. — Chilodon cu~ cul lus f BI ,0200. — Paramecium aurelia, O^OtSO. — Paramecium bursaria, 0",0140. — Stylonychia mytilus, B, ,0180.— Trachelius ovum, 0",120.— Loxodes rostrum, O^OiSO. Etc., etc.

(2) Le chimiste que nous combattons, profond dans sa science, est peutêtre peu apte à trancher les questions délicates de la nôtre, qu'il a entrepris cependant de débrouiller. Les lignes qui suivent, qui sont de lui, suffisent pour justifier mon assertion. « Quant à affirmer que ceci est une spore et que cela est un œuf et l'œuf de tel Microzoaire, je crois que cela n'est pas possible. » Pasteur, Op. cit., p. 26.

MICROGRAPHIE ATMOSPHÉRIQUE. <>3

Récemment aussi, l'un des plus illustres professeurs de notre époque, Joly, a attaqué, avec une inflexible logique, toutes les théories erronées de M. Pasteur, relativement à la dispersion des organismes dans l'atmosphère, et il les a successivement renversées une à une (I).

Après cet exposé, si quelqu'un pouvait encore hésiter, vraiment il faudrait à tout jamais désespérer du progrès des sciences.

(i) Joly, Examen critique du mémoire de M. Pasteur, relatif aux yénérations spontanées. Toulouse, 4863.

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